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Couverture de ma Maîtrise - mois Maîtrise VADMC

Mise en perspective : de l’étude de La Femme rompue  à la transmission d’une œuvre beauvoirienne

Vingt-et-un ans après avoir écrit ma Maîtrise, vingt ans et six mois après l’avoir soutenue, en mars 2006, j’y reviens, dans le but de la mettre en ligne sur mon carnet de recherche Voyages autour de mon cerveau. Avant la mise en ligne définitive, j’y consacre une série d’articles :

  1. Naissance et écriture de ma Maîtrise.
  2. Publication d’extraits de ma Maîtrise : épigraphe, introduction générale, introduction de la première partie, conclusion de la première partie,  introduction de la seconde partie, conclusion de la seconde partie, conclusion générale.
  3. « Les films de Monique : le cinéma comme élément de construction du personnage dans “La Femme rompue” de Simone de Beauvoir ».
  4. « Mise en perspective : de l’étude de La Femme rompue à la transmission d’une œuvre beauvoirienne ».

Clôturons l’exploration de ma Maîtrise par cet article, consacré à mes recherches post-Maîtrise, du moins en date d’août 2026 :

Mon mémoire de Maîtrise consacré au rapport entre Le Deuxième Sexe (1949) et le recueil La Femme rompue (1968) n’a pas constitué un travail isolé, clos avec ma soutenance. Il a ouvert une trajectoire de recherche progressivement élargie.

Partie d’un corpus précis, l’essai ultra-célèbre et un des recueils de nouvelles de Simone de Beauvoir, ma réflexion s’est déplacée au fil des années vers plusieurs dimensions complémentaires : les relations entre les différentes écritures beauvoiriennes, les filiations littéraires, les réceptions et représentations de l’œuvre, puis la transmission d’une pensée et d’un héritage féministe. La Femme rompue n’a pas seulement été un objet d’analyse littéraire : le recueil est devenu un point d’entrée vers l’ensemble de l’œuvre beauvoirienne et vers les questions de circulation des textes, des idées et des lectures.

I. 2005-2006 : le point de départ : Le Deuxième Sexe et La Femme rompue

Mon travail de Maîtrise portait sur le dialogue entre deux œuvres majeures de Simone de Beauvoir : l’essai féministe Le Deuxième Sexe et le recueil de nouvelles La Femme rompue.

L’enjeu était d’étudier comment les analyses théoriques développées dans l’essai de 1949 trouvaient une forme fictionnelle dans l’œuvre publiée près de vingt ans plus tard.

Le recueil était donc envisagé comme une œuvre autonome, mais aussi comme une reprise littéraire de problématiques centrales de la pensée beauvoirienne :

  1. la condition féminine ;
  2. la dépendance affective et matérielle ;
  3. les rapports de pouvoir dans le couple ;
  4. les possibilités d’émancipation.

Ma recherche attentive menée sur le texte conduisit également à analyser certains éléments précis de construction littéraire, notamment les références culturelles présentes dans la parole des personnages. L’étude du cinéma chez Monique s’inscrivait ainsi dans cette démarche générale : comprendre pourquoi Beauvoir choisit certains détails et quelle fonction ils occupent dans l’économie du texte.

II. 2008 : deux écritures beauvoiriennes en parallèle

Mon article « Deuxième Sexe et Femme rompue : une écriture parallèle ? » marque une première reprise scientifique du travail engagé en maîtrise.

Ma réflexion se déplace : il ne s’agit plus seulement d’étudier comment La Femme rompue reprend les analyses du Deuxième Sexe, mais d’interroger la relation entre deux formes d’écriture.

L’essai philosophique et la fiction ne sont pas envisagés comme théorie et illustration, mais comme deux modalités différentes d’une même interrogation sur la condition féminine.

Mon travail initial devient ainsi une réflexion sur les moyens littéraires et intellectuels par lesquels Beauvoir construit sa pensée.

III. 2010 : inscrire La Femme rompue dans une histoire littéraire

Mon article « La Femme rompue de Simone de Beauvoir : réécriture ou dépassement de Princesses de science de Colette Yver ? » élargit encore la perspective.

Le recueil n’est plus seulement étudié dans son rapport à une autre œuvre de Beauvoir : il est replacé dans une histoire plus longue des représentations féminines.

La question devient celle de la filiation littéraire :

  1. que reprend Beauvoir d’une tradition antérieure ?
  2. que transforme-t-elle ?
  3. que dépasse-t-elle ?

La Femme rompue apparaît alors comme une œuvre qui dialogue avec des représentations préexistantes des femmes pour les déplacer et les questionner.

IV. 2019 : du texte aux représentations

Avec « Du texte à la représentation : réceptions de La Femme rompue », ma recherche change encore d’échelle.

Après l’étude de la construction interne du recueil et de ses filiations littéraires, mon attention se porte sur la vie de l’œuvre après sa publication.

Le texte devient un objet de réception :

  1. comment est-il lu ?
  2. comment est-il interprété ?
  3. comment est-il représenté ?

Cette étape ouvre la question de la circulation d’une œuvre littéraire au-delà de son contexte initial.

V. 2020 : dialogues autour de La Femme rompue et adaptation télévisuelle

L’année 2020 constitue une étape importante dans ma transmission de l’œuvre. Les dialogues que j’ai proposés à la chercheuse Marine Rouch, sur son carnet de recherche Chère Simone de Beauvoir, et qu’elle a acceptés, prolongent la réflexion sous une forme différente, celle de l’échange :

  1. « En chemin avec “La femme rompue” » ;
  2. « Dialogue autour de La Femme rompue ».

Ou comment travailler en temps de pandémie.

L’œuvre n’est plus seulement analysée ; elle devient un objet de discussion et de partage. L’adaptation télévisuelle réalisée par Josée Dayan à partir de la nouvelle « La Femme rompue » pose une autre question que celle de mes autres articles et travail de recherche : celle du passage du texte littéraire à une représentation audiovisuelle. Le recueil entre ainsi dans une nouvelle phase de son existence : celle de la réinterprétation.

Cette réflexion autour de la circulation de La Femme rompue s’est également prolongée par un dialogue entre recherche, lecture et création artistique. Dans l’article « Femme rompue, voyages et sculptures », publié en octobre 2020, toujours sur Chère Simone de Beauvoir, j’ai présenté les œuvres plastiques réalisées par Bella Buch à partir de mes recherches sur Simone de Beauvoir. Sa peinture consacrée à la nouvelle « La Femme rompue » et ses deux sculptures inspirées de l’œuvre beauvoirienne montrent alors une autre manière de faire vivre un texte littéraire : non plus seulement par l’analyse universitaire, mais par sa transformation en images et en objets. Le livre devient lui-même un objet artistique, porté par Monique dans le tableau ou ouvert dans les sculptures consacrées à La Femme rompue et à Mémoires d’une jeune fille rangée.

Cette expérience rappelle que les œuvres littéraires ne vivent pas uniquement dans les espaces académiques : elles circulent entre lecteurs et lectrices, artistes et chercheurs, et peuvent susciter de nouvelles formes de création. Elle rejoint ainsi l’une des constantes de mon travail sur Simone de Beauvoir : suivre les chemins par lesquels une œuvre rencontre ses lecteurs, ses lectrices et ses héritiers.

VI. À partir de 2020 : Voyages autour de mon cerveau : Beauvoir comme œuvre transmise

Les articles publiés sur Chère Simone de Beauvoir, puis sur mon carnet de recherche Voyages autour de mon cerveau, montrent une nouvelle étape : celle de la transmission.

Simone de Beauvoir y apparaît non seulement comme un objet d’étude universitaire, mais comme une œuvre vivante, destinée à circuler auprès de nouveaux lecteurs et lectrices.

Les textes consacrés à Beauvoir replacent La Femme rompue dans l’ensemble de sa production :

  1. mémoires ;
  2. romans ;
  3. essais ;
  4. correspondances.

Le recueil n’est plus isolé : il retrouve sa place dans un parcours intellectuel global.

VII. Mai 2020 : Beauvoir reçue dans la sphère familiale : Denis Martin

L’entretien « Denis Martin – Beauvoir, marquer l’Histoire », dans la catégorie « Beauvoir au masculin », montre une autre forme de réception. La découverte de Beauvoir par un lecteur qui n’était pas spécialiste passe par la recherche menée par sa fille, moi.

Cette transmission familiale rappelle que les œuvres vivent aussi en dehors des espaces universitaires.

Beauvoir devient alors une figure historique majeure, notamment à travers la force de la formule : « On ne naît pas femme : on le devient. »

VIII. Juillet 2020 : La recherche comme transmission : Claudine Monteil

La rencontre avec Claudine Monteil, le neuf décembre 2013, à la Maison Paul Bert, salle Anna, à Auxerre, constitue une dimension essentielle de cette trajectoire. Au moment où le mémoire de maîtrise s’achevait, l’échange avec cette proche de Simone de Beauvoir a ouvert des perspectives concrètes pour la poursuite des recherches à Paris.

Cette rencontre au Cercle Condorcet d’Auxerre rappelle que l’héritage beauvoirien ne passe pas uniquement par les textes : il passe aussi par des rencontres, des réseaux intellectuels et des transmissions entre générations.

IX. Décembre 2020 : Judith Coffin : l’œuvre et ses lectrices

Mon entretien avec Judith Coffin sur Voyages autour de mon cerveau apporte un éclairage essentiel sur la réception de La Femme rompue.

La chercheuse nord-américaine rappelle que Beauvoir s’est inspirée des confidences reçues de femmes confrontées à des ruptures conjugales. L’œuvre naît donc d’une écoute du réel.

Mais son histoire ne s’arrête pas à son intention d’autrice.

Les nombreuses lettres reçues par Beauvoir après la publication montrent que les lectrices se sont reconnues dans Monique, parfois en contradiction avec la distance critique que Beauvoir souhaitait maintenir envers son personnage.

Cette tension entre intention d’écriture et réception constitue l’une des richesses majeures de l’histoire du recueil.

X. Avril 2021 : Beauvoir comme héritage : les « héritières »

Mon article « Y a-t-il des héritières Beauvoir ? Pour une arborescence des femmes écrivaines féministes » déplace encore la perspective.

La question n’est plus seulement : comment Beauvoir écrit-elle les femmes ?, mais : comment son œuvre continue-t-elle d’agir dans les écritures féminines qui lui succèdent ? Beauvoir devient alors une figure de transmission intellectuelle et féministe.

XI. Juin 2021 : Beauvoir et les autres écrivaines : Lucie Delarue-Mardrus

Avec « Amanit et Fosca, l’aventure de la traversée des siècles », en compagnie de la chercheuse Irina Durnea, l’étude compare deux œuvres, Amanit (1929) et Tous les hommes sont mortels (1946) autour d’un même motif littéraire : l’immortalité.

Ces recherches prolongent une méthode déjà présente dans la maîtrise : mettre les textes en dialogue afin de comprendre ce qu’ils révèlent des représentations féminines et des conceptions du monde.

XII. Octobre 2022 : « Bim Bam Boum… » : La Femme rompue dans une réflexion contemporaine sur les violences faites aux femmes

Dans « Bim Bam Boum : femmes debout contre les coups », La Femme rompue réapparaît dans une réflexion plus large sur les violences faites aux femmes et les chemins de reconstruction.

L’œuvre beauvoirienne dialogue alors avec d’autres écritures contemporaines, celles de Katherine Pancol et de Typhaine D.

Il ne s’agit plus d’une étude monographique du recueil, mais d’un retour de certaines problématiques beauvoiriennes :

  1. autonomie ;
  2. domination ;
  3. violence ;
  4. possibilité de se reconstruire.

XIII. Mars 2024 : Beauvoir et sa consœur : Françoise Sagan

Mon article « Beauvoir-Sagan, l’admiration tendue », ma réflexion porte sur les relations entre deux écrivaines majeures du XXe siècle, leurs proximités et leurs différences.

XIV. Août 2026 : le Moi(s) Maîtrise

La mise en ligne intégrale de ma Maîtrise sur Voyages autour de mon cerveau constitue une nouvelle étape dans cette trajectoire de transmission. Après avoir étudié la circulation de l’œuvre beauvoirienne, ses réceptions et ses héritages, je choisis désormais de rendre accessible le travail universitaire qui a constitué le point de départ de ces recherches.

Cette publication permet ainsi à ce mémoire, écrit en 2005-2006 et soutenu en mars 2006, de poursuivre son existence auprès de nouveaux lecteurs et lectrices, non comme un travail figé dans le passé, mais comme la première étape d’un parcours intellectuel toujours en mouvement.

XV. Conclusion provisoire : de la maîtrise à la vie d’une œuvre

Mon parcours commencé avec l’étude de La Femme rompue montre finalement moins une succession de sujets qu’un élargissement progressif d’une même interrogation.

Partie d’un recueil de fiction, ma recherche a conduit à explorer :

  1. la pensée féministe de Beauvoir ;
  2. ses choix d’écriture ;
  3. ses filiations littéraires ;
  4. ses réceptions ;
  5. ses représentations ;
  6. ses héritages.

Ma maîtrise apparaît ainsi non comme un travail achevé, mais comme le point de départ d’une relation durable avec une œuvre.

La jeune chercheuse que j’étais en 2005-2006, qui s’interrogeait sur la fonction d’un détail dans un texte (pourquoi Beauvoir fait-elle citer tel film ? pourquoi tel élément apparaît-il ?) a conservé le même geste intellectuel : écouter les œuvres, suivre leurs traces et comprendre comment elles continuent à vivre. Des travaux à continuer, sur une longue route pavée de belles découvertes et échanges.

Pour citer cet article : Tiphaine Martin, « Mise en perspective : de l’étude de La Femme rompue  à la transmission d’une œuvre beauvoirienne »,  Voyages autour de mon cerveau, août 2026. URL : https://vadmc.hypotheses.org/32424

Scruter son corps Beauvoir, Varda VADMC.001

Scruter son corps : Beauvoir, Varda

Quand on est une intellectuelle, une artiste, que faire lorsque l’on vieillit ? Sinon faire œuvre de mémoire, publiquement, avec l’orientation singulière qu’on veut bien lui donner. C’est le cas pour l’autrice Simone de Beauvoir (1908-1986) et la cinéaste Agnès Varda (1928-2019). Toutes deux se retournent vers leur passé, décrivent leur présent, et regardent leur avenir, la première dans ses mémoires (1958, 1960, 1963, 1972), la seconde notamment dans Les Plages d’Agnès (2008). Leurs mémoires ne sont pas qu’individuelle, elles font entrer le monde dans son univers, à l’image de son existence.

La contextualisation mémorielle de ces deux autrices permet de retracer, outre leur amour profond pour leurs compagnons, l’évolution de la condition féminine, donc du corps féminin. Nous avons analysé, dans nos travaux antérieurs, le corps beauvoirien mémoriel comme corps se libérant progressivement des pesanteurs françaises, bourgeoises et catholiques de la Belle Époque et du début de l’entre-deux-guerres. Pour Varda, il s’agit de se détacher de son milieu petit-bourgeois belge, par exemple de découvrir ce que sont les relations sexuelles, dont elle ignore, classiquement, le fonctionnement, comme son aînée Beauvoir.

L’artiste et l’intellectuelle suivent leur existence au fil de leur œuvres : récits, nouvelles, romans, essais, scénarios pour Beauvoir ; photographies, scénarios et réalisations pour Varda. Elles font corps avec elles.

L’une et l’autre continuent à se regarder, sans complaisance. Beauvoir rage contre l’avancée de la vieillesse et de la mort, dont elle déclare à la toute fin de La Force des choses (1963) :

Oui, le moment est arrivé de dire : jamais plus ! Ce n’est pas moi qui me détache de mes anciens bonheurs, ce sont eux qui se détachent de moi : les chemins de montagne se refusent à mes pieds. Jamais plus je ne m’écroulerai, grisée de fatigue, dans l’odeur du foin ; jamais plus je ne glisserai solitaire sur la neige des matins. Jamais plus un homme. Maintenant, autant que mon corps mon imagination en a pris son parti. Malgré tout, c’est étrange de n’être plus un corps ; il y a des moments où cette bizarrerie, par son caractère définitif, me glace le sang. Ce qui me navre, bien plus que ces privations, c’est de ne plus rencontrer en moi de désirs neufs : ils se flétrissent avant de naître dans ce temps raréfié qui est désormais le mien.

Si elle modère cet épilogue dans Tout compte fait (1972), elle ne se réconcilie pas pour autant avec l’idée de sa finitude. Varda est plus sereine, jouant à la caméra avec les taches de vieillesse de ses mains, tout en s’inscrivant dans son installation Les Veuves de Noirmoutier (2006). Elle aussi est « dans le tableau », assise sur une chaise, muette, à côté d’une chaise vide, sur une plage.

Chacune clôt son autobiographie corporelle par… une ouverture aux autres : ennemis, amis et son œuvre pour Beauvoir, sa famille pour Varda :

Je voulais me faire exister pour les autres en leur communiquant, de la manière la plus directe, le goût de ma propre vie : j’y ai à peu près réussi. J’ai de solides ennemis, mais je me suis aussi fait parmi mes lecteurs beaucoup d’amis. Je ne désirais rien d’autre.

Cette fois, je ne donnerai pas de conclusion à mon livre. Je laisse au lecteur le soin d’en tirer celles qui lui plairont.

 

Je me souviens pendant que je vis.

 

Tant l’écrivaine que l’artiste se disent en vie, avec les autres. Avec nous ?

Pour citer cet article : Tiphaine Martin, « Scruter son corps : Beauvoir, Varda », Voyages autour de mon cerveau, juin 2025. URL : https://vadmc.hypotheses.org/26634

Star Wars Mamma mia père VADMC

“Je suis ton père” : Star Wars, Mamma Mia !

Quand les adultes vous mentent sur votre filiation, cela peut provoquer un besoin de connaissance, afin d’atténuer votre sentiment de mal-être. Certes, cela n’empêche pas de devenir un grand pilote de l’armée rebelle, ni une jeune femme accomplie, amoureuse de son fiancé, mais savoir d’où l’on vient, génétiquement parlant, n’est pas mal non plus. Sauf si le géniteur est un être mauvais, volontiers génocidaire, et meurtrier dès que quelqu’un·e le contrarie. Ou si vous avez le choix entre trois paternels possibles, et que les tests ADN n’existent pas.

Dans la première trilogie de Star Wars (George Lucas, 1977, 1980, 1983), le jeune Luke Skywalker (Marc Hamill) est élevé par son oncle et sa tante, après que sa mère est morte et que son père a été tué par le sinistre Dark Vador (David Prowse). Luke vit dans une « galaxie, lointaine, très lointaine », où domine le Mal, symbolisé par Vador, être revêtu de bas en haut d’une armure noire, sous-fifre tout-puissant de l’Empereur Palpatine (Ian McDiarmid). Celui-ci ne se fait que très peu voir de ses sujets, entretenant ainsi la terreur autour de sa personne.

Vador tue, torture, fait tuer et torturer tous les êtres qui voudraient vivre libres et égaux dans la fraternité universelle. Luke finit par rejoindre l’armée des résistant·es, et devient un de leurs meilleurs pilotes. Capturé, à l’épisode deux, L’Empire contre-attaque (The Empire Strikes Back, 1980), par les soldats de Vador, ce dernier lui apprend qu’il est son père biologique.

Loin du noir et blanc glacial du monde impérial, Sophie Sheridan (Amanda Seyfried) est une jeune Anglo-Saxonne des années 1990 sur le point de se marier avec Sky Rymand (Dominic Cooper). Dans Mamma mia ! (Phyllida Lloyd, 2008), film d’après la comédie musicale (1999) du groupe suédois ABBA, ils vivent tous deux sur une île grecque avec la mère de Sophie, Donna (Meryl Streep), et sont sur le point de reprendre son hôtel de luxe à leur compte. Sophie ayant découvert que son père biologique pourrait être un des trois amants estivaux de sa mère vingt ans auparavant, elle les invite secrètement tous trois à son mariage.

L’Anglais Harry Bright (Colin Firth), le Nord-Américain Sam Carmichael (Pierce Brosnan) et le Suédois Bill Anderson (Stellan Skarsgård) arrivent sur l’île et se font reconnaître de Donna. Qui n’est pas du tout ravie de les revoir, ni de découvrir le stratagème de sa fille, dont elle réprouve l’envie de rentrer dans une norme étouffante, en se mariant, norme qu’elle a fuie des années auparavant. Donna n’est pas mariée, a géré seule son hôtel, tout en élevant seule sa fille. Mais les années ont passé, la vague des féminismes occidentaux des années soixante-dix a reflué, place au retour du bâton des années quatre-vingts et quatre-vingt-dix, malgré les résistances féministes ici et là.

Les trois pères putatifs réagissent avec un degré d’étonnement réjoui différent selon leur sensibilité : ravi pour Sam, finalement content pour Harry, prêt à esquiver ses responsabilités pour Bill.

De même, Luke commence par refuser l’ignoble vérité : lui, le fils d’un tel homme-machine ? Lui, le rejeton de son pire ennemi ? Il lui faudra tout le reste de L’Empire contre-attaque et de sa suite, Le Retour du Jedi (Return of the Jedi, 1983), pour régler son Œdipe tout en protégeant de l’ire paternelle sa sœur jumelle Leia (Carrie Fisher), dont le maître Jedi Yoda (Frank Oz) lui a révélé l’existence. Luke doit alors passer d’un amour vague pour Leia, une des cheffes de la résistance, qu’il a rencontrée au cours du premier épisode, La Guerre des étoiles (Star Wars, 1977), à une affection fraternelle.

Sky, de son côté, commence par se disputer avec Sophie quand il apprend qu’elle a invité ses trois pères possibles à leur mariage sans lui en parler. Non seulement elle lui a menti, mais il lui demande si la véritable raison de leur mariage n’est pas les retrouvailles de Sophie avec son géniteur, plutôt qu’une fête traditionnellement patriarcale. Quelle est sa place dans leur couple, dans  ce cas ? Sophie l’aime-t-elle vraiment ? Et pourquoi insister pour rester avec Donna, plutôt que de partir faire le tour du monde ensemble ?

Finalement, Luke et Sophie résolvent leur crise d’identité. Sophie refuse de se marier avec Sky, tout en accédant à son désir de voyager partout. Qu’importe le père, pourvu qu’on ait l’amoureux. Luke arrive à faire revenir son père du bon côté, de l’existence et de l’Histoire, juste avant que Vador ne décède, en protégeant Luke de la tentative de meurtre de Palpatine, puis en tuant ce dernier. Luke informe sa sœur du décès de leur père à la fin du Retour du Jedi. Leia ayant déjà construit son existence au fil des épisodes, avec la résistance et avec le baroudeur Han Solo (Harrison Ford), cette nouvelle est surtout l’occasion de se tranquilliser sur la fin de l’Empire et d’un ennemi qui, entre autres, l’a faite torturer au début de La Guerre des étoiles.

Chacun·e est soulagé·e, et peut continuer paisiblement son existence. Le poids de la génétique doit donc être le plus léger possible, afin de pouvoir exister par soi-même.

Pour citer cet article : Tiphaine Martin, « “Je suis ton père” : Star Wars, Mamma Mia ! », Voyages autour de mon cerveau, septembre 2024. URL : https://vadmc.hypotheses.org/17293