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Bidulbuk et Cie. Mon palimpseste cinématographique, télévisuel, musical, 1984-2002. Partie II.

Entendre, apprendre, transmettre

Je vais commencer cette seconde partie par un hommage à mon professeur de musique de collège, monsieur Martin – aucun lien de parenté, juste une fine plaisanterie de temps en temps : « Alors, mademoiselle Martin ? – Oui, monsieur Martin ? – Vous nous jouez quoi à la flûte ? – “Les Chariots de feu”, de Vangelis. » Non pas pour m’avoir obligée, comme toute la classe, à chanter seule depuis ma place chaque chanson apprise par cœur en Sixième puis en Cinquième, ni parce que j’ai eu des très bonnes notes en flûte à bec pendant quatre ans, au vu de mes entrainements quotidiens chez mes parents. Mais pour deux choses :

  1. avoir remis à sa place, pédagogiquement, une… hum… une camarade de Troisième, qui voulait qu’on apprenne une chanson des 2B3 (prononcer « tou bi threeeee »), un de ces horribles « boys band » qui ont fleuri (sic) à la fin des années 90, pile pendant mes années collège. Après avoir dû supporter les Pokémon en primaire, je n’étais pas prête pour une autre vague de médiocrité. Or donc, monsieur Martin nous a expliqué que les « boys band » et les « girls band » étaient fabriqués par type physique, afin de plaire à une pléthore de décérébré·es, de fans, pardon. Et que les chansons étaient calibrées pour plaire à la même foultitude. Mine dépitée de la camarade. Joie intense de moi. Qui, mais si mais si, avait fait l’effort d’écouter, sur le walkman d’amies, une chanson de chaque groupe en question. Je précise également que : a) le paysage musical des années 90 était particulièrement horrible, avec toutes ces chanteuses qui criaient au lieu d’articuler, tous ces groupes pré-fabriqués, d’un côté, et de l’autre, des chanteurs marmonnants leur envie de suicide en se regardant le nombril ; b) que lesdits groupes pré-fabriqués ont brisé des amitiés de maternelle, car il n’était pas question, si j’ai bien compris, d’aimer les trois groupes. Comme pendant la Première Guerre mondiale, il fallait être soit du côté de la Triple Entente, soit du côté de la Triple Alliance. La cour de récréation du collège s’est transformée en guerre des tranchées, jusqu’à ce que le mondial de football de 98 mette tout le monde d’accord.
  2. nous avoir appris, à la fin de la Troisième, à regarder une musique de film. Je m’explique : monsieur Martin avait fait un montage, sur une VHS, d’extraits d’Indiana Jones, de Star Wars et de Rambo. Il nous a projeté plusieurs fois ces extraits, sur la télévision roulante du collège, en nous faisant écouter l’arrivée du thème du héros, par exemple, qui précède/accompagne l’action. Ou comment le thème d’amour se mêle et remplace le thème du héros.
  3. oui je sais, ça fait trois choses, et alors ? Dans le picon-citron de Marius, il y a bien quatre tiers. Bon, je reprends : nous avoir/m’avoir fait découvrir, entre autres, le continent irlandais, grâce aux chansons des Cranberries : « Zombie », « Just my imagination », « In the Ghetto » ; et grâce à un des spectacles de River Dance, dont je ne suis toujours pas sortie, plus de trente ans après. Et pour m’avoir fait découvrir que John Lennon était aussi un chanteur tout seul, qui avait composé cet hymne pacifiste qu’est « Imagine ».

Merci, monsieur Martin !

Avant les chansons et les musiques au collège, il y a eu celles en Maternelle (sic et re-sic pour le sexisme de cette appellation) et en Primaire. Dans mes toutes premières années de scolarité, j’ai appris, dont je me souviens : « Hérisson », « Nage, nage », « Bel escalier », « Petit Sapin », « Flocon papillon », d’Anne Sylvestre ; « Par les prés, par les bois », « Toi mon petit âne », de Raymond Fau ; « Petrouchka » et « Une fleur m’a dit », de Mannick ; « Un petit hamster », de Jo Akepsimas. Puis, en Primaire (sic et re-sic pour le côté « primitif » de cette appellation) : en CE1, mon institutrice, Nelly, nous avait fait écouter Piccolo & Saxo. Je m’étais alors drapée dans un sentiment – secret, je l’espère a posteriori -, de supériorité, car je connaissais ce conte musical depuis toute petite, ainsi que deux de ses suites, Passeport pour Piccolo & Saxo (mon favori), Piccolo & Saxo et le cirque Jolibois (bof au niveau de l’histoire, et puis, le cirque qui maltraite les animaux, sans façon !). En CM1, Jean-Paul, décharge de mon instituteur Francis et mari de Nelly, nous avait fait apprendre : « Santiano » et « Le Petit Âne gris » (non, je ne pleure pas), d’Hugues Aufray ; « Fye-Faye » (un crapaud qui « jouait du banjo ») ; « Les filles de Redon ». En CM2, Claudine, décharge de Francis, nous avait fait apprendre « San Francisco », de Maxime Le Forestier. Que de très bons souvenirs.

Ce qui m’amène, naturellement, aux spectacles de l’école. J’ai parlé, dans ma première partie d’article, du spectacle de Moyenne Section, à partir du Magicien des couleurs.

Quand j’étais en primaire, en CP puis au CE2, mon institutrice (la même), Jo, nous avait fait écrire des poèmes en vers libres : 1) rêves d’escaliers et d’échelles ; 2) la violence. Puis, un comédien était venu à l’école pour nous faire travailler ces poèmes et on avait fait un spectacle à la fin de l’année, dans la salle de répétition, en bas de notre école.

En CM1-CM2, Jean-Paul, la décharge de Francis, nous a fait apprendre des poèmes (Prévert et autres) et on a fabriqué un spectacle de poésie, que l’on a fait devant nos parents dans une salle de l’École normale d’Auxerre, non loin de notre école primaire.

En CM2, Francis nous a fait adapter un conte sénégalais, « Bakari » : on a transformé le conte en pièce de théâtre, puis on a peint les décors sur de grands draps blancs, puis nos mères et grands-mères ont cousu nos costumes. Puis, on a répété et on a joué, dans la « salle de théâtre » de l’École normale d’Auxerre. J’incarnais une partie du héros, joué par trois d’entre nous : Justine, une élève de CM1 (classe double), moi, Noëllie, une amie de CM2. Je faisais la partie où Bakari, rejeté par les villageois·es, trop trouillard·es pour combattre le monstre à trois têtes qui terrorisent leur village, part rencontrer trois marabouts, qui vont lui donner un conseil ou une amulette. En échange, Bakari leur donne un lingot d’or. Ces fichus lingots étaient trois ballons de hand-ball, entourés de papier doré, que je portais dans un sac de jute. Certes, j’étais grande et j’avais quelques muscles, mais c’était lourd. Est-ce pour cela que j’ai vibré, très très longtemps après, au Train sifflera trois fois ?

Je tiens d’autant plus à raconter tous ces souvenirs de Primaire que Jo, Nelly et Francis sont aujourd’hui décédés. Ils me manquent.

Les musiques héritées

Passons maintenant à la maison, à la famille. Comme pour la télévision et les films, il y a ma grand-mère maternelle et mes parents. Chez ma grand-mère, il y a une France qui s’étend des années 1930 aux années 1960 :

  • Fernand Raynaud, un 45T et un 33T de sketchs ;
  • Les Compagnons de la chanson, en vinyle ;
  • Jacques Lantier, en vinyle  ;
  • Les Frères Jacques, en vinyle ;
  • la bande originale du Bal, d’Ettore Scola, en vinyle  ;
  • Gilbert Bécaud, en vinyle et en CD, sa Bécaulogie ;
  • La Valse des patineurs, d’Émile Waldteufel, en vinyle tout petit ;
  • Sur un marché persan, de Ketelbey, en vinyle ;
  • le coffret vinyle 33T Pleins feux sur Franck Pourcel.

De ce coffret, je me souviens de : « La chanson de Lara », Sibelius, « Chariot ». J’ai mis des années à trouver son interprète, Petula Clark, mais j’ai réussi, quand j’étais étudiante à Paris, grâce à l’émission de Pierre Lescure et Dominique Besnehard sur les années 60. J’étais très heureuse.

Il y a aussi le duo Stone et Charden, via « Le prix des allumettes », entendu à Fa Si La Chanter. Comme j’avais adoré cette chanson, ma grand-mère, me gâtant comme toujours (oui, et alors ? des jaloux dans la salle ?), m’a offert la K7 audio de tubes de Stone et Charden, que j’ai retrouvé il y a peu en CD, en une bouffé de bonheur. Marcel P., c’est toi là-bas dans le noir ?

Chez mes parents, le paysage change complètement. Il est beaucoup plus marqué par les années 1960-1990 et par une ouverture internationale, en CD et en vinyle :

  • Anne Sylvestre et son répertoire adulte ;
  • Bruce Springsteen, Born in the USA ;
  • Renaud ;
  • Yves Simon ;
  • Maxime Le Forestier ;
  • Françoise Hardy ;
  • Marie Laforêt ;
  • Cat Stevens ;
  • la bande originale du Lauréat, portée par Simon & Garfunkel ;
  • Gene Vincent ;
  • Eddie Cochran ;
  • Jacques Higelin, Tombé du ciel, surtout ;
  • Georges Brassens ;
  • Boby Lapointe ;
  • Vivaldi et son Concerto pour mandoline en ut majeur, RV 425, subi mis à chaque Noël.

Pour ce qui est de Cat Stevens, Gene Vincent et Eddy Cochran, en vinyle, je les ai écoutés et réécoutés à l’adolescence, en faisant des parties de solitaire sur le PC de mon père, ou en faisant du repassage, dans le bureau de mon père donc.

Ma musique à moi-je

Bon, maintenant, ma musique à moi-je, en vinyle, en K7, puis en CD :

  • Anne Sylvestre, côté Fabulettes ;
  • Imbert et Moreau ;
  • Mannick ;
  • Jo Akepsimas ;
  • Pierre Lozère (vu en concert à la bibliothèque musicale d’Auxerre, joie !) ;
  • Henri Dès ;
  • Raymond Fau ;
  • une K7 de La Flûte enchantée (le petit ménestrel) ;
  • un 45T de l’histoire de Peter et Elliot le dragon.
  • un coffret CD de La Flûte enchantée et celui des Nozze di Figaro, pour mes dix ans, en même temps qu’un poste radio-cd-k7, couleur bleu nuit, que j’ai gardé jusqu’en 2007, date de mon départ pour l’université Paris VII en Master 2, puis en thèse, pendant mes trois années à la Cité Internationale Universitaire, à la Maison de la Suède, puis trois mois au Kremlin-Bicêtre, puis six mois d’Erasmus à Bologne, puis retour au Kremlin-Bicêtre ;
  • coffret vinyle illustré de Pierre et le Loup, chez Duculot ;
  • Les Lettres de mon moulin, par Fernandel ;
  • Piccolo & Saxo, comme expliqué plus haut.

Bref, j’ai une enfance terrible (au sens Johnny Hallyday du terme), comme vous pouvez le constater.

Pendant mon adolescence, il y a eu les CD empruntés à la bibliothèque municipale d’Auxerre, la Jacques Lacarrière :

  • Claude François ;
  • Charles Trenet ;
  • Françoise Hardy 89 ;
  • Jane Birkin ;
  • Pierre Dac ;
  • Les Maîtres du mystère ;
  • les livres audio : La Mariée était en noir, La Nuit du renard ;
  • Fellag ;
  • Offenbach.

J’ai découvert Offenbach sur ARTE, par Orphée aux Enfers, version Marc Minkowski. Étudiant le latin depuis la Cinquième et attendant d’être en Troisième pour commencer enfin le grec ancien, j’ai évidemment adoré la parodie du mythe antique d’Offenbach et de ses librettistes. J’ai continué mon exploration du monde d’Offenbach par La Belle Hélène (youpi, l’opéra-bouffe a donné son nom à la glace !) et Les Contes d’Hoffman, puis par un CD regroupant Les Dames de la Halle, Pomme d’Api et Monsieur Choufleuri. Aujourd’hui encore, je continue à découvrir l’œuvre d’Offenbach avec ravissement, après avoir appris deux trois choses sur sa vie son œuvre sur France musique, au début des années 2000, dans l’émission du regretté Benoît Duteurtre, « Étonnez-moi Benoît ».

Il faut que j’ajoute aussi que mes débuts avec Charles Trenet ont été compliqué. En effet, monsieur Martin, mon professeur de musique de collège, quand j’étais en sixième, nous a fait apprendre comme première chanson « Je chante », soit l’histoire d’un suicide. Je m’étais dit, en mon for intérieur, que les cours de musique allaient être bien ennuyeux et bien sombres. Et que je n’allais certes pas écouter autre chose de Trenet. Comme je vous l’ai dit au début de cet article, j’ai adoré mes cours de musique. Quant à mon écoute de Trenet, elle est devenue virale pendant mon année de Cinquième (ou de Quatrième, je ne sais plus). En effet, à Fa Si La chanter, une des chansons à découvrir était « Boum ». Et là, j’ai tout de suite accroché, et je suis allée emprunter un CD de Trenet à la discothèque municipale. C’est là que mon long compagnonnage avec Trenet et ses chansons a commencé. Ceci étant dit, j’ai toujours du mal avec « Je chante ».

Par contre, sa naissance à Narbonne, où je suis allée pendant dix ans et plus avec mes parents en vacances, l’été ou à l’automne, a fortement plaidé en sa faveur. Ainsi, quand j’ai entendu « La Mer » pour la première fois, j’ai tout de suite visualisé ce dont il parlait. Parce que quand on est au-dessus de Narbonne-Plage, sur la colline, et qu’on voit la mer, c’est bien une mer avec « reflets d’argent/le long des golfes clairs », comme dans la chanson de Trenet. Ce n’est pas la mer pailletée d’or comme à Capri, quand j’y suis allée en 2011, quand j’étais en Erasmus à Bologne. Effectivement, tout autour de Narbonne, dans la campagne, il y a aussi ces étangs dont Trenet parle dans « La Mer ». Adolescente, je n’ai pas pris « La Mer » comme une chanson ultra célèbre, de toute façon, je ne le savais pas, mais vraiment comme une chanson locale, régionale, d’un coin aimé.

Sans surprise, Trenet est devenu mon chanteur favori, à partir de ce moment-là. Je n’ai jamais trouvé, dans la musique de mon adolescence, un·e artiste qui me convienne, puisque j’étais, sinon, coincée entre les artistes commerciaux fabriqués à la chaîne (voir plus haut), les chanteuses à la voix en sirène d’alarme et les dépressifs marmonnants, pompeux et nombrilistes adoubés par France Inter, Télérama et Les Inrockuptibles. Le côté fabrication commerciale d’artistes m’a, cependant, permis de ne pas être trop surprise par les émissions de télé-réalité du début des années 2000, puisque c’était une logique similaire.

Ce qui me rappelle une autre forme de souffrance sonore : la « musique » dans les supermarchés. J’ai entendu tous ces tubes en CD quand j’étais étudiante à Paris. Tout cela est dû à mon écoute, en 2008, d’une émission de France Inter sur la musique en Mai 68. Dans cette émission, j’avais retrouvé, heureusement pour moi, la chanson « California Dreamin’ » que j’avais entendue dans Three Times de Hou Hsiao-hsien et que je cherchais depuis. Après avoir écouté cette émission, j’ai emprunté un super coffret de musiques des années 60 à la Médiathèque musicale à Paris. Et je me suis dit que j’allais continuer mon exploration musicale des tubes de la musique populaire dans les années 70, 80, 90, 2000. Ce que j’ai fait. Quand j’en suis arrivée aux années 80, je me suis aperçue à ma grande horreur que je connaissais toutes les paroles de quasiment tous les tubes que j’entendais dans les coffrets que j’avais empruntés. Gloups. Vite, une cure de Maurice Chevalier ! (Autre découverte d’adolescence.)

Par contre, je ne me souviens aucunement des musiques qui passaient dans les boums auxquelles j’ai assisté, soit à la fin des voyages scolaires de primaire et de collège : en CM1 à Saint-Aignan, dans le Morvan ; en CM2 à Six-Fours ; en Sixième à Super-Besse ; en Cinquième à ? (classe de neige), soit chez une amie, M., à la fin de notre année de CM2. Juste le souvenir de mon incapacité à danser. Ceci dit : 1) en CM1, j’ai pris plaisir à observer mes ami·es et camarades danser ; 2) en CM2, à Six-Fours, j’ai finalement dansé, grâce à mes amies, qui se sont relayées pour m’encourager ; 3) en Sixième, je me suis vaguement dandiné cinq minutes ; 4) en Cinquième, j’ai dansé un slow (oui, je suis une dinosaure) avec un ami de maternelle, A. Pour ce qui est de la boum de fin de CM2, chez M., elle a été gâchée par les histoires d’amours contrariées des uns et des autres – sauf moi, au-dessus de la mêlée. Conclusion : ma danse à moi passait ailleurs, par la danse contemporaine.

Quittons le terrain de proximité pour partir, brièvement, à la radio : tant enfant qu’adolescente, je n’écoutais pas beaucoup la radio. Mes petits-déjeuners, en compagnie de mon père, étaient rythmés par les infos et la météo de Jacques Kessler, sur France Inter. C’est à ce moment-là que j’ai appris le décès de Roald Dahl, un de mes écrivains favoris, depuis que j’avais appris à lire avec Le Doigt magique. Mes céréales ont eu un drôle de goût, tout d’un coup. Bien plus amusante était l’écoute, chaque dimanche en fin de matinée, de l’émission humoristique « Rien à cirer ». Je me souviens, je l’écoutais avec mes parents dans le salon : Laurent Gerra, Anne Roumanoff, Virginie Lemoine, Patrick Font, Jean-Jacques Vannier, Jacques Ramade… et Laurent Ruquier en maître d’œuvre… et un des génériques de l’émission était signé…. Charles Trenet ! Autrement, je me suis mise à France Culture à partir du lycée, comme je l’ai raconté ailleurs , mais uniquement le week-end et pendant les vacances scolaires, bien entendu.

Les musiques imagées

Dernier aspect de mon rapport à la musique, l’écran. Soit la musique de film, écoutée pour retrouver un film, et/ou pour elle-même.

Par exemple : une musique ample, lyrique. Et je vois tout de suite une place italienne écrasée de soleil, avec une église au bout. Puis j’entends la voix de Jean Debucourt (de la Comédie française), parlant à son prêtre favori, Don Camillo (Fernandel), de ses démêlés éternels avec le maire communiste du village, Peppone (Gino Cervi). Un sifflement joyeux : des gendarmes du sud de la France. Une chanson joyeuse et énergique : la fille d’un des gendarmes, qui danse avec ses amies et ses amis, dans un bar de Saint-Tropez.

Le Concerto pour mandolines de Vivaldi dont j’ai parlé il y a quelques pages : L’Enfant sauvage, de Truffaut. Le Concerto pour flautino de Vivaldi : le même film, et sa citation, par cette musique classique, dans Le Pornographe, de Bonello. Des bruits de balles de tennis : Les Vacances de M. Hulot, de Tati. Comment ça, je triche ? Même pas vrai. « Le Grand Choral » de Georges Delerue pour La Nuit américaine, de Truffaut : la chair de poule, la gorge serrée par l’émotion. Le flamboyant Concerto flamand de Maurice Jaubert, ré-enregistré pour La Chambre verte, de Truffaut : idem.

Un groupe de voyous, leurs donzelles, un juge et son épouse, égarés là par la jalousie de leur chauffeur : « Comme de bien entendu », morceau d’anthologie dansé et chanté dans Circonstances atténuantes, de Jean Boyer. Autre comédie de Jean Boyer, Nous irons à Paris, avec « À la mi-août », entonnée par Ray Ventura et son orchestre dans une grange languedocienne, en compagnie de… chut, il ne faut pas le dire, nous sommes sur Radio X, radio clandestine.

Une place ensoleillée, dans l’ouest de la France. Où plutôt non, je préfère le début : un pont transbordeur, autre que celui, marseillais, de Pagnol. Sur ce pont glissant, des camions. La musique du début du film continue. Mais elle s’adapte subtilement aux mouvements des camionneurs, qui s’étirent et font sortir les femmes des camions. Puis, tous et toutes s’étirent encore, puis… se mettent à danser. Jacques Demy, Michel Legrand, les troupes nord-américaines de danseurs et danseuses : Les Demoiselles de Rochefort.

Une salle de bal, en France, à différentes époques, avec le glissement temporel grâce au sublime thème de Vladimir Cosma : Le Bal, d’Ettore Scola. Et toutes les autres musiques du film, sauf les allemandes (période de l’Occupation), et sauf « T’es Ok », à la fin, parce que c’est une chanson horriblement bête.

De là, je passe naturellement à « Parlami d’amore Mariù », citée dans Le Bal, qui est une scène forte en douceur de Ces hommes, quels mufles !, de Mario Camerini. Réalisé en 1932, sous le fascisme, ce film n’a rien d’un film de propagande. Il raconte une histoire sentimentale dans l’Italie populaire de son temps (voir notre article ici).

Terminons ce très bref tour d’horizon de mes listes musicales filmiques par quelque chose de plus rythmé, à savoir la reprise, en mode électro, de « A far l’amore comincia tu », de Raffaella Carrà, dans La Grande Bellezza, de Paolo Sorrentino. Pas besoin de dialogues pour faire ressortir le vide de ces gens riches, très riches, à Rome, dans la seconde décennie du vingt-et-unième siècle.

Hum… non, c’est trop triste. Alors, je conclus par un chant solidaire, entonné par des êtres qui ont envie de porter secours à leur prochain, sous l’égide… d’Euripide : je parle, comme de bien entendu, de « SOS Société » (en VF) au début de Bernard et Bianca, des Studios Disney. Les souris déléguées de chaque pays se lèvent et chantent, sous la photo du fondateur de la société en question, la souris Euripide. Je m’interroge encore sur ce beau, mais très étonnant, choix de patronnage – peut-être déjà présent dans le roman de Margery Sharp, The Rescuers (1959).

D’ici la prochaine étape de mon palimpseste personnel, je vous souhaite beaucoup de curiosité, de découvertes, d’enchantements, de réflexion. À vous les studios !

Pour citer cet article : Tiphaine Martin, « Bidulbuk et Cie. Mon palimpseste cinématographique, télévisuel, musical, 1984-2002. Partie II. », Voyages autour de mon cerveau, août 2026. URL : https://vadmc.hypotheses.org/32826

« Bidulbuk et Cie. Mon palimpseste cinématographique, télévisuel, musical, 1984-2002. Partie I. » VADMC

Bidulbuk et Cie. Mon palimpseste cinématographique, télévisuel, musical, 1984-2002. Partie I.

Moi, je préférais le jaune, plus sérieux et plus calme que le violet. Qui était très sympa, très drôle par sa mauvaise foi. Mais je préférais le jaune.

Voir, aimer, retenir

Vous aurez tous et toutes reconnu la fameuse émission Les Badaboks, diffusée sur FR3 de la fin des années 1980 au début des années 1990. Ma mère, qui était aussi mon institutrice de maternelle, nous la diffusait à l’école, le jeudi après-midi. Dans cette émission, il y avait, outre les chamailleries du Jaune et du Violet, une mise en images soignée d’un album jeunesse, une émission de jardinage. Plus tard, une peluche de Maki a agrandi la famille des marionnettes. Et leur fameux « arrête de me dire arrête », à dire en fronçant le nez. Et leur parler « schtroumpf », à base de « bidulbuk », à décliner sous forme de nom, de verbe… et, à la fin, depuis leur toit en fer-blanc, les Badabok lançaient leur jeu, à savoir trouver l’énigme de la semaine. On pouvait leur envoyer notre réponse sur papier, d’autant que : « On adore les cartes postales. » Dont acte.

Dans mon quotidien d’enfant née en 1984, il y avait aussi, côté émission télé, chez ma meilleure amie de primaire, F., Le Club Dorothée. Certes, j’étais d’accord avec Télérama et Télérama Junior, qui hurlaient à la vulgarité, mais j’aimais beaucoup les histoires tellement compliquées d’Hélène et les garçons. Et Cri-Cri d’amour, avec sa mèche romantique, sa boucle d’oreille et son côté rebelle. Daniel était fade, mais formait un beau couple avec Hélène.

Il y avait, aussi, mes parents qui m’ont réveillée à cinq ans, un beau soir d’été 1989, pour que je regarde avec eux La Flûte enchanté, en direct, sur FR3 – oui, c’était la chaîne culturelle de l’époque. Je renvoie ici à mon article à ce sujet : https://vadmc.hypotheses.org/19301

Il y avait, aussi, chez ma grand-mère maternelle, à partir de l’enfance, à ses côtés sur son canapé : les films du dimanche soir sur TF1 (Pagnol, Fernandel, Louis de Funès) ; la messe retransmise en direct sur Antenne 2, chaîne du service public, le dimanche matin ; les feuilletons d’été (je me souviens du Château des Oliviers, avec la solaire Brigitte Fossey) ; les Maigret avec Bruno Cremer ; les Nestor Burma avec Guy Marchand et son saxophone ; Les Demoiselles de Rochefort de Jacques Demy ; Le Bal d’Ettore Scola. Et en VHS, enregistrées ou offertes à ma grand-mère : Pagnol, Fernandel, films et sélection de sketchs et de chansons, Louis de Funès ; Fernand Raynaud (sélection de sketchs) ; Le Canard à l’orange, version Michel Roux et Nadine Alari. Par contre, adolescente, j’ai fermement refusé de voir La Cage aux folles, n’étant pas homophobe.

Par contre, j’ai totalement adhéré à la leçon antispéciste, anti-corrida, d’Heureux qui comme Ulysse, le dernier film de Fernandel, avec la très belle chanson de Georges Brassens. Il faut dire que j’étais élevée ainsi par mes parents, depuis ma première écoute de l’Histoire de Babar et mon premier visionnage de Bambi, entre autres. D’où, aussi, un de mes jeux d’enfance, où mes poupées Corolle protégeaient mes peluches des méchants chasseurs.

Chez ma grand-mère, on regardait aussi, ensemble : Dallas et son super-méchant JR, La Roue de la fortune, Christian Marin et sa clarinette, Les Chiffres et les lettres, plutôt soporifique, Pyramide, avec Patrice Lafont que je n’avais pas relié à son rôle dans Le Gendarme de Saint-Tropez, Maguy et son héroïne énergique, drôle et survoltée, Questions pour un champion et l’impeccable Julien Lepers, Fa Si La Chanter et Pascal Bruner, L’École des fans, 30 Millions d’amis et sa mascotte Mabrouk, Alf, Le Bébête Show, Fort Boyard, ses énigmes sportives et ses tigres qui me faisaient mal à voir tourner en rond. Ma grand-mère avait toutes les réponses aux jeux culturels, sauf pour le sport et le fromage. En plus de son tricot, elle faisait beaucoup de parties de Scrabble et des mots croisés.

Comme très bons souvenirs d’enfance, un qui date de mes six ans. Ma meilleure amie de primaire, F., m’avait proposé de regarder soit La Petite Sirène, de Disney, soit Dirty Dancing. Comme j’avais lu le conte, et que je ne savais pas que Disney avait changé la fin, j’ai choisi Dirty Dancing. Et, là : Patrick Swayze dans toute sa splendeur, dans l’eau, juste en pantalon chez lui, sur un tronc d’arbre, rossant l’infect Robbie, protégeant son amie d’enfance Penny. Et Jennifer Grey/Frances qui s’énerve car elle se trompe dans ses pas, en répétant sur l’escalier extérieur de la pension de famille où elle passe l’été en famille, sur « Wipe Out ».

Trois ans après, j’ai commencé la danse contemporaine, à la MJC d’Auxerre. Et ce, jusqu’à mes dix-huit ans, date de mon départ en fac. Neuf ans de bonheur hebdomadaire, chaque mercredi après-midi, avec d’autres filles et notre prof, Noëlle. Sans oublier le spectacle de fin d’année, soit dans notre salle de danse à la MJC, soit devant la MJC, juste sur le parvis de l’église Saint-Pierre, attenante à la MJC, en mode groupe d’Esmeralda (non, je n’ai pas aimé cette expérience). Soit au théâtre d’une petite ville proche d’Auxerre, Héry, grâce à une autre prof de danse, Pascale, tuée en 2020 avec son mari, par un chauffard. Revenons à quelque chose de plus sympathique : soit, aussi, au théâtre d’Auxerre, comme pour le spectacle de la fin d’année de Moyenne section, sur le thème de l’album jeunesse Le Magicien des couleurs. En effet, ma mère, qui était mon institutrice, avait fait un projet d’école avec une de ses collègues d’une autre école : adapter en spectacle de danse contemporaine Le Magicien des couleurs. Pendant l’année scolaire, nous sommes allé·es répéter et travailler au CREPS de Dijon, avec des danseurs et des danseuses, et des musiciens, dont Pascal, le mari de Pascale la prof de danse contemporaine. Puis, spectacle au théâtre d’Auxerre à la fin de l’année. Des souvenirs flous mais agréables.

Un autre visionnage et re-visionnage, en VHS, grâce à mon meilleur ami de maternelle et de primaire, C. : Tintin et le lac aux requins. Même en connaissant l’histoire, j’avais toujours peur pour Tintin, Nico et Nouchka, enfermés dans une pièce où l’eau monte inexorablement, dans le repaire sous-marin de l’infâme Rastapopoulos. Depuis, je me méfie des personnages adipeux qui portent une bague au petit doigt, comme l’avocat de 120, rue de la Gare, de Léo Malet, lu à l’adolescence, d’abord en bande dessinée dans l’adaptation de Tardi, grâce à la bibliothèque de BD de mon père, puis en roman.

Outre plusieurs Disney, vus en VHS et/ou cinéma (La Belle au bois dormant, Cendrillon, Bambi, Merlin l’enchanteur, Mowgli, Robin des bois, Dumbo, Fantasia, Les Aristochats, Peter et Elliott le dragon, La Belle et la Bête, Bernard et Bianca, Bernard et Bianca au pays des kangourous, Toy Story, Aladin, Le Roi Lion….), il y avait, chez mes parents, ma VHS du Roi et l’Oiseau. Mon demi-frère, plus âgé que moi, se plaint encore d’avoir mal au pouce d’avoir dû lancer et relancer ce chef-d’œuvre cinématographique avec la télécommande du magnétoscope.

Comme pour Bambi et Babar, j’avais bien retenu le côté anti-chasse de ce film, même si je n’avais pas déchiffré le message sur la tombe de la femme de l’Oiseau (je cite de mémoire) : « à mon épouse regrettée, victime d’un accident de chasse ». Et j’ai applaudi, tout en ayant très peur pour eux, à l’histoire d’amour du « petit ramoneur de rien du tout » et de sa « charmante bergère ». Sans oublier la faconde de l’Oiseau : « Mesdames, Messieurs… » ; « (…) et pour qui les gardait-elle, ses bons gros moutons ?? Mais pour vous, mes amis les lions ! » ; « Et soudain : le Roi ! » ; « (…) échevelés, livides [les moutons]… au milieu des tempêtes ! » (merci Victor Hugo). Et d’autres phrases, d’autres personnages : « Mais… vous m’aviez dit qu’ils seraient libres ! » (la bergère au Roi) ; « le travail, c’est la liberté. » (le Roi à la bergère, merci Hitler et son humour au fronton des camps de la mort) ; « les oiseaux, les oiseaux, les voilà, ils arrivent ! » (un petit garçon de la ville basse aux autres habitant·es) ; « tiens, c’est drôle, je ne les voyais pas du tout comme ça. » (une vieille dame, à sa fenêtre, tout en essuyant une assiette). Il faut dire que les oiseaux, outre l’Oiseau, sont… des lionnes, des lions, un tigre, un petit chat tigré, sauvé par le tigre d’un dompteur, le ramoneur, un ours. Mais, chez Grimault et Prévert, il n’y a pas de barrières entre les espèces !

Merci à eux, merci à leur troupe d’animateurs et d’animatrices, merci aux voix des personnages. Dont Claude Piéplu, voix de l’obséquieux maire du palais, retrouvé bien plus tard dans un Maigret avec Bruno Crémer, puis dans la comédie légère Le Diable par la queue. Et Raymond Bussières, dont la voix était bien moins grave quand il était jeune, assis sur un réverbère, à se moquer des gendarmes, dans L’Assassin habite au 21 . Ou à dire « boulot boulot, menuise menuise » à Serge Reggiani dans Casque d’or. Jusqu’à le retrouver, quand j’étais jeune adulte, en voyou dans la comédie nord-américaine Deux têtes folles. C’est d’ailleurs à la voix grave qu’il y a que je l’ai reconnu et que j’ai fait le lien entre toutes les fois où je l’avais vu puis entendu.

Je garde précieusement de ce film, aussi, l’image immobile du couple du ramoneur et de la bergère regardant les étoiles scintillantes, assis sur un toit, avec la musique cristalline de W. Kilar.  De même, je garde quelques images de films que mes parents m’ont fait voir à la télévision, sur VHS enregistrée, ou en direct, dans les années 1990, et que j’ai vus et revus depuis – ou pas : Letal (Miguel Bosé), un travesti, écartant doucement un rideau de perles, sur les premières notes de « Un año de amor », dans Talons aiguilles ; Edward Ferras (Hugh Grant) jouant avec des ciseaux plutôt que de se jeter aux pieds de sa bien-aimée (Emma Thompson), dans Raison et Sentiments ; Nanni Moretti à Vespa dans Rome, dans Journal intime ; l’atmosphère moite de L’Odeur de la papaye verte ; l’énergie, la joie, l’intelligence, la peine, la sournoiserie, puis le bonheur double final, dans Beaucoup de bruit pour rien ; des souvenirs désagréables mais non identifiés de Raining Stone et de Ladybird de Ken Loach ; les courses-poursuites dans L’Année du dragon (celui-là… l’ai-je vu en entier, ou me suis-je faufilée dans le salon, avant d’être ramenée dans ma chambre ?). Et Resnais-Arditi-Azéma, avec Smoking/No Smoking : ma préférence va (toujours) à Smoking, plus drôle, avec quelques répliques cultes, passées dans le langage familial : « p’tites dalles brisées, Mâme Tisdel ? » ; « APPLEWICK ! Mais où il est, ce c… ? » ; « Et Carl Nielsen, vous connaissez, Carl Nielsen ? » ; « Non ! Monsieur Lapin ! » Mémorable. Et les films de Rohmer, à la fin de l’adolescence. À jamais, un de mes cinéastes favoris.

Il y a eu aussi la violence de Capitaine Conan, vu au cinéma lors de sa sortie, comme je l’ai raconté ailleurs . Très bon souvenir, par contre, dans le même cinéma haut-savoyard, à l’été 98, de la reprise de Grease, certes en VF (sauf pour les chansons, incompréhensibles du coup), toujours avec mes parents. J’avais cru, d’ailleurs, que les lycéens du film étaient des collégiens, au vu de leur peu de maturité, et qu’ils passaient leur brevet à la fin du film, et non leur bac.

Avec mes parents, au cinéma d’Auxerre (salut salut aux propriétaires de l’époque, les L.), il y a eu, entre autres, Sur la route de Madison : douceur, mélancolie, amour impossible. Et cette danse, lente, entre le héros et l’héroïne. Va savoir, de Rivette : intelligence, fluidité, humour, absurde. Et le Paris estival du tout début du vingt-et-unième siècle : chef-d’œuvre tranquille. La Parenthèse enchantée, de Michel Spinosa : la jeunesse de mes parents, leurs combats féministes.

Il y a eu, avant, L’Étrange Noël de M. Jack et Un Noël chez les Muppets, deux films que j’avais beaucoup aimés, mais où j’étais, aussi, bien contente d’être en sécurité entre mes parents, parce que, tout de même, le savant fou et Oogie de M. Jack font peur, de même que le fantôme des Noëls à venir dans les Muppets – et peut-être quand même le fantôme des Noëls passés, avec ses yeux fixes de droguée. Et les courts-métrages de Nick Park, avec et sans Wallace et Gromit. Puis les autres aventures du duo chien-homme. Et Les Quatre Filles du Docteur March, avec Winona Ryder et les yeux bleus, si bleus, de Gabriel Byrne, que je retrouvais quelques années après Le Cheval venu de la mer. Avec juste ma mère, à Paris, aux Sept Parnassiens, il y a eu Le Jardin secret. J’ai lu tout de suite ensuite le roman, offert par J., une amie de mes parents. Et Princes et Princesses, ressorti pendant le succès de Kirikou, au même cinéma, toujours avec ma mère. Et, à Auxerre, La Vie ne me fait pas peur, de Noémie Lvosky : je ne m’y suis pas retrouvée, mais j’ai beaucoup aimé le film et la dernière partie, celle du voyage en Italie, comme une promesse de voyages personnels à venir.

À la maison, il y avait, aussi, quelques vieux films, à partir de l’adolescence  – pas ceux avec Gabin en vieillard hurlant contre les jeunes, les femmes, les… , ni ceux avec Fernandel montrant sa dentition et rien d’autre, ceux-là, mes parents les avaient supportés étant enfants et adolescents -, plutôt La Dolce Vita, ma révélation du cinéma italien, avant les Moretti. Et, avec mon père, les James Bond version Sean Connery, Willow, les Indiana Jones, Les Tontons flingueurs et les westerns spaghettis : oh là là, Clint Eastwood !! Poncho, chapeau, barbe de trois jours, yeux verts fendus…. miaou miaou miaou. Ok, aussi, le talent de Sergio Leone et la musique d’Ennio Morricone. Ok. Certes.

Apprendre à regarder

De mon côté, côté films, émissions et documentaires vus à la télévision et au cinéma, enfant puis adolescente, il y a, d’abord, beaucoup de vieux films. Ceux du lundi et du mercredi après-midi, quand j’étais au début du collège, donc milieu des années 90 (que saint Patrick Brion soit remercié pour des siècles et des siècles) : La Belle et la Bête, cette fois version Cocteau, qui m’a fait autant peur, voire plus, que celle de Disney, à cause du noir et blanc et de l’apparition de la Bête ; les Sinbad ! : aventures, Technicolor, effets spéciaux qui m’impressionnaient, car pas soignés à l’ordinateur ; L’Assassin habite au 21 ; Jason et les Argonautes (idem que pour les Sinbad) ; Jason contre les Amazones – je suis flottante sur le titre exact : là, la misogynie du film m’a fait hurler (intérieurement) : non mais oh, c’est quoi ces filles qui se battent pour un type, même pas beau ni intelligent ? Et même, de toute façon, quand un garçon essaye de semer la zizanie dans un groupe de filles…. on le vire ! Bouge, abruti !

Merci papa-maman, maman-papa, de m’avoir créée féministe, en plus d’athée, d’écologiste, anti-raciste, pro-LGBTQIA+, anti-validiste, anti-spéciste, anti-âgiste.

Comme notre professeure d’anglais de Cinquième, Mme R., nous avait fait regarder un extrait de L’Inconnu du Nord -Express, d’Hitchcock, le père d’un de mes amis, A., lui avait offert la collection VHS d’Hitchcock. Ou du moins une bonne partie. A., très généreusement, m’avait prêté ses VHS. J’ai vu : Les Oiseaux (plus jamais jamais jamais. Jamais, même avec la lumière allumée) ; La Main au collet ; Le Procès Paradine ; Soupçons ; Rebecca ; La Maison du Dr Edwards ; Les Enchaînés.

Mme R., quant à elle, m’avait prêté L’Inconnu du Nord -Express. Heureusement, car quand elle a voulu nous le passer en entier à la fin de l’année, mes camarades ont protesté (« le noir et blanc, ça fait mal aux yeux »). Puis se sont jetés sur Independance Day, suite à l’invitation de la classe d’à côté. J’ai été soulagée d’entendre la sonnerie de la fin de l’heure de cours, même en n’ayant pas vu la fin de cette grosse machinerie hollywoodienne. Pendant l’année, Mme R. m’avait très gentiment prêté, aussi, Le Faucon maltais, qui m’a laissée perplexe, et Corinna, Corinna, beau et solide film antiraciste. Je l’ai aujourd’hui, en DVD. Thank you, Mrs R.!

Enfant, j’ai vu quelques vieux films de La Dernière Séance, animée par Eddy Mitchell. Je me souviens de Prince Valiant, celui qui coupe une plante pour arriver à respirer sous l’eau, qui poursuit en vain le Chevalier noir, qui tombe amoureux de la belle Aletha, promise à un autre… et qui a pour ami d’enfance un autre Viking, Voltar, qui a son franc-parler : « Un signe ne vaincra pas Sligon ! » Par contre, un bon coup d’épée dans le dos du traître en question, si. Et Les Vikings, justement, avec un conflit fraternel souterrain, Janeth Leigh à nouveau en prix du vainqueur, et, scène époustouflante, Kirk Douglas en prince viking, marchant sur les rames enflammées d’un drakkar mortuaire.

À l’adolescence, je me suis mise au Cinéma de minuit (saint Patrick Brion, etc., bis). Ma mère enregistrait le film le dimanche soir, puis je le regardais le samedi après-midi suivant. Parfois, mon père venait « lire le journal », pendant que je regardais le film. Et donc, mon père regardait le film avec moi. Parmi les dizaines de films, que retenir, quelles titres écrire ici, et sans me tromper d’époque de visionnage ? Tant pis, je me lance. Les westerns avant Leone : John Ford, Howard Hawks, Delmer Daves, le menton sexy de Kirk Douglas. Les films avec Errol Flynn : L’Aigle des mers, Capitaine Blood, Robin des bois (aussi bien que le Disney). Bette Davis dans Eve. Richard Burton et Elizabeth Taylor dans Cléopâtre. Gene Tierney dans Laura. Suzy Delair dans Quai des orfèvres (impossible de la relier à Madame Pivert des Aventures de Rabbi Jacob à l’époque). Les films de Carné, Duvivier, Grémillon, avec ou sans Gabin jeune (plutôt avec). Barbra Streisand dans son film Yentl. La même dans On s’fait la valise, doc ? Bernadette Lafont dans La Fiancée du pirate. Françoise Fabian, Dominique Blanc et ? et Pierre Arditi dans Plaisir d’amour. Marcello Mastroianni dans Les Nuits blanches. Gassman, Sordi, Tognazzi dans Les Nouveaux Monstres. Alain Delon dans Rocco et ses frères. Et le très beau Vittorio de Sica, si jeune alors, dans Il signor Max et Ces hommes, quels mufles ! Que j’ai retrouvé, plus tard, toujours aussi élégant, dans Madame de… Bon, je m’arrête ici, sur la valse de George van Parys dans ce joyau de film.

Passons aux émissions et documentaires. Oh ! Mais aussi… au duo anglais déjanté d’Ab’Fab’ ! Absolutely Fabulous, feuilleton anglais, diffusé le samedi en début de soirée sur cette nouvelle chaîne du service public, ARTE, que je suis depuis le premier mouton (les fans d’ARTE me comprendront, les autres chercheront ce générique fameux des débuts de la chaîne).

J’enchaînais avec Histoire parallèle, de et avec Marc Ferro. Et le dimanche après-midi, sur la Cinquième, j’ai un temps suivi l’émission historique de Laurent Joffrin : Chantons sous l’Occupation, La Délation sous l’Occupation, Le Voyage d’Automne.

Retour sur ARTE le dimanche soir, pour les dessins animés anciens. Quand j’étais petite, j’étais plutôt Ça Cartoon ! sur Canal +, en clair. Sur la même chaîne, enfant, je suivais, plus ou moins avec l’autorisation de mes parents, Les Nuls (« Mais où ai-je mis mon stylo ? »). Bon, en fait, j’avais le droit de regarder l’émission en famille (mes parents, mon demi-frère, ma demie-sœur, plus grands que moi) uniquement le samedi soir, mais j’arrivais parfois à regarder quelques bribes des émissions de la semaine. Puis, ce furent Les Guignols et Les Deschiens, autres éclats de rire quotidiens, heureusement pendant de longues années. J’ai parlé ailleurs des spectacles de danse contemporaine, et de marionnettes de Philippe Gentil, vus avec mes parents à Paris. J’ajoute ici les spectacles de la troupe Deschamps-Makeïeff, celle des Deschiens et d’autres intermittent·es du spectacle. Que de rires et d’émotions, là encore.

Au cinéma, je suis allée voir…. non, attendez, je vais tout de même parler des quelques séances ciné avec mes amies : certains Disney des années 90, vus avec ma meilleure amie F., sa sœur aînée, amie de collège de ma demie-sœur, et ma demie-sœur. Je garde un meilleur souvenir de ses séances de cinéma amicales que de quelques-uns des films vus : autant La Belle et la Bête m’avait enthousiasmée, et j’avais été stupéfaite de la nouveauté graphique de Toy Story, autant Le Roi Lion et Aladin ne correspondaient pas à mes images de l’Afrique et du Moyen-Orient. Et je trouvais leur dessin laid.

Quant à Titanic, je l’ai vu à sa quarante-sixième semaine d’exploitation à guichets fermés (au moins), une des seules fois où j’ai cédé à la mode et à l’invitation d’une amie, et où je m’en suis bien repentie. En effet, le groupe d’amies et de mères dont je faisais partie était dispersé dans la salle, au vu de l’abondance du public. Du coup, je n’étais pas à côté de l’amie qui m’avait invitée. Et, je me suis ennuyée, quelque chose de bien, à cet énorme chose croulante, et bien patriarcale. Oui, parce qu’à cette époque, j’avais lu et relu Le Deuxième Sexe, et lu La Drôle de guerre des sexes dans le cinéma français, mes deux piliers critiques du moment – qui sont toujours là aujourd’hui, d’ailleurs. Donc, la scène soi-disant ultra-romantique où machin soutient chose sur le pont arrière du bateau…. non merci. Quant au reste… quel ennui !

Par contre, j’ai été prise jusqu’aux larmes par La Vie est belle, celle de Benigni, film vu avec mon amie Sarah, ma meilleure amie du collège. Quelques années auparavant, nous avions vu Anastasia, de Don Bluth. À la sortie, j’avais dit mon agacement devant l’anti-communisme primaire de ce film. Sarah m’avait alors raconté qu’un de ses grands-pères avait dû fuir l’URSS, à cause de l’antisémitisme qui y régnait. Du coup, je me suis tue. Pour le film de Benigni, nous étions d’accord : très grand.

Pour les films vus seule, outre les films anciens vus seule et les films récents vus avec mes parents à Paris, dont j’ai parlé ailleurs , il y a quelques films récents, vus à Auxerre dans les années 90. En vrac : Matilda, James et la Pêche géante, Le Mariage de mon meilleur ami, Austin Powers, Mon beau-père et moi, Mafia Blues, les James Bond avec Pierce Brosnan, Chapeau melon et bottes de cuir. Et le premier Star Wars, repris en version restaurée en 99, si mes souvenirs sont bons. Mon demi-frère m’a alors prêté ses VHS de L’Empire contre-attaque et du Retour du Jedi. Je suis alors allée voir l’épisode un de Star Wars, La Menace fantôme, qui m’a déçue : beaucoup d’effets spéciaux, peu de scénario.

Quand les images deviennent une pensée

Au cinéma d’Auxerre, j’ai aussi vu mon premier Truffaut : Jules et Jim, suivi, la semaine suivante, des Deux Anglaises et le Continent. J’ai réussi, adolescente petite-bourgeoise gâtée que j’étais, à persuader mes parents de m’acheter les romans tout de suite. Et quelle merveilleuse soirée j’ai passé dans ce même cinéma, pendant mon année de Quatrième : Un Américain à Paris, sur le très grand écran de la plus grande salle, puis intervention de Leslie Caron en personne. Quelle émotion de la voir en vrai ! Puis, pour finir la soirée, mon premier Lubitsch : La Veuve joyeuse, Maurice Chevalier qui accentue son accent français, Jeannette MacDonald qui tourbillonne, Edward Everett Horton qui fait très bien le « oui oui, bien sûr… mais comment ?? », comme dans Top Hat et d’autres films sublimes.

Moins sublimes, parfois bien, ces quelques films vus pendant mes deux voyages scolaires en Italie (Quatrième et Première). Toujours en vrac, sans rappel chronologique : Le Grand Bleu (tellement ennuyeux que je ne suis pas arrivée à m’endormir devant) ; Sleepy Hollow (oui, j’ai bien dormi, merci) ; La Septième Porte (j’ai beaucoup aimé) ; euh… aucun autre souvenir.

Je terminerai cette partie par un hommage à mon professeur de français de Seconde, monsieur D.. Pendant cette année-là, 1999-2000, il nous a appris à regarder un film, grâce à Une partie de campagne, de Renoir. Nous avions déjà étudié la nouvelle de Maupassant. Monsieur D. nous a décomposé le film, par plan, si je me souviens bien. Merci, monsieur D.

Pour citer cet article : Tiphaine Martin, « Bidulbuk et Cie. Mon palimpseste cinématographique, télévisuel, musical, 1984-2002. Partie I. », Voyages autour de mon cerveau, août 2026. URL : https://vadmc.hypotheses.org/32675

« Lâcher son voile et partir en hélicoptère : Les Aventures de Rabbi Jacob » VADMC

Lâcher son voile et partir en hélicoptère : Les Aventures de Rabbi Jacob

C’est, peut-être, le plus beau « non » de l’histoire du cinéma, qu’il soit français, européen, occidental, mondial. En toute objectivité, bien entendu. C’est un non au voile féminin, donc un oui aux cheveux libres , dans Les Aventures de Rabbi Jacob (Gérard Oury, 1973). Et un grand oui au coup de foudre réciproque, à l’amour.

Ce propos arrive à la fin du film, alors que les deux héros, l’industriel français Victor Pivert (Louis de Funès) et le « leader du Tiers-Monde » Mohammed Larbi Slimane (Claude Giraud) ont échappé à mille dangers depuis la veille au soir. En effet, Slimane, originaire d’un payas arabo-musulman non nommé, est recherché par le sinistre colonel Farès (Renzo Montagnani) et ses tueurs (Malek Kateb, Pierre Koulak et Gérard Darmon), qui veulent maintenir l’ordre capitaliste dans leur pays. Slimane, lui, est à la tête de la révolution, mais a dû fuir, pour sa sécurité.

Le contexte implicite de cette partie du film est l’enlèvement, puis le meurtre, du chef de file des mouvements anticapitalistes et anti-dictatoriaux du Tiers-Monde et du continent africain, Medhi Ben Barka. Homme politique marocain, il a été enlevé devant la brasserie Lipp à Paris, dans le sixième arrondissement, en 1965. Soit juste en face du café Les Deux Magots, où le personnage Slimane est enlevé, plus de sept ans après.

Notons au passage notre déception de spécialiste de Simone de Beauvoir : l’écrivaine ne fait pas de figuration dans cette scène, ni à la terrasse ni dans la salle d’un de ses cafés parisiens favoris. Il est vrai que dans les années 1970 la célébrité l’avait contrainte à écrire chez elle, sans oublier que la santé chancelante de son compagnon Jean-Paul Sartre l’accaparait.

En 1973, il n’est pas besoin d’expliciter le contexte de l’enlèvement de Slimane, encore présent à l’esprit des spectateurs et spectatrices françaises, mis à part la phrase d’un des tueurs de Farès (« ça [l’enlèvement d’un dirigeant politique à Paris] a déjà été fait »). Le public de l’époque s’attend donc au décès violent de Slimane, lors de son emprisonnement, en Normandie, dans une usine de chewing-gum, par Farès et ses hommes.

Ce qui n’est pas le cas, car Victor Pivert sauve malgré lui Slimane. Pivert, lui, est un bourgeois français à tendance monarchiste, raciste et antisémite. Sa fille se prénomme Antoinette, comme la dernière reine de France, moins le premier prénom. Il râle contre les touristes allemands, belges et suisses qui visitent la France en voiture, bloquant la route vers Paris : « On n’est plus en France ici ! » Il s’offusque de voir un couple amoureux s’embrasser avec grand plaisir à la sortie d’une église de campagne, parce que « la mariée, elle est noire », tandis que le marié a la peau blanche. Surgit alors la douce ironie des scénaristes (Gérard Oury, Danièle Thompson et Josy Eisenberg), avec un clin d’œil au premier grand rôle de de Funès, dans Le Gendarme de Saint-Tropez (Jean Girault, 1964). Elle et ils chargent un gendarme lambda (Clément Michu) de répondre à la diatribe raciste de Pivert, d’un air ahuri : « Et alors ? » Oui, et alors, où est le souci ? Aucun, sinon pour les gens racistes.

Oh, pardon, il est vrai que Pivert n’est pas raciste du tout, selon ce qu’il réplique à son chauffeur Salomon (Henri Guybet)… Les scénaristes ont pensé à l’habituelle dérobade des gens racistes, qui se cachent derrière leur absence d’arguments, quand ils sont accusés de racisme. Ce qui est le cas de Pivert, qui passe à un autre sujet, le mariage de sa fille. Pivert est ensuite estomaqué d’apprendre que son chauffeur Salomon est de confession juive, ainsi que toute sa famille, dont son oncle Jacob (Marcel Dalio), qui arrive justement de New York. Il en fait aussitôt part à son épouse Germaine (Suzy Delair), qui l’appelle au téléphone fixe de sa voiture. De même que le gendarme, Germaine lui réplique : « Et alors ? » Il n’y a toujours pas de problème à ce que des Français soient différents, soit, ici, de religion autre que catholique. Question post-film : Pivert sait-il qu’il y a des Français·es, en France, en 1970 et années suivantes, qui sont athées ? Les Aventures de Rabbi Jacob prônant l’œcuménisme, cette question restera sans réponse.

Plus tard, Pivert est à la recherche d’une dépanneuse pour sa voiture, tombée dans une mare, suite à une mauvaise manœuvre de Salomon, qu’il licencie. Heureusement, le toit de la voiture est recouvert par le hors-bord de Pivert, qui flotte. L’industriel est d’autant plus pressé de rentrer à Paris que sa fille Antoinette (Miou-Miou ) doit épouser Alexandre (Xavier Gélin) le lendemain, à la cathédrale parisienne Saint-Louis-des-Invalides. Comme dirait l’humoriste Fernand Raynaud, c’est « Un mariage en grandes pompes » (titre d’un des ses sketchs de 1964) qui se prépare. Cette union est dans la logique de deux familles bourgeoises catholiques françaises qui unissent leurs enfants dans les années 1970. En effet, la deuxième vague des féminismes français ne semble pas avoir impacté cette micro-société.

Notons également que Xavier Gélin hérite du rôle peu flatteur d’imbécile. En effet, outre le vif chuintement de son élocution, il incarne ici un jeune bourgeois cramponné à ses parents, un général et son épouse au foyer (Jacques François et Denise Péronne). Chahuté par ses amis venus à la noce, il n’est pas très intelligent ni adroit, et acrimonieux. Nous nous moquons de lui dès sa première réplique, pour ensuite le prendre en grippe. Les scénaristes, heureusement, nous prépare un retournement de situation à la dernière scène… 

En attendant, Slimane emmène Pivert dans sa cavale, comme otage. Le but de Slimane est de retourner dans son pays en avion et de devenir premier ministre. Leurs parcours semé d’embûches les conduit notamment à se travestir en rabbins. Toutes ces épreuves amènent Pivert à détruire et son racisme et son antisémitisme. Il apprend que Slimane est un être humain comme un autre, de même pour les juifs et les juives, et que la religion juive vaut la religion catholique. Il apprend même à respecter son ex-chauffeur, Salomon, qui tire Slimane et Pivert d’un mauvais pas.

Pivert pense même à résoudre le déjà long conflit israélo-palestinien en demandant à Salomon et  Slimane s’ils ne seraient pas « un peu cousins ». Les deux personnages renâclant à cette parenté, la scène se termine par les remerciements de Slimane à Salomon, pour l’aide qu’il leur a apportée. Slimane et Salomon se serrent alors la main. Comme pour tout accord politique, si nous continuons sur la lancée de Pivert, ce serrement de main ô combien symbolique est filmé en gros plan. Mais n’aura aucun impact, hélas, sur la réalité politique et humaine du Moyen-Orient.

Place donc au final, sur l’esplanade de Saint-Louis-des-Invalides, avec, entre autres, Farès, ses tueurs, Slimane, le véritable Rabbi Jacob, Pivert, son épouse Germaine. Sont également là, logiquement, leur fille Antoinette, tout en coiffe serrée masquant ses cheveux, long voile blanc et longue robe blanche, et leur futur gendre Alexandre. Et toute la noce d’A. et A. C’est alors qu’un ministre français (André Falcon) a l’idée d’atterrir sur l’esplanade en hélicoptère, afin d’amener ensuite Slimane dans son pays.

La révolution a triomphé, Slimane a été nommé, non pas premier ministre, mais président de la république. Certes, il n’a pas pu retenir la jolie rousse rencontrée à Orly, et il a été soulagé de ne pas se fiancer avec la jeune juive rousse, mais au physique qui n’a pas attiré son attention, qu’on lui a présentée dans sa cavale. Mais le principal est là : il a réussi ! Enfin, comme le déclare Pivert avec jubilation : « Nous avons réussi ! »

À Saint-Louis-des-Invalides, les pales de l’hélicoptère font alors reculer tout le monde par leur puissance. Et les chapeaux de ces dames s’envolent, et les habits de ces messieurs claquent au vent. Et le bonnet de bain fleuri, pardon, la coiffe de mariée d’Antoinette, ainsi que son voile, sont arrachés. Heureux hasard ou bienheureuse coïncidence, son voile vole jusqu’à Slimane :

Antoinette (levant les yeux vers Slimane) – Mon voile, rendez-moi mon voile.

Slimane (souriant) – Non.

 

Bien sûr que la réponse de Slimane est négativo-charmante, puisque le coup de foudre existe, d’autant plus qu’Antoinette a les cheveux roux. Et la « grande main poilue » (dixit Pivert)  de Slimane s’enlace à la main menue, gantée de blanc, d’Antoinette. Il la conduit à l’hélicoptère, où ils s’embrassent avec fougue, longuement.

Ils s’envolent, sur un air lyrique de Vladimir Cosma. Longue vie à eux !

 

 

Pour citer cet article : Tiphaine Martin, « Lâcher son voile et partir en hélicoptère : Les Aventures de Rabbi Jacob », Voyages autour de mon cerveau, février 2026. URL : https://vadmc.hypotheses.org/28278