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A bord de l'Aire avec Zaza

À bord de l’Aire avec Zaza – Jour 14

Ce carnet de voyage suit les progressions des recherches pour mon exposition Élisabeth Lacoin. Les traces vivantes du Chatfoin, ainsi que mon immersion dans les pas de Zaza : des photographies des lieux visités et de certains documents accompagnent les textes du carnet, pour une mise en bouche apéritive de l’exposition.

07 mai 2021 : Après une matinée de travail, je me rends à pied au centre-ville de Biarritz. Il est toujours aussi déprimant de voir tous ces rideaux de boutique baissés, même sans être une sur-consommatrice. Pour me remonter le moral, j’entre d’abord dans un « commerce essentiel », le Bookstore, librairie où je pioche Mes combats de Simone Veil (ses discours sur l’Europe, pour la santé, pour les droits des femmes, des handicapé·es…) et J’ai oublié de Bulle Ogier et Anne Diatkine (souvenirs de Bulle Ogier, prix Médicis Essai 2020).

                                     ©Tiphaine Martin

                                                   ©Tiphaine Martin

 Une glace de Dodin plus tard, je me trouve sur la plage, à regarder les vagues tout en savourant les mots de Bulle et d’Anne, qui ont bien mérité leur récompense. Extrait du livre, sur fond de spectacle fou dans les années soixante :

Je me livre au name dropping, et heureusement il y avait aussi des psycho-sociologues qui nous délivraient de grandes séances de psychothérapie de groupe après le spectacle, car on était infernaux, on n’arrêtait pas de se battre, tout le monde couchait avec tout le monde, on s’adorait autant qu’on se haïssait, et on épuisait Félix Guattari, qui pour notre plus grande chance faisait partie des spectateurs1.

Quelle époque ! Et quelle existence palpitante, racontée avec drôlerie – du moins ici, puisque la tristesse arrive brutalement lors de ses évocations de la mort de sa fille Pascale, décédée en 1984 à l’âge de vingt-cinq ans, après son triomphe dans Les Nuits de la pleine lune de Rohmer.

Je goûte une dernière fois à l’eau salée sur mes pieds nus, puis repars tranquillement. Demain, ce sera une journée chargée avec deux belles visites en perspective, je suis impatiente d’y être.

           ©Tiphaine Martin

Bulle Ogier et Anne Diatkine, J’ai oublié, Paris, Points, 2020, p. 46-47.

Pour citer cet article : Tiphaine Martin, « À bord de l’Aire avec Zaza – Jour 14 », Voyages autour de mon cerveau, juin 2021. URL : https://vadmc.hypotheses.org/1815

Texte A bord de l'Aire avec Zaza

À bord de l’Aire avec Zaza – Jour 13

Ce carnet de voyage suit les progressions des recherches pour mon exposition Élisabeth Lacoin. Les traces vivantes du Chatfoin, ainsi que mon immersion dans les pas de Zaza : des photographies des lieux visités et de certains documents accompagnent les textes du carnet, pour une mise en bouche apéritive de l’exposition.

06 mai 2021 : Le matin, j’assiste à un cours de danse basque, ou mutxiko [moutchico], dans le parc du Lac Marion, à Biarritz. Le groupe est au soleil et dans l’herbe, formant un tableau sympathique. La musique est entraînante, je bats la mesure du pied et j’applaudis le danseur et les danseuses. Et je repars au temps lumineux de l’avant-Covid, à l’été 2019, lorsque je me trouvais au Grand Bal de l’Europe, à Gennetines, près de Moulins. C’est un lieu où règne une atmosphère de positivité totale, sans jugement aucun. Les rencontres de toutes nationalités se font sur les parquets de danse, ainsi que sur le chemin des douches et des tentes, ou autour des tables des repas, servis dans la bonne humeur générale. Bref, un sacré bon souvenir.

L’après-midi, nous nous rendons de nouveau à Anglet. Nous nous promenons à trois depuis la « Chambre d’amour » (une plage entourée de rochers, célèbre par un mythe local) jusque loin sur le fronton de mer.

©Tiphaine Martin

Zaza nous y a précédées, à vélo et à pied, il y a un siècle. Elle se promenait et rendait visite à son oncle Henri Cassaigne et à sa tante Mimi.

Le soir, c’est salade landaise : salade verte, maïs, pignons, lardons et gésiers. Je continue la partie gastronomique de mes recherches, d’autant que Zaza devait en manger. Après tout, je me suis aussi spécialisée en Food Studies pendant ma thèse, pour parler du corps voyageur de Beauvoir… et le rapport à la nourriture et à la boisson est une bonne porte d’entrée pour comprendre un·e individu·e.

 

Pour citer cet article : Tiphaine Martin, « À bord de l’Aire avec Zaza – Jour 13 », Voyages autour de mon cerveau, juin 2021. URL : https://vadmc.hypotheses.org/1806

Texte A bord de l'Aire avec Zaza

À bord de l’Aire avec Zaza – Jour 11

Ce carnet de voyage suit les progressions des recherches pour mon exposition Élisabeth Lacoin. Les traces vivantes du Chatfoin, ainsi que mon immersion dans les pas de Zaza : des photographies des lieux visités et de certains documents accompagnent les textes du carnet, pour une mise en bouche apéritive de l’exposition.

04 mai 2021 : Matinée de travail, puis promenade active dans Biarritz l’après-midi. Nous allons en navette gratuite jusqu’au phare. De là, nous progressons tranquillement sur le front de mer,

©Tiphaine Martin

… admirant  là les surfeurs, ici les grosses vagues scintillant au soleil, là encore une partie de l’exposition Jackie et les Kennedy. Nous faisons halte chez le glacier Dodin (chocolat-pêche pour moi), fournisseur de la famille Lacoin sur plusieurs générations.

Françoise me montre le rocher du Boucalot jusqu’où Zaza nageait, en face du Port-Vieux (le gros rocher au troisième plan de ma photo) :

©Tiphaine Martin

C’était une véritable sportive, loin de l’image coincée d’une jeune bourgeoise d’une famille catholique ultra-traditionnelle. Le sport féminin a pourtant eu du mal à s’implanter en France, se heurtant aux réticences des médecins et des prêtres. À l’été 1928, Zaza exprime sa joie marine et pique gentiment une de ses sœurs :

A Biarritz, où nous nous sommes arrêtés un moment, la mer était splendide ; j’ai pris un bain délicieux en compagnie de Germaine qui n’avait pas voulu enlever ses lunettes et qui, les cheveux bien collés par l’eau salée, avait l’air de quelque grosse bête marine. Elle se laissait rouler par toutes les vagues et se retrouvait avec ahurissement dans les jambes ou sur le dos d’un gros monsieur non moins surpris qu’elle1.

Les corps féminins bougent avec aisance et sans mauvaise honte, la joie de vivre et d’être entre sœurs éclate.

De retour en 2021 et en haut de la côte des Basques, nous avons ensuite pris l’apéritif chez une collègue du lycée agricole de Saint-Pandelon de Françoise, Cécile, très sympathique, après cette journée bien chargée, surtout au niveau de mon bronzage, qui s’améliore de jour en jour.

 

Élisabeth Lacoin, Zaza, 1907-1929 : amie de Simone de Beauvoir, Paris, L’Harmattan, 2004, p. 125.

 

 

Pour citer cet article : Tiphaine Martin, « À bord de l’Aire avec Zaza – Jour 11 », Voyages autour de mon cerveau, mai 2021. URL : https://vadmc.hypotheses.org/1763

Texte A bord de l'Aire avec Zaza

À bord de l’Aire avec Zaza – Jour 8

Ce carnet de voyage suit les progressions des recherches pour mon exposition Élisabeth Lacoin. Les traces vivantes du Chatfoin, ainsi que mon immersion dans les pas de Zaza : des photographies des lieux visités et de certains documents accompagnent les textes du carnet, pour une mise en bouche apéritive de l’exposition.

01 mai 2021 : Après des photos de groupe et en duo à Haubardin (merci Emilie !), ce sont les courts au-revoir, car ni la famille Taupin ni moi-même n’apprécions ce type d’instant. Ma fière cavale est ravie de se remplir d’essence, et moi beaucoup moins de n’avoir pas prévu de déjeuner ; je me rabats sur le premier Subway venu. Direction Mimizan et mes souvenirs d’enfance… en fait non, puisque tout est fermé et que je ne sais pas où se trouvait le gîte loué par mes parents dans les années quatre-vingt-dix. Ceci étant, j’ai passé un très bon moment sur la plage face à l’océan, pieds nus dans l’eau salée, puis assise sur le sable.

 

©Tiphaine Martin

Je n’oublie pas de me sécher les pieds avec ma superbe serviette, vestige de parties de ping-pong de fin d’années dans l’établissement scolaire du Val-de-Marne où j’ai débuté comme enseignante, dans une autre vie. L’ensemble des collègues m’avaient très bien accueillie, d’où ma douce émotion lorsque j’utilise cette serviette.

©Tiphaine Martin

Après avoir frugalement déjeuné, je suis partie à Capbreton, où là aussi mes vestiges infantiles sont perdus à jamais : plus d’hôtel Miramar joliment bétonné, plus de plage avec des modestes mares d’eau salée où s’ébattre quand on est une petite enfant. Par contre, belle balade jusqu’au phare…

©Tiphaine Martin

… et travail de reconnaissance photographique sur Zaza à la plage centrale.

Posée sur le sable, je lis Les Gens honnêtes ont-ils un avenir ?, de Liliane Roudière, et je me régale.

©Tiphaine Martin

Je regarde alternativement la page et la plage, le ciel et le papier imprimé, entre deux vagues et deux coquillages. En fin d’après-midi, je me dirige vers ma nouvelle étape, Biarritz, où Françoise, ma nouvelle hôtesse, m’accueille très gentiment. Nous commençons à bavarder, de Zaza, de Mimizan et Capbreton, et de bien d’autres sujets.

 

 

Pour citer cet article : Tiphaine Martin, « À bord de l’Aire avec Zaza – Jour 8 », Voyages autour de mon cerveau, mai 2021. URL : https://vadmc.hypotheses.org/1708

Texte A bord de l'Aire avec Zaza

À bord de l’Aire avec Zaza – Jour 7

Ce carnet de voyage suit les progressions des recherches pour mon exposition Élisabeth Lacoin. Les traces vivantes du Chatfoin, ainsi que mon immersion dans les pas de Zaza : des photographies des lieux visités et de certains documents accompagnent les textes du carnet, pour une mise en bouche apéritive de l’exposition.

30 avril 2021 : Nous passons une partie de la matinée à Dax, où Zaza devait avoir ses habitudes à la Maison Cazelle, pâtisserie qui produit uniquement des madeleines. Je peux témoigner du bon goût de Mlle Lacoin, tant ces madeleines sont à la fois légères, craquantes et avec un parfum délicat de citron.

Je trempe ensuite mes bouts de doigt à la fontaine chaude (64°), avant de faire un saut à la librairie – inexistante à l’époque de Zaza -, où je prends le texte du film La Classe américaine (Michel Hazanavicius et Dominique Mézerette, 1993).

©Tiphaine Martin

Puis, direction la gare. La jeune fille y a vécu des moments drôles et tragiques.

©Tiphaine Martin

En juillet 1925, depuis Biarritz, le temps est à l’humour : « Quant à sa bicyclette, elle n’est pas ici; Bonne-Maman a cru qu’il l’avait emportée, mais il l’a tout bonnement laissée à la consigne de Dax où elle paie 75 centimes par jour en attendant son propriétaire. »

Son frère Bernard, dit Nard, a en effet oublié le vélocipède en question à la gare, et c’est sa grand-mère qui règle les frais. Quelques mois plus tard, en janvier 1926, l’atmosphère est aux larmes :

Je ne pourrai jamais oublier cette journée. J’avais tellement souffert toute la nuit que j’étais en arrivant dans une hallucination douloureuse. André était sur le quai dans cette gare (…) où quelques mois auparavant il m’avait accompagnée alors que je prenais le train pour Bayonne.

Infinie tristesse des amours longues à mourir et marquées par le sceau de l’impossible. La passion s’effiloche au fil des mois, Zaza souffrant corps et âme avant d’arriver à la conclusion qu’André n’était pas fait pour elle1.

Nous continuons par une visite à Bruno Desjobert, fils de Germaine Lacoin (Maine), une des sœurs de Zaza, et à son épouse Michelle. Bruno se souvient que sa mère racontait comment sa sœur aînée l’avait sauvée d’une situation d’humiliation, alors qu’elle avait été punie par les religieuses du pensionnat d’Aire-sur-l’Adour : Germaine devait rester dans la cour de récréation, une carafe au cou, pour une faute vénielle. Zaza avait surgi dans la cour, jeté la carafe, pris sa sœur par la main, et l’avait emmenée à la pâtisserie Daugé pour la consoler, geste ô combien sororal et chevaleresque.

De retour au présent, nous sommes invitées à déjeuner – crêpes au froment succulentes et gâteau vegan de pain perdu -, de quoi attaquer le travail sur Zaza dans de bonnes dispositions.

Le reste de la journée se passe en lectures et photographies, avant l’apéritif au coin du feu et les discussions toujours passionnantes, et pas seulement sur Zaza. Impression d’être en famille.

 

 

1 Cf. notre article précédent : Tiphaine Martin, « À bord de l’Aire avec Zaza – Jour 2 », Voyages autour de mon cerveau, mai 2021. URL : https://vadmc.hypotheses.org/1605

 

Pour citer cet article : Tiphaine Martin, « À bord de l’Aire avec Zaza – Jour 7 », Voyages autour de mon cerveau, mai 2021. URL : https://vadmc.hypotheses.org/1694