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Indestructibles - Interview d'Emmanuelle Lambert VADMC

Indestructibles – Interview d’Emmanuelle Lambert

Nous remercions chaleureusement Emmanuelle Lambert pour ses réponses.

Tiphaine Martin – Est-ce que tu as mis longtemps à mûrir ce projet d’écriture et de photo, puis à choisir les photos, puis à l’écrire ?

Emmanuelle Lambert – En fait le temps le moins long a été celui de l’écriture ! Au départ je voulais faire un livre dur les amitiés en général, en demandent des photographies à plusieurs de mes ami.es, mais ça n’allait pas, sans que je sache vraiment dire pourquoi. Par contre la réaction de Maïra à ce premier projet, elle, m’avait frappée, et l’évidence m’est apparue  : j’avais sous les yeux, depuis toute ma vie en fait, le sujet que je voulais traiter. Après, la collecte des photos a pris un peu de temps, mais c’est surtout le choix qui a été long. Comment trancher parmi les images ? Et surtout parmi des images qui, toutes, représentaient des gens ou des lieux que j’aime ? Il fallait laisser l’émotion retomber, et pour ça, il faut du temps.

En ce qui concerne l’écriture j’ai appliqué la même méthode que pour mon livre sur Colette, chaque chapitre devait être ouvert par une image, et je me suis interdit de commencer avant d’avoir toutes les images. Ce qui fait que ça mûrissait lentement, il fallait que ça métabolise. Une fois que les images ont été sélectionnées, c’est allé très vite, et le livre a été écrit quelques mois.

T.M. – Comment envisages-tu le lien entre texte et photographie ? Illustration, appui à l’écriture, documentation, autre(s) ?

E.L. – En ce qui me concerne ce n’est pas très intellectualisé, c’est même très simple : les photos me fournissent du sentiment, du sentiment flou et indéfinissable. Après l’écriture court après, elle cherche à fouiller ce sentiment, à le mimétiser pour saisir furtivement cette chose indescriptible, cette émotion qui nous remue face à des images qui ne sont ni très réussies, ni très belles, et qui pourtant vont droit au coeur. Donc surtout pas illustration, ni aide ou documentation : juste un embrayeur de sensation. Une fois qu’on a accepté de s’ouvrir à l’émotion, ça file à toute allure.

T.M. – Si ce n’est pas indiscret, qu’est-ce que ta meilleure amie a pensé de ton projet, de se replonger dans les photographies de votre passé amical, et du résultat ?

E.L. – Quand je lui ai parlé du projet, c’était encore très flou, mais elle m’a fait confiance, parce que notre relation, c’est ça : une confiance aveugle l’une en l’autre. Elle a été très active sur la recherche de photos parce qu’elle aime ça, la documentation, les photographies, elle est très organisée, a des tas de boîtes chez elle, comme ses parents chez eux, et elle a toujours pris beaucoup de photos. Elle a d’ailleurs la passion des traces et des archives (ce n’est pas pour rien qu’elle a une formation d’anthropologie et de sociologie, et je pense que sa condition de fille d’exilés joue aussi). Bien sûr, elle a lu le texte avant tout le monde, parce que s’il y avait la moindre chose qui la gênait j’étais prête à y renoncer.

Je ne crois pas la trahir en disant qu’elle a pleuré de la première à la dernière ligne, ce qui m’a émue et surprise, parce que j’étais encore dans l’écriture, d’une certaine manière, et que pour moi écrire ce texte avait été une grande joie ! Alors, qu’elle pleure… mais quand je lui ai demandé ce qui la faisait pleurer, elle m’a dit que ce n’était pas la tristesse, non, mais une émotion brute, face à la vie qui se dégageait du texte. Pour elle, c’était de la vie en mouvement, du temps vivant, vivant et ressuscité en somme. Alors après une telle lecture, moi, je ne peux pas recevoir de plus beau cadeau.

T.M. – Est-ce que ce livre influe sur votre relation, à ta meilleure amie et à toi ?

E.L. – Oui ! Ça c’est une autre surprise ! Nous en avons parlé, et c’est un peu tôt pour faire le bilan. Disons que le livre restitue quelque chose de notre place, à elle et à moi, dans le monde, l’une par rapport à l’autre, l’une par l’autre, tout en laissant ouvert ce qu’il y a à encore construire. Maïra dit qu’il y a comme un apaisement, lié sans doute, aussi, à notre âge, à la densité de notre passé ensemble, individuel et inscrit dans le collectif. De mon côté je dirais qu’il y a comme une revendication de l’amour et du lien, et particulièrement du lien long, comme force de résistance à la dureté des choses. En somme le livre influe sur notre relation parce qu’il nous affirme, elle et moi, presque, il nous revendique ! Ça nous fait encore de la matière à travailler, à l’avenir.

T.M. – Quel est votre prochain souvenir marquant, à ta meilleure amie et à toi ?

E.L. – Je n’en ai aucune idée. Mais la beauté de l’amitié, c’est de savoir qu’il y en aura forcément toujours un, jusque’à notre mort.

T.M. – Quels sont tes livres de chevet sur l’amitié (féminine, masculine, mixte) ?

E.L. – Je n’en ai pas, mais les livres autobiographiques de Colette m’ont paru pleins de pages magnifiques sur son rapport avec ses amies (ce que ses romans annonçaient déjà, par ailleurs) – particulièrement Le Fanal bleu, qui revient sur son amitié extraordinaire de toute une vie avec la grande comédienne Marguerite Moreno.

T.M. – Quels sont les liens, explicites, souterrains, entre La Meilleure et tes autres ouvrages ?

E.L. – Peut-être la question du rapport à l’autre, qui nous construit, nous définit, nous situe en écho  dans la société (pas toujours perçue comme très favorable) – et le fait que, dans tous les livres, il y a un personnage qui s’ajoute à tous les autres, et qui est le temps.

T.M. – « Nous valons mieux. » (p. 34) ; « ça vous donne de la colère. » (p. 38) : vive les combats féministes, alors ?

E.L. – Evidemment.

T.M. – « C’est ce qui fait d’elles des indestructibles. » (p. 48) ; « surgit la poésie » (p. 75) ; « Nous regardons à travers la vitre. » (p. 78) ; « ça ira » (p. 86) : oui ?

E.L. – On y travaille ! Quoi de mieux ?

Pour citer cet article : Tiphaine Martin, Emmanuelle Lambert, « Emmanuelle Lambert, Indestructibles – Interview d’Emmanuelle Lambert », Voyages autour de mon cerveau, septembre 2026. URL : https://vadmc.hypotheses.org/33815

 

Keel-billed_toucan_in_Costa_Rica_01 VADMC

Un morceau musical de mon palimpseste mémoriel : France Musique, “Je suis l’oiseleur” 

Un très grand merci à la journaliste Gabriela Oliveira Guyon et à son équipe de l’émission « France Musique est à vous » de m’avoir contactée, suite à ma proposition de diffusion du premier air de Papageno dans La Flûte enchantée, en français « Je suis l’oiseleur ». Et d’avoir diffusé cet air le samedi vingt-trois novembre 2024, après m’avoir demandé des informations sur ma biographie et sur mon rapport à la musique et à La Flûte enchantée. Je diffuse ci-dessous cette partie-ci, avec des compléments d’informations mémorielles.

Source de l’image de couverture : Wikimedia Commons.

J’aime toutes les sortes de musique, sans distinction ni hiérarchie, sauf celle établie par Sofia (jouée par Elvire Popesco) dans Mademoiselle Swing de Richard Pottier (1942) :

Il n’y a pas de grande ou de petite musique, il n’y a que de la bonne ou de la mauvaise musique.

Ce sont mes parents qui m’ont fait découvrir La Flûte enchantée quand j’étais petite, d’abord à la télévision, dans une retransmission en direct du festival d’Aix-en-Provence, puis avec une K7 audio, puis en intégrale en CD. Depuis, j’ai vu plusieurs mises en scène de La Flûte enchantée, grâce à ARTE. Je préfère celles qui sont fidèles à la magie du livret et de la musique.

J’aime beaucoup cet opéra car il est féérique, mais pas dans le sens riant. Tout se passe dans des contrées imaginaires, mais tout a beaucoup de sens et parle de sujets universels : la famille, l’amour, l’amitié, les relations femmes-hommes, le pouvoir. On tremble, on sourit, on est ému.

J’aime particulièrement le premier air de Papageno car il est très joyeux, en contraste avec l’aspect dramatique du début de l’opéra, quand le prince Tamino est poursuivi par un monstre et qu’il s’évanouit d’horreur, avant d’être sauvé par les Trois Dames de la Reine de la Nuit. L’oiseleur Papageno est insouciant et heureux de sa vie libre, qui va se compliquer avec sa rencontre avec Tamino. Rencontre et suites complexes qui lui feront gagner, cependant et heureusement, son double féminin Papagena.

Cf. également mon article Tiphaine Martin, « Retour à la vie : La Flûte enchantée », Voyages autour de mon cerveau, novembre 2024. URL : https://vadmc.hypotheses.org/19277

En complément :

  1. la retransmission en direct du festival d’Aix-en-Provence par FR3 (aujourd’hui France 3) date du seize juillet 1989 :

https://catalogue.ina.fr/doc/TV-RADIO/DA_CPC23001761/la-flute-enchantee-acte1?rang=7  

J’avais donc cinq ans depuis trois mois quand ma mère m’a réveillée pour regarder la retransmission en direct, tout en l’enregistrant sur VHS, ce qui m’a permis de revoir plusieurs fois cette magnifique mise en scène. Il faut dire qu’à l’époque, les opéras commençaient tard semble-t-il, à vingt-deux heures pour cette Flûte enchantée.

Cette mise en scène du Franco-Argentin Jorge Lavelli était féérique parce que doucement modernisée, sans trahir le livret originel : les trois jeunes gens « doux, sages et beaux » étaient des garçonnets à tricycle ; Pamina dormait, à l’acte deux, dans une poussette en osier, soulignant sa fragilité et son aspect infantile, donc renforçant la violence de la tentative de viol par Monostatos ; Papagena et Papagno étaient vêtus à la fois de feuilles colorées et avec un gilet et un chapeau melon très Beckett période En attendant Godot ; quasiment pas de décor, des rideaux noirs en fond de scène à l’acte un, puis un fond blanc à l’acte deux, avant le retour au noir pour le final (double tentative de suicide de Pamina puis de Papageno, épreuve finale pour Pamina et Tamino), trois immenses portes coulissant des cintres lorsque Tamino arrive aux… portes du palais de Sarastro ; un portant en fer avec de petits jets de feu éteints par un portant avec de petits jets d’eau pour symboliser l’épreuve finale de Pamina et Tamino…

Sinon, je viens de me rendre compte que j’ai vu une mise en scène de Jorge Lavelli, sans faire le lien avec sa version de 1989 de La Flûte enchantée : hasard, coïncidence, étoiles propices ? En 2017, une amie, rencontrée via Facebook, que je remercie grandement ici, m’avait conseillée, au vu de mon goût pour l’opérette (merci ARTE, merci Benoît Duteurtre et son émission de France Musique Étonnez-moi Benoît, merci les discothèques municipales et leurs fonds opérettes, CD et DVD), d’aller voir La Veuve Joyeuse de l’austro-hongrois Franz Lehár, à l’opéra Bastille, à Paris, dans une mise en scène sobre, comme je les aime.

Habitant alors en banlieue parisienne, au Kremlin-Bicêtre, il m’était facile de m’y rendre. Dont acte, pour une très belle soirée, même pas gâchée par un hum snob, restons polies, qui a braillé, il n’y a pas d’autre terme, dans le hall de l’opéra tout le mal qu’il pensait du troisième choriste en partant de la gauche. Ou était-ce le sixième choriste en haut à droite ? Ou la chanteuse et le chanteur principaux ? Ou… Bref, je ne lui ai pas balancé ma paire de petits talons dans son large dos, et je suis restée dans l’ambiance doucement légère de cette opérette viennoise se déroulant à Paris. Sans savoir donc que je venais de retrouver un metteur en scène que je connaissais depuis tout petite.

J’ai rangé cette mise en scène aux côtés des adaptations filmées de l’opérette. La mise en scène, légère également, d’Ernst Lubitsch (réalisateur états-unien né en Allemagne), avec Jeannette MacDonald et Maurice Chevalier – par contre j’attends toujours l’édition en DVD/blu-ray/VOD dans nos contrées franco-européennes. Et de celle, forcément décadente et sombre, du austro-hongrois naturalisé nord-américain Erich von Stroheim. Et celle, bof bof et mal aux yeux car Technicolor un peu sombre (un comble) et non restauré, de Curtis Bernhardt (réalisateur états-unien né en Allemagne).

  1. la K7 audio (génération née dans les années quatre-vingts coucou hello) est issue du vinyle (générations nées avant les années quatre-vingts et depuis les années 2010 salut yo) de la collection Le Petit Ménestrel. C’est l’acteur Claude Rich qui en est le récitant, mais c’est Papageno (Jean-Claude Granval) qui introduit l’œuvre au tout début du vinyle/de la K7 audio, et c’est toujours Papageno qui est le fil conducteur du récit. Mon choix de 2024 aurait-il donc été inconsciemment orienté par mes écoutes ?
  2. j’ai toujours le coffret CD de La Flûte enchantée, avec livret trilingue (allemand/anglais/français), « Harnoncourt ». Il m’a été offert par mes parents pour mes dix ans, en même temps que le coffret DECCA des Nozze di Figaro, un de mes premiers liens avec l’Italie, en plus des Don Camillo avec Fernandel et Gino Cervi, et avec la musique lyrique d’Alessandro Cicognini. J’ai plus écouté le coffret Flûte grâce au combo K7 audio et visionnage télévisuel. En outre, je trouve ces Nozze un peu longuettes, après un début mené tambour – et portes – battant(es).
  3. Les deux versions cinématographiques de La Flûte enchantée que j’ai vues, en VHS et en DVD, m’ont déçues. Celle du Suédois Ingmar Bergman pèse sur l’aspect morbide, sans le côté solaire versus nocturne – mais pas forcément morbide donc. Celle du Britannique Kenneth Branagh aurait pu être intéressante, car se déroulant dans les tranchées britanniques pendant la Première Guerre mondiale. Pourquoi pas ? Mais… on perd très vite le fil de la narration et on sombre dans le n’importe quoi côté scénario.
  4. La version scénique que j’ai tentée de regarder au tout début des années deux mille sur ARTE était du même goût, avec une modernisation style grosse entreprise, Saratro en PDG, etc. : je n’ai pas compris l’intérêt de détruire le livret, j’ai donc arrêté rapidement mon visionnage.

Celle que j’ai regardée au tournant des années deux mille dix, avec le monde de Sarastro comme étant l’Allemagne de l’Est, et l’univers de la Reine de la Nuit comme étant l’Allemagne de l’Ouest, était un parti pris étonnant, mais intéressant.

Je préfère quand même la version de 202… ? , vue sur ARTE, en direct du festival de Salzbourg, où le metteur en scène – à quand une/des metteuse(s) en scène ? – a retrouvé la fraîcheur originelle du livret, et les chanteurs et les chanteuses l’âge de leur rôle.

En préparant mes notes pour l’émission de France Musique, j’ai découvert une version bruxelloise de 2023, pour le festival Midsummer Mozartiade, tout à fait agréable, avec une mise en scène sobre et moderne, qui ne trahit pas la magie du livret.

Tout cela me fait découvrir d’autres liens entre mes recherches sur le voyage, le récit de voyage et l’autobiographie, commencées en Master 2 en 2007 à l’université Paris-7, maintenant Paris-Cité, et ma propre existence. Je découvre ici de nouvelles bribes de mon palimpseste mémoriel, après l’interview que Françoise Cesbron m’avait demandée pour son portail Humanit’Elles, interview qui portait notamment sur les sources de mon appétence pour le voyage : https://humanitelles.fr/2024/04/07/voyages-autour-de-simone-de-beauvoir-avec-tiphaine-martin/

À suivre et à continuer…

Pour citer cet article : Tiphaine Martin, « Un morceau musical de mon palimpseste mémoriel : France Musique, “Je suis l’oiseleur” », Voyages autour de mon cerveau, novembre 2024. URL : https://vadmc.hypotheses.org/19301

 

Florilège Rohmer VADMC

Florilège Rohmer

Parce que les films de Rohmer (Éric le cinéaste français, pas Sax le romancier anglais) sont enchanteurs puisque féministes, parce que merci à lui, à ses acteurs, à ses actrices et à son équipe. Parce qu’un cinéma du langage et de la manipulation. Parce que. D’où un florilège subjectif de citations de ses films, selon leur classement officiel en grappes filmées.

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Six Contes moraux

« Tant pis, si vous vous détraquez l’estomac avec vos sales petits sablés. » La Boulangère de Monceau (1962)

« J’ai des drames. » La Carrière de Suzanne (1963)

« L’idée de collection est contre l’idée de pureté… » La Collectionneuse (1967)

« Ce fut ma dernière escapade. » Ma nuit chez Maud (1969)

« – Jérôme ! – Aurora ! » Le Genou de Claire (1970)

« J’ai peur d’avoir fait une bêtise. » L’Amour l’après-midi (1972)

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Comédies et proverbes

« On a dû se tromper ! » La Femme de l’aviateur (1981)

« Je ne suis pas du tout collectionneur. » Le Beau Mariage (1982)

« Et à Pauline, il le lui a pas dit brutalement, l’autre charlot ? » Pauline à la plage (1983)

« D’une animalité pathétiquement bestiale. » Les Nuits de la pleine lune (1984)

« Bien sûr que je regarde les mecs. » Le Rayon vert (1986)

« Je sens que je vous complique la vie. » L’Ami de mon amie (1987)

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Contes des 4 saisons

« – Je peux m’assoir à côté de vous ? – Oui. – Je peux vous prendre la main ? – Oui. – Je peux vous embrasser ? – Oui. » Conte de printemps (1990)

« Maman ! Je t’amène un cuisinier ! » Conte d’hiver (1992)

« Je suis une fille de corsaire, on m’appelle la flibustière. » Conte d’été (1996)

« C’est du muflier sauvage. » Conte d’automne (1998)

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L’Ancien et le Moderne

« Jean-François, écoute-moi bien… » Le Signe du Lion (1959)

« Permettez-moi de vous offrir mon bras… » La Marquise d’O… (1976)

« Je suis Perceval le Gallois. » Perceval le Gallois (1978)

                      Quatre Aventures de Reinette et Mirabelle (1987) :

« Oui mais le silence, ça peut pas exister dans la nature. », sketch « L’Heure bleue »

« C’est moi qui l’ai enlevée, défense d’y toucher. », sketch «  Le Garçon de café »

« Et en aidant une vicieuse, tu t’es viciée toi-même. », sketch « Le Mendiant, la Kleptomane et l’Arnaqueuse »

« La peinture est une chose bien trop sacrée pour qu’on la profane par des paroles. », sketch « La Vente du tableau »

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« Oh des salades ! » L’Arbre, le Maire et la Médiathèque (1993)

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                       Les Rendez-vous de Paris (1995) :

« C’est ton amoureux ? », sketch « Le Rendez-vous de sept heures »

« Soyons-le jusqu’au bout, allons à l’hôtel. », sketch « Les Bancs de Paris »

« Ah vous êtes peintre… », sketch « Mère et Enfant 1907 »

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« Mon Dieu Prince, que vous arrive-t-il ? » L’Anglaise et le Duc (2001)

« La banlieue ? Ou c’est populaire et triste, ou c’est très cher… » Triple Agent (2004)

« C’est bien parlé, mais quant à moi… » Les Amours d’Astrée et de Céladon (2007)

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Pour citer cet article : Tiphaine Martin, « Florilège Rohmer », Voyages autour de mon cerveau, novembre 2024. URL : https://vadmc.hypotheses.org/19024

 

 

Memory Box VADMC

Memory Box, pulsions vitales. Partir, revenir, pourquoi ? (5)

Que sait-on de la vie de nos parents, et comment découvre-t-on leur passé, quand ils ne veulent pas en parler ? Des questions que retournent Alex Sanders (Paloma Vauthier), adolescente canadienne de notre époque, alors que sa mère Maia (Rom Tuki) vient de recevoir un énorme colis, le jour de Noël. Qui contient des journaux intimes, des K7… que Maia a tôt fait d’enfermer à la cave de leur maison montréalaise, ne voulant pas de cette Memory Box (Khalil Joreige et Joana Hadjithomas, 2021).

Alex, tout en discutant par WhatsApp avec ses ami·es, va chercher journaux et K7 et commence son exploration proustienne. Sa mère se refusant à tout commentaire, même lorsqu’elle découvre l’appropriation de sa fille, l’adolescente va interroger sa grand-mère Téta (Clémence Sabbagh). Qui ne veut pas parler. Alors Alex continue sa quête, soutenue par ses ami·es, qu’elle délaisse progressivement, happée par ce qu’elle découvre de ses racines libanaises, de l’adolescence sa mère, du jeune temps de sa grand-mère, et de la guerre civile (celle des années quatre-vingts), comme dans les longs-métrages Dans les champs de bataille (Danielle Arbid, 2004) et Sous le ciel d’Alice (Chloé Mazlo, 2020).

Le colis provient de l’inséparable de Maia, Liza Haber, qui vient de décéder, en France où elle s’était réfugiée avec sa famille. Elle sera enterrée au Liban. Des retours en arrière surgissent des pages des journaux de Maia adolescente (Manal Issa), des K7 qu’elle enregistrait pour son amie : les bombardements incessants, la peur, l’envie de vivre, de sortir, d’aimer, de chanter, de danser. Maia jeune en a assez des angoisses perpétuelles de sa mère, collée à son poste de radio. Assez du calme de son père Adel Abboud (nom d’acteur non trouvé), instituteur qui lutte de manière pacifiste pour que cessent les combats. Assez de devoir rester cloîtrée dans sa chambre, de se faufiler dans les rues pour retrouver ses amies, de regarder les garçons à la dérobée. Alors elle écrit en noir, en bleu, en rouge, en arabe et en français, elle colle des photos, des feuilles de magazine, des tickets de cinéma…

Et elle rencontre Raja (Hassan Akil), beau jeune homme qui la drague un après-midi dans la campagne, loin des tensions urbaines, alors qu’elle est avec ses amies et des amis de Raja. Elle s’amuse à tirer avec une mitraillette que le groupe de garçons a amenée, en bons mâles combattants qu’ils sont, ne voyant que la violence. Mais elle préfère sa sortie avec Raja à la fête foraine, dans une explosion de couleurs et de bruits qui, pour une fois, n’est pas menaçante. Et elle aime découvrir son corps et celui de Raja dans le sous-sol d’un immeuble, alors que gronde la guerre à l’extérieur. Maïa ne veut pas mourir vierge, si elle doit rester sous les bombes. C’est aussi, bien entendu, une pulsion de vie. Qui va lui permettre de tenir dans les temps très durs qui vont suivre. Raja est envoyé en URSS par ses parents, pour le soustraire aux mauvaises influences virilités et mortifères de ses amis. Et le père de Maia meurt, assassiné, devenant un héros de la cause pacifiste. Téta émigre alors avec Maia au Canada, trimant afin que sa fille fasse des études et devienne doctoresse, se marie et ait une enfant. Maia doit faire le deuil et de son père et de sa patrie (deux mots qui ont la même étymologie).

Sauf que derrière la vérité officielle se cache un drame bien plus poignant : Adel s’est suicidé après avoir sombré dans l’alcoolisme, suite au bombardement de son école. Et Téta a tiré deux coups de revolver sur son mari mort, afin de ne pas entacher sa réputation de héros pacifiste. Téta, cette femme un peu geignarde et repliée sur elle-même, se révèle une héroïne qui a tout sauvé de sa famille : honneur, amour, image, fabriquant une mémoire familiale fausse mais glorieuse. Qui restera telle aux yeux du monde, Maia adolescente et adulte étant au courant mais se taisant, au moins jusqu’à ce que sa fille l’accuse de tout dissimuler et d’avoir une vie « pourrie ». Alors Maia raconte, enfin, à sa fille, sa voix se superposant à celle de Maia adolescente. Alex préfère garder ce secret pour elle, sans mettre ses ami·es au courant.

Le film pourrait s’arrêter là, puisque la catharsis intra-familiale a eu lieu. Les liens intergénérationnels sont noués et renoués, d’une mère à l’autre, d’une fille à l’autre. Mais la réalisatrice et le réalisateur ont décidé de ne pas « oublier le soleil », comme le dit Téta à Alex. À savoir celui qui éclate sur le visage de Maia à l’enterrement de Liza lorsqu’elle revoit Raja (Rabih Mroué). Lui non plus ne l’a pas oubliée. Et Alex filme alors avec son portable non seulement la terre originelle de sa mère et de sa grand-mère, mais aussi Maia dansant avec ses ami·es d’enfance et son amour de jeunesse, dans une ronde serrée et joyeuse, malgré le décès de Liza. Faire la fête pour faire du passé table rase, à l’image de tous les immeubles (trop) neufs du Liban ? Ou chanter et danser pour célébrer la vie qui continue ? À nous de choisir ce que nous voulons, pour les personnages, et pour nous-mêmes.

Pour citer cet article : Tiphaine Martin, « Memory Box, pulsions vitales. Partir, revenir, pourquoi ? (5) », Voyages autour de mon cerveau, juin 2023. URL : https://vadmc.hypotheses.org/10549

Histoire du suppositoire VADMC

À la recherche de la rose perdue

Que faire quand on est un suppo en pleine forme ? Partir à la découverte du vaste monde, bien entendu. C’est l’envie qui tenaille Paul, garçonnet suppositoire. Sans compter qu’il refuse de finir à l’intérieur d’un être humain, ce qui sera le cas de son ami Chico. Foin des conseils de prudence et des avis pessimistes de sa voisine Camille, Paul veut sentir l’odeur des roses, une fois.

Dans L’Histoire du suppositoire qui voulait échapper à sa destinée (Michel Lafon, 2022), Alex Vizorek et Caroline Allan imaginent les aventures rebondissantes d’un suppositoire et de ses congénères de l’armoire à pharmacie, dans une maison où deux bambin·es enchaînent les coliques. Le texte est très vivant, enchaînant les dialogues et de courts paragraphes de récit. Les référents adultes-médicaments restent des entités dont la parole est mystérieuse pour Camille et Paul : qui est ce Van Gogh (p. 18) dont parle monsieur Quiès ? comment peut-on revenir du postérieur d’un enfant mais sous une forme différente (p. 13) ? comment soigne-t-on le café (p. 19) ?

Les illustrations de Karo Pauwels donnent une profondeur humoristique supplémentaire au texte.  Par exemple, des jeux de mot sur les noms des médicaments (p. 14, 16, 17), ou des noms de destinations qui font référence tant à la réalité qu’au stade anal (p. 4).

La trajectoire de Paul est vue à hauteur d’enfant/de suppositoire, donc immense à ses yeux : armoire à pharmacie, sol de la salle de bains, couloir, cuisine, puis jardin, au pied des rosiers. Le conte n’est pas manichéen, les alliés peuvent se révéler des ennemis. C’est le cas du chat et du chien de la maison, qui font progresser Paul spatialement, le rapprochant de son but, mais parce qu’ils jouent avec lui. En même temps, quand on s’appelle Lucifer et Belzébuth, on est forcément double : séduisant mais fort peu sympathique au fond. Les êtres humains existent dans un monde parallèle, sauf lorsqu’ils utilisent des suppositoires, bien entendu. Mais ils ne sont ni amis ni ennemis, plutôt des divinités qui, indifférents au destin des médicaments, les utilisent au besoin.

Retenons le courage et la volonté acharnée de Paul, qui plongera, non dans le lac Titicaca en Amérique du Sud ou dans la mer de corail, mais … là où il doit arriver.

Alors, pour ou contre les départs au long cours ?

 

 

Pour citer cet article : Tiphaine Martin, « À la recherche de la rose perdue », Voyages autour de mon cerveau, mars 2023. URL : https://vadmc.hypotheses.org/9344