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Musique, couleurs, création – Interview de Claire Marin, artiste contemporaine

Nous remercions chaleureusement Claire Marin d’avoir répondu à nos questions. 

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La photographie de couverture est de ©Linda Aldeano.

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Tiphaine Martin – Comment en es-tu venue à te spécialiser en calligraphie ?

Claire Marin – C’est une belle histoire, qui s’est tissée très lentement.

Quand j’étais enfant, j’écrivais sur mes tableaux. Mais je ne savais même pas que la calligraphie existait et j’ai pratiqué d’autres métiers sans lien avec la création pendant longtemps. Même si, dès le début, je voulais peindre et écrire.

Puis à la trentaine, j’ai décidé de me consacrer à ces passions. Toujours sans rien connaître de la calligraphie… que j’ai découverte lors d’un voyage au Japon en 2018.

À ce moment, ce ne furent pas tant les formes qui m’ont parlé. Ce fut l’encre noire et toute la spiritualité qu’elle véhiculait. Jusqu’alors, je ne parvenais jamais à mettre de noir dans mes tableaux. Cela générait de la lourdeur et de la tristesse en moi. C’est le Japon qui m’a offert de voir la lumière du noir. Et c’est ce noir qui m’a ouvert aux lettres hébraïques que j’allais rencontrer quelques mois plus tard.

Dès le début, il s’est passé quelque chose de très fort avec ces lettres. Comme si je les avais déjà dans ma main. Et ma main aimait cet outil qui n’était pas un pinceau comme en Asie, mais un calame. C’est à dire une plume carrée. Immédiatement, j’ai eu la sensation de faire corps avec cette plume.

Je ne voulais pas forcément devenir calligraphe, mais j’ai contacté Frank Lalou car je m’amusais avec ses cahiers d’exercices. Et lui, il ne voulait plus enseigner.

Mais avec sa femme, ils animaient un stage sur la danse des lettres (La Tehima) et j’y suis donc allée. Pour le plaisir de mieux connaître cet univers.

Et là, il y a eu ce que l’on peut appeler une rencontre : Frank a eu à nouveau le désir de transmettre et moi, celui de recevoir.

C’était en 2021. Et c’est à cette même période que j’ai lu Passagère du silence de Fabienne Verdier. J’ai su alors que je voulais devenir calligraphe… ou plutôt, que je l’étais déjà sans le savoir!

À partir de là, tout est allé très vite. Je calligraphiais tous les jours, au minimum quatre ou cinq heures. J’avais soif d’apprendre. Y compris la langue hébraïque que je ne connaissais pas. J’ai donc commencé des cours d’hébreu biblique à l’Institut Universitaire Européen Rachi de Troyes, qui était le lieu d’étude le plus proche de chez moi puisque j’habitais dans l’Yonne à cette époque.

Puis j’ai commencé à exposer mes tableaux de calligraphie en différents lieux. Et en 2022, il y a eu la sortie de mon premier livre sur ce sujet Tu seras une lettre… publié aux Éditions l’Andriague.

Je suis retournée au Japon et aussi en Corée en 2024 pour y présenter deux expositions. Ce fut une expérience extraordinaire. D’autant que je venais de recevoir mon diplôme de calligraphe. Jamais aucun diplôme n’avait eu autant de valeur à mes yeux.

Et très vite ensuite, moi qui me croyais trop jeune pour transmettre à mon tour, le fait d’enseigner s’est imposé naturellement. Je me souviens avoir dit alors à mon maître de calligraphie que je n’étais pas prête pour ça. Sa réponse est gravée dans ma mémoire :

 Ce n’est pas toi qui décides si tu es prête.

Peut-être est-ce à cet instant que j’ai ressenti l’âme de cet art : se laisser traverser par le Souffle.

T.M.Pourquoi utilises-tu de la couleur dans tes calligraphies ?

C.M. – En calligraphie, l’usage de la couleur est un cheminement. Car la tradition, c’est « Feu noir sur Feu blanc ». C’est à dire le noir de l’encre sur le blanc du papier.

Auquel le rouge vient s’ajouter quand l’œuvre est achevée. Le rouge, c’est la signature, l’identité.

Tant et si bien que c’est plutôt la couleur qui semble s’inviter au moment qu’elle choisit.

Et son apparition, je l’ai vécu comme une naissance. L’incarnation d’un esprit dans une matière.

Peut-être parce que j’ai été d’abord peintre avec un goût très fort pour les couleurs, dans lesquelles je sentais une véritable puissance alchimique. Et aussi probablement parce que même quand j’écrivais des textes, j’associais toujours des couleurs aux personnages, aux événements, aux situations.

Il est d’ailleurs intéressant de savoir que scientifiquement, nos yeux voient uniquement le noir et blanc. C’est notre cerveau qui perçoit les couleurs. Cela rejoint l’idée maîtresse de la calligraphie qui exprime cette différence entre le Réel et la réalité : le réel, c’est le vide ; et la réalité, notre perception.

Or, effectivement, chacun a sa propre vision des couleurs. Et sur ce sujet, je pense toujours à ma mère. Avec laquelle on ne voit jamais les mêmes couleurs. Et pourtant, ni elle ni moi ne sommes daltoniennes ! Elle voit bleu quand je vois vert, je vois rose quand elle voit rouge etc. Au début, par excès de jeunesse, je pensais bien sûr qu’elle avait tort et que j’avais raison. Puis avec l’expérience artistique, l’apprentissage – parfois douloureux – des expositions où ce que l’on présente est rarement vu comme on l’a créé, je me suis ouverte à l’altérité.

Une altérité parfaitement à l’image de la multitude de couleurs qui éclairent nos vies. Comme si quelque part, le chemin vers la couleur était un chemin d’humanité.

T.M. – Qu’est-ce que le fait de mêler de la musique, entendue ou non, dans tes œuvres, ajoute à celles-ci ?

C.M. – C’est une joie profonde de faire vivre la musique à travers la calligraphie. Il y a plein de métiers que j’aurais aimé explorer plus profondément, et notamment celui de chanteuse. Je chante mais ce n’est pas mon métier principal. Et je ne suis pas compositrice, je ne joue d’aucun instrument. En revanche, je suis un vrai juke box ! Je connais des milliers de chansons par cœur.

C’est certainement cet amour du chant qui a orienté ma démarche. Elle porte sur une calligraphie picturale fondée sur le son et la musicalité des lettres. Et ce sont les racines des lettres hébraïques qui m’ont permis de le faire.

C.M. – Historiquement, ces lettres qui se trouvent être à l’origine des nôtres, sont issues des hiéroglyphes égyptiens. Car le monde, tout comme nous, pour pouvoir communiquer par écrit, a d’abord dessiné. Puis au fil des siècles, des progrès techniques et des besoins, ces dessins se sont simplifiés. Jusqu’à devenir des signes. Puis des lettres. Puis nos alphabets.

Le premier fut créé par les Phéniciens, puis réinterprétés par les Hébreux, qui avec 22 lettres, ont écrit La Bible. La Bible qui était faite pour être chantée. Mais comme il n’y avait aucune indication écrite sur ce chant et que cet alphabet était consonantique, des scribes juifs du Moyen Âge, les Massorètes ont inventé des signes autour des lettres pour matérialiser les sons : les « cantillations » pour les intonations du chant et les « nikoud » pour la prononciation des voyelles.

C’est ainsi que, dans mes explorations, est née l’idée d’associer le son des voyelles à des couleurs et d’intégrer celui des cantillations à la calligraphie. Ce qui génère progressivement un paysage tissé de lettres. Des lettres qui sont un corps au-delà des mots. Des lettres en tant que vibrations. Des lettres dont le son fait œuvre de création.

T.M. – Tu te lèves le matin : en chantant, en dessinant, en dansant… liste non exhaustive ?

C.M. – En calligraphiant ! Avec un mug de café et un carré de chocolat… noirs pour les deux bien entendu !

Le matin est mon plus grand bonheur depuis toujours. C’est un moment sacré qui m’appartient pleinement. Et depuis toujours, je me lève naturellement très tôt. Cela m’offre le temps de commencer chaque jour par faire quelque chose que j’aime. C’est comme un capital énergie afin d’accueillir au mieux ce qui se présentera au fil de la journée… dont on ne sait jamais de quoi elle sera faite !

T.M. – Tu peins, tu es musicienne, tu écris : est-ce que tu as d’autres amours artistiques ?

C.M. – Je crois que cela constitue tous mes amours. Je mettrais simplement l’écriture en premier, que ce soit pour calligraphier ou rédiger des textes, c’est ce qui m’anime le plus profondément. Les lettres sont mes compagnes. Et pour le lien à la musique, j’ai plutôt tendance à me voir en conteuse qui chante plutôt qu’en musicienne. Mais ça me touche d’être associée à ce mot car c’est l’un des métiers pour lequel j’ai le plus d’admiration.

T.M. – Dans quel(s) lieu(x) exposes-tu actuellement ?

C.M.J’ai la chance d’avoir rencontré une merveilleuse galeriste, Maïlyn Bruniquel, avec laquelle nous nous sommes immédiatement senties en harmonie. Mon travail est donc toujours exposé, avec celui d’autres artistes, dans sa galerie du même nom qui est située à Sète, la ville où je réside.

Puis du 21 août au 27 septembre prochain, je présenterai une exposition personnelle au Musée-Galerie Carnot à Villeneuve-sur-Yonne. Elle sera consacrée à « La Bible musicale » que je suis en train de calligraphier et dont ce sera la première restitution. D’autres suivront en 2027 à Montpellier et à Troyes notamment.

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Sites

Claire Marin : https://www.clairemarin.net/

Galerie Maïlyn Bruniquel, Sète : https://galeriemailynbruniquel.fr/

Musée-Galerie Carnot, Troyes (via celui de la ville) : https://www.villeneuve-yonne.fr/culture-tourisme/expositions-musees/
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Pour citer cet article : Tiphaine Martin, Claire Marin, « Musique, couleurs, création – Interview de Claire Marin, artiste contemporaine », Voyages autour de mon cerveau, juin 2026. URL : https://vadmc.hypotheses.org/30999

Partir revenir pourquoi (21) Fuir les violences conjugales Hélène de Troie VADMC.001

Partir, revenir, pourquoi ? (21) Fuir les violences conjugales : Hélène de Troie

Le film épique nord-américain Hélène de Troie (Robert Wise, Helen of Troy, 1956) va à l’encontre de la tradition antique, qui fait d’Hélène, reine de Sparte, un personnage néfaste aux Grecs. Son enlèvement, par le Troyen Pâris, déclenche la Guerre de Troie, qui va durer dix ans, et qui est narrée du point de vue des Grecs, par l’aède grec Homère, dans L’Iliade et L’Odyssée, vers le huitième siècle avant notre ère. Le dramaturge grec Euripide, au cinquième siècle avant notre ère, fait d’Hélène une épouse fidèle, au contraire d’Homère, qui n’a rien à voir avec le conflit, auquel elle n’assiste pas. Au dix-neuvième siècle, les librettistes français Henri Meilhac et Ludovic Halévy, avec la complicité de Jacques Offenbach à la musique, reviennent à Homère et forgent une Hélène qui s’ennuie auprès de son vieux mari. La « belle Hélène » de l’opéra-bouffe du même nom (1894) est ravie que la « fatalité » (ben tiens) l’oblige à partir avec le beau Pâris.

Le réalisateur états-unien, quant à lui, inscrit son péplum dans un contexte antique qui a de fortes ressemblances avec les États-Unis des années trente (côté politique) et des années cinquante (mœurs). Dans cette version étonnante du poème homérique, la curiosité du Troyen Pâris (Jacques Sernas) pour les autres peuples, surtout les peuples grecs, et sa volonté de briser l’isolationnisme troyen au profit d’une paix durable avec la Grèce, donnent aux Grecs l’occasion de déclencher la guerre avec Troie.

Et ce, d’autant plus facilement que Pâris s’enfuit de Sparte avec la reine, Hélène (Rossana Podesta), ravie de pouvoir enfin partir loin de son vieux mari jaloux, Ménélas (Niall MacGinis), qui l’étrangle un peu, beaucoup, lors d’une énième crise de colère. Si le voyage est déprécié, tout comme l’ouverture aux autres, côté troyen, car sources de malheur, Hélène montre qu’il n’en est rien, au moins côté amoureux. Elle tombe amoureuse d’un étranger, alors que son mari et ses compagnons d’armes ne penseront qu’à violer les villageoises et les captives troyennes. Les violences conjugales, psychologiques et physiques, sont montrées et ne sont aucunement justifiées.

Dès le début de la séquence en Grèce, après le début du film qui se déroule à Troie, sur la plage de Sparte (SIC), Hélène fait face à des soldats. Ils sont envoyés par Ménélas pour la ramener fissa au palais, sous couvert d’inquiétudes conjugales vis-à-vis de la présence possible d’étrangers dans le coin. Fièrement, la reine refuse cette privation de liberté, elle qui n’en a déjà pas beaucoup. Elle ne les suivra pas. 

Notons qu’elle apparaît pour la première fois sortant des flots en tunique légère, nouvelle Vénus de Botticelli. Et ce, bien avant Honeychile (Ursula Andress), en bikini, en Jamaïque, dans James Bond contre Dr No (Terence Young, Dr No, 1962). Hélène est un personnage érotisé, ce qui est logique au vu du sujet. Cette scène l’inscrit également dans l’espace maritime, annonce de son départ, plus tard, avec Pâris pour Troie.

Ménélas, lui, barbu et ventru, passe son temps, et la quasi totalité du film, à éructer et à menacer. Il est le seul Grec à avoir une épouse qui apparaisse sur l’écran, ce qui est logique, puisque la réunion hellène se déroule dans son palais. Pâris, à l’inverse, est musclé et imberbe. Et il a une absence de jeu d’acteur qui confine au génie marbré, scènes d’amour inclus.

Le réalisateur prend parti pour le jeune couple, contre le couple de type incestueux. Et pour l’amour partagé et respectueux de l’autre, contre les violences conjugales, la jalousie et le sentiment de propriété. Nous pouvons placer ce film dans la droite ligne de la remise en question de la société nord-américaine, et de la place qu’y occupent les épouses et les fiancées, dans certains longs-métrages de l’époque. Les violences d’hommes soi-disant amoureux envers les femmes y sont fréquentes.

Pensons, par exemple, au Violent (Nicholas Ray, In a Lonely Place, 1950), à Derrière le miroir (Nicholas Ray, Bigger Than Life, 1956), puis à La Fièvre dans le sang (Elia Kazan, Splendor in the Grass, 1961) et… à West Side Story, de Robert Wise (1961). En effet, dans Hélène de Troie et dans West Side Story, il y a une héroïne, amoureuse du héros, héros étranger à son pays d’origine, qui est tué par un mari/un amoureux jaloux. Soit le trio Hélène/Pâris/Ménélas, et le trio Maria (Nathalie Wood)/Tony (Richard Beymer)/Chino (Jose de Vega).

En outre, si nous ôtons le cadre antique à Hélène de Troie, nous aboutissons à l’histoire d’une femme au foyer, mariée, victime de violences conjugales, qui arrive à s’enfuir avec l’homme qu’elle aime, avant d’être violemment rattrapée par son mari, qui tue son amant et la ramène de force au domicile conjugal. Et cela est tout à fait d’actualité en 1956.

En outre, les jeunes filles et les femmes doivent se tenir au foyer la majeure partie du temps, tant dans l’Antiquité grecque que dans les USA des années 1950. Respirer l’air marin, se baigner, même accompagné d’une esclave (Brigitte Bardot), comme Hélène de Troie ? Certes non.

Remarquons également que le domicile est, traditionnellement, le choix du mari. Là aussi, le péplum innove, au moins pour un temps : Hélène propose à Pâris de s’installer sur l’île de Pélagos, pour cinquante années et plus d’une chaumine et deux cœurs. Serait-ce une lointaine, très lointaine, imitation de l’île égyptienne de Pharos, dans la tragédie Hélène d’Euripide ? Sachant que ladite île de Pélagos n’existe pas dans la réalité, antique ou moderne. Pâris refuse, puis accepte. Hélène préfère alors être courageuse et affronter la colère des Troyen·nes, quand elles et ils sauront que leur isolationnisme est terminé, à cause de l’attaque grecque.

Soit, en termes modernes, affronter l’ire états-unienne, quand ses habitant·es apprendront que le gouvernement japonais et/ou soviétique (dans l’optique de la Guerre froide) a déclaré la guerre, et que leur non intervention dans les conflits mondiaux ne les a pas protégé·es.

Pour Hélène, le voyage du retour sera pire cependant que la guerre, car Pâris a été tué par Ménélas, et elle doit retourner à Sparte avec son mari. Pour autant, elle ne perd rien de son calme ni de sa superbe. Ni de son amour pour Pâris. Une belle leçon de courage féminin.

Le voyage est ambigu : source de bonheur  pour Pâris et Hélène, source de malheur pour Pâris, sa famille et son peuple, et source de richesses pour les chefs grecs. Le voyage et l’ouverture aux autres sont-ils, pour autant, uniquement source de maux ? Dans Hélène de Troie, le bilan est mitigé, malgré la fin sombre. La toute dernière image nous montre Hélène à l’arrière du bateau de Ménélas, pensant à Pâris, en voix off. Derrière le deuil, vibre la passion, toujours vivante.

Dans ce film, les violences masculines et conjugales sont montrées comme des non preuves d’amour, ce sont des marques de possession sanguinaire. Dans tous les cas, l’héroïne est glorifiée par sa volonté de liberté, par ses choix amoureux, par son côté aventureux. Une belle leçon de vie en temps de guerre et de paix de cendres.

 

Pour citer cet article : Tiphaine Martin, « Partir, revenir, pourquoi ? (21) Fuir les violences conjugales : Hélène de Troie », Voyages autour de mon cerveau, avril 2026. URL : https://vadmc.hypotheses.org/28969

 

Médée récompensée par le patriarcat ? Don Chaffey, Pasolini

La figure antique de la magicienne Médée a attiré l’attention des réalisateurs modernes, qui ont réinterprété le mythe à leur façon. Ainsi, dans les années soixante, le réalisateur nord-américain Don Chaffey, dans Jason et les Argonautes (Jason and the Argonauts, 1963) et le réalisateur italien Pier Paolo Pasolini, dans Médée (Medea, 1969) accordent une attention soutenue à cette héroïne, en la magnifiant.

Pasolini respecte la pièce du dramaturge grec Euripide (431 avant J.C.), centré sur le personnage de la magicienne colchidienne Médée (Maria Callas), qui a tué son petit frère pour sauver son amant thessalien Jason (Giuseppe Gentile), puis qui fait tuer Pélias (Paul Jabara), l’oncle usurpateur de Jason, par ses filles, sous couvert de baume rajeunissant. Médée  tue également la jeune corinthienne Créuse/Glaucé (Margareth Clémenti), épouse de Jason, lassé de Médée au bout de dix années de vie commune et de deux enfants engendrés. Médée assassine également ceux-ci, avant de s’enfuir, chez Euripide, ricanante et triomphante, sur un char ailé. Pasolini, comme Euripide, exonère Médée du châtiment pour l’ensemble de ses crimes multiples. Seule différence entre Euripide et Pasolini : le réalisateur consacre la première partie de son film à l’enfance et l’adolescence de Jason, entouré uniquement d’hommes.

Chaffey, de son côté, rejette tous les aspects meurtriers de Médée, d’une part parce que son film se termine au départ de Jason (Todd Armstrong) et de Médée (Nancy Kovack) de la Colchide (actuelle Géorgie), d’autre part parce qu’elle ne tue pas son petit frère, ni personne, laissant les violences diverses aux hommes. Notons que les femmes qui meurent dans ce film le sont à cause de l’envie guerrière des hommes, dont le roi Pélias (Douglas Wilmer), qui fait la guerre au roi Aristo, en Thessalie (Grèce centrale). Pélias n’hésite pas, au tout début du film, à tuer Briséis (Davina Taylor) qui s’est réfugiée avec son tout petit frère Jason dans le temps de la déesse Héra (Honor Blackman).

Héra va protéger Jason, qui refuse plus tard l’aide de Zeus (Niall MacGinnis), mari d’Héra, au motif qu’il ne croit pas aux dieux. L’attitude de Jason inquiète Zeus : où va-t-on si l’athéisme gagne du terrain ? Jason se fie plutôt à son intelligence et aux muscles de ses compagnons d’aventure, les Argonautes.

Vingt ans après le féminicide de Briséis et de tant d’autres femmes, Médée est victime des soldats de son père, le roi Aeëtes (Jack Gwillim), furieux que Jason ait volé la Toison d’or, peau de bélier magique. Une flèche empoisonnée atteint Médée, qui ne doit son salut qu’à l’application de la Toison d’or sur elle par Jason. Tous deux et les survivants des Argonautes prennent la mer et s’en vont. Il n’y a aucune misogynie chez Chaffey et ses scénaristes, deux hommes, Beverley Cross et Jan Read, qui mettent en valeur les personnages féminins.

Dans les deux films, la place de Médée est importante, que ce soit dans le long-métrage qui porte son nom, logiquement, ou dans celui qui porte le nom de son compagnon. Elle est toujours sympathique, quoiqu’à première vue mystérieuse et ayant des pouvoirs magiques puissants. Mais comme c’est également le cas de bien des personnages féminins du cinéma occidental, quel que soit leur statut social et leur éventuel métier, ce n’est pas une surprise ni un cas exceptionnel.

Elle conserve ses pouvoirs jusqu’à la fin du film. Les réalisateurs adoptent son point de vue : quand elle est punie d’aimer Jason, soit par flèche empoisonnée, soit en étant abandonnée au bout de dix ans pour une plus jeune qu’elle avec deux enfants à charge, le public ressent ces évènements comme immérités et injustes.

Et son triomphe final dans les deux films pourrait s’expliquer par la volonté de Chaffey et de Pasolini de montrer que le patriarcat sait, parfois, récompenser les femmes qui se rebellent contre les lois du système, patriarcal justement, et qui choisissent leur destin, au moins jusqu’à un certain point.

Chez Chaffey, classiquement, Médée trouve l’amour, forcément éternel, comme dans tous les films qui ne vont pas au-delà des premiers baisers ou du mariage. Le voyage à venir en compagnie de Jason et des Argonautes est synonyme de bonheur, ce qui n’est finalement pas le cas pour la Médée de Pasolini.

Chez Pasolini, Médée refuse à Jason le droit de dire adieu aux corps de leurs deux fils, avant qu’ils ne soient brûlés puis ensevelis. Jason tente de crier sa douleur et de lui prédire une vie malheureuse. Médée lui réplique que sa propre vieillesse sera affreuse, sans doute à cause du souvenir des différents meurtres dont il serait indirectement responsable. Jason n’est pas vainqueur, mais Médée ne l’est pas plus.

S’agit-il de récompense ou d’acceptation, à petites doses, de personnages féminins exceptionnels ? Chez Chaffey, Médée ne va-t-elle pas rentrer gentiment dans le rang et s’occuper de leur foyer (royal) ? Chez Pasolini, le public suit-il véritablement Médée jusqu’au bout de ses crimes ? Aucune des personnes qu’elle a assassinées n’avaient fait quoi que ce soit de mal, si l’on suit une logique de vengeance, argument classique des criminel·les. Le seul être qui lui ait causé du tort est Jason, non le frère de Médée, ni leurs deux fils, ni la jeune Glaucé, qui n’a pas l’air enchantée d’épouser Jason, et qu’on ne voit jamais faire le moindre mal à Médée ni à ses enfants. Certes, la torture du souvenir est une arme efficace et sur le long terme, mais cela vaut autant pour Jason que pour Médée, et les êtres qu’elle a froidement supprimés étaient innocents.

Si Médée est récompensée par le patriarcat, c’est, semble-t-il, parce qu’elle aide Jason à voler puis à s’échapper, ce dont il est incapable, même avec ses Argonautes, ce qui pose question dans des mondes (Grèce antique, Occident du vingtième siècle) où la virilité se doit d’être triomphante. Le reste de son histoire est plus complexe, et Pasolini ne tranche pas en sa faveur.

Il reste deux films avec des héroïnes fortes, dont on suit les aventures avec passion.

Pour citer cet article : Tiphaine Martin, « Médée récompensée par le patriarcat ? Don Chaffey, Pasolini », Voyages autour de mon cerveau, septembre 2024. URL : https://vadmc.hypotheses.org/16983

Idéfix et Totoro VADMC

Planter des arbres avec Idéfix et Totoro

Ce ne sont pas uniquement les êtres humains qui se soucient de la préservation de la planète, comme L’Homme qui plantait des arbres de Jean Giono (1953). Les chiens et les créatures à tête de chat également se sentent également concernés, quelle que soit la partie du monde où elles et ils vivent.

Idéfix, petit chien blanc de la Gaule armoricaine (sic) du premier siècle avant notre ère, adore se promener dans les forêts boisées près de son village, avec son humain de compagnie Obélix. Jusqu’au jour où un vilain promoteur romain, Anglaigus, commence à raser ses arbres chéris, afin de construire des immeubles de rapport, pompeusement appelés « Le Domaine des Dieux », dans l’album éponyme de Gosciny et Uderzo (1971). Il s’agit, à l’origine, d’un projet de César (Jules), afin de réduire le village d’irréductibles Gaulois à l’adaptation au monde moderne ou à périr, isolé (Dargaud, 1971, p. 5).

Mordre le derrière d’Anglaigus (Idem, p. 7) n’ayant pas ralenti les marques sur les arbres ni les coupes sauvages, Idéfix ulule de désespoir, avant de faire une crise cardiaque devant un énième arbre déraciné, qui git, mort (Idem, p. 12). Heureusement, Obélix replante un des arbres (Ibid.), puis, le druide Panoramix, qui a une vue large, replante les arbres avec des glands magiques (Idem, p. 15), avec l’aide d’Astérix et d’Obélix, au grand bonheur d’Idéfix (Idem, p. 17).

Idéfix VADMC

©Tiphaine Martin

Et les héros Astérix et Obélix de faire la chasse aux habitant·es romain·es des immeubles, puis, aux légionnaires qui les ont remplacé, cette fois en faisant participer leur village. Finalement, Panoramix distribue des glands pour effacer « Le Domaine des Dieux » (Idem, p. 46). Idéfix est heureux et ronge son os en paix, lors du traditionnel banquet de fin d’aventure (Idem, p. 47). Astérix a bien un doute (Ibid.) :

Panoramix, notre druide, crois-tu vraiment que nous pourrons toujours arrêter le cours des choses comme nous venons de le faire ?

Ce à quoi le druide répond :

Bien sûr que non, Astérix… [case suivante] Mais nous avons encore le temps, tellement de temps !

Car oui, « Nous sommes en 50 avant Jésus-Christ », comme l’indique le célèbre carton introductif de chaque album d’Astérix (Idem, p. 3). Pas de panique pour nos Gaulois favoris.

Cet album fait écho à la folie bétonnière des années soixante et soixante-dix en France, dans une course au profit et à la destruction massive du territoire que les militant·es écologistes de cette époque dénonçaient. Et dénoncent toujours, au vingt-et-unième siècle.

Rappelons également, sur un mode moins heureux, au Japon, l’échec de Pompoko (Isao Takahata, 1994) et de sa tribu de Tanukis (sorte de ratons laveurs) à préserver l’intégralité de leurs espaces naturels, les forêts japonaises. Leur combat, des années soixante aux années quatre-vingt-dix, se termine par l’adaptation forcée des Tanukis au monde humain.

Un autre accord humain·es et non humains est, heureusement, parfait. C’est celui de l’adolescente Satsuki et de sa jeune sœur Mei avec la créature grise et blanche Totoro et les deux plus petits Totoro, un bleu et un blanc, dans le film Mon voisin Totoro (Hayao Miyazaki, 1988). Nous sommes de nuit, dans les années soixante, dans le jardin de la maison des jeunes filles et de leur père. Celui-ci, vêtu de son pantalon gris et de son maillot de corps blanc, travaille à ses équations dans son bureau, et ne participe donc pas à la cérémonie.

Satsuki, vêtue d’un pyjama bleu, et Mei, en robe de chambre jaune, font pousser les glands précédemment offerts par Totoro, qui deviennent des pousses d’arbres, puis un arbre gigantesque. La musique liquide de Joe Hisahi ajoute de la magie supplémentaire à cette séquence tout en finesse et poésie.

Totoro VADMC

©Tiphaine Martin

Celle-ci vient après la première rencontre de Mei avec le petit Totoro blanc, puis du moyen Totoro bleu, enfin de Totoro. Le blanc ayant laissé échapper des glands, ainsi que le bleu, Mei avait ainsi pu suivre leur trace jusqu’à atterrir, telle une nouvelle Alice au pays des merveilles, dans la cachette souterraine de la famille Totoro et faire connaissance avec Totoro. Bien sûr, les trois créatures figurent le père de Mei, Satsuki et Mei. Mei se réfugie auprès d’une figure paternelle, plus disponible que son père biologique, pris par son travail, la mère des deux filles est à l’hôpital jusqu’à la fin du film. De même, Totoro protège ses « filles », Satsuki et Mei, quand elles attendent leur père à l’arrêt du bus, en pleine campagne, sous la pluie nocturne, après la première rencontre avec Mei.

Une fois l’arbre poussé magiquement, le groupe s’envole à son sommet, se pose sur une branche et joue d’une sorte d’ocarina. La cérémonie est complète, tout en douceur énergique. La planète est préservée dans ce coin de campagne.

Ainsi, planter des arbres est accessible à tous et toutes, que l’on soit humain·e ou non.

Pour citer cet article : Tiphaine Martin, « Planter des arbres avec Idéfix et Totoro », Voyages autour de mon cerveau, février 2024. URL : https://vadmc.hypotheses.org/14748

España ou Italia ? : le choix viatique de Simone de Beauvoir

Cet article est issu de notre communication au Congreso Internacional Interdisciplinar Historias de viajes II, 4 juin 2012, Université de Cadix, Campus de Jerez, Espagne.

 

Depuis les années trente jusqu’aux années cinquante et soixante, Simone de Beauvoir a voyagé à la fois en Espagne, républicaine puis franquiste, et en Italie, fasciste puis démocratique. Le destin politique inverse de ces deux pays a encadré les périples beauvoiriens, leur donnant aujourd’hui une orientation politique qui n’était pas celle qui était désirée au départ par Beauvoir. Son engagement dans la vie politique de son temps, qui a eu des répercussions importantes sur sa vie privée mais aussi dans sa manière de regarder le monde autour d’elle, a-t-il profondément modifié la façon dont elle se déplace ?

Dans un premier temps, nous nous interrogerons sur l’imaginaire beauvoirien à propos de l’Italie et de l’Espagne, afin de cerner ses attentes par rapport aux deux pays. Dans un deuxième temps, nous étudierons sa manière de narrer, a posteriori, ses pérégrinations en terre espagnole et italienne, afin de discerner si une orientation politique est donnée par l’autrice à ses comptes-rendus viatiques, et si oui, comment. Dans un troisième temps, nous nous interrogerons sur le choix des destinations de Simone de Beauvoir : à quel désir profond correspond-il ? L’Italie a-t-elle vraiment pris la place de l’Espagne dans son cœur ? Ou – même si la guerre civile n’avait pas éclaté en Espagne – la relation de Beauvoir à ces deux pays serait-elle restée profondément tributaire de son imaginaire ?

I. L’imaginaire beauvoirien

Les représentations que Simone de Beauvoir a de chaque pays proviennent de ses lectures enfantines, adolescentes et adultes, puis de ses expériences artistiques d’adulte. L’Espagne est vue à travers les œuvres de Cervantès1, le Cid de Corneille2, les drames romantiques de Victor Hugo, Hernani et Ruy Blas3, puis, plus tard, à travers Le Soulier de satin de Paul Claudel4. Ils représentent l’Espagne du Siècle d’Or, avec ses traditions d’honneur et d’amour fou (mais généralement impossible). Son père lui a peut-être fait lire Le Barbier de Séville et Le Mariage de Figaro, dont l’action se déroule dans une Espagne de convenance5. À l’adolescence, Simone lit en cachette La Femme et le Pantin de Pierre Louÿs6, dont l’intrigue est une réécriture de la Carmen de Prosper Mérimée, et peut-être aussi La Petite Infante de Castille d’Henry de Montherlant7.

Cette image de l’Espagne est encore très codée, elle a ses racines dans les récits des voyageurs romantiques, comme Chateaubriand et Théophile Gautier. Cette évocation est réactivée au début du vingtième siècle par des écrivains voyageurs tels que Maurice Barrès, André Gide, et Valery Larbaud, dans des fictions et des récits de voyage8. Pour Beauvoir, écouter L’Enlèvement au sérail de Mozart9, regarder La Reine Christine de Rouben Mamoulian10, applaudir L’Âge d’or de Luis Buñuel11, participe au dépaysement de l’avant-voyage, au même titre que les lectures. Signalons que la petite Simone a joué le rôle d’une Espagnole dans un spectacle enfantin.

Toutes ces références montrent une vision classique, entre exotisme hispanique et aventures en terres maures, turques et américaines. Nous noterons que les références de Beauvoir sur l’Espagne sont majoritairement françaises. C’est toujours le passé de l’Espagne avec une « reproduction de l’Assomption de Murillo », c’est l’ouverture sur le présent avec la découverte, à Paris, des tableaux du catalan Salvador Dali (qu’elle préfère au milanais Giorgio de Chirico)12, de l’andalou Pablo Picasso, et de ceux de son ami espagnol Fernando Gérassi, compagnon de son amie polonaise Stépha Avdicovitch13. Il est le guide de Beauvoir en Espagne, lorsqu’elle y vient pour la première fois avec Jean-Paul Sartre à l’été 1931.

Dans son approche livresque et artistique de l’Italie, nous trouvons le passé, l’Antiquité, le Moyen Age, la Renaissance, le dix-neuvième siècle, et un peu du vingtième siècle. Petite, elle a lu La Légende dorée de Jacques de Voragine, auteur italien du treizième siècle14. Beauvoir aborde les auteurs latins pendant ses études de lettres et de philosophie : Catulle15, Juvénal16, Lucrèce17, les Stoïciens18. Parallèlement, elle dévore L’Heptaméron de Marguerite de Navarre19, le théâtre d’Alfred de Musset20, dont Les Caprices de Marianne se déroulent à Naples. Et Stendhal, amoureux éperdu de l’Italie. Et le Cosmopolis de Paul Bourget, qui décrit la Rome de la Belle Époque21, et le roman catholique Daniel Cortis, de l’Italien Antonio Fogazzaro22. Au début de son âge adulte, elle est initiée à la peinture de la Renaissance par ses amis : Sainte Anne de Léonard de Vinci23, Anne, Vénus de Milo de Botticelli24, Sibylles de Michel-Ange25, peintures du Greco26. Elle se délecte des récits de voyage, romancés ou non, de Stendhal, mais aussi de Valery Larbaud et d’André Gide. Inspiration païenne et hédoniste d’un côté avec les poètes latins, Marguerite de Navarre, Musset, Stendhal, Gide et Larbaud. Inspiration catholique avec Jacques de Voragine, Antonio Fogazzaro, et les peintres de la Renaissance. Autre aspect non négligeable dans la future attache de Simone de Beauvoir à l’Italie : elle apprend l’italien, mais pas l’espagnol27.

Beauvoir apprend à connaître l’Italie et l’Espagne par les récits que lui en font ses amis. Sa meilleure amie d’adolescence, Élisabeth Lacoin, dite Zaza, voyage en Italie en 192228, ce qui rend Simone un peu jalouse, mais déterminée à suivre les traces de son amie. Au retour, Zaza lui raconte ses voyages :

(…) elle me parla des monuments, des statues, des tableaux qu’elle avait aimés ; j’enviai les joies qu’elle avait goûtées dans un pays légendaire, et je regardai avec respect la tête noire qui enfermait de si belles images29.

Dans La Force de l’âge, Beauvoir reconnaît l’ascendant de Zaza, décédée à l’automne 1929 :

Voyager : ç’avait toujours été un de mes désirs les plus brûlants. Avec quelle nostalgie, jadis, j’avais écouté Zaza quand elle était revenue d’Italie 30 !

Fernand a lui aussi parlé de son pays à Simone, et il l’y invite pour les vacances d’été 1931. Ces pays sont porteurs de désirs avant le départ.

Deux terres du soleil, où il fait bon vivre, où les sentiments sont exacerbés, où le passé artistique est très présent, mais où se dessine légèrement la modernité. Les attentes de Beauvoir se fondent sur le pittoresque, vision superficielle et picturale d’un pays.

II. Les voyages

La première approche de l’Espagne se fait donc par l’invitation de Fernand. Le couple Beauvoir-Sartre est « jeté en plein exotisme » lorsqu’il franchit la frontière et qu’il arrive à Barcelone31. Tout enchante les voyageurs, tout leur plaît. La chaleur du climat et des habitants, les paysages, les musées, les rues, le quartier où se trouvent les maisons closes (le Barrio Chino), tout est plaisant… sauf la nourriture. Dans cette arrivée en Espagne, nous trouvons de nombreuses réécritures : d’Hemingway et de son Soleil se lève aussi au passage de la frontière, de Genet et de son Journal du voleur32, de Louÿs et de Montherlant pour la visite au Barrio Chino33, de Gide et de ses Prétextes pour la nourriture34. Beauvoir se place dans les pas d’auteurs qu’elle a lu avant de partir – sauf Genet, puisque le Journal du voleur date de 1949. Le voyage est avant tout vérification de ce qu’ont dit ses prédécesseurs. Comme écrivaine, elle souligne ce qu’elle doit à ses confrères, en même temps qu’elle fait un clin d’œil à son ami Jean Genet, rapportant être allée là où il a vécu, précisément dans les années trente. Après Barcelone, Beauvoir et Sartre se rendent à Madrid, via Saragosse35, puis à « L’Escurial, Ségovie, Avila, Tolède »36, et à Santillane, Altamira, Burgos, Pampelune, Saint-Sébastien »37. De tous ces lieux, la touriste retient des monuments et des paysages, les corridas, et quelques discussions politiques, dont Fernand a dû leur donner la teneur, puisque ni Beauvoir ni Sartre ne parlent espagnol. Le récit de voyage est construit de tableautins exotiques, saupoudrés d’un peu de politique. En laissant de côté ce qu’on ignore (la politique), et ce qui gâcherait les scènes lisses d’un pays chaleureux et accueillant, le bilan de cette première excursion ne peut être que positif.

Deux étés plus tard, en 1933, le couple se rend à Rome, via Pise et Florence38. L’opinion de Simone est sans ambiguïté, la positivité règne dès le premier abord, c’est un jugement sans appel sur les deux contrées, avec d’un côté un avis mitigé, de l’autre une acceptation totale, mais uniquement d’un point de vue architectural. Ce qui choque profondément Beauvoir, ce n’est pas de se heurter sans cesse aux Fascistes, mais de devoir renoncer à ses longues nuits blanches39, et à visiter les superbes paysages des Lacs du Nord de l’Italie40.

Surprise de l’arrivée dans un pays étranger pour l’Espagne, coup de foudre pour l’Italie, les attentes de Beauvoir sont comblées.

Les autres séjours avant la Seconde Guerre Mondiale conservent ces caractéristiques. Ce sont des voyages agréables, sous un ciel bleu éclatant, partagés entre visites de musées, flâneries dans les rues, et pauses dans les cafés. Dès cette époque, Beauvoir et Sartre se rendent plus en Italie qu’en Espagne. S’ils retournent en Espagne dès l’été 1932, c’est encore une fois sur invitation, cette fois d’amis de Sartre, Guille et Mme Morel41. Après un bref aperçu du Maroc espagnol et des Baléares, Beauvoir et Sartre retrouvent leurs amis à Séville42, et ils partent ensemble à la découverte de l’Andalousie43. Ils n’attendent pas de connaître des Italiens pour se rendre aux Lacs aux vacances de Pâques 193544, après avoir découvert la Toscane, Rome et Venise pendant l’été 193345. Ils se rendent à nouveau en Italie pendant l’été 193646, à Venise, à Rome, à Naples et en Campanie, et en Sicile.

Ce n’est pas un mouvement spontané qui les pousse vers l’Espagne, même s’ils apprécient de se trouver au milieu de l’effervescence de la jeune République. L’Italie, même sous Mussolini, émet une plus forte attractivité que l’Espagne du Frente Popular. Le plaisir de se retrouver sur les Ramblas est réel, comme la tristesse de contempler les tableaux du Prado à Genève en juin 1938. L’inquiétude de Beauvoir par rapport au sort de l’Espagne est forte, non seulement parce que Fernand rejoint les forces républicaines, mais aussi parce qu’elle comprend peu à peu que l’Espagne va, comme l’Allemagne, comme l’Italie, tomber sous la coupe d’un dictateur. Sa conscience politique s’éveille avec le drame espagnol, et elle piétine d’impatience devant l’inertie du gouvernement Blum. Elle a honte quand Fernand, en permission à Paris en 1937, mâchonne « Salauds de Français ». L’Espagne tombe définitivement aux mains des Franquistes le premier avril 193947, puis Hitler envahit la Tchécoslovaquie le quinze mars de la même année, puis la Pologne le premier septembre. Le second conflit mondial commence.

Début 1945, Beauvoir est invitée au Portugal par son beau-frère diplomate afin de faire des conférences sur l’Occupation à l’Alliance française de Lisbonne. Elle s’arrête à Madrid48. La gorge serrée, elle contemple les ruines de la Cité Universitaire. Le lieu de culture et d’échange entre les nationalités est devenu le terrain de jeu des enfants pauvres, tandis que les processions religieuses défilent dans les rues. Elle s’indigne de voir des affiches à la gloire de l’Allemagne nazie, elle écoute le récit des anti-franquistes, mais elle ne peut prendre ouvertement position. Une fois encore, c’est par l’Espagne qu’elle commence sa série de voyages à l’étranger. Mais quelque chose a changé. Elle s’implique directement dans la politique du pays où elle se trouve. De spectatrice, elle devient actrice, elle écrit des articles virulents sur ses « Quatre jours à Madrid »49. Elle agit de même au Portugal, mais sous un pseudonyme, afin de ne pas gêner son beau-frère50. Au printemps puis à l’automne 1946, elle retourne en Italie. Elle est très contente de retrouver de beaux paysages propres à l’exploration et à la randonnée. C’est aussi l’occasion d’entendre les Partisans narrer leurs combats contre le fascisme51. Beauvoir se trouve dans une atmosphère de solidarité et de joie, bien différente de la peur qui rôde en Espagne.

Ses autres séjours en Espagne en juillet 1954 et juillet 1955 avec son nouveau compagnon Claude Lanzmann sont brefs et peu développés52. Ces excursions sont centrées sur la misère, la joie de voir des corridas et de revoir les tableaux du Prado. Elle atterrit à Madrid, en allant à Cuba en février 1960, et à Barcelone au retour, en octobre53. Depuis son premier voyage en Espagne, elle n’a cessé de se documenter sur ce pays et le franquisme, à travers livres et films. Elle lit Le Testament espagnol d’Arthur Kœstler54 dans les années trente, et Tanguy, de Michel del Castillo55, au début des années soixante. Elle va voir les films de Luis Buñuel (Un chien andalou, Viridiana, Tristana)56, et de Fernando Arrabal (Viva la muerte)57. Dans les années 1970, elle s’intéresse au procès de Burgos58.

À partir de 1949, elle va en Italie presque chaque année : deux fois en 1952, trois fois en 1956, une fois en 1953, 1954, 1957, 1958, 1959, 1961, 1963, et tous les ans entre 1963 et 1971. Elle flâne dans les rues, elle mange des glaces, elle s’assied à la terrasse des cafés. Et elle lit énormément de littérature italienne moderne, des romans (Levi, Morante, Moravia, Pavese, Silone, Vittorini)59, des romans policiers (gialli divers), du théâtre (Pirandello)60, des essais (Basaglia, L’Institution en négation, sur les instituts psychiatriques)61. Elle va voir de nombreux films italiens, depuis Quatre pas dans les nuages, d’Alessandro Blasetti, film de 194262, jusqu’au western de 1966 Le Bon, la Brute et le Truand, de Sergio Leone63, en passant par Le Voleur de bicyclette, de Vittorio de Sica64, Les Vitelloni, de Federico Fellini65, et Médée, de Pier Paolo Pasolini66. Et surtout, elle parle, parle, parle, avec ses confrères italiens, de littérature et de politique, il y a un véritable échange entre la France et l’Italie.

III. Le choix beauvoirien, entre culture latine et pittoresque taurique

D’après ce que note la mémorialiste dans ses mémoires, il y a un net décalage qui s’installe entre sa manière d’aborder les cultures italienne et espagnole, et ce, dès son adolescence. Quels enseignements pouvons-nous tirer de ce décalage ? Est-il simplement dû à un effet de mode, à une situation politique ? De quoi dépendent les choix beauvoiriens ?

Si Franco n’avait pas imposé son pouvoir, Beauvoir aurait-elle préféré l’Espagne ? Nous pouvons en douter, car l’éducation classique et l’apprentissage de l’italien67 de l’écrivaine ont sans aucun doute joué un rôle non négligeable dans sa préférence pour l’Italie et la Grèce. Elle a apprécié le latin et la culture antique, avant d’aimer les auteurs italiens de sa génération, plus franchement engagés que les auteurs espagnols, qui étaient sous la coupe du franquisme, et que Beauvoir ne cite pas, à l’exception de Michel del Castillo. Ses premières approches de chaque pays se fondent sur des stéréotypes culturels, qu’elle n’abandonne que peu, finalement.

L’Espagne est presque réduite à ses deux villes principales, Madrid et Barcelone, par les commentaires de Beauvoir qui y sont développés. Ce qui l’attire d’abord chez les Espagnols, c’est qu’ils habitent un pays où il fait beau et chaud, et où elle peut voir et revoir les collections du Prado, unique musée espagnol à avoir le droit d’être cité et cité encore et encore, à l’exception du Musée d’Art catalan à Barcelone68. Les Espagnols de 1930 sont les descendants de Rodrigue, ils ne badinent pas avec l’honneur et Simone doit retirer un de ses foulards, dont les motifs reprennent, vus de loin, les fleurs de lys rouges et jaunes de la royauté espagnole69. Les foules qu’ils côtoient sont celles qui ont été décrites par Louÿs et Montherlant : gesticulantes, parlant haut et fort, désordonnées, exotiques en un mot. Et, surtout, l’Espagne se résume à la corrida, quelles que soient les époques – à l’exception du voyage de 1945, où les blessures de la guerre civile sont encore trop béantes pour que Beauvoir goûte ce plaisir. Ou est-ce que son séjour est trop court pour qu’elle assiste à une corrida ? Dans les autres voyages de l’après-guerre, elle insiste sur sa passion pour ce genre de spectacle, dans la lignée des écrivains voyageurs comme Mérimée, Hugo, Hemingway70, mais aussi d’un peintre espagnol comme Picasso, qui peint et dessine des séries sur la tauromachie.

L’Italie, au contraire, reste vivante. La culture de la latinité est très présente, par les livres lus, par les nombreuses visites aux sites antiques, mais c’est surtout un pays qui est très vite connoté par des aspects modernes. Lorsque Simone lit Daniel Cortis ou Cosmopolis, elle est confrontée aux aspects de la société italienne contemporaine, alors qu’elle a affaire à une série de clichés passéistes en ce qui concerne l’Espagne. Alors qu’elle ne cesse de découvrir des côtés différents de la vie italienne du quotidien, ce qui n’empêche pas des visites assidues aux sites de l’Antiquité et dans les églises baroques, elle semble s’être réfugiée dans quelques points de repère facilement cernables dans ses visites en Espagne.

Conclusion

Simone de Beauvoir profite d’opportunités pour découvrir ces deux pays, les invitations de Fernand puis de Guille et de Mme Morel d’un côté, des Relations Culturelles de l’autre. En ce qui concerne l’Italie, la mémorialiste souligne également le moindre coût de sa première visite à Rome71, ce qui est important, mais rappelons qu’elle met en avant une raison similaire à sa première sortie vers l’Espagne72. De même, pourquoi ces séjours réguliers, après le second conflit mondial, à Rome, Venise, Naples et Capri73 ? Simone apprécie vraiment l’Espagne, puisqu’elle y retourne deux fois en deux ans, en profitant il est vrai des opportunités qui s’offrent à elle. Dans son œuvre autobiographique, elle se montre très préoccupée de la situation politique de l’Espagne, surtout pendant la Guerre d’Espagne, plus que de celle de l’Italie, même après ses séjours en Italie74. Après 1945, elle arrive à avoir du plaisir à retourner en Espagne malgré le franquisme, mais, avec le temps, les voyages sont de nouveau centrés sur le pittoresque et la couleur locale, notamment les corridas.

Pour Beauvoir, l’Espagne est un pays vivant et exotique qui devient silencieux et pauvre, sous le franquisme. Ne reste de joyeux et glorieux que les corridas. Il n’y a pas de tentatives de garder le contact avec des anti-franquistes après 1945. Elle a été vivement touchée par l’horreur de la Guerre d’Espagne, non seulement à un niveau individuel, à cause de son ami Fernand, mais aussi parce qu’elle sent que le sort de l’Espagne, tombée sous la dictature, peut être bientôt le sien.

L’Italie est un pays vivant, malgré le fascisme, et qui fourmille de beautés et de gens sympathiques, avec lesquels on peut parler. C’est une contrée qui a une longue histoire, qui est toujours présente pour le voyageur à travers ses monuments et ses romans. Beauvoir est intéressée par tous les aspects de la vie italienne, alors qu’elle n’en retient que quelques-uns, toujours les mêmes, pour l’Espagne. L’Italie l’emporte de tous temps sur l’Espagne, nonobstant leurs évolutions politiques respectives. Mais que l’Espagne est belle sous le soleil ardent…

 

 

 

Bibliographie

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SECRETAN, Daniel (Simone de Beauvoir), « Les riches Portugais redoutent les Portugais qui ont faim », Combat, mardi 24 avril 1945, N°274, p. 1, 2.

 

1 Simone de Beauvoir, Mémoires d’une jeune fille rangée, Paris, Gallimard, « Folio », 1999, p. 426.

2 Elle ne le cite pas, mais elle a lu Corneille en classe, au Cours Désir : Simone de Beauvoir, Mémoires d’une jeune fille rangéeop. cit., p. 156, 211.

3 Idem., p. 52.

4 Simone de Beauvoir, La Force de l’âge, Paris, Gallimard, « Folio», 1999, p. 57, 448.

5 Simone de Beauvoir, Mémoires d’une jeune fille rangée, op. cit., p. 170.

6 Idem., p. 153. Beauvoir verra sans doute l’adaptation du roman par Joseph Von Sternberg avec Marlène Dietrich, sous le titre The Devil is a woman : Simone de Beauvoir, La Force de l’âgeop. cit., p. 162. Peut-être aussi Cet obscur objet du désir de Luis Buñuel, qui s’en inspire.

7 Simone de Beauvoir, Mémoires d’une jeune fille rangée, op. cit., p. 257.

8 Maurice Barrès, Les Jets alternés d’Espagne ; André Gide, La Porte étroite ; Valery Larbaud, Femina Marquez.

9 Simone de Beauvoir, La Force de l’âgeop. cit., p. 224.

10 Idem., p. 162.

11 Idem., p. 117.

12 Idem., p. 59 ; Idem., p. 216-217. Signalons que Giorgio de Chirico est né en Grèce.

13 Simone de Beauvoir, Mémoires d’une jeune fille rangée, op. cit., p. 398.

14 Idem., p. 75.

15 Idem., p. 242.

16 Idem., p. 238.

17 Idem., p. 237.

18 Idem., p. 426, 449.

19 Idem., p. 238.

20 Idem., p. 152.

21 Roman de 1892. Idem., p. 114.

22 Idem., p. 198-199.

23 Idem., p. 167.

24 Idem., p. 469.

25 Idem., p. 471.

26 Idem., p. 397.

27 Idem., p. 209.

28 Idem., p. 155. Cf. aussi Élisabeth Lacoin, Zaza, 1907-1929 : amie de Simone de Beauvoir, Paris, L’Harmattan, 2004, p. 37-38, 50, 108 (mais la destinataire n’est pas Beauvoir).

29 Idem., p. 155. Cf. aussi Élisabeth Lacoin, Zaza, 1907-1929 : amie de Simone de Beauvoir, op. cit., p. 37, 50, 108 (mais la destinataire n’est pas Beauvoir).

30 Simone de Beauvoir, La Force de l’âgeop. cit., p. 96.

31 Ibid.

32 Ernest Hemingway, Le Soleil se lève aussi, Paris, Le Grand Livre du mois, 1999, p. 109 : «  (…) des carabiniers espagnols avec des chapeaux Bonaparte en cuir verni et de petits fusils sur le dos (…). » ; Jean Genet, Journal du voleur ; Querelle de Brest ; Pompes funèbres , Paris, Gallimard, 1993, p. 18-19.

33 Henry de Montherlant, La Petite Infante de Castille, in Henry de Montherlant, Romans,  Paris, Gallimard, 1982-1989, p. 601-608, 652-667. Cf. aussi Les Bestiaires, du même auteur, sur la corrida.

34 André Gide, Nouveaux prétextes : réflexions sur quelques points de littérature et de morale, Paris, Mercure de France, 1951, p. 199.

35 Simone de Beauvoir, La Force de l’âgeop. cit., p. 100.

36 Idem., p. 102.

37 Idem., p. 104.

38 Idem., p. 178.

39 Idem., p. 179.

40 Idem., p. 180.

41 Idem., p. 132.

42 Ibid.

43 Idem., p. 132-136.

44 Idem., p. 242.

45 Idem., p. 178-180.

46 Idem., p. 305-313.

47 Robert S. Coale, « L’évolution de la situation militaire en Espagne et l’arrivée des réfugiés en France », in ADIAMOS 89, L’Yonne et la Guerre d’Espagne, Auxerre, 2011, p. 128.

48 Simone de Beauvoir, La Force des choses. I., Paris, Gallimard, « Folio », 1999, p39-43.

49 Simone de Beauvoir, « Quatre jours à Madrid », Combat Magazine du Dimanche, 14-15 avril 1945, p. 1-2.

50 Daniel Secretan (Simone de Beauvoir), « Sur sept millions de Portugais, il y en a 70.000 qui mangent », Combat, lundi 23 avril 1945, N°273, p. 1, 2. Daniel Secretan (Simone de Beauvoir), « Les riches Portugais redoutent les Portugais qui ont faim », Combat, mardi 24 avril 1945, N°274, p. 1, 2.

51 Simone de Beauvoir, La Force des choses.I., op. cit., p. 144-145.

52 Simone de Beauvoir, La Force des choses. II., Paris, Gallimard, « Folio», 1998, p. 48-50, 73-78.

53 Simone de Beauvoir, La Force des choses. II.op. cit., p. 281, 394-396.

54 Simone de Beauvoir, La Force de l’âgeop. cit., p. 470 ; Simone de Beauvoir, La Force des choses. I., op. cit., p. 34.

55 Simone de Beauvoir, Tout compte fait, Paris, Gallimard, « Folio», 1999, p. 304.

56 Simone de Beauvoir, La Force de l’âgeop. cit., p. 60 ; Simone de Beauvoir, La Force des choses. II.op. cit., p. 415 ; Simone de Beauvoir, Tout compte faitop. cit., p. 258, 262.

57 Idem., p. 248.

58 Idem., p. 573.

59 Simone de Beauvoir, La Force des choses. I., op. cit., p. 140, 141 ; Simone de Beauvoir, La Force des choses IIop. cit., p. 211 ; Idem.., p. 210 ; Idem., p. 13, 66 ; Simone de Beauvoir, La Force de l’âgeop. cit., p. 158 ; Simone de Beauvoir, La Force des choses. I., op. cit., p. 142-143 ; Idem., p. 137.

60 Simone de Beauvoir, Tout compte faitop. cit., p. 201.

61 Idem., p. 201.

62 Simone de Beauvoir, La Force des choses. I., op. cit., p. 209.

63 Simone de Beauvoir, Tout compte faitop. cit., p. 247.

64 Simone de Beauvoir, La Force des choses. I., op. cit., p. 272.

65 Simone de Beauvoir, La Force des choses. II.op. cit., p. 65, 134.

66 Simone de Beauvoir, Tout compte faitop. cit., p. 248.

67 Cf. par exemple Simone de Beauvoir, Mémoires d’une jeune fille rangée, op. cit., p. 209.

68 Simone de Beauvoir, La Force des choses. II.op. cit., p. 396.

69 Simone de Beauvoir, La Force de l’âgeop. cit., p. 133-134.

70 Élisabeth Hardouin-Fugier, Histoire de la corrida en Europe du XVIIIe au XXIe siècle, Paris, Connaissances et Savoirs, 2005, p. 111, 114, 115, 121, 156.

71 Simone de Beauvoir, La Force de l’âgeop. cit., p. 178.

72 Idem., p. 96.

73 Simone de Beauvoir, La Force des choses. II.op. cit., p. 104.

74 Cf. par exemple Simone de Beauvoir, La Force de l’âgeop. cit., p. 315-319, 320, 321, 322, 325, 336, 368.

Pour citer cet article : Tiphaine Martin, « España ou Italia ? : le choix viatique de Simone de Beauvoir », Voyages autour de mon cerveau, octobre 2023. URL : https://vadmc.hypotheses.org/12933