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« Bidulbuk et Cie. Mon palimpseste cinématographique, télévisuel, musical, 1984-2002. Partie I. » VADMC

Bidulbuk et Cie. Mon palimpseste cinématographique, télévisuel, musical, 1984-2002. Partie I.

Moi, je préférais le jaune, plus sérieux et plus calme que le violet. Qui était très sympa, très drôle par sa mauvaise foi. Mais je préférais le jaune.

Voir, aimer, retenir

Vous aurez tous et toutes reconnu la fameuse émission Les Badaboks, diffusée sur FR3 de la fin des années 1980 au début des années 1990. Ma mère, qui était aussi mon institutrice de maternelle, nous la diffusait à l’école, le jeudi après-midi. Dans cette émission, il y avait, outre les chamailleries du Jaune et du Violet, une mise en images soignée d’un album jeunesse, une émission de jardinage. Plus tard, une peluche de Maki a agrandi la famille des marionnettes. Et leur fameux « arrête de me dire arrête », à dire en fronçant le nez. Et leur parler « schtroumpf », à base de « bidulbuk », à décliner sous forme de nom, de verbe… et, à la fin, depuis leur toit en fer-blanc, les Badabok lançaient leur jeu, à savoir trouver l’énigme de la semaine. On pouvait leur envoyer notre réponse sur papier, d’autant que : « On adore les cartes postales. » Dont acte.

Dans mon quotidien d’enfant née en 1984, il y avait aussi, côté émission télé, chez ma meilleure amie de primaire, F., Le Club Dorothée. Certes, j’étais d’accord avec Télérama et Télérama Junior, qui hurlaient à la vulgarité, mais j’aimais beaucoup les histoires tellement compliquées d’Hélène et les garçons. Et Cri-Cri d’amour, avec sa mèche romantique, sa boucle d’oreille et son côté rebelle. Daniel était fade, mais formait un beau couple avec Hélène.

Il y avait, aussi, mes parents qui m’ont réveillée à cinq ans, un beau soir d’été 1989, pour que je regarde avec eux La Flûte enchanté, en direct, sur FR3 – oui, c’était la chaîne culturelle de l’époque. Je renvoie ici à mon article à ce sujet : https://vadmc.hypotheses.org/19301

Il y avait, aussi, chez ma grand-mère maternelle, à partir de l’enfance, à ses côtés sur son canapé : les films du dimanche soir sur TF1 (Pagnol, Fernandel, Louis de Funès) ; la messe retransmise en direct sur Antenne 2, chaîne du service public, le dimanche matin ; les feuilletons d’été (je me souviens du Château des Oliviers, avec la solaire Brigitte Fossey) ; les Maigret avec Bruno Cremer ; les Nestor Burma avec Guy Marchand et son saxophone ; Les Demoiselles de Rochefort de Jacques Demy ; Le Bal d’Ettore Scola. Et en VHS, enregistrées ou offertes à ma grand-mère : Pagnol, Fernandel, films et sélection de sketchs et de chansons, Louis de Funès ; Fernand Raynaud (sélection de sketchs) ; Le Canard à l’orange, version Michel Roux et Nadine Alari. Par contre, adolescente, j’ai fermement refusé de voir La Cage aux folles, n’étant pas homophobe.

Par contre, j’ai totalement adhéré à la leçon antispéciste, anti-corrida, d’Heureux qui comme Ulysse, le dernier film de Fernandel, avec la très belle chanson de Georges Brassens. Il faut dire que j’étais élevée ainsi par mes parents, depuis ma première écoute de l’Histoire de Babar et mon premier visionnage de Bambi, entre autres. D’où, aussi, un de mes jeux d’enfance, où mes poupées Corolle protégeaient mes peluches des méchants chasseurs.

Chez ma grand-mère, on regardait aussi, ensemble : Dallas et son super-méchant JR, La Roue de la fortune, Christian Marin et sa clarinette, Les Chiffres et les lettres, plutôt soporifique, Pyramide, avec Patrice Lafont que je n’avais pas relié à son rôle dans Le Gendarme de Saint-Tropez, Maguy et son héroïne énergique, drôle et survoltée, Questions pour un champion et l’impeccable Julien Lepers, Fa Si La Chanter et Pascal Bruner, L’École des fans, 30 Millions d’amis et sa mascotte Mabrouk, Alf, Le Bébête Show, Fort Boyard, ses énigmes sportives et ses tigres qui me faisaient mal à voir tourner en rond. Ma grand-mère avait toutes les réponses aux jeux culturels, sauf pour le sport et le fromage. En plus de son tricot, elle faisait beaucoup de parties de Scrabble et des mots croisés.

Comme très bons souvenirs d’enfance, un qui date de mes six ans. Ma meilleure amie de primaire, F., m’avait proposé de regarder soit La Petite Sirène, de Disney, soit Dirty Dancing. Comme j’avais lu le conte, et que je ne savais pas que Disney avait changé la fin, j’ai choisi Dirty Dancing. Et, là : Patrick Swayze dans toute sa splendeur, dans l’eau, juste en pantalon chez lui, sur un tronc d’arbre, rossant l’infect Robbie, protégeant son amie d’enfance Penny. Et Jennifer Grey/Frances qui s’énerve car elle se trompe dans ses pas, en répétant sur l’escalier extérieur de la pension de famille où elle passe l’été en famille, sur « Wipe Out ».

Trois ans après, j’ai commencé la danse contemporaine, à la MJC d’Auxerre. Et ce, jusqu’à mes dix-huit ans, date de mon départ en fac. Neuf ans de bonheur hebdomadaire, chaque mercredi après-midi, avec d’autres filles et notre prof, Noëlle. Sans oublier le spectacle de fin d’année, soit dans notre salle de danse à la MJC, soit devant la MJC, juste sur le parvis de l’église Saint-Pierre, attenante à la MJC, en mode groupe d’Esmeralda (non, je n’ai pas aimé cette expérience). Soit au théâtre d’une petite ville proche d’Auxerre, Héry, grâce à une autre prof de danse, Pascale, tuée en 2020 avec son mari, par un chauffard. Revenons à quelque chose de plus sympathique : soit, aussi, au théâtre d’Auxerre, comme pour le spectacle de la fin d’année de Moyenne section, sur le thème de l’album jeunesse Le Magicien des couleurs. En effet, ma mère, qui était mon institutrice, avait fait un projet d’école avec une de ses collègues d’une autre école : adapter en spectacle de danse contemporaine Le Magicien des couleurs. Pendant l’année scolaire, nous sommes allé·es répéter et travailler au CREPS de Dijon, avec des danseurs et des danseuses, et des musiciens, dont Pascal, le mari de Pascale la prof de danse contemporaine. Puis, spectacle au théâtre d’Auxerre à la fin de l’année. Des souvenirs flous mais agréables.

Un autre visionnage et re-visionnage, en VHS, grâce à mon meilleur ami de maternelle et de primaire, C. : Tintin et le lac aux requins. Même en connaissant l’histoire, j’avais toujours peur pour Tintin, Nico et Nouchka, enfermés dans une pièce où l’eau monte inexorablement, dans le repaire sous-marin de l’infâme Rastapopoulos. Depuis, je me méfie des personnages adipeux qui portent une bague au petit doigt, comme l’avocat de 120, rue de la Gare, de Léo Malet, lu à l’adolescence, d’abord en bande dessinée dans l’adaptation de Tardi, grâce à la bibliothèque de BD de mon père, puis en roman.

Outre plusieurs Disney, vus en VHS et/ou cinéma (La Belle au bois dormant, Cendrillon, Bambi, Merlin l’enchanteur, Mowgli, Robin des bois, Dumbo, Fantasia, Les Aristochats, Peter et Elliott le dragon, La Belle et la Bête, Bernard et Bianca, Bernard et Bianca au pays des kangourous, Toy Story, Aladin, Le Roi Lion….), il y avait, chez mes parents, ma VHS du Roi et l’Oiseau. Mon demi-frère, plus âgé que moi, se plaint encore d’avoir mal au pouce d’avoir dû lancer et relancer ce chef-d’œuvre cinématographique avec la télécommande du magnétoscope.

Comme pour Bambi et Babar, j’avais bien retenu le côté anti-chasse de ce film, même si je n’avais pas déchiffré le message sur la tombe de la femme de l’Oiseau (je cite de mémoire) : « à mon épouse regrettée, victime d’un accident de chasse ». Et j’ai applaudi, tout en ayant très peur pour eux, à l’histoire d’amour du « petit ramoneur de rien du tout » et de sa « charmante bergère ». Sans oublier la faconde de l’Oiseau : « Mesdames, Messieurs… » ; « (…) et pour qui les gardait-elle, ses bons gros moutons ?? Mais pour vous, mes amis les lions ! » ; « Et soudain : le Roi ! » ; « (…) échevelés, livides [les moutons]… au milieu des tempêtes ! » (merci Victor Hugo). Et d’autres phrases, d’autres personnages : « Mais… vous m’aviez dit qu’ils seraient libres ! » (la bergère au Roi) ; « le travail, c’est la liberté. » (le Roi à la bergère, merci Hitler et son humour au fronton des camps de la mort) ; « les oiseaux, les oiseaux, les voilà, ils arrivent ! » (un petit garçon de la ville basse aux autres habitant·es) ; « tiens, c’est drôle, je ne les voyais pas du tout comme ça. » (une vieille dame, à sa fenêtre, tout en essuyant une assiette). Il faut dire que les oiseaux, outre l’Oiseau, sont… des lionnes, des lions, un tigre, un petit chat tigré, sauvé par le tigre d’un dompteur, le ramoneur, un ours. Mais, chez Grimault et Prévert, il n’y a pas de barrières entre les espèces !

Merci à eux, merci à leur troupe d’animateurs et d’animatrices, merci aux voix des personnages. Dont Claude Piéplu, voix de l’obséquieux maire du palais, retrouvé bien plus tard dans un Maigret avec Bruno Crémer, puis dans la comédie légère Le Diable par la queue. Et Raymond Bussières, dont la voix était bien moins grave quand il était jeune, assis sur un réverbère, à se moquer des gendarmes, dans L’Assassin habite au 21 . Ou à dire « boulot boulot, menuise menuise » à Serge Reggiani dans Casque d’or. Jusqu’à le retrouver, quand j’étais jeune adulte, en voyou dans la comédie nord-américaine Deux têtes folles. C’est d’ailleurs à la voix grave qu’il y a que je l’ai reconnu et que j’ai fait le lien entre toutes les fois où je l’avais vu puis entendu.

Je garde précieusement de ce film, aussi, l’image immobile du couple du ramoneur et de la bergère regardant les étoiles scintillantes, assis sur un toit, avec la musique cristalline de W. Kilar.  De même, je garde quelques images de films que mes parents m’ont fait voir à la télévision, sur VHS enregistrée, ou en direct, dans les années 1990, et que j’ai vus et revus depuis – ou pas : Letal (Miguel Bosé), un travesti, écartant doucement un rideau de perles, sur les premières notes de « Un año de amor », dans Talons aiguilles ; Edward Ferras (Hugh Grant) jouant avec des ciseaux plutôt que de se jeter aux pieds de sa bien-aimée (Emma Thompson), dans Raison et Sentiments ; Nanni Moretti à Vespa dans Rome, dans Journal intime ; l’atmosphère moite de L’Odeur de la papaye verte ; l’énergie, la joie, l’intelligence, la peine, la sournoiserie, puis le bonheur double final, dans Beaucoup de bruit pour rien ; des souvenirs désagréables mais non identifiés de Raining Stone et de Ladybird de Ken Loach ; les courses-poursuites dans L’Année du dragon (celui-là… l’ai-je vu en entier, ou me suis-je faufilée dans le salon, avant d’être ramenée dans ma chambre ?). Et Resnais-Arditi-Azéma, avec Smoking/No Smoking : ma préférence va (toujours) à Smoking, plus drôle, avec quelques répliques cultes, passées dans le langage familial : « p’tites dalles brisées, Mâme Tisdel ? » ; « APPLEWICK ! Mais où il est, ce c… ? » ; « Et Carl Nielsen, vous connaissez, Carl Nielsen ? » ; « Non ! Monsieur Lapin ! » Mémorable. Et les films de Rohmer, à la fin de l’adolescence. À jamais, un de mes cinéastes favoris.

Il y a eu aussi la violence de Capitaine Conan, vu au cinéma lors de sa sortie, comme je l’ai raconté ailleurs . Très bon souvenir, par contre, dans le même cinéma haut-savoyard, à l’été 98, de la reprise de Grease, certes en VF (sauf pour les chansons, incompréhensibles du coup), toujours avec mes parents. J’avais cru, d’ailleurs, que les lycéens du film étaient des collégiens, au vu de leur peu de maturité, et qu’ils passaient leur brevet à la fin du film, et non leur bac.

Avec mes parents, au cinéma d’Auxerre (salut salut aux propriétaires de l’époque, les L.), il y a eu, entre autres, Sur la route de Madison : douceur, mélancolie, amour impossible. Et cette danse, lente, entre le héros et l’héroïne. Va savoir, de Rivette : intelligence, fluidité, humour, absurde. Et le Paris estival du tout début du vingt-et-unième siècle : chef-d’œuvre tranquille. La Parenthèse enchantée, de Michel Spinosa : la jeunesse de mes parents, leurs combats féministes.

Il y a eu, avant, L’Étrange Noël de M. Jack et Un Noël chez les Muppets, deux films que j’avais beaucoup aimés, mais où j’étais, aussi, bien contente d’être en sécurité entre mes parents, parce que, tout de même, le savant fou et Oogie de M. Jack font peur, de même que le fantôme des Noëls à venir dans les Muppets – et peut-être quand même le fantôme des Noëls passés, avec ses yeux fixes de droguée. Et les courts-métrages de Nick Park, avec et sans Wallace et Gromit. Puis les autres aventures du duo chien-homme. Et Les Quatre Filles du Docteur March, avec Winona Ryder et les yeux bleus, si bleus, de Gabriel Byrne, que je retrouvais quelques années après Le Cheval venu de la mer. Avec juste ma mère, à Paris, aux Sept Parnassiens, il y a eu Le Jardin secret. J’ai lu tout de suite ensuite le roman, offert par J., une amie de mes parents. Et Princes et Princesses, ressorti pendant le succès de Kirikou, au même cinéma, toujours avec ma mère. Et, à Auxerre, La Vie ne me fait pas peur, de Noémie Lvosky : je ne m’y suis pas retrouvée, mais j’ai beaucoup aimé le film et la dernière partie, celle du voyage en Italie, comme une promesse de voyages personnels à venir.

À la maison, il y avait, aussi, quelques vieux films, à partir de l’adolescence  – pas ceux avec Gabin en vieillard hurlant contre les jeunes, les femmes, les… , ni ceux avec Fernandel montrant sa dentition et rien d’autre, ceux-là, mes parents les avaient supportés étant enfants et adolescents -, plutôt La Dolce Vita, ma révélation du cinéma italien, avant les Moretti. Et, avec mon père, les James Bond version Sean Connery, Willow, les Indiana Jones, Les Tontons flingueurs et les westerns spaghettis : oh là là, Clint Eastwood !! Poncho, chapeau, barbe de trois jours, yeux verts fendus…. miaou miaou miaou. Ok, aussi, le talent de Sergio Leone et la musique d’Ennio Morricone. Ok. Certes.

Apprendre à regarder

De mon côté, côté films, émissions et documentaires vus à la télévision et au cinéma, enfant puis adolescente, il y a, d’abord, beaucoup de vieux films. Ceux du lundi et du mercredi après-midi, quand j’étais au début du collège, donc milieu des années 90 (que saint Patrick Brion soit remercié pour des siècles et des siècles) : La Belle et la Bête, cette fois version Cocteau, qui m’a fait autant peur, voire plus, que celle de Disney, à cause du noir et blanc et de l’apparition de la Bête ; les Sinbad ! : aventures, Technicolor, effets spéciaux qui m’impressionnaient, car pas soignés à l’ordinateur ; L’Assassin habite au 21 ; Jason et les Argonautes (idem que pour les Sinbad) ; Jason contre les Amazones – je suis flottante sur le titre exact : là, la misogynie du film m’a fait hurler (intérieurement) : non mais oh, c’est quoi ces filles qui se battent pour un type, même pas beau ni intelligent ? Et même, de toute façon, quand un garçon essaye de semer la zizanie dans un groupe de filles…. on le vire ! Bouge, abruti !

Merci papa-maman, maman-papa, de m’avoir créée féministe, en plus d’athée, d’écologiste, anti-raciste, pro-LGBTQIA+, anti-validiste, anti-spéciste, anti-âgiste.

Comme notre professeure d’anglais de Cinquième, Mme R., nous avait fait regarder un extrait de L’Inconnu du Nord -Express, d’Hitchcock, le père d’un de mes amis, A., lui avait offert la collection VHS d’Hitchcock. Ou du moins une bonne partie. A., très généreusement, m’avait prêté ses VHS. J’ai vu : Les Oiseaux (plus jamais jamais jamais. Jamais, même avec la lumière allumée) ; La Main au collet ; Le Procès Paradine ; Soupçons ; Rebecca ; La Maison du Dr Edwards ; Les Enchaînés.

Mme R., quant à elle, m’avait prêté L’Inconnu du Nord -Express. Heureusement, car quand elle a voulu nous le passer en entier à la fin de l’année, mes camarades ont protesté (« le noir et blanc, ça fait mal aux yeux »). Puis se sont jetés sur Independance Day, suite à l’invitation de la classe d’à côté. J’ai été soulagée d’entendre la sonnerie de la fin de l’heure de cours, même en n’ayant pas vu la fin de cette grosse machinerie hollywoodienne. Pendant l’année, Mme R. m’avait très gentiment prêté, aussi, Le Faucon maltais, qui m’a laissée perplexe, et Corinna, Corinna, beau et solide film antiraciste. Je l’ai aujourd’hui, en DVD. Thank you, Mrs R.!

Enfant, j’ai vu quelques vieux films de La Dernière Séance, animée par Eddy Mitchell. Je me souviens de Prince Valiant, celui qui coupe une plante pour arriver à respirer sous l’eau, qui poursuit en vain le Chevalier noir, qui tombe amoureux de la belle Aletha, promise à un autre… et qui a pour ami d’enfance un autre Viking, Voltar, qui a son franc-parler : « Un signe ne vaincra pas Sligon ! » Par contre, un bon coup d’épée dans le dos du traître en question, si. Et Les Vikings, justement, avec un conflit fraternel souterrain, Janeth Leigh à nouveau en prix du vainqueur, et, scène époustouflante, Kirk Douglas en prince viking, marchant sur les rames enflammées d’un drakkar mortuaire.

À l’adolescence, je me suis mise au Cinéma de minuit (saint Patrick Brion, etc., bis). Ma mère enregistrait le film le dimanche soir, puis je le regardais le samedi après-midi suivant. Parfois, mon père venait « lire le journal », pendant que je regardais le film. Et donc, mon père regardait le film avec moi. Parmi les dizaines de films, que retenir, quelles titres écrire ici, et sans me tromper d’époque de visionnage ? Tant pis, je me lance. Les westerns avant Leone : John Ford, Howard Hawks, Delmer Daves, le menton sexy de Kirk Douglas. Les films avec Errol Flynn : L’Aigle des mers, Capitaine Blood, Robin des bois (aussi bien que le Disney). Bette Davis dans Eve. Richard Burton et Elizabeth Taylor dans Cléopâtre. Gene Tierney dans Laura. Suzy Delair dans Quai des orfèvres (impossible de la relier à Madame Pivert des Aventures de Rabbi Jacob à l’époque). Les films de Carné, Duvivier, Grémillon, avec ou sans Gabin jeune (plutôt avec). Barbra Streisand dans son film Yentl. La même dans On s’fait la valise, doc ? Bernadette Lafont dans La Fiancée du pirate. Françoise Fabian, Dominique Blanc et ? et Pierre Arditi dans Plaisir d’amour. Marcello Mastroianni dans Les Nuits blanches. Gassman, Sordi, Tognazzi dans Les Nouveaux Monstres. Alain Delon dans Rocco et ses frères. Et le très beau Vittorio de Sica, si jeune alors, dans Il signor Max et Ces hommes, quels mufles ! Que j’ai retrouvé, plus tard, toujours aussi élégant, dans Madame de… Bon, je m’arrête ici, sur la valse de George van Parys dans ce joyau de film.

Passons aux émissions et documentaires. Oh ! Mais aussi… au duo anglais déjanté d’Ab’Fab’ ! Absolutely Fabulous, feuilleton anglais, diffusé le samedi en début de soirée sur cette nouvelle chaîne du service public, ARTE, que je suis depuis le premier mouton (les fans d’ARTE me comprendront, les autres chercheront ce générique fameux des débuts de la chaîne).

J’enchaînais avec Histoire parallèle, de et avec Marc Ferro. Et le dimanche après-midi, sur la Cinquième, j’ai un temps suivi l’émission historique de Laurent Joffrin : Chantons sous l’Occupation, La Délation sous l’Occupation, Le Voyage d’Automne.

Retour sur ARTE le dimanche soir, pour les dessins animés anciens. Quand j’étais petite, j’étais plutôt Ça Cartoon ! sur Canal +, en clair. Sur la même chaîne, enfant, je suivais, plus ou moins avec l’autorisation de mes parents, Les Nuls (« Mais où ai-je mis mon stylo ? »). Bon, en fait, j’avais le droit de regarder l’émission en famille (mes parents, mon demi-frère, ma demie-sœur, plus grands que moi) uniquement le samedi soir, mais j’arrivais parfois à regarder quelques bribes des émissions de la semaine. Puis, ce furent Les Guignols et Les Deschiens, autres éclats de rire quotidiens, heureusement pendant de longues années. J’ai parlé ailleurs des spectacles de danse contemporaine, et de marionnettes de Philippe Gentil, vus avec mes parents à Paris. J’ajoute ici les spectacles de la troupe Deschamps-Makeïeff, celle des Deschiens et d’autres intermittent·es du spectacle. Que de rires et d’émotions, là encore.

Au cinéma, je suis allée voir…. non, attendez, je vais tout de même parler des quelques séances ciné avec mes amies : certains Disney des années 90, vus avec ma meilleure amie F., sa sœur aînée, amie de collège de ma demie-sœur, et ma demie-sœur. Je garde un meilleur souvenir de ses séances de cinéma amicales que de quelques-uns des films vus : autant La Belle et la Bête m’avait enthousiasmée, et j’avais été stupéfaite de la nouveauté graphique de Toy Story, autant Le Roi Lion et Aladin ne correspondaient pas à mes images de l’Afrique et du Moyen-Orient. Et je trouvais leur dessin laid.

Quant à Titanic, je l’ai vu à sa quarante-sixième semaine d’exploitation à guichets fermés (au moins), une des seules fois où j’ai cédé à la mode et à l’invitation d’une amie, et où je m’en suis bien repentie. En effet, le groupe d’amies et de mères dont je faisais partie était dispersé dans la salle, au vu de l’abondance du public. Du coup, je n’étais pas à côté de l’amie qui m’avait invitée. Et, je me suis ennuyée, quelque chose de bien, à cet énorme chose croulante, et bien patriarcale. Oui, parce qu’à cette époque, j’avais lu et relu Le Deuxième Sexe, et lu La Drôle de guerre des sexes dans le cinéma français, mes deux piliers critiques du moment – qui sont toujours là aujourd’hui, d’ailleurs. Donc, la scène soi-disant ultra-romantique où machin soutient chose sur le pont arrière du bateau…. non merci. Quant au reste… quel ennui !

Par contre, j’ai été prise jusqu’aux larmes par La Vie est belle, celle de Benigni, film vu avec mon amie Sarah, ma meilleure amie du collège. Quelques années auparavant, nous avions vu Anastasia, de Don Bluth. À la sortie, j’avais dit mon agacement devant l’anti-communisme primaire de ce film. Sarah m’avait alors raconté qu’un de ses grands-pères avait dû fuir l’URSS, à cause de l’antisémitisme qui y régnait. Du coup, je me suis tue. Pour le film de Benigni, nous étions d’accord : très grand.

Pour les films vus seule, outre les films anciens vus seule et les films récents vus avec mes parents à Paris, dont j’ai parlé ailleurs , il y a quelques films récents, vus à Auxerre dans les années 90. En vrac : Matilda, James et la Pêche géante, Le Mariage de mon meilleur ami, Austin Powers, Mon beau-père et moi, Mafia Blues, les James Bond avec Pierce Brosnan, Chapeau melon et bottes de cuir. Et le premier Star Wars, repris en version restaurée en 99, si mes souvenirs sont bons. Mon demi-frère m’a alors prêté ses VHS de L’Empire contre-attaque et du Retour du Jedi. Je suis alors allée voir l’épisode un de Star Wars, La Menace fantôme, qui m’a déçue : beaucoup d’effets spéciaux, peu de scénario.

Quand les images deviennent une pensée

Au cinéma d’Auxerre, j’ai aussi vu mon premier Truffaut : Jules et Jim, suivi, la semaine suivante, des Deux Anglaises et le Continent. J’ai réussi, adolescente petite-bourgeoise gâtée que j’étais, à persuader mes parents de m’acheter les romans tout de suite. Et quelle merveilleuse soirée j’ai passé dans ce même cinéma, pendant mon année de Quatrième : Un Américain à Paris, sur le très grand écran de la plus grande salle, puis intervention de Leslie Caron en personne. Quelle émotion de la voir en vrai ! Puis, pour finir la soirée, mon premier Lubitsch : La Veuve joyeuse, Maurice Chevalier qui accentue son accent français, Jeannette MacDonald qui tourbillonne, Edward Everett Horton qui fait très bien le « oui oui, bien sûr… mais comment ?? », comme dans Top Hat et d’autres films sublimes.

Moins sublimes, parfois bien, ces quelques films vus pendant mes deux voyages scolaires en Italie (Quatrième et Première). Toujours en vrac, sans rappel chronologique : Le Grand Bleu (tellement ennuyeux que je ne suis pas arrivée à m’endormir devant) ; Sleepy Hollow (oui, j’ai bien dormi, merci) ; La Septième Porte (j’ai beaucoup aimé) ; euh… aucun autre souvenir.

Je terminerai cette partie par un hommage à mon professeur de français de Seconde, monsieur D.. Pendant cette année-là, 1999-2000, il nous a appris à regarder un film, grâce à Une partie de campagne, de Renoir. Nous avions déjà étudié la nouvelle de Maupassant. Monsieur D. nous a décomposé le film, par plan, si je me souviens bien. Merci, monsieur D.

Pour citer cet article : Tiphaine Martin, « Bidulbuk et Cie. Mon palimpseste cinématographique, télévisuel, musical, 1984-2002. Partie I. », Voyages autour de mon cerveau, août 2026. URL : https://vadmc.hypotheses.org/32675

Dee Pancol VADMC

 Bim Bam Boum : femmes debout contre les coups

Pour parler du corps féminin, il semblerait qu’au vingt-et-unième siècle il n’y ait encore que deux options : soit avec un regard extérieur fortement influencé par des millénaires de patriarcat (les hommes en général et quelques femmes), soit avec le regard intérieur du militantisme féministe (les femmes en général et quelques hommes). Qu’en est-il des créatrices de mots, des analystes des maux, qui regardent et décrivent le monde ? Comment réconcilient-elles le corps et l’esprit, séparés dans nos contrées occidentales par des siècles de religion chrétienne ? Arrivent-elles à écrire la reconstruction de soi après les coups, après les viols – extérieurs à la famille ou intérieurs à celle-ci ?

Nous nous intéresserons ici à la trilogie Muchachas (2011-2014) de l’écrivaine populaire Katherine Pancol, ainsi qu’aux Contes à rebours (2015) de la comédienne-metteuse en scène-autrice Typhaine D. Nous piocherons également dans le reste de l’œuvre de Pancol, dans celle d’Annie Ernaux, grande mémorialiste du corps féminin populaire et petit-bourgeois, ainsi que dans les écrits fictionnels et non-fictionnels de Simone de Beauvoir, dont Le Deuxième Sexe (1949) et La Femme rompue (1968). De quelle(s) manière(s) et avec qui les héroïnes et leurs amies passent-elles de « paillassons psychiques », selon les termes de la metteuse en scène1, aux Muchachas sorores et victorieuses de Pancol2 ? Qui sont ces femmes violées, battues, tordues par les hommes et par le silence auquel les contraint la société (voisin·es, patrons, parent·es…) et quel est leur parcours de vie ? Comment leurs créatrices décrivent-elles et analysent-elles ces violences qui entrent dans leur corps et dans leur tête ? Quelles solutions les écrivaines apportent-elles à leurs personnages féminins et comment ces dernières s’en emparent-elles pour revivre et vivre leur propre existence, loin des canons mortifères de la misogynie ordinaire ?

Carte d’identité : femme

Le dénominateur commun des femmes est leur corps, ce qui les réduit à n’être que des objets charnels. Et lorsque les coups pleuvent, c’est d’abord leur extériorité qui est atteinte, soit leur identité première :

Elle ne se pense pas sans l’homme. Et elle n’est rien d’autre que ce que l’homme en décide ; ainsi on l’appelle « le sexe », voulant dire par là qu’elle apparaît essentiellement au mâle comme un être sexué : pour lui, elle est sexe, donc elle l’est absolument3.

Ce qui était vrai en 1949 dans Le Deuxième Sexe de Simone de Beauvoir l’est toujours au début du vingt-et-unième siècle. La sexualité féminine étant également diabolisée, les femmes sont donc vues comme des proies, qu’il faut acquérir mais aussi combattre, car dangereuses.

Les femmes battues et violées sont les héroïnes des Muchachas et des Contes à rebours. Chez Pancol, Léonie, bourgeoise abandonnée par sa mère pour d’autres cieux, est mise à l’écart par son père Jules de Bourrachard, parce que fille. Elle n’a que l’école pour s’évader un peu :

Elle n’avait pas d’amie. Elle ne voyait personne. Elle grandissait entre le parc, les bois et la cuisine. Se réfugiait dans de longues rêveries. S’enflammait à la vue d’un garçon qu’elle croisait dans la rue. Il devenait son prince charmant, il était doux, gentil, beau, très beau. Elle s’endormait tous les soirs en pensant à lui. Elle allait à l’école, elle passait des examens, ses professeurs disaient que c’était un bon élément, qu’elle devrait faire des études.

Elle avait dix-huit ans et s’était inscrite en fac de droit4.

Léonie épouse Raymond Valenti, dit Ray, le fils de la domestique de son père, Fernande. Le frère de Léonie, André, humilie quotidiennement Fernande et Ray :

Tout gamin, André l’obligeait à lui enlever ses bottes. Donne-moi ton cul ! il beuglait dans l’entrée du château et il appuyait de toutes ses forces sur le cul de l’enfant pour dégager son pied puis l’envoyait bouler dans la pièce en éclatant de rire. Quand Jules de Bourrachard faisait faire des travaux dans une ferme, André proposait que la mère et l’enfant aillent « essuyer les plâtres ». Il leur expliquait que c’était ainsi qu’on savait autrefois si les murs d’une maison étaient secs ou pas, on y installait des domestiques et tant que leurs vêtements étaient couverts de poussière, on n’y emménageait pas5.

Ray se venge des années plus tard en battant et violant Léonie, puis leur fille Stella. Dans Trois Baisers (2017), suite des Muchachas, nous apprenons que Ray a aussi violé puis poussé au suicide la mère de Dakota Cooper, amie de collège de Tom, le fils de Stella et d’Adrian Kosulino, un immigré russe en situation illégale.

Fernande, qui habite avec son fils et sa belle-fille, n’est que trop heureuse de participer à cette curée au jour le jour :

Ces filles de la haute sont dures, il faut les briser pour les couler dans notre moule. Pour cela, il n’y a que les coups. Fais-lui perdre ses repères. Elle se pliera, elle t’obéira en tout, et si tu oublies, je serai là pour te le rappeler. (…) Elle sera comme une chiffe molle. Elle ne pourra plus rien faire sans lever les yeux sur toi. Elle ne sera plus jamais mademoiselle de Bourrachard, mais la femme de Ray Valenti, le bâtard que son père et son frère humiliaient. Tu lui auras vidé la cervelle. Elle aura peur. Crois-moi… j’ai assez vu comment ils se comportaient avec nous. Il n’y a rien à attendre d’eux. (…) Et c’était comme un ballet furieux, le fils qui tapait, la mère qui l’exhortait en rythmant de ses mots les coups de son fils6.

Le classisme s’allie à la misogynie pour briser les femmes, la parole faisant aussi mal que la violence physique, sous l’œil indifférent des habitant·es du petit village icaunais de Saint-Chaland, près de Sens : « Stella connaît la chanson par cœur. Quand elle marche dans Saint-Chaland, elle croise les regards de ceux qui savent mais se taisent. Ou préfèrent dire ça va, Stella ? Tout va bien ? Les lâches7. » Le poids du silence est constant, la solidarité et la sororité semblent impossibles à établir, à l’instar de ce qu’a vécu Valérie Bacot, violée enfant par son beau-père, qu’elle épouse en 1997, lorsqu’il sort de prison, après un an d’incarcération. Il la viole, la bat ainsi que ses enfants et la prostitue. Elle le tue en 2016 et elle est relâché en 20218. Rappelons que Pancol s’est inspirée d’un mouvement de sororité qu’elle a eu envers une femme battue et rabaissée violemment par son mari. Ce dernier a alors menacé l’écrivaine. Pancol dédie les Muchachas à cette épouse et mère qu’elle n’a pu aider :

J’ai écrit ce roman en pensant à cette femme de la terrasse du café de Plaisance-du-Gers.

Et à toutes celles que j’ai interrogées pour ce livre. Femmes battues, violées, maltraitées. Elles ont eu le courage de me parler, je les en remercie9.

Comment arriver à briser la haine entre femmes et à aller au-delà de la peur des représailles ? Chez Typhaine D, presque toutes les héroïnes des contes qu’elle a choisies sont battues et violées : Blanche-Neige, Cendrillon, Anne, la Petite Sirène, la femme de l’ogre et leurs sept filles. L’alliance entre les femmes, brisée par les hommes, se reconstruit peu à peu, par les femmes. Montrer la pensable sororité est un des buts de son spectacle, comme elle nous l’a confié dans une entrevue pour notre carnet de recherches Voyages autour de mon cerveau :

(…) je voulais exprimer le compte-à-rebours dans lequel noues sommes prises, broyées, en tant que femmes, et féministes. En effet, chaque seconde sur la terre, implacable, des filles et des femmes sont en train d’être violées, battues, tuées, par des hommes, parce qu’elles sont des filles et des femmes, et parce qu’ils sont des hommes. À rebours de ces crimes, noues comptons les victimes, noues décomptons nos mortes. Chaque seconde sur la terre noues perdons plusieurs des nôtres, féminicidées. Chaque seconde l’urgence est plus grande. Le compte àrebours de notre défaite finale, ou de notre délivrance, est ainsi enclenché10.

Outre les filles de l’ogre, que leur père violeur, un « juge respecté11 » assassine en place du Petit Poucet et de ses frères – alors qu’il n’est même pas un pauvre père divorcé victime de la méchante justice féministe – il y a Stella, régulièrement violée par son père Ray à partir de l’adolescence :

Et comme elle continuait à se débattre, il lui avait donné des coups sur le nez, des coups sur la bouche, des coups sur la tête, elle avait levé les bras pour se protéger et il en avait profité pour entrer en elle d’un seul coup de reins.

Elle avait cru qu’un couteau lui ouvrait le ventre.

Elle ne l’avait plus jamais appelé papa12.

À quinze ans, Stella a ses règles, son père la considère comme une femme, oubliant volontairement que la majorité sexuelle n’existe pas dans la loi, ni les relations sexuelles non consenties entre un adulte et une mineure13. Comme Annie Ernaux à dix-huit ans (Mémoire de fille, 2016), Stella fait disparaître son corps. Annie Ernaux relie appétit et sexualité :

La nourriture comme idée fixe m’a quittée, mon appétit est redevenu celui d’avant la colonie. J’ai revu le sang fin octobre. Je m’aperçois que ce récit est contenu entre deux bornes temporelles liées à la nourriture et au sang, les bornes du corps.

Il me semble que je ne me posais pas la question si j’étais vierge ou non. Dans ma tête je l’étais redevenue14.

Les tendances à la boulimie et à l’anorexie – soit alternativement, soit l’une ou l’autre – sont les signes de violences infligées au corps, tout comme la disparition des règles, signes de la sexualisation d’une femme en devenir. Ces auto-châtiments corporels font suite à la honte d’un viol qui n’a pas été suivi de condamnation juridique ni de solidarité féminine, ou si peu. Ce corps féminin issu du peuple et qui n’est pas un corps petit-bourgeois de professeure de Lettres apprend progressivement ce qui l’étouffe alors : « J’ai mis au jour les codes et les règles des cercles où j’étais enfermée. J’ai répertorié les langages qui me traversaient et constituaient ma perception de moi-même et du monde15. » Ce qui n’est pas encore le cas pour Stella, qui reste piégée dans et par son milieu populaire :

Elle avait voulu punir son corps.

Elle tirait ses cheveux, se les plaquait sur le crâne avec des barrettes, les attachait avec des élastiques. Elle se coupait les cils avec des ciseaux à ongles. Elle se mordait les lèvres jusqu’au sang et ça faisait des croûtes. Elle se rongeait les ongles. Elle mastiquait les aliments, elle ne les avalait pas. (…) Elle voulait ne plus avoir de seins, ne plus avoir de fesses, ne plus avoir de sexe, ne plus rien avoir qui attire les mains de Ray. Elle voulait devenir transparente. On n’a pas envie d’un sac d’os, n’est-ce pas ?

Elle épuisait son corps. Courait comme une dératée. Elle disait qu’elle voulait s’inscrire à des marathons. Suzon soupirait quand on court comme ça, c’est qu’on veut échapper à quelque chose, non16 ?

Elle se réfugie dans l’anorexie et le sport intensif, devient sourde pendant plusieurs années, fait disparaître les signes de la féminité traditionnelle et s’habille avec des habits d’homme, soi-disant en référence au personnage de Catherine (Jeanne Moreau) dans l’adaptation de Jules et Jim par François Truffaut17, mais surtout pour se rendre indésirable à l’inceste. Adulte, elle conserve cette manière genrée masculin de s’habiller18, profitant de son métier de ferrailleuse, qui la fait évoluer dans un monde ultra-mâle, mais sans attaques ni harcèlement de la part de ses collègues. En outre, lors de ses déplacements et chez elle, Stella est protégée par ses chiens, Cabot, Costaud et Toumiel, puis Cabot et Costaud après le meurtre de Toumiel, en représailles du combat de Stella contre Ray Valenti.

Foin du glamour et vive le combat

Les analyses de Typhaine D et de Katherine Pancol sur le corps féminin se rejoignent. Leurs héroïnes sont d’abord isolées par les hommes. Si, chez Pancol, la marâtre est bien là dans son rôle sexiste traditionnel, chez sa consœur ce sont les hommes qui transforment certaines femmes en mauvaises mères/belles-mères, d’autres en méchantes sœurs/demies-sœurs, comme pour Cendrillon et Blanche-Neige. Ensuite, le prince pas si charmant emmène sa belle dans son château, où elle reste seule, sans compagnes, asservie à la maternité et aux tâches ménagères, comme Cendrillon :

Pour Moie, l’escalade de la violence avait tout brouillé, tout verrouillé. Tantôt il s’excusait, tantôt il me menaçait pour que je ne parle pas. Et à qui parler, d’ailleurs ? Il m’avait isolée. J’avais une Enfante sur les bras et l’autre dans mon ventre. Mon prince est admiré, respecté, connu dans le royaume. Nous passions pour la famille idéale. Personne ne m’aurait crue et soutenue.

Quand j’étais petite, on me parlait d’amour, de romance, là où Noues attendent haine et violence.

Ce qu’ils appellent mariage est possession et esclavage.

Ce qu’ils ont baptisé royaumes, châteaux, ne sont que prisons, tombeaux.

Ce qu’ils nomment bonheur n’est que bonheur pour les hommes19.

Comme pour Léonie puis Stella quand elle est mineure, l’espace à soi n’existe pas, non plus que l’indépendance financière, garantie par un travail à l’extérieur du foyer conjugalo-infernal. Les deux autrices soulignent aussi que l’éducation au féminin est à destination des hommes, sans possibilités d’exister par soi-même, ce qu’elles contestent magistralement. Comme Doudou, l’héroïne de Vu de l’extérieur (1993) de Pancol, qui s’arrache de son existence de parfaite femme au foyer :

La vie n’est pas faite pour dormir en attendant le baiser du prince Charmant, se dit-elle en comprenant son erreur. Un bon métier lui permettrait d’être indépendante, de gagner ses sous et de savoir qui elle est. De ne dépendre de personne. Il ne faut jamais dépendre de personne. On est trop malheureux20.

Être libre, pour une femme, est faire ses propres choix, comme la Grande Chaperonne Rouge de Dee, qui refuse la culpabilisation post-viol et post-violences et qui incite ses sœurs à « reprendre la forêt21 ». Le libre choix de Léonie, lui, est à jamais brisé par Ray, qui lui écrase les doigts dans la portière de sa voiture pour l’empêcher de passer sa licence de droit22. Sa seule échappatoire est l’hôpital, des années et des années après. Son rétablissement corporel ira alors de pair avec un mieux mental, contrairement à Monique, la narratrice de « La femme rompue » de Simone de Beauvoir, qu’aucun soin extérieur, hospitalier et psychanalytique, n’aide visiblement à se remettre d’avoir été dupée par le patriarcat, c’est-à-dire quittée par son mari Maurice après plus de vingt ans de vie commune et deux filles, pour une brillante avocate de leur âge, Noëllie, mère célibataire. Léonie n’est pas capable de s’en sortir seule ni d’éviter les horreurs qu’elle subit ainsi que sa fille, car elle est en manque d’aide, ainsi que de modèles féminins forts et de représentants masculins non pervers.

Stella, atteinte jeune dans sa chair et ayant sa mère comme reflet corporel à venir, se révolte plus tôt, d’abord par le refus de soi et l’épuisement, comme nous l’avons vu, puis en utilisant son corps comme arme, du moins ses yeux et son regard :

Elle rentrait chez elle, s’asseyait pour prendre son petit déjeuner, accrochait le regard de Ray et ne le lâchait pas. Baisse les yeux ou je te frappe! il hurlait.

Mais il ne la frappait pas. Il criait, mais ne la frappait pas. Elle faisait durer son regard pour tester sa force. Elle avait mal aux yeux, mais elle tenait bon. Elle avait marqué un point (…), c’est moi qui décide si je suis une victime ou pas, je plante mon clou. Elle gardait les yeux rivés à ses yeux à lui et il reculait.

Elle buvait son café au lait, la tête lui tournait, ivre d’une première victoire. Un premier clou. Elle n’avait pas eu besoin de crier, ni de frapper, ni de sortir un couteau. (…) Le bras de Stella posé sur le berceau de son fils ne trembla pas. Sa bouche non plus. Elle le fixa droit dans les yeux et il recula. Il tenait toujours son bouquet et le jeta sur la commode. « Un autre clou ! ne put-elle s’empêcher de penser23. »

Son visage frappé jusqu’à la surdité devient une arme et un début de recouvrement de sa fierté. Ce premier pas intervient après plusieurs de ses tentatives de frapper Ray avec une fourchette puis avec un canif, lorsqu’il vient la violer le soir dans sa chambre24. Et après des fugues en lieu sûr, dans la nature d’abord puis chez un couple de serviteurs de son grand-père maternel, Georges et Suzon, le frère et la sœur, qui, eux, n’ont pas été humiliés par leur patron ni par le fils de celui-ci. Le début du combat pour la vie passe par l’élargissement de l’espace, les allers-retours à l’école ne suffisant pas, puisque la chape du silence et des non-dits y fonctionne autant que dans le reste du village. C’est l’espace naturel et humain bienveillant qui soutient Stella jusqu’à ce qu’elle trouve un logement près de chez Georges et Suzon, où, progressivement, elle se construit un foyer, choisi et non subi. La narration de Pancol fonctionne par retours en arrière, ce qui permet d’apprécier d’autant plus la puissance existentielle de Stella et le chemin qu’elle a parcouru pour se sortir des griffes de son père – ou plutôt de son beau-père, comme nous l’apprenons au fil de la trilogie. Si cela ne change rien à l’inceste ni à la pédocriminalité de Ray, cela permet de soulager Stella d’un poids héréditaire et biologique lourd à porter25.

Chez Typhaine D, l’analyse est féministe universaliste, comme le proclame fièrement Carabosse, pardon Carabelle : « J’ai appris l’art de la militance ensorcelée, des potions de révoltes, de la résistance contagieuse, des slogans incantatoires : la magie féministe ! Je suis Sorcière, fière26. » D. reprend la figure de la sorcière, chargée de tous les maux pendant des siècles, avant un retournement féministe de plus en plus marqué. Dans les Contes à rebours, être une sorcière et être féminisme vont de pair.

Si les princesses de contes évoluent dans l’aristocratie, loin des villages du vingtième et vingt-et-unième siècles, leur existence est décrite comme peu réjouissante : Shéhérazade est harcelée ; Carabosse est rejetée car considérée comme laide par les hommes ; les filles de l’ogre meurent à cause de la ruse du Petit Poucet ; Blanche-Neige est une esclave sexuelle ; Cendrillon vit cloîtrée puis parvient à s’enfuir pour sauver ses filles ; la Petite Sirène est violée sur une plage ; Anne se déteste elle-même à cause de son mari Barbe-Bleue ; seules la Grande Chaperonne Rouge et la Belle au Bois Éveillée parviennent à résister aux loups harceleurs et aux baisers forcés, parce qu’elles s’allient aux autres femmes contre les violences faites aux femmes, sans les subir. L’isolement face au violeur est terrible, comme nous pouvons le voir au début de 5 x 2 de François Ozon (2004), lorsque Gilles (Charles Berling) force son ex-femme Marion (Valéria Bruni-Tedeschi) à une relation sexuelle non consentie, après l’avoir frappée. Marion n’a d’autre choix que de se soumettre. De même, dans Le Chœur des femmes de Martin Wincler (2009), la jeune Sabrina tombe enceinte car son oncle n’a pas cessé de la violer après qu’elle a commencé à avoir ses règles et qu’elle n’a rien pu dire à ses parents27.

La metteuse en scène souligne que la violence masculine n’est pas naturelle, mais éducationnelle :

À la place d’un faux fer à repasser, on avait probablement dû lui offrir un genre de kit du bon petit agresseur, avec un mode d’emploi détaillé, des exercices d’entrainement, une panoplie d’armes en plus de son arme perso, des astuces pour transformer l’empathie pour les Femmes en muscles ! J’imagine… il a dû y jouer longtemps pour devenir un agresseur si efficace28.

Pour autant, ces cruautés ne sont pas excusables. Si la ou le ou les responsables ne sont pas désignés clairement par Cendrillon, elle montre avec clarté l’engrenage d’une éducation genrée et misogyne que rien n’entrave, jamais. Ou peut-être existe-il, existe-t-elle, des solutions  ?

Les solutions : sororité, humour et amours

Écoutons d’abord les autrices, d’après les interviews qu’elles nous ont accordées :

T.D. – (…) les différentes personnages de Contes à Rebours placent chacune le projecteur sur des discriminations et violences sexistes et sexuelles spécifiques, et comme ces réalités sont difficiles à affronter pour les opprimées, noues méritons bien aussi d’être soulagées par du rire, de l’espièglerie, de la revanche aussi29 !

K.P. – Sans humour, la vie est insupportable. Sans rage, on n’avance pas. Sans intelligence, on se cogne le nez partout et toujours au même endroit. La vie est faite pour apprendre, comprendre et avancer. De préférence avec le sourire, en cultivant le bonheur. Parce que sinon… oh là là30 !

Toutes deux sont bien d’accord, foin de la tristesse et de la pesanteur – leurs sujets le sont déjà assez – vive l’humour ! Rappelons que le rire est une arme féminine et féministe depuis de nombreux siècles, même si ce domaine de recherches semble peu exploré, du moins chez les francophones31. Nous attendons d’ailleurs une anthologie du rire féministe et francophone de la Préhistoire à nos jours, avis aux amatrices et aux éditrices.

Une des solutions pour dynamiter les violeurs est de les tourner en ridicule, ce que ne se prive pas de faire Violette dans le troisième tome des Muchachas. La jeune femme, amie de Stella à l’école, est revenue à Saint-Chaland, car sa carrière d’actrice parisienne patine. Devenue la maîtresse de Ray, qu’elle admire depuis son enfance, sans savoir ce qu’il a fait à Stella, elle refuse de jouer les potiches de province et lui lance à la figure le surnom qu’il avait avant la naissance de son amie :

Elle attend qu’il ait dégringolé les marches de l’escalier, ouvre grand la fenêtre et hurle à l’intention de tous :

– Couillassec ! Couillassec ! Couillassec a une toute petite bite32 !

L’atteinte à sa virilité estomaque Ray et fait rapidement le tour du village, qui se souvient des anciennes rumeurs. Raymond Valenti se terre alors chez lui, désemparé, car il n’a plus sa souffre-douleur habituelle, Léonie, en sécurité avec Stella, Adrian et Tom, Suzon et Georges. Et sa mère a perdu ses deux jambes, suite à un diabète soigné trop tard.

Dans le monde joyeux de Dee, les princesses et leurs égales boutent hors de chez elles les chevaliers et autres masculinistes qui veulent les forcer à rentrer dans leur rang et dans leur ordre patriarcal :

Y’en a même qui se sont entretués ! Y’en a d’autres, y z’ont grimpés sur une grue, ils criaient « papa, papa ! » On n’a rien compris. Notre Grande-Gentille-Louve a soufflé, soufflé, soufflé : la grue était en paille, on a bien rigolé !

Autant Voues dire qu’après la bataille, les Dragonnes ont du faire un sérieux régime…33

Le retournement de situation et du conte des Trois Petits Cochons et l’utilisation d’un lexique infantile ridiculisent les hommes, tout autant que la réaction de gaieté des assiégées.

L’alliance entre femmes est en effet un détonateur puissant. C’est une des solutions proposées par Dee et, dans une moindre mesure, par Pancol. Cette dernière, à notre question « Vos personnages féminins sont-ils féministes ? » nous a répondu : « Elles ne se posent pas la question, elles sont libres. Et les opprimées essaient de se délivrer, de trouver leur place dans la société et d’être respectées. Comme doit le faire chaque être humain34. » Et, concernant ses personnages masculins :

Les hommes ont longtemps été des privilégiés. Leur place dans la société était réservée dès la naissance, ils n’avaient plus qu’à remplir leur case, jouer leur rôle et plastronner. Aujourd’hui, c’est plus difficile. Ils doivent rivaliser avec celles sur lesquelles ils régnaient et ne s’y retrouvent plus. Ils ont perdu leur superbe, leur assurance intérieure, leurs repères. Il leur faut se ré-inventer et c’est ce qu’il y a de plus difficile dans une vie35 !

C’est bien ce dont Ray Valenti est incapable : il n’est rien, une fois perdue sa stature de coq du village, de héros – c’est un pompier, il a sauvé des vies – et de terreur – il fait chanter beaucoup de villageois·es et appuie les concussions du maire, qu’il a fait élire. Violette dévoile le tout à Stella, qui menace Ray, alors que surgit l’incendie du château de son grand-père maternel :

C’est bête, non, elle murmure doucement. Tu aurais pu bander encore, nous refaire le coup du héros. Et tout t’aurait été pardonné. Sauf que cette fois tu seras pas sur la grande échelle. C’est dommage ! T’es fini, tu vois bien, personne n’est venu te chercher. Personne ! Ils doivent tous être au château et toi, tu es là comme un con en slip sur ton canapé. T’es vieux ! T’es zéro ! Et pire, demain, on t’arrête. Ça va te faire bizarre, non36 ?

La force de Ray réside dans un attribut biologique qu’il ne possède pas, puisque ses testicules sont remontées dans son bas-ventre à l’adolescence, attribut sur lequel il a bâti tout son courage et toute son existence. Nous vous laissons découvrir de quelle manière délectable Katherine Pancol lui règle son compte sur le papier.

Stella, au contraire, sort sa mère de son statut de victime et la remet sur pied après son long repos à l’hôpital, et après que Léonie lui a demandé pardon, même si Stella ne l’a jamais haïe de ne pas avoir réagi lorsque Ray la violait37.

La jeune femme construit une famille biologique et non biologique avec son compagnon Adrian qui finit par avoir ses papiers en règle, leur fils Tom, leurs chiens et leur perroquet Hector. Ils habitent toujours à côté de Georges et Suzon, voient Julie, Amina, Marie, Camille, Boubou, Houcine et Maurice, leurs ami·es. Stella prend contact, à la fin du tome deux des Muchachas38, avec sa demie-sœur biologique, Joséphine Cortès. Autour de Joséphine gravite toute une joyeuse tribu, biologique ou non39, dont sa fille Hortense. Le slogan favori de cette dernière est « Bim, bam, boum40 ! » devant les aléas de l’existence, son tonique contre les coups du sort.

De son côté, Typhaine D « propose de la rêver, cette utopie féministe et sorore, jubilatoire et victoRieuse, de la fantasmer, de la désirer41! » Elle est importante de :

Noues aimer noues-même et les unes-les-autres, noues rassembler, noues organiser, noues soigner, noues entraider, noues rendre heureuses, noues préférer enfin, constituent à la fois des victoires, des inspirations pour les autres femmes, et des armes de combat très puissantes contre le patriarcat42.

Féministe, écologiste, avec une langue inclusive, pour l’égalité des droits des personnes humaines et animales, voici l’utopie qu’elle fait advenir à la fin de ses Contes à rebours, une fois les Dragonnes repues : « Alors, si Voues voulez venir vivre avec Noues… C’est qu’à douze enjambées en bottes de sept lieues, on a de la place pour Toutes43 ! » D’autant que maintenant, ce sont les femmes qui écrivent leur histoire, au lieu d’en écouter la version masculine44. L’occasion de rendre « femmage » aux oubliées, invisibilisées, à toutes ces femmes de l’ombre et de la lumière mal connues, méconnues, enterrées vivantes ou définitivement après leur décès45.

Conclusion

Dans le film de 2018 Les Chatouilles, l’héroïne Odette (Andréa Bescond) se sort de la pédocriminalité dont elle a été victime par la psychanalyse, la comparution de son violeur aux assises, mais aussi par la formation d’un couple stable et par la pratique intensive de la danse contemporaine. Une énergie semblable parcourt l’œuvre de Pancol et de D. Si certaines de leurs personnages féminins ont besoin d’aide et mettent du temps à se reconstruire, la sororité, l’amour, l’humour, l’envie de vivre et de rire sont bien présentes. Tout comme dans la chanson de la jeune Carla, « Bim, bam, toi » :

Les mots me manquent

Pourtant j’aimerais crier

Muette saltimbanque à la gorge nouée

Et ça monte, ça monte, ça monte

Jusqu’à c’que mon petit cœur disjoncte

Et ça fait bim, bam, boum

Ça fait pshht et ça fait vroum

Ça fait bim, bam, boum

Dans ma tête y’a tout qui tourne

(…)

I love you, je crois qu’c’est çai46

C’est la vie qui gagne, après de longs combats pour soi et surtout pour les autres, pour un monde apaisé, égalitaire et joyeux.

Bibliographie

Romans, essai et mémoires

Beauvoir Simone de, Le Deuxième Sexe. Tome I, Paris, Gallimard, 2000.

D Typhaine, Contes à rebours, Paris, Les Solannées, 2017.

Ernaux Annie, Mémoire de fille, Paris, Gallimard, 2018.

Ernaux Annie, Écrire la vie, Paris, Gallimard, 2020.

Pancol Katherine, Muchachas.1., Paris, Le Livre de Poche, 2015.

Pancol Katherine, Muchachas.2., Paris, Le Livre de Poche, 2018.

Pancol Katherine, Muchachas.3., Paris, Le Livre de Poche, 2015.

Pancol Katherine, Vu de l’extérieur, Paris, Points, 2012.

Wincler Martin, Le Chœur des femmes, Paris, Gallimard, « Folio », 2019.

Intégralité des œuvres de Katherine Pancol.

Article

Fischetti Antonio, « Valérie Bacot. Un conte de la bestialité ordinaire », Charlie Hebdo, n°1510, 30 juin 2021.

Sitographie

Joubert Lucie et Brigitte Fontille, « Présentation », Les Voies secrètes de l’humour des femmes, Recherches féministes, Volume 25, n°2, 2012, https://id.erudit.org/iderudit/1013519ar

Martin Tiphaine, Typhaine D, « Sororités comblées – Interview de Typhaine D », Voyages autour de mon cerveau, janvier 2021. URL : https://vadmc.hypotheses.org/1139

Martin Tiphaine, Katherine Pancol, « La musique de l’écriture – Interview de Katherine Pancol », Voyages autour de mon cerveau, octobre 2021. URL : https://vadmc.hypotheses.org/2018

https://www.franceculture.fr/emissions/les-nuits-de-france-culture/la-nuit-des-feminismes-12-quelques-pionnieres-910-actualite-du-livre-le-deuxieme-sexe-de-simone-de

https://www.lecrips-idf.net/sexualite-loi-france

1 Typhaine D, Contes à rebours, Paris, Les Solannées, 2017, p. 67.

2 Éditions utilisées : Katherine Pancol, Muchachas.1., Paris, Le Livre de Poche, 2015 ; Katherine Pancol, Muchachas.2., Paris, Le Livre de Poche, 2018 ; Katherine Pancol, Muchachas.3., Paris, Le Livre de Poche, 2015.

3 Simone de Beauvoir, Le Deuxième Sexe. Tome I, Paris, Gallimard, 2000, p. 15. Cf. aussi ce qu’elle en dit au micro de Claudine Chonez le quatre novembre 1949 : https://www.franceculture.fr/emissions/les-nuits-de-france-culture/la-nuit-des-feminismes-12-quelques-pionnieres-910-actualite-du-livre-le-deuxieme-sexe-de-simone-de

4 Katherine Pancol, Muchachas.1., op. cit., p. 278-279.

5 Ibid., p. 280-281.

6 Ibid., p. 375, 376.

7 Ibid., p. 225.

8 Antonio Fischetti, « Valérie Bacot. Un conte de la bestialité ordinaire », Charlie Hebdo, n°1510, 30 juin 2021, p. 8-9.

9 Katherine Pancol, Muchachas.1., op. cit., p. 473.

10 Tiphaine Martin, Typhaine D, « Sororités comblées – Interview de Typhaine D », Voyages autour de mon cerveau, janvier 2021. URL : https://vadmc.hypotheses.org/1139

11 Typhaine D, Contes à rebours, op. cit., p. 37.

12 Katherine Pancol, Muchachas.1., op. cit., p. 236.

13 https://www.lecrips-idf.net/sexualite-loi-france Page consultée le 02 juillet 2021.

14 Annie Ernaux, Mémoire de fille, Paris, Gallimard, 2018, p. 147.

15 Annie Ernaux, La Honte, in Annie Ernaux, Écrire la vie, Paris, Gallimard, 2020, p. 256.

16 Katherine Pancol, Muchachas.1., op. cit., p. 237.

17 Ibid., p. 246-247.

18 Katherine Pancol, Muchachas.3., op. cit., p. 424.

19 Typhaine D, Contes à rebours, op. cit., p. 45. Cf. aussi p. 58.

20 Katherine Pancol, Vu de l’extérieur, Paris, Points, 2012, p. 33.

21 Typhaine D, Contes à rebours, op. cit., p. 58, 59.

22 Katherine Pancol, Muchachas.1., op. cit., p. 318.

23 Ibid., p. 238-239, 337.

24 Ibid., p. 242.

25 Ibid., p. 447.

26 Typhaine D, Contes à rebours, op. cit., p. 34.

27 Martin Wincler, Le Chœur des femmes, Paris, Gallimard, « Folio », 2019, p. 93-99.

28 Ibid, p. 43.

29 Tiphaine Martin, Typhaine D, « Sororités comblées – Interview de Typhaine D », op. cit.

30 Tiphaine Martin, Katherine Pancol, « La musique de l’écriture – Interview de Katherine Pancol », Voyages autour de mon cerveau, octobre 2021. URL : https://vadmc.hypotheses.org/2018

31 Lucie Joubert et Brigitte Fontille, « Présentation », Les Voies secrètes de l’humour des femmes, Recherches féministes, Volume 25, n°2, 2012, https://id.erudit.org/iderudit/1013519ar Page consultée le 02 juillet 2021.

32 Katherine Pancol, Muchachas.3., op. cit., p. 406.

33 Typhaine D, Contes à rebours, op. cit., p. 68.

34 Tiphaine Martin, Katherine Pancol, « La musique de l’écriture – Interview de Katherine Pancol », op. cit.

35 Ibid.

36 Katherine Pancol, Muchachas.3., op. cit., p. 628.

37 Katherine Pancol, Muchachas.3., op. cit., p. 477.

38 Katherine Pancol, Muchachas.2., op. cit., p. 470.

39 Cf. Katherine Pancol, Les Yeux jaunes des crocodiles (2006) ; La Valse lente des tortues (2008) ; Les Écureuils de Central Park sont tristes le lundi (2010).

40 Katherine Pancol, Muchachas.1., op. cit., p. 38, 60-61 ; Katherine Pancol, Muchachas.2., op. cit., p. 119, 464 ; Katherine Pancol, Muchachas.3.,op. cit., p. 215.

41 Tiphaine Martin, Typhaine D, « Sororités comblées – Interview de Typhaine D », op. cit.

42 Ibid.

43 Typhaine D, Contes à rebours, op. cit., p. 68.

44 Typhaine D, Contes à rebours, op. cit., p. 41.

45 Typhaine D, Contes à rebours, op. cit., p. 35-36.

46 Carla, « Bim bam, toi », in L’Autre moi, Universal, 2020. Merci à Éloïse Ségui de nous avoir fait découvrir cette chanson.

 

 

Pour citer cet article : Tiphaine Martin, « Bim, Bam, Boum : femmes debout contre les coups », Voyages autour de mon cerveau, octobre 2022. URL : https://vadmc.hypotheses.org/6815