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« Bidulbuk et Cie. Mon palimpseste cinématographique, télévisuel, musical, 1984-2002. Partie I. » VADMC

Bidulbuk et Cie. Mon palimpseste cinématographique, télévisuel, musical, 1984-2002. Partie I.

Moi, je préférais le jaune, plus sérieux et plus calme que le violet. Qui était très sympa, très drôle par sa mauvaise foi. Mais je préférais le jaune.

Voir, aimer, retenir

Vous aurez tous et toutes reconnu la fameuse émission Les Badaboks, diffusée sur FR3 de la fin des années 1980 au début des années 1990. Ma mère, qui était aussi mon institutrice de maternelle, nous la diffusait à l’école, le jeudi après-midi. Dans cette émission, il y avait, outre les chamailleries du Jaune et du Violet, une mise en images soignée d’un album jeunesse, une émission de jardinage. Plus tard, une peluche de Maki a agrandi la famille des marionnettes. Et leur fameux « arrête de me dire arrête », à dire en fronçant le nez. Et leur parler « schtroumpf », à base de « bidulbuk », à décliner sous forme de nom, de verbe… et, à la fin, depuis leur toit en fer-blanc, les Badabok lançaient leur jeu, à savoir trouver l’énigme de la semaine. On pouvait leur envoyer notre réponse sur papier, d’autant que : « On adore les cartes postales. » Dont acte.

Dans mon quotidien d’enfant née en 1984, il y avait aussi, côté émission télé, chez ma meilleure amie de primaire, F., Le Club Dorothée. Certes, j’étais d’accord avec Télérama et Télérama Junior, qui hurlaient à la vulgarité, mais j’aimais beaucoup les histoires tellement compliquées d’Hélène et les garçons. Et Cri-Cri d’amour, avec sa mèche romantique, sa boucle d’oreille et son côté rebelle. Daniel était fade, mais formait un beau couple avec Hélène.

Il y avait, aussi, mes parents qui m’ont réveillée à cinq ans, un beau soir d’été 1989, pour que je regarde avec eux La Flûte enchanté, en direct, sur FR3 – oui, c’était la chaîne culturelle de l’époque. Je renvoie ici à mon article à ce sujet : https://vadmc.hypotheses.org/19301

Il y avait, aussi, chez ma grand-mère maternelle, à partir de l’enfance, à ses côtés sur son canapé : les films du dimanche soir sur TF1 (Pagnol, Fernandel, Louis de Funès) ; la messe retransmise en direct sur Antenne 2, chaîne du service public, le dimanche matin ; les feuilletons d’été (je me souviens du Château des Oliviers, avec la solaire Brigitte Fossey) ; les Maigret avec Bruno Cremer ; les Nestor Burma avec Guy Marchand et son saxophone ; Les Demoiselles de Rochefort de Jacques Demy ; Le Bal d’Ettore Scola. Et en VHS, enregistrées ou offertes à ma grand-mère : Pagnol, Fernandel, films et sélection de sketchs et de chansons, Louis de Funès ; Fernand Raynaud (sélection de sketchs) ; Le Canard à l’orange, version Michel Roux et Nadine Alari. Par contre, adolescente, j’ai fermement refusé de voir La Cage aux folles, n’étant pas homophobe.

Par contre, j’ai totalement adhéré à la leçon antispéciste, anti-corrida, d’Heureux qui comme Ulysse, le dernier film de Fernandel, avec la très belle chanson de Georges Brassens. Il faut dire que j’étais élevée ainsi par mes parents, depuis ma première écoute de l’Histoire de Babar et mon premier visionnage de Bambi, entre autres. D’où, aussi, un de mes jeux d’enfance, où mes poupées Corolle protégeaient mes peluches des méchants chasseurs.

Chez ma grand-mère, on regardait aussi, ensemble : Dallas et son super-méchant JR, La Roue de la fortune, Christian Marin et sa clarinette, Les Chiffres et les lettres, plutôt soporifique, Pyramide, avec Patrice Lafont que je n’avais pas relié à son rôle dans Le Gendarme de Saint-Tropez, Maguy et son héroïne énergique, drôle et survoltée, Questions pour un champion et l’impeccable Julien Lepers, Fa Si La Chanter et Pascal Bruner, L’École des fans, 30 Millions d’amis et sa mascotte Mabrouk, Alf, Le Bébête Show, Fort Boyard, ses énigmes sportives et ses tigres qui me faisaient mal à voir tourner en rond. Ma grand-mère avait toutes les réponses aux jeux culturels, sauf pour le sport et le fromage. En plus de son tricot, elle faisait beaucoup de parties de Scrabble et des mots croisés.

Comme très bons souvenirs d’enfance, un qui date de mes six ans. Ma meilleure amie de primaire, F., m’avait proposé de regarder soit La Petite Sirène, de Disney, soit Dirty Dancing. Comme j’avais lu le conte, et que je ne savais pas que Disney avait changé la fin, j’ai choisi Dirty Dancing. Et, là : Patrick Swayze dans toute sa splendeur, dans l’eau, juste en pantalon chez lui, sur un tronc d’arbre, rossant l’infect Robbie, protégeant son amie d’enfance Penny. Et Jennifer Grey/Frances qui s’énerve car elle se trompe dans ses pas, en répétant sur l’escalier extérieur de la pension de famille où elle passe l’été en famille, sur « Wipe Out ».

Trois ans après, j’ai commencé la danse contemporaine, à la MJC d’Auxerre. Et ce, jusqu’à mes dix-huit ans, date de mon départ en fac. Neuf ans de bonheur hebdomadaire, chaque mercredi après-midi, avec d’autres filles et notre prof, Noëlle. Sans oublier le spectacle de fin d’année, soit dans notre salle de danse à la MJC, soit devant la MJC, juste sur le parvis de l’église Saint-Pierre, attenante à la MJC, en mode groupe d’Esmeralda (non, je n’ai pas aimé cette expérience). Soit au théâtre d’une petite ville proche d’Auxerre, Héry, grâce à une autre prof de danse, Pascale, tuée en 2020 avec son mari, par un chauffard. Revenons à quelque chose de plus sympathique : soit, aussi, au théâtre d’Auxerre, comme pour le spectacle de la fin d’année de Moyenne section, sur le thème de l’album jeunesse Le Magicien des couleurs. En effet, ma mère, qui était mon institutrice, avait fait un projet d’école avec une de ses collègues d’une autre école : adapter en spectacle de danse contemporaine Le Magicien des couleurs. Pendant l’année scolaire, nous sommes allé·es répéter et travailler au CREPS de Dijon, avec des danseurs et des danseuses, et des musiciens, dont Pascal, le mari de Pascale la prof de danse contemporaine. Puis, spectacle au théâtre d’Auxerre à la fin de l’année. Des souvenirs flous mais agréables.

Un autre visionnage et re-visionnage, en VHS, grâce à mon meilleur ami de maternelle et de primaire, C. : Tintin et le lac aux requins. Même en connaissant l’histoire, j’avais toujours peur pour Tintin, Nico et Nouchka, enfermés dans une pièce où l’eau monte inexorablement, dans le repaire sous-marin de l’infâme Rastapopoulos. Depuis, je me méfie des personnages adipeux qui portent une bague au petit doigt, comme l’avocat de 120, rue de la Gare, de Léo Malet, lu à l’adolescence, d’abord en bande dessinée dans l’adaptation de Tardi, grâce à la bibliothèque de BD de mon père, puis en roman.

Outre plusieurs Disney, vus en VHS et/ou cinéma (La Belle au bois dormant, Cendrillon, Bambi, Merlin l’enchanteur, Mowgli, Robin des bois, Dumbo, Fantasia, Les Aristochats, Peter et Elliott le dragon, La Belle et la Bête, Bernard et Bianca, Bernard et Bianca au pays des kangourous, Toy Story, Aladin, Le Roi Lion….), il y avait, chez mes parents, ma VHS du Roi et l’Oiseau. Mon demi-frère, plus âgé que moi, se plaint encore d’avoir mal au pouce d’avoir dû lancer et relancer ce chef-d’œuvre cinématographique avec la télécommande du magnétoscope.

Comme pour Bambi et Babar, j’avais bien retenu le côté anti-chasse de ce film, même si je n’avais pas déchiffré le message sur la tombe de la femme de l’Oiseau (je cite de mémoire) : « à mon épouse regrettée, victime d’un accident de chasse ». Et j’ai applaudi, tout en ayant très peur pour eux, à l’histoire d’amour du « petit ramoneur de rien du tout » et de sa « charmante bergère ». Sans oublier la faconde de l’Oiseau : « Mesdames, Messieurs… » ; « (…) et pour qui les gardait-elle, ses bons gros moutons ?? Mais pour vous, mes amis les lions ! » ; « Et soudain : le Roi ! » ; « (…) échevelés, livides [les moutons]… au milieu des tempêtes ! » (merci Victor Hugo). Et d’autres phrases, d’autres personnages : « Mais… vous m’aviez dit qu’ils seraient libres ! » (la bergère au Roi) ; « le travail, c’est la liberté. » (le Roi à la bergère, merci Hitler et son humour au fronton des camps de la mort) ; « les oiseaux, les oiseaux, les voilà, ils arrivent ! » (un petit garçon de la ville basse aux autres habitant·es) ; « tiens, c’est drôle, je ne les voyais pas du tout comme ça. » (une vieille dame, à sa fenêtre, tout en essuyant une assiette). Il faut dire que les oiseaux, outre l’Oiseau, sont… des lionnes, des lions, un tigre, un petit chat tigré, sauvé par le tigre d’un dompteur, le ramoneur, un ours. Mais, chez Grimault et Prévert, il n’y a pas de barrières entre les espèces !

Merci à eux, merci à leur troupe d’animateurs et d’animatrices, merci aux voix des personnages. Dont Claude Piéplu, voix de l’obséquieux maire du palais, retrouvé bien plus tard dans un Maigret avec Bruno Crémer, puis dans la comédie légère Le Diable par la queue. Et Raymond Bussières, dont la voix était bien moins grave quand il était jeune, assis sur un réverbère, à se moquer des gendarmes, dans L’Assassin habite au 21 . Ou à dire « boulot boulot, menuise menuise » à Serge Reggiani dans Casque d’or. Jusqu’à le retrouver, quand j’étais jeune adulte, en voyou dans la comédie nord-américaine Deux têtes folles. C’est d’ailleurs à la voix grave qu’il y a que je l’ai reconnu et que j’ai fait le lien entre toutes les fois où je l’avais vu puis entendu.

Je garde précieusement de ce film, aussi, l’image immobile du couple du ramoneur et de la bergère regardant les étoiles scintillantes, assis sur un toit, avec la musique cristalline de W. Kilar.  De même, je garde quelques images de films que mes parents m’ont fait voir à la télévision, sur VHS enregistrée, ou en direct, dans les années 1990, et que j’ai vus et revus depuis – ou pas : Letal (Miguel Bosé), un travesti, écartant doucement un rideau de perles, sur les premières notes de « Un año de amor », dans Talons aiguilles ; Edward Ferras (Hugh Grant) jouant avec des ciseaux plutôt que de se jeter aux pieds de sa bien-aimée (Emma Thompson), dans Raison et Sentiments ; Nanni Moretti à Vespa dans Rome, dans Journal intime ; l’atmosphère moite de L’Odeur de la papaye verte ; l’énergie, la joie, l’intelligence, la peine, la sournoiserie, puis le bonheur double final, dans Beaucoup de bruit pour rien ; des souvenirs désagréables mais non identifiés de Raining Stone et de Ladybird de Ken Loach ; les courses-poursuites dans L’Année du dragon (celui-là… l’ai-je vu en entier, ou me suis-je faufilée dans le salon, avant d’être ramenée dans ma chambre ?). Et Resnais-Arditi-Azéma, avec Smoking/No Smoking : ma préférence va (toujours) à Smoking, plus drôle, avec quelques répliques cultes, passées dans le langage familial : « p’tites dalles brisées, Mâme Tisdel ? » ; « APPLEWICK ! Mais où il est, ce c… ? » ; « Et Carl Nielsen, vous connaissez, Carl Nielsen ? » ; « Non ! Monsieur Lapin ! » Mémorable. Et les films de Rohmer, à la fin de l’adolescence. À jamais, un de mes cinéastes favoris.

Il y a eu aussi la violence de Capitaine Conan, vu au cinéma lors de sa sortie, comme je l’ai raconté ailleurs . Très bon souvenir, par contre, dans le même cinéma haut-savoyard, à l’été 98, de la reprise de Grease, certes en VF (sauf pour les chansons, incompréhensibles du coup), toujours avec mes parents. J’avais cru, d’ailleurs, que les lycéens du film étaient des collégiens, au vu de leur peu de maturité, et qu’ils passaient leur brevet à la fin du film, et non leur bac.

Avec mes parents, au cinéma d’Auxerre (salut salut aux propriétaires de l’époque, les L.), il y a eu, entre autres, Sur la route de Madison : douceur, mélancolie, amour impossible. Et cette danse, lente, entre le héros et l’héroïne. Va savoir, de Rivette : intelligence, fluidité, humour, absurde. Et le Paris estival du tout début du vingt-et-unième siècle : chef-d’œuvre tranquille. La Parenthèse enchantée, de Michel Spinosa : la jeunesse de mes parents, leurs combats féministes.

Il y a eu, avant, L’Étrange Noël de M. Jack et Un Noël chez les Muppets, deux films que j’avais beaucoup aimés, mais où j’étais, aussi, bien contente d’être en sécurité entre mes parents, parce que, tout de même, le savant fou et Oogie de M. Jack font peur, de même que le fantôme des Noëls à venir dans les Muppets – et peut-être quand même le fantôme des Noëls passés, avec ses yeux fixes de droguée. Et les courts-métrages de Nick Park, avec et sans Wallace et Gromit. Puis les autres aventures du duo chien-homme. Et Les Quatre Filles du Docteur March, avec Winona Ryder et les yeux bleus, si bleus, de Gabriel Byrne, que je retrouvais quelques années après Le Cheval venu de la mer. Avec juste ma mère, à Paris, aux Sept Parnassiens, il y a eu Le Jardin secret. J’ai lu tout de suite ensuite le roman, offert par J., une amie de mes parents. Et Princes et Princesses, ressorti pendant le succès de Kirikou, au même cinéma, toujours avec ma mère. Et, à Auxerre, La Vie ne me fait pas peur, de Noémie Lvosky : je ne m’y suis pas retrouvée, mais j’ai beaucoup aimé le film et la dernière partie, celle du voyage en Italie, comme une promesse de voyages personnels à venir.

À la maison, il y avait, aussi, quelques vieux films, à partir de l’adolescence  – pas ceux avec Gabin en vieillard hurlant contre les jeunes, les femmes, les… , ni ceux avec Fernandel montrant sa dentition et rien d’autre, ceux-là, mes parents les avaient supportés étant enfants et adolescents -, plutôt La Dolce Vita, ma révélation du cinéma italien, avant les Moretti. Et, avec mon père, les James Bond version Sean Connery, Willow, les Indiana Jones, Les Tontons flingueurs et les westerns spaghettis : oh là là, Clint Eastwood !! Poncho, chapeau, barbe de trois jours, yeux verts fendus…. miaou miaou miaou. Ok, aussi, le talent de Sergio Leone et la musique d’Ennio Morricone. Ok. Certes.

Apprendre à regarder

De mon côté, côté films, émissions et documentaires vus à la télévision et au cinéma, enfant puis adolescente, il y a, d’abord, beaucoup de vieux films. Ceux du lundi et du mercredi après-midi, quand j’étais au début du collège, donc milieu des années 90 (que saint Patrick Brion soit remercié pour des siècles et des siècles) : La Belle et la Bête, cette fois version Cocteau, qui m’a fait autant peur, voire plus, que celle de Disney, à cause du noir et blanc et de l’apparition de la Bête ; les Sinbad ! : aventures, Technicolor, effets spéciaux qui m’impressionnaient, car pas soignés à l’ordinateur ; L’Assassin habite au 21 ; Jason et les Argonautes (idem que pour les Sinbad) ; Jason contre les Amazones – je suis flottante sur le titre exact : là, la misogynie du film m’a fait hurler (intérieurement) : non mais oh, c’est quoi ces filles qui se battent pour un type, même pas beau ni intelligent ? Et même, de toute façon, quand un garçon essaye de semer la zizanie dans un groupe de filles…. on le vire ! Bouge, abruti !

Merci papa-maman, maman-papa, de m’avoir créée féministe, en plus d’athée, d’écologiste, anti-raciste, pro-LGBTQIA+, anti-validiste, anti-spéciste, anti-âgiste.

Comme notre professeure d’anglais de Cinquième, Mme R., nous avait fait regarder un extrait de L’Inconnu du Nord -Express, d’Hitchcock, le père d’un de mes amis, A., lui avait offert la collection VHS d’Hitchcock. Ou du moins une bonne partie. A., très généreusement, m’avait prêté ses VHS. J’ai vu : Les Oiseaux (plus jamais jamais jamais. Jamais, même avec la lumière allumée) ; La Main au collet ; Le Procès Paradine ; Soupçons ; Rebecca ; La Maison du Dr Edwards ; Les Enchaînés.

Mme R., quant à elle, m’avait prêté L’Inconnu du Nord -Express. Heureusement, car quand elle a voulu nous le passer en entier à la fin de l’année, mes camarades ont protesté (« le noir et blanc, ça fait mal aux yeux »). Puis se sont jetés sur Independance Day, suite à l’invitation de la classe d’à côté. J’ai été soulagée d’entendre la sonnerie de la fin de l’heure de cours, même en n’ayant pas vu la fin de cette grosse machinerie hollywoodienne. Pendant l’année, Mme R. m’avait très gentiment prêté, aussi, Le Faucon maltais, qui m’a laissée perplexe, et Corinna, Corinna, beau et solide film antiraciste. Je l’ai aujourd’hui, en DVD. Thank you, Mrs R.!

Enfant, j’ai vu quelques vieux films de La Dernière Séance, animée par Eddy Mitchell. Je me souviens de Prince Valiant, celui qui coupe une plante pour arriver à respirer sous l’eau, qui poursuit en vain le Chevalier noir, qui tombe amoureux de la belle Aletha, promise à un autre… et qui a pour ami d’enfance un autre Viking, Voltar, qui a son franc-parler : « Un signe ne vaincra pas Sligon ! » Par contre, un bon coup d’épée dans le dos du traître en question, si. Et Les Vikings, justement, avec un conflit fraternel souterrain, Janeth Leigh à nouveau en prix du vainqueur, et, scène époustouflante, Kirk Douglas en prince viking, marchant sur les rames enflammées d’un drakkar mortuaire.

À l’adolescence, je me suis mise au Cinéma de minuit (saint Patrick Brion, etc., bis). Ma mère enregistrait le film le dimanche soir, puis je le regardais le samedi après-midi suivant. Parfois, mon père venait « lire le journal », pendant que je regardais le film. Et donc, mon père regardait le film avec moi. Parmi les dizaines de films, que retenir, quelles titres écrire ici, et sans me tromper d’époque de visionnage ? Tant pis, je me lance. Les westerns avant Leone : John Ford, Howard Hawks, Delmer Daves, le menton sexy de Kirk Douglas. Les films avec Errol Flynn : L’Aigle des mers, Capitaine Blood, Robin des bois (aussi bien que le Disney). Bette Davis dans Eve. Richard Burton et Elizabeth Taylor dans Cléopâtre. Gene Tierney dans Laura. Suzy Delair dans Quai des orfèvres (impossible de la relier à Madame Pivert des Aventures de Rabbi Jacob à l’époque). Les films de Carné, Duvivier, Grémillon, avec ou sans Gabin jeune (plutôt avec). Barbra Streisand dans son film Yentl. La même dans On s’fait la valise, doc ? Bernadette Lafont dans La Fiancée du pirate. Françoise Fabian, Dominique Blanc et ? et Pierre Arditi dans Plaisir d’amour. Marcello Mastroianni dans Les Nuits blanches. Gassman, Sordi, Tognazzi dans Les Nouveaux Monstres. Alain Delon dans Rocco et ses frères. Et le très beau Vittorio de Sica, si jeune alors, dans Il signor Max et Ces hommes, quels mufles ! Que j’ai retrouvé, plus tard, toujours aussi élégant, dans Madame de… Bon, je m’arrête ici, sur la valse de George van Parys dans ce joyau de film.

Passons aux émissions et documentaires. Oh ! Mais aussi… au duo anglais déjanté d’Ab’Fab’ ! Absolutely Fabulous, feuilleton anglais, diffusé le samedi en début de soirée sur cette nouvelle chaîne du service public, ARTE, que je suis depuis le premier mouton (les fans d’ARTE me comprendront, les autres chercheront ce générique fameux des débuts de la chaîne).

J’enchaînais avec Histoire parallèle, de et avec Marc Ferro. Et le dimanche après-midi, sur la Cinquième, j’ai un temps suivi l’émission historique de Laurent Joffrin : Chantons sous l’Occupation, La Délation sous l’Occupation, Le Voyage d’Automne.

Retour sur ARTE le dimanche soir, pour les dessins animés anciens. Quand j’étais petite, j’étais plutôt Ça Cartoon ! sur Canal +, en clair. Sur la même chaîne, enfant, je suivais, plus ou moins avec l’autorisation de mes parents, Les Nuls (« Mais où ai-je mis mon stylo ? »). Bon, en fait, j’avais le droit de regarder l’émission en famille (mes parents, mon demi-frère, ma demie-sœur, plus grands que moi) uniquement le samedi soir, mais j’arrivais parfois à regarder quelques bribes des émissions de la semaine. Puis, ce furent Les Guignols et Les Deschiens, autres éclats de rire quotidiens, heureusement pendant de longues années. J’ai parlé ailleurs des spectacles de danse contemporaine, et de marionnettes de Philippe Gentil, vus avec mes parents à Paris. J’ajoute ici les spectacles de la troupe Deschamps-Makeïeff, celle des Deschiens et d’autres intermittent·es du spectacle. Que de rires et d’émotions, là encore.

Au cinéma, je suis allée voir…. non, attendez, je vais tout de même parler des quelques séances ciné avec mes amies : certains Disney des années 90, vus avec ma meilleure amie F., sa sœur aînée, amie de collège de ma demie-sœur, et ma demie-sœur. Je garde un meilleur souvenir de ses séances de cinéma amicales que de quelques-uns des films vus : autant La Belle et la Bête m’avait enthousiasmée, et j’avais été stupéfaite de la nouveauté graphique de Toy Story, autant Le Roi Lion et Aladin ne correspondaient pas à mes images de l’Afrique et du Moyen-Orient. Et je trouvais leur dessin laid.

Quant à Titanic, je l’ai vu à sa quarante-sixième semaine d’exploitation à guichets fermés (au moins), une des seules fois où j’ai cédé à la mode et à l’invitation d’une amie, et où je m’en suis bien repentie. En effet, le groupe d’amies et de mères dont je faisais partie était dispersé dans la salle, au vu de l’abondance du public. Du coup, je n’étais pas à côté de l’amie qui m’avait invitée. Et, je me suis ennuyée, quelque chose de bien, à cet énorme chose croulante, et bien patriarcale. Oui, parce qu’à cette époque, j’avais lu et relu Le Deuxième Sexe, et lu La Drôle de guerre des sexes dans le cinéma français, mes deux piliers critiques du moment – qui sont toujours là aujourd’hui, d’ailleurs. Donc, la scène soi-disant ultra-romantique où machin soutient chose sur le pont arrière du bateau…. non merci. Quant au reste… quel ennui !

Par contre, j’ai été prise jusqu’aux larmes par La Vie est belle, celle de Benigni, film vu avec mon amie Sarah, ma meilleure amie du collège. Quelques années auparavant, nous avions vu Anastasia, de Don Bluth. À la sortie, j’avais dit mon agacement devant l’anti-communisme primaire de ce film. Sarah m’avait alors raconté qu’un de ses grands-pères avait dû fuir l’URSS, à cause de l’antisémitisme qui y régnait. Du coup, je me suis tue. Pour le film de Benigni, nous étions d’accord : très grand.

Pour les films vus seule, outre les films anciens vus seule et les films récents vus avec mes parents à Paris, dont j’ai parlé ailleurs , il y a quelques films récents, vus à Auxerre dans les années 90. En vrac : Matilda, James et la Pêche géante, Le Mariage de mon meilleur ami, Austin Powers, Mon beau-père et moi, Mafia Blues, les James Bond avec Pierce Brosnan, Chapeau melon et bottes de cuir. Et le premier Star Wars, repris en version restaurée en 99, si mes souvenirs sont bons. Mon demi-frère m’a alors prêté ses VHS de L’Empire contre-attaque et du Retour du Jedi. Je suis alors allée voir l’épisode un de Star Wars, La Menace fantôme, qui m’a déçue : beaucoup d’effets spéciaux, peu de scénario.

Quand les images deviennent une pensée

Au cinéma d’Auxerre, j’ai aussi vu mon premier Truffaut : Jules et Jim, suivi, la semaine suivante, des Deux Anglaises et le Continent. J’ai réussi, adolescente petite-bourgeoise gâtée que j’étais, à persuader mes parents de m’acheter les romans tout de suite. Et quelle merveilleuse soirée j’ai passé dans ce même cinéma, pendant mon année de Quatrième : Un Américain à Paris, sur le très grand écran de la plus grande salle, puis intervention de Leslie Caron en personne. Quelle émotion de la voir en vrai ! Puis, pour finir la soirée, mon premier Lubitsch : La Veuve joyeuse, Maurice Chevalier qui accentue son accent français, Jeannette MacDonald qui tourbillonne, Edward Everett Horton qui fait très bien le « oui oui, bien sûr… mais comment ?? », comme dans Top Hat et d’autres films sublimes.

Moins sublimes, parfois bien, ces quelques films vus pendant mes deux voyages scolaires en Italie (Quatrième et Première). Toujours en vrac, sans rappel chronologique : Le Grand Bleu (tellement ennuyeux que je ne suis pas arrivée à m’endormir devant) ; Sleepy Hollow (oui, j’ai bien dormi, merci) ; La Septième Porte (j’ai beaucoup aimé) ; euh… aucun autre souvenir.

Je terminerai cette partie par un hommage à mon professeur de français de Seconde, monsieur D.. Pendant cette année-là, 1999-2000, il nous a appris à regarder un film, grâce à Une partie de campagne, de Renoir. Nous avions déjà étudié la nouvelle de Maupassant. Monsieur D. nous a décomposé le film, par plan, si je me souviens bien. Merci, monsieur D.

Pour citer cet article : Tiphaine Martin, « Bidulbuk et Cie. Mon palimpseste cinématographique, télévisuel, musical, 1984-2002. Partie I. », Voyages autour de mon cerveau, août 2026. URL : https://vadmc.hypotheses.org/32675

Quelques évènements parisiens. Avril-juin 2015 

Pêche aux souvenirs avec ce texte du printemps 2015, quand j’essayais d’aller au-delà des attentats des 7-10 janvier.

Sommaire

I. Avant-première de Caprice

II. Inauguration de l’exposition « Cinéma, premiers crimes »

III. James Ellroy, présentation de Perfidia

IV. Exposition Minéraux

V. Spectacle Sagan. Mise en lecture

VI. Fête à la Cité Internationale Universitaire de Paris

VII. Soirée Fantômas

VIII. Mistinguett, reine des années folles

Cartographie de ces lieux :

http://www.plandeparis.info/plans-paris/arrondissements-paris.html

I. Avant-première de Caprice à l’UGC Halles (avril)

J’ai vu ce soir Caprice, le dernier film d’Emmanuel Mouret. C’était en avant-première, à l’UGC des Halles, alors j’ai réservé et j’y suis allée. C’est un grand cinéma au centre de Paris, qui fait partie de la chaîne UGC et également du Forum des Halles, où il y a des magasins (parfumerie, vêtements, bijoux, restauration rapide) et deux bibliothèques, l’une spécialisée dans la musique, la Médiathèque musicale, et l’autre dans le cinéma, la François Truffaut, en hommage au réalisateur de la Nouvelle Vague.

Truffaut fait partie des modèles d’Emmanuel Mouret, avec Ernst Lubitsch, Billy Wilder, Blake Edwards, Sacha Guitry, Eric Rohmer. Mouret s’intéresse principalement aux relations entre les femmes et les hommes, depuis son premier film Laissons Lucie faire jusqu’à Caprice, en passant par Vénus et Fleur, Changement d’adresse, L’Art d’aimer (hommage à Ovide ?).

Mouret est aussi acteur dans la majorité de ses films. Dans Caprice, il joue un homme divorcé avec un enfant, qui rencontre la femme parfaite pour lui, une comédienne, Alicia (Virginia Efira). Et vice-versa : goûts similaires, âge similaire, elle qui a besoin d’un peu de fantaisie au quotidien et lui qui a besoin d’être plus dans la réalité… le film aurait pu être seulement ceci, à savoir la recherche de l’amour, sa trouvaille, quelques événements, puis la fin habituelle. Heureusement, Mouret n’est pas un réalisateur qui fait ce qu’attend le public. Son personnage, Clément, rencontre également une jeune étudiante, Caprice (Anaïs Demoustier), qui tombe amoureuse de lui et qui le suit au travail, qui le comble de cadeaux, qui est toujours sur son chemin. Mais ce n’est pas comme les personnages féminins du cinéma des années trente et cinquante, insupportables parce que « je suis un condensé des clichés sur les femmes », dans un sens aussi sexiste que possible. 

Caprice, elle, est une jeune femme d’aujourd’hui, qui ne sait pas ce qu’elle fera à l’avenir, qui vit avec une amie, qui tente de vivre le mieux possible avec presque n’importe quoi et qui n’attend pas d’être choisie par le prince charmant. Clément est pris entre deux manières de vivre, de penser, d’entendre. De son côté, Alicia est attirée par le meilleur ami de Clément, Thomas (Laurent Stocker). Encore une fois, nous ne sommes pas à Hollywood. Ainsi, l’humour est teinté d’amertume, et brusquement nous sommes en plein dans la crise de couple, comme dans cette magnifique scène de la cave, digne du Hitchcock des Enchaînés. Alicia (même prénom que l’héroïne hitchcockienne) et Clément ne crient pas, ne se battent pas, ils observent seulement que leur couple est dans une impasse. Ensuite, ils reviennent à leurs invités. La leçon est également brutale pour Caprice, qui doit abandonner son amour pour Clément, quand elle croyait que tout était possible. Le film se termine avec Alicia et Clément réunis et heureux, avec des amis – dont Thomas – sur une pelouse pour un beau pique-nique.

Mais quel prix ce couple a-t-il payé, ainsi que tous les personnages, pour sourire et rester dans le groupe social ? Et quel prix devons-nous mettre pour y rester ?

Liens :

Bande-anonce de Caprice : http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=225546.html

Interview d’Emmanuel Mouret pour la sortie de Caprice : http://www.telerama.fr/cinema/emmanuel-mouret-elit-ses-rois-de-la-comedie-romantique,125711.php

II. Inauguration de l’exposition « Cinéma, premiers crimes », Galerie des Bibliothèques de Paris (avril)

Ce soir, je suis allée à l’inauguration de l’exposition « Cinema, Premiers Crimes » à la Galerie des Bibliothèques de Paris, que j’ai gagnée sur leur page Facebook. La Galerie est dans le Marais, quatrième arrondissement, l’un des plus anciens de Paris.

L’exposition est très bien faite, par thèmes : l’actualité criminelle racontée dans les journaux et les films, l’adaptation des romans-feuilletons à l’écran, la création de personnages mauvais, de génies du mal pour l’écran. Dans tout cela, il y a plusieurs problématiques : comment les journaux ont-ils  inspiré les décors, les vêtements, les mouvements et aussi les attitudes du film et des acteurs ? Quel est le lien entre la littérature policière et le cinéma des premiers temps ?

Je chemine parmi les affiches de La Petite Illustration, la partition de la « Danse des Apaches » (magnifiés plus tard au cinéma par Jacques Becker dans Casque d’Or, avec Simone Signoret, Serge Reggiani, Claude Dauphin et Raymond Bussières), et parmi les mille informations sur les différents types de héros du crime qui sont créés à cette époque. Le plus célèbre étant Fantômas, le héros de Pierre Souvestre et Marcel Allain, dont les aventures sont adaptées au cinéma deux ans après la sortie du feuilleton : génie du Mal, génie du crime, il fascine les lecteurs par sa faculté de disparaître au moment fatidique, laissant le commissaire Juve en colère, ainsi que son second le journaliste Fandor. Fantômas a été précédé d’un an par Zigomar, la créature maléfique de l’écrivain Léon Sazie. Zigomar est reconnaissable à sa cagoule rouge et le fait qu’il dirige une secte, celle du « Z ». Je passe après du côté de la légalité avec Nick Carter, le célèbre enquêteur américain, parodié en Nick Winter à partir de 1910, au cinéma.

Les histoires, dans les romans et dans les films, jouent avec les craintes du début du nouveau siècle : peur du peuple bien sûr, un peuple naturellement criminel pour la bourgeoisie, peur du crime qui peut être commis non seulement en banlieue mais aussi dans les salons de la haute société, peur de la démocratisation et de l’indifférence sociale (Fantômas peut être habillé soit comme un bourgeois soit comme un travailleur), peur devant les progrès de la science (en particulier de la chirurgie esthétique, que nous trouvons également chez Gaston Leroux à la même époque) et devant les nouveaux outils (téléphone, machine, trains à vapeur).

Le tout baignant dans le rouge des panneaux qui supportent les affiches et les explications. Rouge du sang, rouge du crime ! Brrr…

Notre héroïne (moi) va-t-elle sortir vivante de l’exposition ? Ou Fantômas l’enlèvera-t-il ? Et sera-t-elle prisonnière dans les catacombes, au milieu des rats ? Ou tombera-t-elle au milieu de la pègre, jusqu’à ce qu’elle soit sauvée par Rouletabille ou Nick Carter ? Ou, comme une jeune fille normale, va-t-elle se sauver, telle Mistinguett, la célèbre chanteuse des années vingt, dans le film Mistinguett détective ?

Je reviens à la réalité. J’admire les affiches, les manuscrits une dernière fois, je salue respectueusement Fantômas, et je sors. Hé ! Qui est-ce ? Ah… c’est le vent…

Lien de l’exposition :

http://www.paris-bibliotheques.org/premiers-crimes/

III. James Ellroy au théâtre des Bouffes du Nord : présentation de Perfidia (mai)

Quelle excitation ! Je vais bientôt voir le célèbre écrivain américain James Ellroy, invité par Télérama au théâtre des Bouffes du Nord pour la présentation de Perfidia, son dernier roman policier.

Le théâtre est situé, comme indiqué, au nord de Paris, au nord-est, pour être plus précise. C’est un quartier mal-famé, je le confesse, pauvre, proche de la garde du Nord, l’un des nœuds de la banlieue.

La soirée commence par un résumé du travail de James Ellroy, par le journaliste de Télérama Michel Abescat. Le programme de la soirée est le suivant : Ellroy lit des extraits du chapitre X de Perfidia (en anglais), puis répond aux questions du journaliste et des spectateurs. En fin de compte, il dédicace ses livres, en particulier le dernier, en vente à l’entrée du théâtre et dans la salle, par la librairie NordEst.

Puis… apparition de M. James Ellroy lui-même… aboyant ! Applaudissements de la foule en délire. L’écrivain lit le chapitre X d’une voix très expressive. Ensuite, il répond avec bonne volonté et beaucoup d’humour aux questions du journaliste, sur Perfidia et son travail.

Des questions du public, je n’en retiendrai que deux, pour des raisons opposées. Un « gentleman » a eu la très mauvaise idée de demander à Ellroy s’il conserve l’espoir de trouver le meurtrier de sa mère un jour. Silence lourd dans la salle et visage blême de l’écrivain. Ellroy répond pour un « Non ! » clair et définitif. Personnellement, j’aurais tué cet spectateur stupide avec grand plaisir ! Le désir de protéger James Ellroy de ces crétins m’envahit. Mais je n’ai même pas osé huer l’abruti, le public est bien trop bobo pour cela. La deuxième question, heureusement, d’un autre spectateur, fait rire tout le monde : « Monsieur Ellroy, j’ai commencé il y a quelques jours Perfidia. Quand mon fils aura dix ans, par lequel de vos livres faudra-t-il commencer, à votre avis ? » L’écrivain rit, puis il répond : « Perfidia. » Ensuite, il déclare, plus sérieusement, qu’il vaut mieux commencer par Perfidia, car c’est le roman le plus lointain dans le temps. Car il se déroule en 1941, quelques semaines avant Pearl Harbor, alors que l’action d’Underworld USA, son dernier roman, a lieu en 1972.

La soirée se termine avec la file pour demander un autographe à James Ellroy. Presque tout le public est là, donc j’ai le temps d’apprendre, des deux messieurs devant moi avec qui je parle, que les Indonésiens mettent leurs chaussures dans la file d’attente pour marquer leur place, puis s’assoient là où ils veulent. Une coutume qui se produira jamais à Paris, où les gens ne respectent pas les autres. Le maître de Los Angeles me signe deux livres, Extorsion (2014) et Perfidia, que j’ai acheté à la librairie NordEst. Je lui déclare ma profonde admiration, il resserre ma main, puis je pars, un grand sourire sur son visage, les livres contre mon cœur.

J’ai hâte d’être au week-end, afin de commencer Perfidia !

Liens :

Écouter la soirée : http://www.telerama.fr/livre/ecoutez-la-rencontre-avec-james-ellroy-aux-bouffes-du-nord,126613.php

Libreria NordEst : http://www.librairienordest.fr

IV. Exposition Minéraux – Jardin des Plantes (mai)

Aujourd’hui je dois rendre absolument des CD à la bibliothèque Buffon, dans le cinquième arrondissement, près du Jardin des Plantes. Buffon était un naturaliste, collaborateur de l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert, au XVIIIe siècle. Le Jardin des Plantes a été créé au XVIIe siècle en tant que « Jardin Royal des Plantes Médicinales », par le roi Louis XIII.

Avant d’aller à la bibliothèque, je souhaite prendre des photos du jardin et surtout de l’espace dédié aux roses. Après les photos, j’ai décidé d’aller à l’exposition dédiée aux minéraux.

L’exposition est petite, mais riche. J’y suis resté une heure. Les explications sont claires, j’ai beaucoup appris sur la manière de différencier les pierres, la dénomination, les origines et la composition chimique, l’usage, et aussi sur la poésie de la dénomination des pierres. Mention spéciale à la « Gœthite », une pierre noire, nommée ainsi en référence au poète allemand, et à la calcite blanche «  Mickey ». J’ai été étonné par la multiplicité des formes et des catégories.

Je suis repartie avec la satisfaction d’être plus cultivée et les yeux remplis de la beauté de notre planète. Espérons qu’elle soit préservée.

Liens :

Buffon et ses œuvres : http://www.buffon.cnrs.fr

Le Jardin des Plantes : https://www.jardindesplantesdeparis.fr/fr

L’exposition : http://www.mnhn.fr/fr/visitez/lieux/galerie-mineralogie-geologie

V. Spectacle Sagan. Mise en lecture (mai)

Une autre invitation inattendue grâce à la page Facebook de la nouvelle bibliothèque Françoise Sagan dans le dixième arrondissement : un spectacle sur le monde de Sagan, par la compagnie Noir de Monde. L’écrivaine est à nouveau au Théâtre du Gymnase-Marie Bell, où certaines de ses pièces ont été créées. Lorsque Sagan est décédée en 2004, oubliée par le monde de la culture et de l’édition, son fils Denis Westhoff a accepté l’héritage et a relancé l’édition du travail de sa mère, sans oublier des inédits. Il a également choisi des photographies pour l’ouverture de la nouvelle bibliothèque.

Le spectacle est une lecture d’extraits d’Avec mon meilleur souvenir, Des yeux de soie et Toute ma sympathie. Le spectacle dure depuis près de six mois, trois actrices se sont passées le relais : Biyouna, Hélène de Fougerolles et Marie-Christine Barrault. Ce soir, j’ai le grand plaisir de voir et d’écouter Hélène de Fougerolles, plus connue comme actrice de cinéma, par exemple dans Le Péril jeune de Cédric Klapisch (1994) ou dans Va savoir de Jacques Rivette (2000).

La mise en scène est sobre : ​​un canapé, l’actrice qui lit, son manuscrit à la main. Malheureusement, très très très mauvaise idée : ajouter un mime à la lecture, qui fait le train lorsque l’héroïne du premier roman est dans le train, qui est ivre quand il y a un ivrogne, etc. Timidité de l’actrice autrement seule sur la scène ? Volonté de mélanger différents types d’art ? La gentillesse du metteur en scène qui voulait donner une place à un intermittent du spectacle ? Je ne sais pas. Cette autre présence pèse fortement sur la lecture, alors que Fougerolles sait, par des variations subtiles de la voix et du costume, faire vivre les textes de Sagan. Le génie de Sagan est d’immerger le lecteur à l’intérieur de l’action à partir des premières lignes. Nous sommes immédiatement avec les personnages, leurs qualités et défauts, physiques et moraux. L’actrice fait résonner la sensibilité du texte de Sagan.

Les autres idées sont magnifiques : deux jeunes actrices viennent parler de la vie de Sagan entre les textes, partageant leur passion pour l’écrivaine avec le public. Et quelle émotion d’entendre la voix de l’écrivain et philosophe Sartre, avant que Hélène de Fougerolles ne lise la « Lettre d’amour à Jean-Paul Sartre », que Sagan a écrite en 1979 et qu’elle avait enregistré sur CD. L’interprétation de Fougerolles nous offre toute la tendresse de Sagan.

J’ai quitté le théâtre avec la « petite musique » de Sagan dans les oreilles et le désir de relire toute son œuvre.

Liens :

Le spectacle : https://www.theatreonline.com/Spectacle/Sagan-Mise-en-lecture/50007

Site de l’Association Françoise Sagan : https://www.francoisesagan.fr/

CD Avec mon meilleur souvenir, par Sagan : http://www.desfemmes.fr/livre-cd-audio/avec-mon-meilleur-souvenir/

VI. Fête à la Cité Internationale Universitaire de Paris (mai)

Aujourd’hui, retour dans le passé : je vais à la Cité Internationale Universitaire de Paris (CIUP), dans le quatorzième sud. La CIUP a été fondée après la Première Guerre mondiale, pour éviter un nouveau carnage et la haine parmi les peuples, pour renforcer la paix. La CIUP est construite de maisons de différents pays, dans un immense parc, en bordure du boulevard Jourdan et face au parc Montsouris.

J’y ai vécu pendant trois ans, de 2007 à 2010, à la Maison des Étudiants Suédois, dans le cadre d’un échange. Car à la Cité, chaque maison doit accueillir un pourcentage certain d’étudiants d’autres nationalités. Donc, je me suis retrouvée à cuisiner, à manger, à étudier, à vivre, avec des Suédois, des Japonais, des Grecs, des Allemands, des Américains, des Espagnols, des Italiens, des Mexicains, des Québécois, des Français, des Luxembourgeois. Dont certains sont nés d’un mariage mixte ou d’immigrés installés dans tel ou tel pays, aussi.

Autrement dit, la CIUP est un condensé de la réalité d’aujourd’hui, dont les racistes devraient être conscients s’ils n’étaient aussi bornés et méchants. Le modèle majoritaire – né, marié et est mort dans la même ville – n’a pas fonctionné depuis… quelle époque ? Au moins depuis trente, quarante ans, avec la démocratisation des transports (vive l’amour de vacances qui se transforme en couple puis en famille) et, malheureusement, le chômage et les conflits.

L’étudiant qui vit à CIUP a tout : chambre, cuisine, salle de bain (sans bidet, nous sommes en France), une bibliothèque, un centre de langue pour apprendre d’autres langues et faire un/des tandem(s) et un/des groupe(s) de conversation, pratiquer des sports dans le parc, dans une salle ou à la piscine, apprendre le tango, écouter des conférences sur différents sujets, prendre un thé avec des amis sur la terrasse du Café, visiter d’autres studios dans une autre maison, faire un pique-nique dans le parc… il manque seulement un supermarché, mais comme ça nous prenons l’air hors de la Cité – le Franprix est à cinquante mètres du bas de la Cité.

Une fois par an, fin mai, la CIUP fait sa fête pendant tout un week-end. Tout est organisé par le comité des résidents de chaque maison et par le comité de la CIUP. Il y a des stands de nourriture typique de chaque pays, des animations et des concerts gratuits dans le parc. Le samedi soir, il y a un grand concert et les gens dansent dans le parc, devant la maison principale, la Maison internationale. En trois ans, je pense qu’il a plu tous les samedis soirs. Je me souviens de mes voisins qui rentraient trempés, mais très heureux. J’ai préféré danser en hiver, à la maison de l’Inde ou à la maison belge.

Maintenant que je suis en dehors du CIUP, j’y reviens avec un mélange de nostalgie, de souvenirs de bons moments et le désir de voir comment tout va bien pour les nouveaux. Cette année, j’ai déjeuné allemand, j’ai fait un tour du parc, puis je suis allée au don de livres, organisée par l’association Le Bouquin Volant à partir de livres qu’elle a collectés tout au long de l’année. Les livres sont estampillés pour empêcher les vendeurs de livres de prendre des livres pour leur boutique. J’ai fait un choix qui comprend des romans français et étrangers (Stefan Zweig, toujours et toujours), des essais, des biographies.

Ensuite, je reprends le tramway et rentre chez moi au Kremlin-Bicêtre, pour une après-midi de fin du printemps.

Liens :

Site de la CIUP : http://www.ciup.fr

Site du Bouquin Volant : http://www.lebouquinvolant.com

VII. Soirée Fantômas au Cinéma Le Champo (juin)

Le Centre d’Histoire du XIXe Siècle de l’Université Paris-Sorbonne a organisé une soirée spéciale au cinéma Le Champo, situé au cœur du Quartier Latin, cinquième arrondissement de Paris.

Avant de devenir un cinéma, Le Champo était une bibliothèque, puis un cinéma. Pendant la Seconde Guerre mondiale, un cinéma/cabaret, puis une « cave existentialiste » puis seulement un cinéma. Pour moi, Le Champo est un calendrier de souvenirs cinéphiles, à partir de mes quinze ans, dont j’extraie deux, trois, quatre films : Brazil de Terry Gilliam, Cria Cuervos de Carlos Saura, C’eravamo tanti amati d’Ettore Scola, My Blueberry Nigths de Wong Kar-Wai. C’était l’époque où l’ouvreuse me reconnaissait et me souriait avec complicité. Ce temps est révolu, mais je suis très heureuse de revenir, pour voir les deux premiers épisodes, muets, de Fantômas.

L’événement est lié à l’exposition « Cinéma, Premiers Crimes » (voir ci-dessus). Alain Carou, conservateur à la Bibliothèque nationale de France, Matthieu Letourneux, maître de Conférences à l’Université Paris Ouest Nanterre La Défense, et Dominique Kalifa, professeur à l’Université Paris 1, présentent les premiers épisodes restaurés de Fantômas (Louis Feuillade, 1913), avec le grand acteur René Navarre.

Dans ces épisodes, nous voyons Fantômas voler des bijoux d’une aristocrate, puis assassinant un aristocrate anglais, Lord Bellham, puis être capturé par la commissaire Juve et Fandor, puis fuyant la prison et mettant à sa place un acteur masqué comme lui, reconnu comme acteur uniquement au pied de la guillotine (épisode 1). Puis il se transforme en médecin, puis en travailleur pour commettre ses méfaits. Sa complice « La Pierreuse » (« La femme aux pierres précieuses ») s’enfuit à bord d’un train, Fandor passe de wagon en wagon pour la retrouver. C’est la course-poursuite désormais classique sur le toit du train ! Le train est précipité dans un ravin ! Mais Fandor est sauf ! Il doit sauver Juve, qui, en attendant, a été attiré par Fantômas dans un piège, dans le treizième arrondissement, sur le quai de Bercy, où les tonneaux de vin venants de province en péniche étaient alors déchargés. C’est l’assaut entre le gang de Fantômas d’un côté, et Juve et Fandor de l’autre. Fantômas s’échappe encore une fois… et quelque temps plus tard, Juve et Fandor donnent l’assaut à la demeure de Lady Bellham, toujours amoureuse du génie du mal. Mais Fantômas n’abandonne pas ! Il fait exploser la maison et s’enfuit, après un dernier rire sardonique en direction de Juve ! La suite au prochain épisode !

Après la projection, le débat a lieu, dirigé par Corinne Daria, chercheuse associée au Centre. Les spécialistes expliquent les techniques utilisées par Louis Feuillade, qui a innové en tournant des scènes dans la rue pour capturer les détails de la vie de l’époque : un détail important pour le jeu et le rythme de la scène. Au cours du débat, la situation politique et les films sont mis en parallèle : l’assaut final du deuxième épisode rappelle évidemment celui de la bande à Bonnot. Nous aurions aimé continuer à discuter… mais il était tard. Nous applaudissons les professeurs et sortons. En rentrant chez moi, je pense à la beauté du cinéma silencieux et à la force qu’il conserve encore aujourd’hui.

Liens :

Cinéma le Champo : http://www.lechampo.com/index.php?page=historique

Centre de Histoire du XIXe Siècle : http://www.univ-paris1.fr/unites-de-recherche/crhxix/

VIII. Mistinguett, reine des années folles (juin)

Je n’ai jamais vu de comédie musicale. Je veux dire, au théâtre. Je suis passionnée par les comédies musicales américaines et aussi françaises. Je trouve qu’aller au théâtre fait perdre la magie de l’écran.

Je me suis décidée parce que Mistingett, Reine des Années Folles est un sujet typiquement français, inédit et qui n’est pas une trahison, un événement publicitaire, contrairement aux Misérables ou à Notre-Dame-de-Paris, qui font semblant de regarder vers la haute culture pour mieux la digérer, en ôter l’aspect politique et la transformer en objet de pure consommation.

Avec  Mistingett, ce sera du pur divertissement et je suis heureuse comme ça. Le sujet est simple : la séparation d’avec Maurice Chevalier (Grégory Benchenafi), son partenaire de dix ans, et d’avec le music-hall. Retour au théâtre après la guerre (la première), grâce à Léon Volterra (Patrice Maktav), ancien ouvreur, qui amène le célèbre Harry Pilcer (Grégory Benchenafi) des États-Unis pour être le partenaire de Mistingett. La revue est montée, avec des problèmes d’argent, la menace que le mafieux Scipion (Fabian Richard) fasse un parking du Casino de Paris. Comment sauver la revue et faire venir le public ? Je ne sais pas si cette histoire est vraie, mais en fin de compte, cela n’a pas d’importance. Le plus intéressant est le plaisir de voir les épisodes, d’observer le jeu des comédiens/ auteurs-compositeurs/danseurs, en s’immergeant dans l’histoire et dans les Années Folles.

La chanteuse Carmen Maria Vega flamboie, occupant le plateau du début à la fin, digne de son modèle. Elle donne un nouveau souffle aux chansons de « La Miss » (surnom de Mistinguett), en particulier « Mon Homme ». D’après la comédie musicale, cette chanson est née de son désir d’abandonner le registre des larmes dans lequel d’autres chanteuses, telles Damia ou Fréhel, s’étaient spécialisées. Carmen Maria Vega met en valeur l’ironie de cette chanson, qui compte l’histoire typique d’une femme qui est battue pour son amant, son « homme », mais qui ne peut pas le quitter, esclave de son amour. C’est exactement le genre de chanson que Damia et Fréhel ont chanté, de manière très misérabiliste pour le coup : la pauvre fille de gens qui n’ont pas de chance dans la vie, qui rencontre un criminel, qui devient prostituée, qui se drogue, et qui meurt sous la pluie dans la rue. De toute évidence, ces chansons racontent un sort féminin typique et vrai, qui doit encore exister dans notre beau monde « progressiste ». Mais « Mon Homme » joue avec les clichés, à une époque où les gens doivent oublier, même un peu, même pendant trois minutes, l’horreur de la première guerre mondiale (dont on ignorait qu’elle serait suivie d’une seconde) et de la privation.

Je dirais un mot de l’autre personnage féminin, Marie (Mathilde Ollivier ), sœur du mafieux Scipion et qui m’a rappelé, par sa coiffure et son costume, Debbie Reynolds dans Chantons sous la pluie.

Mention très bien également à la troupe, qui donne le rythme au spectacle et qui fait un travail magnifique pour le final : placée sur l’escalier, illuminé avec une tour Eiffel rose au sommet, vêtue de blanc et de rose (hommes) et en rose (femmes) pour accueillir Mistinguett/Carmen Maria Vega, qui chante « Ça c’est Paris ! ». À ce moment, j’avais presque la chair de poule : c’était comme si nous étions revenus dans les années 1920 et que Mistinguett était devant nous, telle que je pouvais la voir dans les rares vidéos que nous avons d’elle. Comme toute le public, je me suis levée pour crier mon admiration à tout le monde !

La tête pleine d’étoiles et de musique, je sors. Vraiment une belle soirée.

Liens :

Le site du spectacle : https://www.theatreonline.com/Spectacle/Mistinguett-Reine-des-annees-folles/48560

Videos du spectacle : https://www.youtube.com/channel/UCoJxRZJoI_J_OfC_7cLRg_Q

Extrait du film Rigolboche (Christian-Jacque, 1936) avec Mistinguett : https://www.youtube.com/watch?v=5aLBBPcOhtQ

Pour citer cet article : Tiphaine Martin, « Quelques évènements parisiens. Avril-juin 2015 », Voyages autour de mon cerveau, octobre 2023. URL : https://vadmc.hypotheses.org/13034