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Chaussures rouges et musique Rivière sans retour Éclair de lune VADMC .001

Chaussures rouges et musique : Rivière sans retour, Éclair de lune

Le succès du film musical Le Magicien d’Oz (Victor Fleming, The Wizard of Oz, 1939), aurait-il lancé la mode des chaussures rouges féminines dans les longs-métrages ? En effet, dans Le Magicien d’Oz, la jeune héroïne Dorothy (Judy Garland) hérite de chaussures rouges pailletées magiques, qui lui permettent de rentrer chez elle.

Nous avons choisi deux autres films nord-américains où musique et chaussures rouges sont liées, à savoir Rivière sans retour (Otto Preminger, River of no Return, 1954) et Éclair de lune (Norman Jewison, Moonstruck, 1987).

Dans Rivière sans retour, les chaussures rouges sont celles, à talons et à paillettes, de Kay Weston (Marilyn Monroe), chanteuse de cabaret dans l’Ouest états-unien du dix-neuvième siècle. Elle les conservent tout au long de ses aventures mouvementées. Elles sont le symbole de sa profession, avec tout l’arrière-plan sexuel et ultra-sexué que connote la couleur rouge en Occident et ce travail salarié de chanteuse de cabaret. L’implicite prostitutionnel est présent, et devient explicite quand Kay s’emporte contre le fermier Matt Calder (Robert Mitchum), qui la traite comme une « traînée » (« tramp ») et non comme une « femme » (« woman »). Rappelons également que Matt arrache des baisers à Kay lors de leur trajet en radeau et en forêt. Plaquée au sol par Matt, elle a beau répéter « non » et le repousser de ses bras, il l’embrasse de force. Il faudra que Kay soit victime de tentative de viol, de la part de deux bûcherons, dans une scène suivante, pour lui faire comprendre que Kay doit être respectée comme n’importe quelle femme, et comme n’importe quel être humain.

Dans Éclair de lune, les chaussures à talons rouges apparaissent quand Loretta Castorini, veuve italo-américaine des années 1980, rejoint Ronny Cammareri (Nicolas Cage), également italo-américain, le frère de son fiancé Johnny (Danny Aiello), à l’opéra de New York. Elles sont le symbole de son amour pour Ronny et de sa résurrection sentimentale et sexuelle. Dans une scène suivante, après avoir passé la nuit avec Ronny, Loretta se promène dans le quartier de Ronny, avec comme musique extra-diégétique l’air de La Bohème de Giacomo Puccini (1896) entendue à l’opéra, puis chez Ronny juste auparavant. Cette musique d’opéra italien est le fil conducteur entre les deux amants.

Loretta est dehors, dans la rue. C’est le matin. Elle porte encore sa robe d’opéra sous son chaud manteau d’hiver, noir. De la pointe de ses chaussures rouges, elle shoote dans des boîtes de conserve, répandues ça et là sur la chaussée. Le contraste entre l’hyper-féminité de ses chaussures et l’hyper-masculinité de sa conduite aboutit à une scène iconique, où éclate le conflit entre son cœur (son amour pour Ronny) et sa raison (elle est fiancée au frère de Ronny) : que faire ? Le réalisateur et l’actrice ont créé un personnage féminin fort, sans outrance, donc tout à fait moderne.

Dans les deux longs-métrages, tout finit bien, mais pas forcément en rouge ni en musique, surtout dans Rivière sans retour. À la toute fin du film, Kay est récupérée par Matt et son fils Mark (Tommy Rettig), arrachée par eux à cette odieuse vie de stupre et de lucre où elle s’avilit – selon les clichés sexistes mis en scène dans ce film. Kay est alors forcée d’abandonner son métier de chanteuse de cabaret, où elle est, comme au début du film, objet de la convoitise brutale des clients du cabaret. Elle sera donc fermière, auprès de Matt et de Mark. Et Kay de laisser tomber ses chaussures rouges à paillettes sur le sol poussiéreux de la ville, dans le dernier plan du film. En route pour la vie de femme au foyer, dans la campagne, a priori sans voisin·es. Ce qui est présenté ici comme idyllique – un homme rendant à une femme sa dignité et sa place au sein de la société patriarcale traditionnelle, peut toutefois être interrogé : Kay a-t-elle véritablement gagné une vie heureuse ?

À la fin d’Éclair de lune, Johnny délie Loretta de sa promesse de mariage, car sinon sa mère va mourir (voir l’intégralité du film pour comprendre ce retournement inattendu et fort drôle). En outre, à l’instar de Patricia Monestier (Mireille Darc) dans Pouic-Pouic (Jean Girault, 1963), qui prétend vouloir faire, vers la fin du film, un mariage sans amour, mais qui finit, heureusement, par épouser l’homme qu’elle aime, Loretta comprend qu’elle a le droit de faire un mariage d’amour. Loretta coupe ainsi avec ce que sa mère lui a asséné depuis toujours, à savoir qu’un bon mariage est un mariage de raison. Toute la famille Castorini et Johnny trinquent alors au bonheur de Loretta et Ronny. Retentit à nouveau l’air de La Bohème, conclusion triomphante et musicale de cette très jolie comédie romantique, à portée féministe.

Alors, on se réjouit ?

Pour citer cet article : Tiphaine Martin, « Chaussures rouges et musique : Rivière sans retour, Éclair de lune », Voyages autour de mon cerveau, mai 2026. URL : https://vadmc.hypotheses.org/30016

Douceur de rentrer chez soi Le Magicien d’Oz Le Tour du monde de Sadko VADMC.001

Partir, revenir, pourquoi ? (20) Douceur de rentrer chez soi :  Le Magicien d’Oz, Le Tour du monde de Sadko

Nous remercions Jean-Pierre Bouyxou de nous avoir fait découvrir le film soviétique Le Tour du monde de Sadko, dans l’épisode deux de la série documentaire, au masculin singulier, de Laurent Chollet, Cinéphiles de notre temps (2012).

Il n’y a pas qu’aux États-Unis dans les années 1930 que la société est centrée sur le chez-soi. Il en est de même en URSS dans les années 1950, du moins dans Le Tour du monde de Sadko (Alexandre Ptouchko, 1953). Dans Le Magicien d’Oz (Victor Fleming, The Wizard of Oz, 1939), comme dans le long-métrage soviétique, les voyages ne servent qu’à retrouver sa demeure et à s’y fixer. Le héros Sadko (Sergueï Stoliarov) et l’héroïne Dorothy (Judy Garland) ne changent pas, d’un bout à l’autre de leur film respectif.

Le contexte politique de chacun des pays et des époques d’adaptation est évidement très important. Rappelons que ces films sont issus d’une œuvre antérieure : Fleming adapte le roman de 1900 de L. Franck Baum, premier opus d’une série d’ouvrages jeunesse, Ptouchko utilise une légende russe. Mais, tant en 1939 aux USA qu’en 1953 en URSS, les habitant·es sont poussé·es à se replier sur leur chez-soi, soit pour laisser l’Europe s’embraser (USA), soit pour se calfeutrer derrière le Rideau de fer, loin de la corruption capitaliste (URSS). 

Tant dans Le Magicien d’Oz que dans Le Tour du monde de Sadko, la magie de l’ailleurs semble plus être destinée au public qu’à l’héroïne Dorothy et qu’au héros Sadko. Aux USA, le Technicolor magnifie les couleurs du pays d’Oz : route de briques jaunes, prairies vertes, parfois mâtinées de roses roses ou de fleurs oranges, palais du magicien tout en vert émeraude glacé. En URSS, ledit Technicolor est bien moins rutilant, mais ses couleurs adoucies font voir l’étrangeté des pays traversés par le nouveau Sinbad qu’est Sadko et son équipage, sans désignation de pays précis, sauf dans le dernier cas : le Nord, l’Orient, l’Égypte. Sadko finit son trajet du retour seul, sous l’océan.

Aucun voyage n’est connoté positivement. Côté soviétique, le peuple nordique est hostile et rugissant de prime abord (bref, des sauvages sans intérêt) ; les Arabes sont accueillants mais fielleux (bref, des sauvages inquiétants) ; les Égyptiens sont inexistants (bref… bref). Comme dans bon nombre de films de l’Ouest de l’époque, l’Autre est réduit à des stéréotypes racistes, permettant de hausser très haut le héros et son pays. Ne serait-ce pas une base solide pour un rapprochement Occident-URSS ? Côté états-unien, le voyage existentiel de Dorothy n’aboutit qu’à ce qu’elle quitte ses nouveaux amis, sans avoir goûté le côté esthétique du trajet, et encore moins les épreuves qu’elle y subit. 

Ce qui rapproche ces deux films est, également, leur humour léger : angoisses sans fondement du Lion peureux (Bert Lahr), qui accompagne Dorothy, son chien Toto, l’Épouvantail (Ray Bolger) et l’Homme en fer-blanc (Jack Haley) dans leur périple ; grognements divers et petites chamailleries conjugales de la reine et du roi des océans, dont Sadko est le prisonnier, lors de son ultime périple, un voyage sous-marin volontaire, afin d’apaiser la fureur dudit roi.

Dans les deux films, il y a également une figure féminine adulte pétrie de méchanceté, qu’il convient de détruire avec violence, dans une logique misogyne universelle. Dans Le Magicien d’Oz,  il s’agit de la méchante sorcière de l’Ouest (Margaret Hamilton), qui resemble trait pour trait à la méchante voisine du monde réel de Dorothy, celle qui veut séparer l’adolescente de son chien Toto, sans raison valable. Dans Le Tour du monde de Sadko, c’est l’oiseau-phénix, tête de femme et corps d’oiseau monstrueux, dont les pouvoirs magiques consistent à endormir ceux qui l’approchent, puis à les faire mourir. Nous sommes très proches des sirènes de l’antiquité gréco-romaine. Tant l’adolescente que l’homme adulte parviennent à juguler les méchantes.

Sans surprise, les autres figures féminines sont plus passives, qu’il s’agisse de la bonne sorcière du Nord (Billie Burke), de la fiancée de Sadko et d’une des filles du roi des océans. Ces trois femmes sont des adjuvantes de Dorothy et de Sadko. Elles sont utiles, mais elles ne dirigent pas l’action. Elles se retirent modestement, comme il convient aux femmes, quand elle et il n’ont plus besoin d’elles.

Dorothy arrive à retourner chez elle avec Toto, grâce aux chaussures rouges magiques données par la bonne sorcière du Nord, tout en répétant : « Il n’y a rien de mieux que chez soi. » (traduction personnelle de « There’s no place like home. »)

Quant à Sadko, sorti des eaux, tel un Christ soviétique, il arrive directement chez lui, à Novgorod. Après avoir embrassé et humé avec joie la terre russe, il court enlacer sa fiancée, qui l’a patiemment attendu pendant des années. La débauche de sentiments s’arrête là, les baisers à l’écran semblant être considérés comme une dégoûtante déviation capitaliste par le régime stalinien.

Alors, restons parmi les nôtres, puisque voyager ne sert à rien. Au moins pour un temps, le temps d’ouvrir sa curiosité aux Autres et de repartir, cette fois avec un regard amical et sans préjugés.

Pour citer cet article : Tiphaine Martin, « Partir, revenir, pourquoi ? (20) Douceur de rentrer chez soi : Le Magicien d’Oz, Le Tour du monde de Sadtko », Voyages autour de mon cerveau, mars 2026. URL : https://vadmc.hypotheses.org/28926

Ivresse de l’arc-en-ciel Indiscrétions VADMC

Ivresse de l’arc-en-ciel : Indiscrétions

Lâcher prise est parfois difficile. Surtout quand on a reçu l’éducation idoine. Et qu’on refuse de ne pas maîtriser tout tout le temps, ce qui peut conduire à mépriser les humains normaux et à se conduire comme une « déesse » intraitable. Reproche que C.K. Dexter Haven (Cary Grant), ex-époux de Tracy Lord (Katharine Hepburn), envoie à son ex-femme, ce qu’elle nie, dans Indiscrétions (George Cukor, The Philadelphia Story, 1940, d’après la pièce éponyme de Philip Barry). Dexter impute à Tracy la responsabilité de leur divorce. Selon ses propos, Tracy aurait dû l’aider à sortir de son alcoolisme, antérieur à leur mariage, plutôt que de prendre de haut son addiction et de le mépriser pour s’y adonner.

Ces propos sont d’autant plus tendancieux que Tracy n’est pas psychanalyste mais jeune femme de la haute bourgeoisie de Philadelphie, et qu’à aucun moment C.K. Dexter ne reconnaît avoir essayé de consulter un/des spécialistes pour sortir de sa dépendance à l’alcool, tout en demandant le soutien de Tracy. Qu’il a battue.

De même, le père de Tracy, Seth (John Halliday), fait retomber ses infidélités, qui s’étalent dans les journaux à scandale, sur le manque d’amour de sa fille aînée. Sa fille cadette, une adolescente vive et intelligente, sans minauderies, Dinah (Virginia Weidler), n’est pas prise en compte. En outre, Seth établit un lien entre tromperies conjugales, fort bien acceptées par son épouse Margaret (Mary Nash) au nom de la double morale hétéro-patriarcale, et amour filial. Les deux principales figures masculines culpabilisent donc l’héroïne.

Quant au fiancé de Tracy, George Kittredge (John Howard), un homme d’affaires, il l’idolâtre, la considérant justement comme une « déesse » ou une « statue ». Ce qui ne fait pas non plus l’affaire de la jeune femme, pourtant vêtue à cet instant d’une tunique blanche très virginale et néo-hellénique.

Ne sachant plus où elle en est de ces injonctions contradictoires, ni dans ses amours, elle s’enivre pendant la soirée de ses fiançailles, avec Mike Connor (James Stewart), journaliste à scandale chargé de couvrir son mariage, en compagnie de sa collègue Liz Imbrie (Ruth Hussey). Après la soirée, Tracy se retrouve à se baigner dans la piscine de la demeure familiale, accompagnée de Mike, tout aussi ivre. Et qui, se croyant amoureux de Tracy, lui déclare sa flamme, en lui disant qu’elle n’est certes pas une déesse, mais un être extraordinaire, fait de chair et de sang. Ce qui fait fondre Tracy, peu habituée à ce genre de compliments. Ils s’embrassent, puis Tracy reprend ses esprits, et propose donc à Mike de plonger dans la piscine.

Mike la porte ensuite, ivre et à moitié endormie, de la piscine à sa chambre, tout en beuglant joyeusement le dernier succès à la mode : « Somewhere over the rainbow ». Cette chanson, « Quelque part au-delà de l’arc-en-ciel », interprétée par l’héroïne Dorothy (Judy Garland), est issue de la comédie musicale Le Magicien d’Oz (Victor Fleming, The Wizard of Oz, 1939), produite l’année précédente par la MGM, qui a produit Indiscrétions. Clin d’œil intéressé ou citation amusée ?

Au-delà de l’arc-en-ciel de la gueule de bois du lendemain matin (c’est-à-dire quelques heures plus tard après la baignade de quatre heures du matin), il y a, comme dans toutes les comédies de remariage, le remariage avec l’ancien mari, C.K. Dexter, que le lâcher prise de Tracy a amusé et ravi. Contrairement à George, il ne croit pas à une idylle poussée entre Mike et Tracy. Il en est de même pour Liz, amoureuse sans espoir de Mike, mais non jalouse de Tracy, dont elle constate l’absence de sentiments pour Mike. À la fin du film, Liz entrevoit enfin une chance de capter son attention, puisque Tracy se remarie avec C.K. Dexter. Liz ne souhaite pas se remarier à tout prix, elle qui est divorcée d’un quincaillier de sa ville provinciale natale, mais elle aime Mike et a souffert de voir qu’il a eu un gros coup de cœur pour Tracy.

Mike confirme d’ailleurs à Tracy, à C.K. Dexter et à George qu’il a déposé Tracy sur son lit et qu’il est parti, la laissant cuver son champagne. Il ajoute qu’il n’a pas voulu abuser de la situation, d’autant que Tracy était ivre. Cette conduite normale fait tout de même plusieurs lignes de dialogue, comme s’il fallait justifier, pour un homme, le fait de ne pas violer une femme sous l’emprise de l’alcool.

À l’instar de la très grande majorité des films occidentaux d’hier à aujourd’hui, les similitudes de sentiments masquent la lutte des classes, en perpétuent la hiérarchie sociale. Tracy ne peut pas tomber amoureuse de Mike, ni épouser George, puisqu’ils sont d’une classe sociale différente, même si George, d’abord ouvrier, a travaillé dur pour arriver à la haute bourgeoisie.

Mike est presque mis à part par la narration, car il est non seulement journaliste, mais également écrivain (et Liz est peintre). Il n’en reste pas moins d’une classe sociale inférieure à Tracy. Quant à George, il est portraituré comme un, fier de ses nouvelles richesses, ambitieux et ne connaissant pas les codes et les usages de sa nouvelle classe, ce pour quoi il est ridiculisé au début du film, puisqu’il est vêtu d’un costume d’équitation flambant neuf et qu’il a du mal à monter à cheval.

C’est en se mettant dans une situation similaire à celle de C.K. Dexter (en s’enivrant), mais non sur le long terme, que Tracy accède enfin à la reconnaissance de sa famille, qui n’apprécie pas George, et de son ancien mari, ainsi qu’au lâcher prise. On peut s’interroger sur la morale proposée par ce long-métrage, entre leçon de vie universelle (comment être un·e humain·e sensible, ouvert·e et épanoui·e) et enfermement des femmes dans un cadre fabriqué par les hommes (tu es humaine quand tu fais comme moi et comme ce que je te dis de faire).

Cette comédie pleine d’allant, d’énergie et de glamour, servie par un trio au somment (Hepburn, Grant, Stewart) et des seconds rôles talentueux, que Hepburn a adoré jouer au théâtre, puis au cinéma1, est ambiguë : elle présente une héroïne moderne, sportive, élégante, intelligente, entourée d’une famille aimante, et courtisée par un trio masculin qui représente trois volets de la société nord-américaine (la haute-bourgeoisie, le monde des affaires, le journalisme).

Mais il manque à cette héroïne, comblée de tant de dons, l’essentiel, à savoir l’amour de son prochain, et une sexualité épanouie. Ce manque ne viendrait pas de son éducation, ni des tabous de la société patriarcale de son époque, ni d’une mésentente profonde avec son ex-mari, mais uniquement d’elle-même. Tout le film tend à la transformer, à la modeler vers ce que ses proches attendent d’elle, c’est-à-dire étant une femme type de son époque, qui se fond dans les autres et qui accepte la sexualité conjugale, qu’elle lui plaise ou non. Imagine-t-on un film avec une telle problématique, centré sur un homme  ? L’anomalie ne vient pas d’un manque d’humanité, mais d’un manque d’humanité chez une femme.

Il reste la verve étincelante du texte, le brio de la mise en scène, le talent des interprètes, et la possibilité de s’interroger sur ce qui fait de nous des êtres humains.

1 Cf. Katharine Hepburn, Moi-Histoires de ma vie, Paris, Presses Pocket, 1993, p. 185, 193. Cf. également Andrew Scott Berg, Appelez-moi Kate, Paris, Robert Laffont, 2004, p. 130-131, 132, 135-140.

Pour citer cet article : Tiphaine Martin, « Ivresse de l’arc-en-ciel : Indiscrétions », Voyages autour de mon cerveau, septembre 2024. URL : https://vadmc.hypotheses.org/17326

Parade de printemps La Chambre verte VADMC

T’as de beaux yeux tu sais : Parade de printemps, La Chambre verte

À quel(s) signe(s) reconnaît-on qu’un homme est amoureux de vous, quand on est une femme ? Selon Hannah Brown (Judy Garland), dans Parade de printemps (Charles Walters, Easter Parade, 1948), il faut : 1) qu’il sache que vous êtes une femme, et pas son meilleur copain ; 2) qu’il connaisse la couleur de vos yeux.

Deux répliques lancées à Don Hewes (Fred Astaire), dans le dernier tiers du film, alors qu’il l’a invitée à dîner, afin de parler de leur travail de danseur·ses de music-hall du début du vingtième siècle, à New York. Ce n’est pas leur différence d’âge qui gênerait Don, vingt-trois ans, est-ce que ça compte ?, mais le fait qu’il se croit toujours amoureux de Nadine Hale (Ann Miller), de vingt-quatre ans plus jeune. Nadine est son ancienne partenaire, partie tenter sa chance à Hollywood. Finalement, il passe brillamment les deux tests, et finit par embrasser Hannah, dont les yeux bruns sont assortis à son nom de famille.

Ce n’est hélas pas le cas pour Julien Davenne (François Truffaut), dans La Chambre verte (François Truffaut, 1978). Journaliste rescapé de la Première Guerre mondiale, ex-artilleur comme le réalisateur Ferrand (François Truffaut) dans La Nuit américaine (François Truffaut, 1973), il est incapable de savoir si les yeux de Cécilia Mandel (Nathalie Baye) sont verts ou bruns. Déçue, la jeune professeure de piano est cependant prête à pousser la conversation un peu plus loin, une fois la leçon avec son jeune élève terminée, car elle est très amoureuse de Julien, de douze ans son aîné. Mais Julien s’aperçoit que son ex-meilleur ami a été l’amant de Cécilia. Il part précipitamment, sans vouloir écouter Cécilia, bon prétexte pour fuir l’amour, donc la vie, lui qui préfère rester fidèle au souvenir de sa fiancée morte des années auparavant plutôt que de vivre une nouvelle passion.

Après une ultime péripétie, Don et Hannah sont réunis pour la vie, et dansent ensemble, comme un couple et non plus uniquement comme des partenaires de travail.

Après une ultime péripétie, Julien meurt dans les bras de Cécilia, dans la chapelle qu’il a dédiée à ses morts. Cécilia, larmes aux yeux, allume un à un les cierges de la chapelle, dont celui désormais dédié à Julien, sur la musique de Maurice Jaubert, choisie par le réalisateur pour amplifier le lyrisme de la scène.

Le test d’Hannah est donc bon et utilisable.

Pour citer cet article : Tiphaine Martin, « T’as de beaux yeux tu sais : Parade de printemps, La Chambre verte », Voyages autour de mon cerveau, septembre 2024. URL : https://vadmc.hypotheses.org/16808