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Mon Palimpseste littéraire et expositions I

Bidulbuk et Cie. Mon palimpseste littéraire et d’expositions, 1984-2002. Partie I.

Je ne sais pas quel est le premier livre que mes parents m’ont lu. Je ne sais pas davantage quelle est la première exposition que j’ai vue. C’est peut-être mieux ainsi. Les livres et les images étaient là avant que ma mémoire ne commence à les classer.

Tous les soirs, mes parents me lisaient un album. Il y en avait d’autres le week-end, pendant les vacances. Je me souviens de L’Énorme Crocodile, des Deux Gredins, de Max et les Maximonstres, des Trois Brigands, du Chat ne sachant pas chasser, de Matilthe et le fantôme, de Cache-cache cochon, de William cochon, des Dessous du sable (livre sans texte, mais qui peut être parcouru à plusieurs). Je me souviens des animaux, surtout. Ils ont toujours beaucoup peuplé mes livres.

Il y a eu, aussi, L’Homme qui plantait des arbres. Je crois que mes parents m’ont d’abord montré le film d’animation de Frédéric Back. J’en ai conservé une image qui est encore un éblouissement : à la fin, cette mer d’arbres plantés par Elzéard Bouffier, tout ce vert et ce bleu qui bougent sous le vent. Plus tard, quand j’ai su lire, j’ai lu Giono. Je le relis toujours volontiers. Et je regarde toujours volontiers le film d’animation.

Mes parents, écologistes, m’ont également offert plusieurs livres consacrés à la protection de l’environnement : Ma planète, ça me regarde, 50 trucs faciles pour embellir la Terre, puis, quelques années plus tard, Déluge sur Monteyrac. Comme je l’ai raconté dans mon premier Palimpseste, ils m’ont sensibilisée à l’écologie dès mon enfance.

À l’école maternelle, il y avait des livres. Mes parents m’avaient abonnée à L’École des loisirs et, régulièrement, un album arrivait à l’école. Il y avait aussi les lectures mises en scène par les adultes,  dans l’émission jeunesse Les Badabocks. J’en parle déjà dans un autre Palimpseste : un album respecté, accompagné plutôt que transformé, ce qui est peut-être une des raisons pour lesquelles je supporte si mal certaines adaptations qui prétendent améliorer ce qui n’avait pas besoin de l’être. Et qui changent le sens du récit voulu par l’auteur ou l’autrice.

À la maison arrivaient aussi les revues. Popi, d’abord, dont il me reste surtout la peluche qui m’accompagnait toute petite. Pomme d’Api, Les Belles Histoires, avec à chaque fois une histoire et des univers graphiques différents. Puis J’aime lire, avec un graphisme plus vif, toujours agréable.

Je ne me rappelle pas non plus ma première visite au Musée en Herbe. D’après mes parents, j’étais toute petite. Le musée se trouvait alors dans le parc parisien où il y a des miroirs déformants. Aujourd’hui, le musée se trouve en plein cœur de Paris. Je n’en ai gardé aucune exposition précise, seulement l’idée, transmise par leur souvenir, d’un musée réellement conçu à hauteur d’enfant.

Mes parents me lisaient et me commentaient également des livres d’art. Bruegel est ainsi entré très tôt dans la maison. J’avais un livre pour enfants consacré aux Jeux d’enfants, que j’ai toujours. Mes parents avaient accroché une reproduction des Chasseurs dans la neige dans un des couloirs de la maison. J’aimais ce tableau : la neige, les personnages qui rentrent, les maisons au loin, le calme. Beaucoup plus tard, à Vienne, j’ai vu l’original. L’émotion était forte, puisque j’ai enfin rencontré en vrai un tableau que je connaissais depuis toujours.

Mais le véritable coup de foudre a eu lieu ailleurs. J’avais environ six ans. Nous étions à la Fondation Maeght, entre Saint-Paul et Saint-Paul-de-Vence, en Provence, loin de ma Yonne natale. Pas de collines ni de vignes, mais des pins parasols et du plat. Je me souviens… La pinède où nous garions la voiture, les quelques minutes à pied, puis le bâtiment apparaissant entre les arbres. Les poissons de Braque dans le petit couloir d’eau à l’entrée. Le sol en terre cuite rouge du Midi. Les sculptures de Giacometti (Le Chien, Le Chat) et celles de Miró, toutes délirantes, donc merveilleuses. Les mosaïques de Miró sur les murs extérieurs. Le jardin. Les expositions temporaires. Le Tigre de Jacques Monory à l’étage, un de ses Pique-nique bleu glacé, magnifique. Un grand Chagall, genre Les Mariés de la Tour Eiffel. Je continue d’ailleurs à trouver profondément regrettable que la Fondation Maeght ne soit pas une location de vacances : je m’y installerais très volontiers.

À six ans pourtant, je trouvais encore volontiers les musées ennuyeux. Puis je suis arrivée devant Le Carnaval d’Arlequin de Miró. Coup de foudre. Du coup, je ne me suis plus jamais ennuyée dans une exposition ni dans un musée, même lorsque je ne vibre pas à l’œuvre. Mes parents m’avaient appris à aller voir. À partir de ce moment-là, je crois que j’ai commencé à regarder.

Quand j’ai su lire, ou, plus exactement, quand j’ai commencé à savoir déchiffrer suffisamment pour essayer, j’ai naturellement voulu choisir moi-même mes livres, encouragée, comme mes ami·es et camarades, par mes instituteurs et institutrices, avant le dirigisme des professeurs du Secondaire et de l’université de Dijon, sauf en Maîtrise, où j’ai choisi mon sujet de recherche. Et j’ai continué à être libre de mes choix littéraires en Master 2 et en thèse à l’université Paris 7, et depuis. Au CP, dans la bibliothèque de l’école primaire, j’ai tenté un Oui-Oui. Peut-être Oui-Oui et le taxi jaune. J’ai dû tenir un paragraphe et demi. J’ai reposé le livre. Je trouvais ça vraiment trop crétin. En outre, l’illustration triade de la couverture, en mode Oui-Oui est un nain de jardin (je déteste les nains de jardin, même kitschs), ne m’a pas aidée à entrer dans le récit.

Cette expérience malheureuse ne m’a heureusement pas détournée d’Enid Blyton : j’ai adoré Le Club des Cinq, Le Clan des Sept et La Famille Tant-Mieux. Dans cette même bibliothèque, j’ai découvert l’adaptation illustrée du film Tintin et la Toison d’or. Je n’ai vu le film que beaucoup plus tard, vers vingt ans, comme Tintin et les Oranges bleues, mais pendant des années le livre m’a fait rêver. Il y avait aussi, en bibliothèque internationale Nathan, les Moomins, C’est la vie, mon vieux chat, Monsieur Ouiplala et d’autres livres, venus notamment du nord de l’Europe. J’en ai racheté certains bien plus tard.

Parmi ces premières lectures, il y a…. tellement de livres : Bulle ou la voix de l’océan, Treize à la douzaine, Le Fantôme de Thomas Kempe, Les Patins d’argent, Le Bon Gros Géant… Le Vent dans les saules reste un très, très, très bon souvenir. Lassie, chien fidèle me faisait pleurer. Il y avait aussi Au revoir Blaireau, petit livre d’une immense douceur malgré son sujet. Les animaux étaient décidément partout.

Chez mon ami C., je lisais aussi les livres de ses deux petites sœurs, M. et E. Martine ne m’intéressait guère. Je préférais Caroline, car il y avait les animaux. Et, comme j’adorais Mimi Cracra, les albums et le dessin animé, H., la mère de C., m’avait même fabriqué pour mon anniversaire un coussin Mimi Cracra, que j’ai toujours. Mimi Cracra est là, en robe rouge, bondissante, un tuyau d’arrosage à la main. Merci H.

En CE1, une entorse m’a ouvert un autre continent. Nous passions les vacances de février dans le Doubs, en location avec mes parents. J’avais fait une mauvaise chute à vélo et je devais garder le lit. Dans la location, il y avait une petite bibliothèque. Mes parents y ont repéré L’Auberge de l’Ange-Gardien de la Comtesse de Ségur et m’ont conseillé de le lire. J’ai adoré. Eux l’avaient lu bien avant moi et savaient qu’il existait une suite, Le Général Dourakine. Ils me l’ont acheté et me l’ont offert. Je l’ai dévoré aussitôt. Après cela, j’ai lu la Comtesse de Ségur. Puis relu. Puis rerelu. Puis rerelu encore. Tout.

Certains de ses livres m’ont davantage marquée que d’autres. Mémoires d’un âne, par exemple, n’est pas pour moi le gentil récit animalier auquel on pourrait le réduire : il raconte aussi la condition faite aux animaux, et particulièrement aux ânes.

François le Bossu m’a beaucoup touchée. Le livre montre ce que le regard des autres et leurs insultes peuvent faire à une personne handicapée, mais aussi comment l’affection et l’amour peuvent apaiser une partie de ces blessures. Christine, petite fille puis jeune fille, ne regarde pas François comme les autres le regardent. Elle-même est mal aimée dans sa propre famille. Son père est largement indifférent, tout entier dévoué à une épouse qui n’est pas piquée des hannetons : vulgaire, parlant fort, portant des toilettes voyantes et, surtout, refusant de voir grandir sa fille parce qu’elle tient elle-même à paraître éternellement jeune. Christine trouve donc refuge auprès de François et de son père, qui a perdu son épouse. Elle passe auprès d’eux une grande partie de son enfance puis de son adolescence. Cette famille presque choisie, substituée à une famille biologique défaillante, n’était pas tout à fait banale.

Peut-être étais-je particulièrement sensible à cette histoire parce que la question du handicap ne m’était pas étrangère. Ma mère, qui avait été mon institutrice en maternelle, avait monté un projet d’école avec un IME près d’Auxerre. Lorsque j’étais en grande section, si mon souvenir est bon, nous étions notamment allés pique-niquer avec les personnes accueillies dans cet établissement. Le handicap n’appartenait donc pas seulement pour moi aux livres.

Quel amour d’enfant ! me faisait, lui, beaucoup ricaner amèrement. Giselle n’est pas mal aimée : ses parents l’aiment, mais ils l’aiment en lui passant tous ses caprices. Elle fait ce qu’elle veut, comme elle veut, quand elle veut. Elle est odieuse avec les domestiques et avec à peu près tout le monde. Elle n’apprend rien, puisque ses préceptrices ne restent guère auprès d’elle. Les domestiques s’en vont régulièrement. Toute la maison vit dans l’instabilité. Jusqu’à ce que ses parents finissent, sur les conseils d’autres adultes, par modifier durablement leur manière de l’élever. Je n’avais évidemment pas le vocabulaire pédagogique pour analyser cela. J’avais en revanche parfaitement compris qu’aimer un enfant ne consiste pas à lui permettre absolument tout. Aujourd’hui, je pense parfois que certains parents qui, sous prétexte de suivre Maria Montessori, laissent leurs enfants faire tout ce qu’ils veulent (pour leur propre tranquillité, nous sommes bien d’accord), feraient bien de lire Quel amour d’enfant !

Et puis il y avait la fin d’Un bon petit diable, dont j’ai gardé une véritable philosophie de la suffisance. Une fortune arrive au héros à la fin du livre : elle pourrait bouleverser entièrement son existence. Mais pourquoi diable faudrait-il se mettre à consommer davantage ? On ne peut porter qu’un costume à la fois. On ne peut pas faire trente-six repas par jour, ni être dans quarante-six endroits en même temps. Il est donc possible de continuer à vivre simplement et d’utiliser l’argent autrement, notamment pour faire du bien autour de soi. Je n’appellerais certainement pas cela de l’épicurisme chez la très catholique Comtesse de Ségur. Aujourd’hui, je parlerais plutôt de sobriété volontaire : savoir ce qui suffit.

Dans Les Petites Filles modèles, j’aimais particulièrement toute l’histoire de la fête improvisée. Elle se déroule dans un univers entièrement féminin et tout le monde participe : les mères aristocrates et leurs filles, certes, mais aussi la bonne Élisa. Et Élisa n’est justement pas une figurante. C’est elle qui accomplit une bonne partie du travail, notamment lorsqu’elle évide des coquilles de noix pour les remplir de cire et y placer une mèche afin d’en faire de petits lampions. Cela me paraissait fantastique. Il y avait également un petit buffet, préparé sans doute par la cuisinière. Tout un travail féminin, habituellement invisible, devenait donc visible. Je ne crois pas que la Comtesse de Ségur le fasse avec maternalisme, même si cela peut évidemment se discuter. Et rien que le terme « croquettes de riz » me met(tait) l’eau à la bouche.

Dans Les Vacances, j’adorais toute l’histoire des cousins et des cousines qui construisent des cabanes. Les filles aussi construisent des cabanes, ça compte et ça ne va pas de soi, ni au dix-neuvième siècle, ni au vingtième. Et aujourd’hui ? Par contre, ce roman m’avait réservé une déception : Sophie n’épouse finalement pas Paul, son ami d’enfance, qu’elle retrouve après son incroyable réapparition. Paul a passé des années sur une île avec le père de Marguerite de Rosbourg et ceux que la Comtesse de Ségur appelle alors des « sauvages », lesquels ont bien entendu été « civilisés » par les Européens. Tout cela appartient à l’imaginaire colonial du XIXe siècle. Mais enfant, ce n’était pas cela qui m’avait déçue. Je voulais que Sophie épouse Paul, et non pas l’insignifiant Jean. Quelques années plus tard, à quinze ans, j’ai lu Mémoires d’une jeune fille rangée et découvert avec ravissement que Simone de Beauvoir avait éprouvé, à peu près au même âge que moi, la même déception devant le destin matrimonial de Sophie et Paul. Voilà qui me rassurait rétrospectivement. Je n’étais plus seule face à mes lectures d’enfance. En outre, adulte, j’ai pu constater que l’intérêt de Jean pour Sophie est inscrit dès le début des Vacances, et se poursuit tout au long du roman. Mouais.

J’avais éprouvé une déception très semblable avec Louisa May Alcott, tout comme, là aussi, Simone de Beauvoir. Après Les Quatre Filles du docteur March, j’avais lu la suite publiée en français sous le titre Les Quatre Filles du docteur March se marient. Bon, déjà, gros problème avec le titre, qui masque la mort tragique de la douce Beth – alors qu’Amy la pimbêche, elle, reste en vie. En outre, j’avais été très déçue que Jo n’épouse pas Laurie, son ami d’enfance. Mais cette déception-là n’a pas duré. À dix ans, j’ai vu au cinéma l’adaptation des Quatre Filles du docteur March avec Winona Ryder. Et tout à coup, quelque chose qui ne m’était pas apparu avec la même évidence à la lecture est devenu parfaitement logique : Jo aime beaucoup Laurie, mais elle ne l’aime pas d’amour. Elle a même tout à fait raison lorsqu’elle comprend que, s’ils étaient ensemble, ce serait l’enfer. Ce n’est pas ce qu’elle cherche chez un mari. Ce n’est pas parce qu’un garçon et une fille ont grandi ensemble, sont extrêmement proches et s’aiment profondément qu’ils doivent nécessairement former un couple. Et c’est précisément à ce moment-là que Jo décide de quitter la maison familiale. Elle part à New York, poursuit sa propre vie et y rencontre l’homme qu’elle aimera, le professeur Bhaer. Je dois ajouter, pour être tout à fait honnête, que la réalisatrice a magnifiquement choisi, aussi, ses interprètes masculins : l’acteur qui joue Laurie a des traits jolis, jeunes bien sûr, mais reste peu mature. Par contre, l’acteur aux cheveux noirs et yeux bleus qui joue le professeur Bhaer est très beau et viril. Ahem. Enfin bref.

Entre Sophie et Paul d’un côté, Jo et Laurie de l’autre, quelque chose avait donc déjà bougé dans ma manière de lire les histoires d’amour. Je pouvais souhaiter très fort qu’un couple se forme, puis changer d’avis si l’histoire me faisait comprendre que l’amitié et l’amour n’étaient pas interchangeables.

À l’école primaire, il y a eu une rencontre importante. Dans mon livre de lecture de CE1 figurait un extrait de La Chatte de Colette, sur le « Kashasaha de Saha ». Cela m’avait fascinée. En outre, Colette, pour moi, n’était pas d’abord « Colette, grande écrivaine française ». Elle était une écrivaine de l’Yonne. Une locale.

Vers neuf ou dix ans, je suis d’ailleurs allée avec mon père à la librairie Obliques, rue Joubert, à Auxerre. Le libraire de l’époque avait une grande barbe et m’impressionnait un peu. J’ai choisi La Chatte et Dialogues de bêtes. Un peu plus  tard, j’ai lu Claudine à l’école. Claudine disait « je » ; j’ai donc commencé par croire que tout cela était vrai. Il m’a fallu comprendre progressivement qu’une narratrice disant « je » n’était pas nécessairement l’autrice et que Claudine, malgré tout ce qu’elle avait d’apparemment vivant, n’existait pas.

La librairie Obliques, quant à elle, est devenue MA librairie. Quelques années plus tard, le premier propriétaire l’a cédé à son employée George. Je l’ai beaucoup connue ainsi. Quand nous nous croisons encore par hasard dans Auxerre, elle me salue comme l’une de ses plus anciennes clientes. Cela me fait toujours plaisir.

À neuf ans, mes grands-parents m’ont offert Quelle vie de chat ! J’étais chez eux pour une semaine de vacances, dans la ferme icaunaise héritée du père de ma grand-mère. Mon anniversaire tombe en avril. Parmi mes cadeaux se trouvait ce livre, sur le chat Jacob, qui raconte sa vie. C’est très amusant et très délicat.

Chez ma grand-mère maternelle, je lisais ce que je trouvais. Vers dix ans, j’ai lu Rebecca. Je l’ai adoré et je l’aime toujours. Bien plus tard, j’ai été heureuse de découvrir enfin le texte français intégral grâce à une nouvelle traduction, sans pour autant renier la traduction abrégée de mon enfance. J’ai aussi lu Autant en emporte le vent, dans l’édition Gallimard de 1939, dont j’ai hérité à la mort de ma grand-mère, en 2017. Là, j’ai éprouvé beaucoup moins d’enthousiasme que pour Rebecca. Je préférais le film, car, dans le roman, Scarlett est absolument insupportable.

Par contre, j’aimais beaucoup Stéphanette, de René Bazin. Je percevais déjà, sans employer évidemment le terme, son caractère contre-révolutionnaire : les révolutionnaires français y sont présentés comme des êtres assoiffés de sang. Cela ne m’empêchait pas d’aimer le style et la jolie histoire d’amour entre l’aristocrate et la jeune fille pauvre, malmenée par un ancien révolutionnaire, qui, ô stupeur, se trouve être une aristocrate. Comment ça, c’est cliché-ultra ?

J’ai lu aussi Une jeune fille voyagea, de Claude Farrère, que je recevais surtout comme un roman d’aventures et d’émancipation féminine. La fin, où l’héroïne finit par se ranger et épouser l’homme plus âgé dont elle ne voulait pas au départ, m’intéressait nettement moins. Toujours, d’ailleurs.

Ma grand-mère possédait quelques Astérix, que je lisais et relisais, et un très bel album de Sempé dont j’ai également hérité. Sempé à son plus haut point : tendresse, humour, délicatesse.

Chez sa sœur aînée, ma grand-tante, il y avait presque tout Pagnol. C’est là que j’ai découvert Pagnol écrit, en commençant par Marius, Fanny et César, que j’ai ensuite vus en films chez ma grand-mère. Lorsque ma grand-tante est entrée en maison de retraite et qu’il a fallu vider son appartement, ma grand-mère m’a autorisée à prendre quelques livres : des Pagnol, mais aussi Ces dames aux chapeaux verts, de Germaine Acremant, en m’assurant que ça allait me plaire. Oh que oui : gaieté, jeunesse, vieillesse, amours finalement heureuses, bref, les années 1920 telles qu’on se les imagine. En 2014, j’ ai même fait une communication sur ce roman.

Vers neuf ans, également, je suis entrée dans le roman policier. Il y a eu, probablement, d’abord, Une étude en rouge de Conan Doyle, auquel j’étais arrivée par une adaptation en bande dessinée dans Je bouquine. J’ai adoré, puis j’ai enchaîné avec tous les Sherlock Holmes, puis avec les Conan Doyle qui n’étaient pas des Sherlock Holmes. C’est resté l’un de mes grands amours policiers. Et j’ai versé ma petite larme d’émotion quand Sherlock Holmes surgit devant le docteur Watson, qui le croit mort. Et, avant, j’avais pleuré à gros bouillon quand Holmes est entraîné par l’infâme Moriarty dans je en sais plus quelles chutes d’eau. Mais non, IL n’est pas mort !!! Snif de soulagement.

J’ai lu aussi Le Mystère de la chambre jaune, puis Le Parfum de la dame en noir. Je les adore toujours. Et j’attends toujours une adaptation cinématographique qui soit fidèle à l’esprit de suspens et de mystère qui plane sur ces deux romans, sans oublier de tout adapter de chaque roman. À la limite, les deux films de L’Herbier sont corrects. Mais certainement pas ceux de Podalydès. Comme je fais généralement lorsque j’aime un auteur, j’ai poursuivi ma lecture des Gaston Leroux. Le Fantôme de l’Opéra m’a moins intéressée, mais m’a plu. Bon, bof. Par contre, j’ai adoré Chéri-Bibi, le garçon boucher devenu assassin par malheur, et pas parce qu’il veut venger sa sœur victime du viol d’un aristocrate local : « Fatalitas ! » Là aussi, j’attends toujours la série télé/internet qui rende justice à cette pentalogie excellente – sauf le dernier volume, grossièrement anti-anarchiste. La Poupée sanglante est affreuse et terrifiante, j’ai adoré. Quant au Fauteuil hanté, beaucoup plus drôle, avec ses académiciens assassinés les uns après les autres parce qu’un homme aimerait beaucoup devenir académicien à leur place. Un peu comme dans La Cité de la peur…

En CM2, ma mère m’a prêté ses P. D. James. J’ai lu et relu ces romans jusqu’au début du collège. Puis je suis passée à autre chose avant d’y revenir bien des années plus tard et de compléter tout ce que je n’avais pas lu, jusqu’à La Mort s’invite à Pemberley, sa suite d’Orgueil et Préjugés, que j’ai trouvée remarquablement respectueuse de Jane Austen, y compris de son ironie.

Je peux témoigner ici de l’homophobie, bête et méchante comme il se doit, de certain·es de mes camarades de CM2, qui ricanaient devant les initiales P.D. N’étant pas homophobe, comme je l’ai expliqué dans mon premier article palimpseste, il a fallu qu’elles et ils m’expliquent leurs ricanements. Sans commentaire autre.

À la bibliothèque municipale d’Auxerre, j’ai découvert La Nuit du renard de Mary Higgins Clark, en K7 audio, puis je l’ai lu. Les deux me faisaient atrocement peur. Des expériences géniales.

Pour La Mariée était en noir de William Irish, c’était pareil. Le roman m’est arrivée d’abord en K7 audio, empruntée à la bibliothèque. Puis j’ai lu le roman. Beaucoup plus tard, le film de Truffaut m’a déçue : le roman retourne finalement l’histoire contre son héroïne d’une manière, misogyne certes, mais tellement fabuleuse, que le film ne reproduit pas. C’est tout à l’honneur de Truffaut d’avoir fait de la mariée une héroïne un peu féministe, mais ça n’a rien à voir avec le roman.

Et puis Agatha Christie, pendant l’été 1997. Premier essai : son roman policier qui s’appelait alors Dix petits nègres. J’ai détesté. Trop noir, trop désespéré, trop désespérant. Je me suis dit que j’étais peut-être simplement tombée sur le mauvais. Deuxième essai, avec Le Meurtre de Roger Ackroyd. Le narrateur était le meurtrier. OK. Mais en fait non. Moi qui étais habituée à une distribution relativement stable entre enquêteur et coupable, j’ai trouvé cela très fort, mais je n’ai pas aimé du tout. Puisque c’était ainsi, j’arrêtais Agatha Christie.

Enfin… jusqu’au troisième essai. L’Homme au complet marron. Et là : l’aventure, l’exotisme colonial, l’amour, le danger et surtout l’humour, partout, y compris dans les passages les plus inattendus. Je ris encore lorsque je le relis. Par exemple, l’héroïne va chercher à la bibliothèque municipale de son petit village des romans d’amour qui lui mettent « la tête en ébullition ». Elle rentre chez elle et trouve une lettre menaçant de couper le gaz. Son père est un savant absorbé par la préhistoire. Le vocabulaire scientifique devient lui-même matière à plaisanterie jusque dans la dernière phrase du roman. Du grand art. Le roman se déroule dans un univers colonial sans remise en cause du système colonial. Cela existe et il ne faut pas censurer ce genre de roman, sous peine de ne plus pouvoir faire d’histoire ni d’analyse du passé et de ses représentations.

Après cela, j’ai lu tout Agatha Christie : les romans policiers, ses mémoires (La Romancière et l’Archéologue), puis les romans psychologiques publiés sous le nom de Mary Westmacott, que j’ai découverts grâce à leurs rééditions. Le rendez-vous avait simplement nécessité trois tentatives.

Il y a d’ailleurs un point commun entre ma lecture d’Agatha Christie et celle, quelques années auparavant, de la Comtesse de Ségur. En effet, j’ai lu et relu les deux suffisamment souvent pour être assez bien immunisée contre les discours sexistes tenus à leur sujet. Pendant longtemps, j’ai entendu dire de l’une comme de l’autre qu’elles étaient des autrices « gentillettes », sans grande profondeur ni grand intérêt littéraire. J’ai surtout entendu cela à l’adolescence puis à l’âge adulte, et généralement énoncé avec beaucoup d’assurance par des gens qui ne les avaient pas lues.

Or je les avais lues. Beaucoup. Il était donc assez difficile de me faire croire que la Comtesse de Ségur se résumait à de charmantes histoires pour petites filles lorsque j’y avais trouvé la maltraitance des enfants, le handicap et le regard porté sur lui, la condition animale, l’éducation, les rapports de classe, l’argent, la famille et ses défaillances ; tout comme il était difficile de me faire prendre Agatha Christie pour une aimable fabricante de petits meurtres anglais lorsque j’avais lu ses variations sur la violence, le couple, la famille, l’argent, le pouvoir, les rapports entre les sexes et les classes sociales, sans oublier son humour.

Toutes deux avaient en outre contre elles d’être des femmes qui écrivent. La Comtesse de Ségur écrivait pour les enfants, et notamment pour les petites filles. Agatha Christie écrivait des romans policiers, lus par un immense public et notamment par des femmes. À la hiérarchie des genres littéraires s’ajoutait donc celle des sexes : des œuvres écrites par des femmes, largement lues par des femmes et, dans le cas de Ségur, adressées aussi aux filles pouvaient être d’autant plus facilement renvoyées du côté du mineur, du léger, du « gentil ». Rien à voir avec la littérature « sérieuse », parce que masculine, par exemple celle du « pif paf boum » raciste et sexiste des romans noirs et des thrillers, sans oublier les resucées des romans médiévaux via la fantasy.

Ce discours sexiste commence heureusement à changer, notamment grâce aux travaux des chercheuses et des chercheurs qui prennent les œuvres, entre autres, de Ségur et de Christie, au sérieux. Mais, dans mon cas, je n’ai pas eu besoin d’attendre leur réhabilitation critique pour savoir qu’elles étaient beaucoup plus intéressantes que ce qu’on racontait sur elles.

J’avais lu les livres.

Pour citer cet article : Tiphaine Martin, « Bidulbuk et Cie. Mon palimpseste littéraire et d’expositions, 1984-2002. Partie I. », Voyages autour de mon cerveau, octobre 2026. URL :  https://vadmc.hypotheses.org/36644

Se parler : Et puis, Paulette… VADMC

Se parler : Et puis, Paulette… 

À quoi bon faire connaissance quand on habite l’un à côté de l’autre, dans deux fermes différentes ? En outre, sa proposition d’aide peut être mal prise. On a sa fierté, n’est-ce pas ? Et puis, peut-être que ça ne va pas si mal que ça. Après tout, des orages il y en a souvent et s’il y a des dégâts, sa ferme est assez grande pour qu’elle puisse y vivre quand même. Non, pas question que lui, Ferdinand, aide Marceline pendant cette tempête de tous les diables. Finalement, Ferdinand suit le chien de Marceline et sauve sa voisine d’un suicide au gaz, juste avant que le toit de la ferme ne craque et ne s’effondre par grandes plaques.

Le roman de Barbara Constantine, Et puis, Paulette… (2012), commence par un orage. Et se termine par une lumière, celle d’une nouvelle venue au monde. Entre-temps, la solidarité inter- et trans-générationnelle se sera mise en place, avec des surprises, des ratés, des décès, une naissance. Surprise, le chien de Marceline est une chienne, Berthe. Et le chat de Ferdinand, Chamalo, est une chatte. Va donc pour Chamalotte, le féminin, c’est toujours facile à faire. Surprise, l’âne de Marceline, Cornélius, répond vraiment quand on lui parle. Surprise, la jeune Muriel est enceinte. Surprise, les relations tendues entre Ferdinand et sa belle-fille Mireille se détendent, surtout après le divorce de Mireille d’avec Roland, le fils cadet de Ferdinand.

Raté, Ferdinand ne se sent pas plus proche de Roland après son divorce. Raté, Muriel fait un déni de grossesse et refuse de s’occuper de sa fille nouvelle-née. Raté, tante Gaby, la mère adoptive de Mireille, refuse d’apparaître dans les rêves de Ludo, aîné de Mireille et Roland, alors même qu’elle vient dans les rêves de P’ti Lu, son petit frère. Raté, Roland ne retrouve pas de compagne après son divorce. Tante Gaby décède, Hortense la commerçante aussi. La petite Paulette naît.

L’autrice décrit avec amour et tendre amusement une micro-société qui se tisse au fil des semaines, avec comme point central la ferme de Ferdinand, paysan veuf. Tout y est ou presque, en constellation : la solidarité, la mobilité, l’agriculture biologique, le véganisme, les relations femmes-hommes, les relations entre générations, le choix d’une famille non biologique, mais aussi les grossesse non désirées, les mauvaises relations parents-enfants, les tentatives de captation d’héritage, la difficulté à communiquer.

Barbara Constantine montre ici qu’une société ouverte, fluide, est possible à partir de la nôtre. Rien n’est facile pour aucun des personnages : vivre avec des personnes plus âgées, pour Muriel l’apprentie infirmière et pour Kim l’apprenti paysan ; vivre avec des personnes plus jeunes, pour les autres ; vivre avec chienne, âne, chat et chatte ; divorcer avec deux enfants en bas âge à charge, pour Mireille ; faire son deuil, pour tonton Guy et pour Simone, la belle-sœur d’Hortense. Et, surtout, pour tous les personnages, se parler, dire son ressenti sans blesser, trouver un équilibre existentiel au sein de la communauté dans laquelle ils vivent, remettre en question ledit équilibre quand un·e nouveau nouvelle venu·e arrive ou part, échanger avec de nouvelles personnes, qui ne sont pas de sa classe sociale, pas de son âge, qui n’ont pas les mêmes goûts et dégoûts que soi.

Si une autre société est possible, pourquoi ne pas la faire advenir ici et maintenant ?

Pour citer cet article : Tiphaine Martin, « Se parler : Et puis, Paulette… », Voyages autour de mon cerveau, septembre 2025. URL : https://vadmc.hypotheses.org/27019

Simone de Beauvoir, faire scintiller la montagne du Japon aux Alpes VADMC

Simone de Beauvoir, faire scintiller la montagne du Japon aux Alpes (II)

Publication en trois parties de notre article « Simone de Beauvoir, faire scintiller la montagne du Japon aux Alpes ». Aujourd’hui, partie II.

II. La montagne chez Beauvoir

Passons maintenant à la montagne, espace d’immensité qui ravit Beauvoir, comme elle l’écrit à Nelson Algren :

J’adore grimper sur les montagnes, et vous ? Souvent je prends un sac à dos et pars pour une, deux ou trois semaines, comme en Corse, et j’escalade des montagnes1.

Le plaisir total est de mise. Le pittoresque est souvent présent, comme ici, en septembre 1948, en Algérie :

Dans un hôtel de montagne, hier, des singes et autres animaux vivaient en liberté. Un singe m’a fait grand-peur : rapide et impertinent, il a volé tous les toasts du petit déjeuner. D’autres, minuscules, perchés sur mes épaules, égratignaient ma blouse et s’amusaient entre eux comme des fous2.

L’anecdote est d’autant plus amusante que Beauvoir n’apprécie guère les animaux non humains. Les laisser jouer auprès d’elle et sur elle est méritoire. Elle préfère les êtres humains et leur présence sur cette terre, et ce, depuis l’enfance et ses vagabondages dans son atlas :

Je m’enchantais aussi des planches de mon atlas. Je m’émouvais de la solitude des îles, de la hardiesse des caps, de la fragilité de cette langue de terre qui rattache les presqu’îles au continent (…) le monde était un album d’images aux couleurs brillantes que je feuilletais avec ravissement3.

De même, la montagne est d’abord un point sur une carte, avant de devenir, par la seule présence de Beauvoir, un lieu vivant :

Seule, je marchai dans les brouillards sur la crête de Sainte-Victoire, sur la chaîne du Pilon du Roi, contre la violence du vent qui précipita mon béret dans la plaine ; seule je me perdis dans un ravin du Lubéron : ces moments dans leur lumière, leur tendresse, leur fureur n’appartenaient qu’à moi. Que j’aimais, encore engourdie de sommeil, traverser la ville où s’attardait la nuit et voir naître l’aube au-dessus d’une bourgade inconnue ! Je dormais à midi dans l’odeur des genêts et des pins ; je m’accrochais aux flancs des collines, je me faufilais à travers les garrigues, et les choses venaient à ma rencontre, prévues, imprévisibles : jamais je ne me suis blasée sur le plaisir de voir un point, un trait inscrits sur une carte, ou trois lignes imprimées dans un Guide, qui se changeaient en pierres, en arbres, en ciel, en eau4.

Marcher en montagne, c’est parcourir l’atlas de géographie et le transformer en vivant, en mouvant, en émouvant, de par la grâce de la présence humaine. Beauvoir vit par toutes les pores de sa peau, elle s’accroche à la planète et la parcourt sans relâche :

(…) quand je vais à l’étranger je voyage la plupart du temps en avion. Voilà déjà longtemps que j’y suis montée pour la première fois : en 45 ; et je ne me lasse pas de contempler la terre du haut du ciel. J’aime en découvrir les montagnes, les lacs, les fleuves avec une précision géographique. Mais surtout je suis fascinée par les paysages que les nuages composent sous mes pieds. Ce sont de vastes plaines polaires, creusées de noires crevasses ; ce sont des banquises où moutonnent des congères et où foisonnent de blancs arbustes bourgeonnants. Des fils de la Vierge flottent entre les rochers qui les hérissent : aiguilles, pitons si solides que l’appareil, semble-t-il, va s’y fracasser. Quand il survole de près le plancher neigeux, il me paraît très lent, très lourd, et tout prêt à s’y écraser. Il plonge vers ce sol, il le traverse, des rafales de soleil battent ses ailes. J’aperçois par échappées une plaine dorée et le secret d’un château de bois épais, au bord d’un étang. Ces visions, tant d’autres, je n’aurais pas même été capable, jadis, de les imaginer. J’ai toujours autant de joie à explorercette planète que j’habite, et sur ce plan, le temps m’a apporté autant et plus peut-être qu’il ne m’a pris5.

En bref, le monde est gris, le monde est bleu, le monde est beau, particulièrement quand il est vu depuis un avion. Beauvoir retrouve ainsi sa vision enfantine d’une planète qu’elle contemple en surplomb.

Comme nous l’avons vu précédemment, Beauvoir n’hésite pas à se mettre en danger pour atteindre les sommets… ou leur équivalent, comme en 1947 aux États-Unis :

Il fait un beau soleil et je veux me promener le long de l’East River. Mais la drive, cette large chaussée surélevée qui longe la rivière, est réservée aux autos. J’essaie de tricher, et j’avance, collée au mur. Mais c’est difficile de tricher en Amérique ; les engrenages sont précis, ils servent l’homme à condition que celui-ci s’y emboîte docilement ; les voitures lancées à 60 miles sur cette espèce d’autostrade me frôlent dangereusement. Il y a un square au bord de l’eau, des passants s’y promènent, mais il semble impossible de le rejoindre. Je prends mon élan, j’atteins la ligne qui sépare les deux courants opposés, mais longtemps il me faut rester là, plantée comme un réverbère, attendant qu’une brève éclaircie me permette d’achever ma traversée ; je dois encore sauter un grillage avant de me trouver en sécurité. Sous mon manteau d’hiver trop lourd pour ce soleil, je suis plus fatiguée qu’après une ascension en montagne. Quelques instants plus tard, j’apprends qu’il y a sous la drive des passages pour les piétons et que des ponts aussi l’enjambent6.

Le paysage urbain se transforme brièvement en véritable côte escarpée de montagne, comme celle que franchit en juillet 1938 Beauvoir avec son « petit Bost bien aimé », son compagnon du moment. Elle raconte son escalade en duo à Sartre :

(…) un car nous a conduits en haut d’une vallée, en un lieu appelé la Chartreuse du Reposoir — de là nous sommes montés vers un refuge, à 2 100 m. au pied d’une montagne escarpée, et au milieu d’un vrai cirque lunaire tout en rochers blancs et en névés. Bost s’est foutu le cul parmi des éboulis et a dévalé un grand moment vers un névé en me faisant grand-peur et nous nous sommes aussi un peu perdus, (…) nous sommes quand même montés jusqu’en haut et nous sommes restés un bon moment à admirer la vue — nous sommes redescendus avec aisance, et nous avons encore marché près de 5 h. jusqu’au village, La Clusaz, où nous nous sommes offert un déjeuner complet, avec risotto et bœuf béarnaise, le premier du voyage — nous avons été digérer dans un pré et nous avons marché encore deux heures avant de poser la tente — en tout 9 h. 1/2 de dure marche — nous étions un peu fatigués, mais allègres et fiers comme des poux d’être grimpés à la Pointe Percée.

Le lendemain, mercredi, nous sommes montés sur une autre montagne, moins vertigineuse mais aussi dure, et nous avons trouvé la montée assez dure — on s’est un peu reposé, mais ensuite il y a eu une interminable descente sous un soleil de plomb, on a marché en tout 10h.1/2, j’avais un peu d’insolation et de fièvre, le système digestif sens dessus dessous parce que nous buvons trop d’eau glacée et nous avons cru ne jamais pouvoir atteindre la vallée7.

Marcher en montagne est un plaisir physique à tous points de vue : plaisir de sentir le sentier sous ses pieds, joie de contempler un beau paysage, sensualité d’accomplir cet effort en compagnie de son amant du moment, volupté d’un bon repas, amusement à camper, satisfaction d’avoir fait sienne cette hauteur.

Autre compagnie, celle de Sartre, son compagnon « nécessaire », qui la suit en France, en Grèce et au Japon, des années trente aux années soixante, pour ne citer que quelques-uns de leurs voyages. Commençons notre tour d’horizon par la terre hellène :

J’avais concerté un ingénieux circuit pour gagner Olympie à travers la montagne : par un chemin de fer à crémaillère nous atteignîmes le monastère du Mégas Pileon — célèbre, mais ruiné trois ans plus tôt par un incendie — puis une ville d’eaux lamentable où nous avons déjeuné ; une auto de louage nous emmena à quarante kilomètres de là et s’arrêta au bord d’un torrent qui barrait la route. Nous la poursuivîmes à pied ; elle serpentait parmi les collines dont les couleurs hésitaient entre l’améthyste et le prune, et que veloutait une courte végétation vert sombre ; Sartre portait notre sac à dos, un vaste chapeau de paille, une canne ; moi je tenais sous le bras un carton. Nous ne rencontrâmes pas une âme, seulement de loin en loin des chiens jaunes que Sartre chassait en leur lançant des pierres : il avait peur des chiens. Après quatre heures de marche, je m’avisai que, même en Grèce, pour dormir dehors la nuit, à plus de douze cents mètres, il aurait fallu un équipement ; je regardai avec inquiétude noircir le ciel. Soudain, un village brilla, à un tournant, et je lus à un balcon de bois : xenodokeion. Les draps rayonnaient de blancheur et je découvris, le matin, qu’un autobus descendait sur Olympie. Nous nous laissâmes porter à travers des champs couverts de claies où séchaient des raisins noirs8.

Rendons-nous ensuite au Japon en 1966, pays multi-confessionnel et très moderne :

J’ai vu à Nara d’antiques statues de Bouddha belles comme les Koraï grecques. (…) Nous avons quitté Kyoto. A travers de magnifiques paysages nous sommes montés en auto sur la montagne Koya. Elle est couverte d’une forêt de sapins : à leurs pieds s’étend sur des kilomètres un très ancien cimetière ; il est enveloppé de silence et d’une ombre épaisse où joue de temps en temps un rayon de soleil. Les monuments funéraires sont très simples : des stèles, des colonnes. Souvent ils figurent les cinq éléments : des sphères superposées symbolisent l’eau, la terre, le feu, l’air, le ciel. Ils sont tantôt isolés, tantôt groupés. De loin en loin, on aperçoit le petit dieu rieur qui veille sur l’enfance : il porte un bavoir blanc ou rouge et des fleurs rouges dans les bras ; c’est là la seule touche de couleur parmi les troncs sombres des arbres, et les pierres grises. (…) « Le mont Aso est un volcan à la croûte boursouflée, dont le vaste cratère crache des fumerolles et d’épaisses fumées ; ses parois plissées, crevassées, tourmentées ont des couleurs infernales : vert-de-gris, gris blanchâtre, gris noir. Il lui arrive souvent de vomir de la lave et des pierres. Ses alentours sont un désert de cendres. En descendant on voit naître peu à peu une végétation rabougrie, puis de l’herbe et de beaux chardons roses. (…) Le soir nous sommes arrivés à Nagasaki. (…) Nous sommes remontés vers les temples qui s’alignent au sommet de la colline, dans de beaux jardins. Et nous avons été voir le « parc du souvenir », situé dans un faubourg, à l’endroit où est tombée la bombe atomique. On y a dressé une statue géante et hideuse. A la fin de la journée nous avons pris un petit avion qui pendant vingt-cinq minutes a survolé un beau panorama de montagnes, de rizières et de villages : les vertes cultures recouvraient la plaine et montaient à l’assaut des vallées, se brisant tout au fond contre des rocailles infertiles. Nous avons atterri à Fukuoka, une ville industrielle très laide, mais que transfigurait la nuit le ruissellement du néon9.

Terminons par la Provence des années soixante :

Ces trois dernières années nous avons renoué avec une ancienne tradition : au printemps, nous avons passé une quinzaine de jours en Provence. La première fois ce fut à Antibes, les deux autres à Saint-Paul-de-Vence. De Saint-Tropez à San Remo, de la côte aux neiges de Valberg et du col de Turini, j’ai revu ce pays où se superposent pour moi tant de souvenirs. (…) des remparts d’Antibes et du haut des collines, j’ai retrouvé, semblables à eux-mêmes, les beaux paysages de montagnes descendant doucement vers le bleu de la mer : en cette saison, elles étincelaient de blancheur sous leur capiton de neige. Le chemin de crête qui mène de Gassin à Ramatuelle et que j’ai si souvent parcouru est à présent carrossable : mais il est encore silencieux et solitaire et le dessin de la presqu’île n’a pas bougé. J’ai retrouvé inchangées les gorges du Cians et du Daluis aux belles couleurs rouges, et cette « route aérienne » – selon l’expression du Guide bleu – que j’avais suivie à pied avec Olga : prolongeant la corniche du Var elle court à mille mètres d’altitude, et des deux côtés elle domine de magnifiques panoramas10.

Bien entendu, aucun trajet ne ressemble aux autres. Cependant, ils se répondent les uns aux autres, par la beauté des paysages, leur diversité, les couleurs qui flamboient et le rythme soutenu du récit de voyage, quelle que soit l’époque.

Beauvoir n’hésite pas à voyager seule, bravant les tabous français qui voudraient qu’une femme ne peut se déplacer sans protecteur, d’abord en contexte urbain – d’où les actions féministes des années soixante-dix pour « reprendre la nuit » et celles d’aujourd’hui contre le harcèlement sexuel, mais aussi hors de la ville. Or Beauvoir apprécie également la solitude en voyage, depuis ses longues promenades adolescentes dans les prairies en-dehors de La Grillère, la propriété limousine de son oncle paternel. Si son corps a été construit sur la retenue et le refus de se voir nue, il est aussi, dès l’enfance, libéré de la peur de marcher seule. Et la narration continue, comme en août 1935 en s’adressant à Camille/Simone Jollivet, une ancienne maîtresse de Sartre devenue une amie. Beauvoir est d’abord seule, puis avec Sartre :

(…) pour moi pendant quinze jours j’ai porté le sac par monts et par vaux, couchant dans des granges et abattant de nombreux kilomètres chaque jour. (…) nous venons de voir les gorges du Tarn et de reconnaître dans les rochers plusieurs figures humaines et animales11.

La voyageuse marche sans relâche, puis le jeune couple fait fonctionner son imagination.

La montagne, c’est aussi rejoindre la politique, que ce soit de manière métaphorique ou réelle. Ainsi, à New-York en 1947, dans Harlem :

Et sur la 125e Rue je retrouvais en effet les cinémas, les drug-stores, les magasins, les bars, les restaurants de la 42e ou de la 14e ; mais l’atmosphère était plus changée que si j’avais traversé une chaîne de montagnes, un bras de mer. C’était soudain un pullulement d’enfants noirs vêtus d’éclatantes chemises à carreaux rouges et verts, d’écolières aux cheveux crépus, aux jambes brunes, jacassant au bord des trottoirs ; des noirs rêvaient sur le pas des portes, et d’autres flânaient les mains dans les poches ; les visages détendus ne semblaient pas fixer un point invisible de l’avenir, mais refléter le monde tel qu’il était donné en cet instant, sous ce ciel12.

La ségrégation est spatiale et donne l’impression à la voyageuse européenne de se trouver, d’une rue à l’autre, dans un autre monde. Si cet extrait est finalement positif car décrivant des Noirs Américains allant bien, c’est que Beauvoir souhaite montrer que ce sont des êtres humains à part entière et égaux aux autres Américains, ce qui n’allait pas de soi à cette époque. Pas de béatitude ni de racisme de la part de la voyageuse, ses descriptions et analyses du racisme nord-américain et européen dans L’Amérique au jour le jour, Le Deuxième Sexe et dans ses mémoires le prouvent.

Plusieurs mois avant son premier séjour aux États-Unis, Simone de Beauvoir s’est rendue en Italie. Nous sommes en août 1946 :

Bolzano, ses coteaux couverts de vigne blonde, Vitipino, ses rues coloriées comme un dessin animé : j’ai découvert cette Italie autrichienne. Et puis de cime en cime, de refuge en refuge, à travers des alpages et des rochers, j’ai marché. J’ai retrouvé l’odeur de l’herbe, le bruit des cailloux au long des éboulis, l’effort haletant de l’escalade, la volupté de la délivrance, quand le sac glisse des épaules qui se collent à la terre, les départs sous le ciel pâle, le plaisir d’épouser de l’aube à la nuit la courbe du jour.

Un soir, au cœur de la montagne, très loin de tous les chemins, dans une auberge-refuge, je demandai une chambre, un dîner ; on me servit, mais sans un mot, sans un sourire. Je remarquai au mur la photo d’un jeune homme, endeuillée d’un morceau de crêpe. Comme je me levais de table, la patronne s’arracha un mot : « Tedesca ? » Non ! dis-je, j’étais française. Les visages s’illuminèrent. Je parlais l’italien, m’expliqua-t-on, avec une sécheresse allemande. Et le fils de la maison avait été tué dans le maquis13.

Beauvoir consigne cet épisode dans son carnet de voyage. Après Vipineto et sa joliesse, place à la montagne. La guerre est finie depuis peu pour l’Italie aussi et les partisans ont œuvré pour libérer leur patrie de l’occupation nazie, comme on le voit, par exemple, dans Nous nous sommes tant aimés d’Ettore Scola, film de 1974. Après le second conflit mondial, Beauvoir ne peut plus échapper à la politique, contrairement à l’avant-guerre, où elle refusait de prendre en compte les évènements mondiaux s’ils ne l’arrangeaient pas. En août 1953, elle fait une rencontre inattendue, d’un genre touristique particulier : « Je montai en téléphérique au sommet du Gran Sasso et je vis l’hôtel lugubre où on avait relégué Mussolini14. » Ce mont des Apennins, au centre de l’Italie, a effectivement abrité la prison de Benito Mussolini – prison confortable tout de même, puisque le dictateur était emprisonné dans l’hôtel Campo Imperatore – entre août et septembre 1943, avant qu’il ne soit récupéré par les Nazis et mis à la tête de la république de Salò, dans le Nord de l’Italie. Beauvoir ne fait pas de commentaire supplémentaire, le symbole est assez fort et assez sinistre par lui-même.

1 Simone de Beauvoir, Lettres à Nelson Algren, Paris, Gallimard, « Folio », 1999, p. 96.

2 Simone de Beauvoir, Lettres à Nelson Algren, op. cit., p. 345.

3 Simone de Beauvoir, Mémoires d’une jeune fille rangée, Paris, Gallimard, « Folio », 1999, p. 33.

4 Simone de Beauvoir, La Force de l’âge, Paris, Gallimard, « Folio », 1999, p. 107.

5 Simone de Beauvoir, Tout compte fait, Paris, Gallimard, « Folio », 1998, p. 341-342.

6 Simone de Beauvoir, L’Amérique au jour le jour, Paris, Gallimard, « Folio », 1997, p. 25.

7 Simone de Beauvoir, Lettres à Sartre. I., Paris, Gallimard, 1990, p. 54, 55.

8 Simone de Beauvoir, La Force de l’âge, op. cit., p. 353-354.

9 Simone de Beauvoir, Tout compte fait, op. cit., p. 372-373, 376, 377, 378.

10 Simone de Beauvoir, Tout compte fait, op. cit., p. 326, 327.

11 Simone de Beauvoir, Lettres à Sartre. I., op. cit., p. 27-28.

12 Simone de Beauvoir, L’Amérique au jour le jour, op. cit., p. 51.

13 Simone de Beauvoir, La Force des choses. I., Paris, Gallimard, « Folio », 1999, p. 148-149.

14 Simone de Beauvoir, La Force des choses. II., Paris, Gallimard, « Folio », 1998, p. 11.

Pour citer cet article : Tiphaine Martin, « Simone de Beauvoir, faire scintiller la montagne du Japon aux Alpes (II) », Voyages autour de mon cerveau, avril 2024. URL : https://vadmc.hypotheses.org/15129

Les Dessous du sable VADMC

Tout un monde de sensations et de couleurs : Les Dessous du sable

Plutôt que de faire des pâtés de sable sur la plage, la famille des Dessous du sable (Nicole Claveloux, 1986) préfère partir en exploration. Un simple tas de rochers, conçus par la sculptrice Anne Galland, leur sert comme support fantasmatique, sans avoir à parler.

Ces rocs ouvrent leurs flancs à l’imagination des différents membres humains : un·e femme-homme adulte (grand·e, blanc·che, blond·e), trois adolescents (en surpoids, deux bruns et un dont le crâne est caché par une capuche), une adolescente (blanche, longiligne, rousse, à lunettes), une petite fille (teint et cheveux bruns) et un petit garçon (roux, en surpoids, au teint blanc). Influence de Botero ?

Chaque double page met en scène une thématique particulière : le toucher, la vue et le jeu (1, 2), le toucher (3, 4, 5), le toucher et le goût (6), le goût et le regard (7), l’ouïe et le toucher (8), la lévitation (9), le repos (10), le goût (11), le jeu (12), la joie (13), le retour chez soi (14). Tous les sens sont sollicités, soit ensemble, soit séparément.

L’autrice invite lecteurs et lectrices à l’aventure, dans un espace restreint et sécurisé. Les couleurs du monde sont déployées en un jeu entre l’intérieur des rochers et l’extérieur de la plage, où subissent des pâtés de sable, des coquilles d’œuf, et où volètent des mouettes et des libellules.

Les humain·es se mêlent aux autres animaux, en un tournoiement émancipateur, pendant que le ciel change, passant du bleu pur à des raies oranges, noires, bleu sombre, jaune soleil, avec ou sans nuages.

Pas d’étouffement donc, mais la liberté dans le respect de la nature et des compagnes et compagnons d’aventure, avant le départ de la plage, à la nuit tombée.

Les Dessous du sable, ou l’infini est en nous.

Pour citer cet article : Tiphaine Martin, « Tout un monde de sensations et de couleurs : Les Dessous du sable », Voyages autour de mon cerveau, mars 2023. URL : https://vadmc.hypotheses.org/8694

Chats volants VADMC

Vivre sa vie de félin en volant

Récit initiatique en quatre volumes, Les Chats volants d’Ursula K. Le Guin retracent le parcours d’une famille de chat·tes, en s’attachant à chaque fois à ses rapports compliqués avec les humain·es.

Dans le premier volume, Les Chats volants (1988), madame Jane Tabby envoie ses quatre chaton•nes, Thelma, James, Roger et Harriet, loin de l’allée puante où iels sont né·es. Volant de leurs propres ailes, au sens propre et au sens figuré du terme, iels arrivent dans une forêt, où les autres animaux les accueillent mal, surtout les oiseaux, qui craignent pour leurs nids, donc pour leurs petits. Les quatre chaton·nes décident alors de repartir et sont repérés par deux enfants, Susan et Henry. Ces derniers respectent les félins et attendent que ceux-ci s’approchent.

Dans Le Retour des chats volants (1989), Harriet et James partent revoir leur mère, dans leur quartier natal, qu’iels trouvent en pleine rénovation. La sœur et le frère sauvent leur demie-sœur Jane, née des amours de Jane Tabby et de Tom Jones (clin d’œil au roman picaresque d’Henry Fielding ?), de la mort, car elle s’est retrouvée dans une maison promise à la destruction, pendant que leur mère échappait aux Deux-Mains (les humain·es). Après d’émouvantes retrouvailles avec Jane Tabby, Harriet et James emmènent Jane Jr à la campagne.

La rencontre d’Alexandre et les chats volants (1994) est dramatique, car ce chaton non volant  a perdu sa famille en voulant partir à la découverte du monde. Jane Jr le guide jusqu’à ses frères et sœurs, et vers les gentils Deux-Mains que sont Susan et Henry. En retour, Alexandre arrive à faire sortir Jane Jr du traumatisme qui l’empêche de s’exprimer autrement que par des « mîî ». La chatonne avoue avoir été acculée dans la maison vide par des rats affamés et plus gros qu’elle, encore toute bébé. Pas de paternalisme ici, mais un échange de bons procédés.

Il nous faut ensuite dire Au revoir les chats volants (1999), mais sans pleurs, car Ursula K. Le Guin nous aura encore tenu·e·s en haleine avec de nouvelles aventures de Jane Jr, qui, trop confiante, a quitté la campagne pour sa ville natale, où elle est capturé par un Deux-Mains avide de gloire, qui la transforme en phénomène médiatique. Heureusement, Jane Jr parvient à s’échapper et à trouver refuge chez la Deux-Mains qui s’occupe de sa maman. Sarah, l’humaine, laisse Jane Jr faire ce qu’elle veut. Donc, parfois Jane reste avec sa mère et Sarah, parfois elle retrouve Alexandre et ses demi-frères et sœurs. De temps à autre, Thelma, James, Roger et Harriet volent vers leur mère et Jane Jr. Et tout est bien qui finit bien.

Cependant, Ursula K. Le Guin montre qu’être chat·te, c’est pas si facile. Et que c’est aux humain·es de l’être envers les autres animaux. À enseigner et à méditer, que l’on soit petit·e ou grand·e.

Pour citer cet article : Tiphaine Martin, « Vivre sa vie de félin en volant », Voyages autour de mon cerveau, mars 2023. URL : https://vadmc.hypotheses.org/8745