Archives par étiquette : Chanson populaire

Amour, amour (3) Pierrette Bruno, “La main dans la main” VADMC

 Amour, amour (3) : Pierrette Bruno, “La main dans la main”

Le son joyeux de l’introduction de la chanson nous l’indique : « La main dans la main » (Pierrette Bruno, Roland Bailly et Jean Marion, 1963) est une chanson gaie. En effet, l’autrice et interprète Pierrette Bruno ramage l’amour partagé, avec le transistor comme objet de compagnie du couple de la chanson, jusque dans leurs ébats. Il s’agit visiblement (sic) d’une tradition française, puisque l’animateur de radio et de télévision Michel Drucker raconte, dans son autobiographie Mais qu’est-ce qu’on va faire de toi ? (Paris, Robert Laffont, 2007, p. 292), qu’une téléspectatrice lui a écrit pour l’informer que son époux et elle accomplissaient leur devoir conjugal avec d’autant plus d’entrain que son émission était diffusée en même temps.

Notons que cette chanson a été co-écrite par l’interprète féminine, ce qui est rare dans les années 1960. Cette chanson est sans prétention autre que celle de nous faire sourire et nous serrer fort fort contre notre cher et tendre (ou chère et tendre, selon l’orientation sexuelle). Pleine de bonne humeur, la chanson et la chanteuse nous racontent d’abord une balade à deux, « main dans la main », pardon à trois, puisque le transistor est de la partie, le tout dans la nature. Les cigales – Bruno est provençale – ont-elles apprécié ? Le couple danse ensuite « autour du transistor », avec une mise en abyme, puisque la musique qui sort du poste « semble faite pour nous deux ». Puis vient le temps de l’amour, avec les caresses qui « semblent faites pour nous deux ».

Les couplets fonctionnent donc par anaphores, ce qui permet la création d’une atmosphère tendre et joyeuse. Il en est de même pour le refrain (chanté avec un chœur mixte), ce qui est habituel : « Ah que la vie est belle !/Ah, la main dans la main ! » La bonne humeur amoureuse est de mise là aussi. Notons que le transistor, un des objets de la modernité des Trente Glorieuses, occupe une place de choix dans la chanson. Léger donc maniable, il peut effectivement être emporté partout, tout en permettant une écoute à plusieurs.

Alors, on danse ?

Pour citer cet article : Tiphaine Martin, « Amour, amour (3) : Pierrette Bruno, “La main dans la main” », Voyages autour de mon cerveau, décembre 2025. URL : https://vadmc.hypotheses.org/27856

Priscilla VADMC

Partir, revenir, pourquoi ? (7) Un couple adolescent : Priscilla

Les portes blanches ornées de notes de musique s’ouvrent. Sa voiture franchit la grille. Ça y est, elle est libre. Elle, Priscilla Presley née Beaulieu (Cailee Spaeny), vient de rompre avec son époux, le chanteur et acteur Elvis Presley (Jacob Elordi), dans la bio filmée Priscilla de Sofia Coppola (2023). Ce ne sont pas tant leurs dix années de différence qui ont pesé dans l’échec de leur couple que l’immaturité persistante du King, ainsi que son machisme.

Ce manque de maturité est, dans un premier temps, rassurante pour l’adolescente de quatorze ans qui rencontre son idole de vingt-quatre ans chez lui, car il se conduit correctement avec elle, discutant vaguement à coup de poncifs et de longs silences, l’embrassant délicatement, avant de la ramener chez ses parents à l’heure convenue. Parents qui, contrairement à ceux d’Une éducation (An Education, Lone Scherfig, 2009), sont très réticents à laisser leur fille mineure en compagnie d’un homme majeur et de sa bande d’ami·es. Inquiets aussi à l’idée qu’elle ne réussisse pas au collège puis au lycée, et qu’elle ne poursuive pas ses études. 

Et, comme les parents du Bling Ring (Sofia Coppola, 2013), ils sont dépassés par les évènements, quand le flirt Elvis-Priscilla prend un tour sérieux. Pourtant, la mère de Priscilla a bien tenté de ramener sa fille sur terre, en lui parlant des adolescents de son collège, puis de son lycée. Mais rien n’y fait, Priscilla s’entête dans son syndrome du Grand Meaulnes, attendant que son prince charmant la rappelle.

Et gagne ainsi le droit d’être claquemurée dans la mal-nommée Graceland, la demeure de Presley à Memphis, avec un fiancé souvent absent pour cause de concert et de tournage de films. Quand il est là, il passe beaucoup de temps avec son groupe d’ami·es, tout en restant sous la coupe de son père et de son imprésario. Les échanges verbaux entre le couple sont toujours aussi brefs et remplis de clichés.

Lorsque Priscilla exprime son désir pour Elvis, il refuse tout contact charnel, alors qu’ils dorment dans le même lit. Elle a alors dix-sept ans et plus, elle est donc sexuellement majeure. Elvis préfère regarder la télévision en mangeant du pop-corn, ou lire des ouvrages de spiritualité hindoue, ou la photographier dans des tenues qui correspondent à ses fantasmes à lui. Le consentement féminin est totalement nié, à l’instar du choix des tenues de jour de Priscilla, de sa couleur de cheveux et de son maquillage, sans oublier l’addiction aux amphétamines. Toutes choses que la jeune femme balaie quand elle décide de prendre sa vie en main. Elle redevient physiquement Priscilla Beaulieu, avant de l’être psychiquement.

Ce qui l’aide dans sa transformation en femme libre et indépendante est de quitter Graceland  une première fois, pour Los Angeles, où elle apprend le karaté, et s’occupe de sa fille, qu’elle a eu avec Elvis après leur mariage. Priscilla voit également des amies qui ne font pas partie du clan Presley. Ouvrir les portes par elle-même est essentiel et lui permet de sortir définitivement de sa cage dorée de bonne épouse obéissante.

Sofia Coppola sort du cas singulier et réel de Priscilla pour dresser, aussi, le portrait d’une femme ordinaire qui sort d’un mariage désastreux par ses propres moyens. Un bel exemple combatif.

Pour citer cet article : Tiphaine Martin, « Partir, revenir, pourquoi ? (7) Un couple adolescent : Priscilla », Voyages autour de mon cerveau, janvier 2024. URL : https://vadmc.hypotheses.org/14281