Archives mensuelles : juin 2025

Affiche Simone de Beauvoir-Parcours d’une intellectuelle VADMC

Simone de Beauvoir, parcours d’une intellectuelle – La Deuxième Guerre mondiale, un choc – 1939-1945

Le second conflit mondial est un choc pour Beauvoir, qui refusait d’y croire, par optimisme forcené, doublé d’un apolitisme qu’elle nomme anarchisme. Après l’Exode, où elle descend à Juan-les-Pins, chez son amie Madame Lemaire, elle s’installe inconfortablement dans l’Occupation.

Elle, qui hait les tâches ménagères et la popote, se met à cuisiner des ragoûts, avec ou sans vers grouillant dans la marmite. Elle redécouvre l’enfermement dans un espace urbain, comme dans l’adolescence. Et, comme à cette époque, lorsqu’elle franchissait en cachette les barrières de La Grillère, elle passe en fraude la ligne de démarcation. Elle tente, avec Sartre, de créer un mouvement de résistance en zone non occupée. C’est un échec. Elle découvre la réalité quotidienne de l’antisémitisme, et l’importance de la politique dans la vie de tous les jours.

À Paris, elle écrit dans les cafés, encore un peu chauffés. En 1943, elle quitte sous la contrainte son poste d’enseignante, suite à des plaintes pour « mauvais esprit ». Elle fait des émissions vaguement historiques et littéraires pour Radio-Vichy, afin de survivre, tout en ne dépendant pas financièrement de Sartre. La même année paraît L’Invitée, roman bien accueilli par la critique et le public.

Pour citer cet article : Tiphaine Martin, « Simone de Beauvoir, parcours d’une intellectuelle – La Deuxième Guerre mondiale, un choc – 1939-1945 », Voyages autour de mon cerveau, juin 2025. URL : https://vadmc.hypotheses.org/25765

 

Affiche Simone de Beauvoir-Parcours d’une intellectuelle VADMC

Simone de Beauvoir, parcours d’une intellectuelle – Les littératures engagées – 1945-1986

À la Libération, Beauvoir fait représenter sa pièce Les Bouches inutiles, elle publie les romans Le Sang des autres (1945) et Tous les hommes sont mortels (1946). Elle publie également trois recueils philosophiques, Pour une morale de l’ambiguïté (1947) et L’Existentialisme et la sagesse des nations (1948), Privilèges/Faut-il brûler Sade ? (1955).

Elle crée la revue littéraire et politique Les Temps Modernes, avec Sartre et le philosophe Maurice Merleau-Ponty, un ami d’adolescence et ex-fiancé de Zaza. Elle s’investit totalement dans le fonctionnement quotidien de la revue, tout en publiant des articles dans d’autres journaux, et tout en continuant de publier.

En 1949, son essai sur la condition féminine dans les sociétés patriarcales occidentales, colonies incluses, Le Deuxième Sexe est un énorme scandale, donc un grand succès en librairie. Mais, selon Beauvoir, il est « mal lu, mal compris, il agitait les esprits ».

En 1954, elle obtient le prix Goncourt pour son roman Les Mandarins, sur les difficultés de l’engagement des intellectuels français après la guerre, alors que la Guerre froide pointe son nez givré. C’est aussi un roman d’amour fou entre l’héroïne, une psychanalyste mariée à un homme bien plus vieux qu’elle, et un écrivain américain de son âge. Les relations mère-fille sont abordées avec finesse, tout comme la plongée de certaines femmes dans un amour exclusif, donc étouffant à l’homme qu’elles aiment, dans la lignée des analyses beauvoiriennes du Deuxième Sexe.

Elle publie également deux récits de voyage, L’Amérique au jour le jour (1948) et La Longue Marche (1957). Elle publie le premier volume de ses mémoires : Mémoires d’une jeune fille rangée (1958).

Pour citer cet article : Tiphaine Martin, « Simone de Beauvoir, parcours d’une intellectuelle – Les littératures engagées – 1945-1986 », Voyages autour de mon cerveau, juin 2025. URL : https://vadmc.hypotheses.org/25777

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Simone de Beauvoir, parcours d’une intellectuelle – Une vie de combats – 1945-1986

Cette seconde guerre mondiale a brisé l’apolitisme farouche de Beauvoir. Elle commence, via sa revue Les Temps Modernes et le succès de ses ouvrages (romans, essais, nouvelles), un compagnonnage distant avec le Parti communiste français. Elle lui préfère les communistes italien·nes, les castristes, les intellectuel·les de gauche des nombreux pays où elle est invitée avec Sartre.

Elle parcourt le globe, de l’Amérique du Nord à celle du Sud, de l’Afrique du Nord à l’Égypte et au Moyen-Orient, de la Russie à la Suède, des pays baltes à la Suisse. L’Italie est sa seconde patrie, plus que l’Espagne franquiste, où elle ne retourne qu’avec mauvaise conscience. Elle s’engage pour la décolonisation, en Indochine puis en Afrique du Nord.

Militante féministe aujourd’hui régulièrement qualifiée de « blanche bourgeoise », elle décrit longuement le racisme dont sont victimes les Noir·es américain·es dans son récit de voyage L’Amérique au jour le jour (1948), elle établit un parallèle entre situation des colonisé·es et situation des femmes dans Le Deuxième Sexe (1949), elle signe manifestes et pétitions contre les colonialismes, ouvre les colonnes des Temps modernes aux résistant·es indépendantistes, elle participe aux manifestations anticolonialistes, c’est-à-dire anti-guerres coloniales, elle soutient financièrement nombre d’associations et de résistant·es insurgé·es contre les dictatures et les colonialismes.

Sa vie amoureuse est riche : outre ses maîtresses, elle a une aventure avec le metteur en scène Michel Vitold, une liaison avec le romancier nord-américain Nelson Algren, un compagnonnage de sept ans avec Claude Lanzmann, de dix-sept ans son cadet, journaliste et futur réalisateur de Shoah (1985).

Pour citer cet article : Tiphaine Martin, « Simone de Beauvoir, parcours d’une intellectuelle – Une vie de combats – 1945-1986 », Voyages autour de mon cerveau, juin 2025. URL : https://vadmc.hypotheses.org/25792

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Simone de Beauvoir, parcours d’une intellectuelle – Engagements féministes – 1949-1986

Les jeunes féministes, celles de la « femme du soldat inconnu » (26 août 1970) et leurs consœurs, viennent chercher Beauvoir. En sortent le « manifeste des 343 » (5 avril 1971), son témoignage au procès de Bobigny (1972), les manifestations, la chronique du « sexisme ordinaire » dans Les Temps Modernes, la co-fondation de l’association Choisir et de la Ligue du Droit des femmes.

Elle publie en 1960 Djamila Boupacha, avec l’avocate Gisèle Halimi, pour défendre une Algérienne violée et torturée par des militaires français.

La cause des femmes la préoccupe de plus en plus. Ses conférences à l’étranger se déroulent sur ce thème. Elle en profite pour interpeller les hommes présents dans la salle, et observer les constantes du machisme à travers les contrées et les continents. En France, elle préface La Grand Peur d’aimer, de la doctoresse Lagroua Weill Hallé (1960), consacrée aux désastres quotidiens des grossesses non désirées.

Elle s’implique au procès de Bobigny, où une mère employée à la RATP et sa fille sont mises en accusation, suite à l’avortement de cette dernière. Grâce, entre autres, au témoignage de Beauvoir et à la brillante plaidoirie de l’avocate Gisèle Halimi, proche de Beauvoir depuis l’affaire Boupacha, Marie-Claire et sa mère sortent libres du tribunal.

L’affaire du Plessis-Robinson mobilise également Beauvoir. Les jeunes femmes, mineures et enceintes, suite à des viols ou pour cause d’absence de contraception et de préservatifs, sont parquées au centre du Plessis, privées de lycée et forcées d’apprendre le secrétariat. Elles sont très sévèrement encadrées, considérées comme des coupables et frappées. Beauvoir parvient à faire fermer ce centre de la honte et à leur faire réintégrer la société.

Dans les années suivantes, Beauvoir s’inquiète et s’insurge notamment contre les mutilations sexuelles, en France et à l’étranger. En témoignent sa préface au livre de Renée Saurel, L’Enterrée vive (1981), sur les mutilations génitales, et ses propos dans le documentaire de Josée Dayan, Le Deuxième Sexe (1984).

Beauvoir publie également un article virulent contre le voile islamique, suite à la Révolution iranienne, dans Les Temps Modernes (mars 1979).

Pour citer cet article : Tiphaine Martin, « Simone de Beauvoir, parcours d’une intellectuelle – Engagements féministes – 1949-1986 », Voyages autour de mon cerveau, juin 2025. URL : https://vadmc.hypotheses.org/25813

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Simone de Beauvoir, parcours d’une intellectuelle – Derniers lustres – 1960-1986

Beauvoir continue à publier : compléments autobiographiques, roman, nouvelles, essai. Ainsi, elle publie le récit bouleversant de la mort de sa mère, Une mort très douce (1964), tout en soulignant l’acharnement thérapeutique dont cette dernière a été victime. Lui répond son essai La Vieillesse (1970), sur l’horreur de la condition faite aux personnes âgées.

Elle publie trois volumes de mémoires : La Force de l’âge (1960), La Force des choses (1963), et Tout compte fait (1972), bien accueillis.

Son roman Les Belles Images (1966) est accueilli fraîchement par la critique, tout comme son recueil de nouvelles La Femme rompue (1968). Sa dénonciation de la société de consommation et celle des duretés de la condition féminine passent inaperçues au niveau critique, malgré de forts tirages.

Certain·es critiques hurleront encore en 1981, quand Beauvoir témoignera sans fards de la décrépitude physique et psychologique de Sartre, dans La Cérémonie des adieux. C’est pourtant un témoignage splendide, le plus beau peut-être, de l’amour inconditionnel de Simone pour Jean-Paul, un hommage d’une force poignante et la touche finale au mythe Sartre-Beauvoir.

Elle continue à voyager et à s’engager politiquement.

Cinq ans moins un jour après le décès de Sartre, Beauvoir s’éteint à son tour, le 14 avril 1986, à Paris.

Depuis son décès, sont parus :

  • Journal de guerre (1990)
  • Lettres à Sartre (1990)
  • Lettres à Nelson Algren (1997)
  • Correspondance croisée (2004)
  • Cahiers de jeunesse (2008)
  • Malentendu à Moscou (2013)
  • En France aujourd’hui, on peut tuer impunément (2015)
  • Mémoires I et II (2018)
  • Les Inséparables (2020)
  • Lettres d’amitié (2022)

 

 

Pour citer cet article : Tiphaine Martin, « Simone de Beauvoir, parcours d’une intellectuelle – Derniers lustres – 1960-1986 », Voyages autour de mon cerveau, juin 2025. URL : https://vadmc.hypotheses.org/25831