Ressouder la communauté (2) : Kirikou et la sorcière VADMC

Ressouder la communauté (2) : Kirikou et la sorcière

Tout commence par une épine. Une épine que les hommes du village ont plantée dans le dos de Karaba. Kirikou, le tout petit garçon africain de l’Ouest, à la fin du conte animé de Michel Ocelot, Kirikou et la sorcière (1998), prouve une fois de plus sa vaillance. Ôter cette épine, c’est guérir la blessure laissée par le viol collectif, autrefois perpétré par les hommes du village. Nous en avons vu précédemment quelques images. La guérison de Karaba permet celle du village tout entier.

Le rétablissement de Karaba la sorcière est instantané. Autour d’elle, la nature refleurit, avec ses fleurs blanches, bleues, violettes, et ses plantes de mille et une teintes de vert. Elle remercie Kirikou. Si cette scène semble rapide, n’oublions pas que nous sommes dans l’univers du conte, où les actions sont rapides. Il est également important que ce soit un garçonnet, et non pas un homme ou une fillette ou une femme, qui guérisse Karaba. Le choix d’un enfant n’a rien d’anodin. Le réalisateur, aussi scénariste, montre que l’innocence d’un enfant courageux ôte le mal, mal qu’un groupe d’hommes adultes a fait à Karaba. Kirikou représente une autre manière d’être un homme, sans violence.

Une fois la santé mentale et physique de Karaba restaurée, Kirikou en profite pour lui demander si elle veut bien l’embrasser. Le baiser de Karaba le transforme en jeune homme. Il avoue son amour à la sorcière, devenue une bonne sorcière. Mais Karaba ne veut pas de Kirikou comme mari, d’ailleurs elle ne veut pas se marier du tout, pour ne pas se transformer en « servante d’un homme ».

Sans que cela soit tranché, Kirikou amène Karaba dans son village. Mais les villageois·es (femmes, hommes âgés, filles, garçons) préfèrent s’armer contre Karaba qui a perdu ses pouvoirs. Le même mécanisme est à l’œuvre dans Le Corbeau (Heni-Georges Clouzot, 1943), lorsque l’infirmière vipérine (Héléna Manson), soupçonnée d’avoir écrit des lettres anonymes, est poursuivie par ses concitoyen·nes hurlant·es dans les rues de leur petite ville.

Heureusement pour Karaba, le sage de la montagne arrive avec les hommes du village, bien vivants. Karaba avait préféré les transformer en fétiches à ses ordres, en serviteurs passifs, plutôt que de les manger, comme l’en accusaient les villageois·es. Chacun retrouve sa chacune, tous et toutes s’embrassent et s’enlacent, dont le couple K-K, marquant ainsi l’intégration de Karaba dans la communauté villageoise, comme à la fin de Manon des Sources (Marcel Pagnol, 1952).

L’apaisement devient alors possible. Kirikou a réparé le mal commis par les hommes du village. Karaba leur pardonne. Les femmes du village l’accueillent parmi elles. La communauté peut enfin se reconstruire.

Le véritable enchantement de Kirikou n’est pas la disparition de la sorcellerie. C’est la possibilité, pour une communauté blessée, de recommencer à vivre ensemble. L’amour, le pardon et la fraternité plutôt que la haine et le viol : un beau programme politique, social et profondément humain.

Pour citer cet article : Tiphaine Martin, « Ressouder la communauté (2) : Kirikou et la sorcière », Voyages autour de mon cerveau, juillet 2026. URL : https://vadmc.hypotheses.org/28950

Tiphaine Martin
Tiphaine Martin
Tiphaine Martin est chercheuse en Lettres et Cinéma. Elle est membre du comité éditorial des Simone de Beauvoir Studies. Elle… Lire la suite

OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
Tiphaine Martin (21 juillet 2026). Ressouder la communauté (2) : Kirikou et la sorcière. Voyages autour de mon cerveau. Consulté le 12 août 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/16lqw


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