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Bidulbuk et Cie. Mon palimpseste cinématographique, télévisuel, musical, 1984-2002. Partie II.

Entendre, apprendre, transmettre

Je vais commencer cette seconde partie par un hommage à mon professeur de musique de collège, monsieur Martin – aucun lien de parenté, juste une fine plaisanterie de temps en temps : « Alors, mademoiselle Martin ? – Oui, monsieur Martin ? – Vous nous jouez quoi à la flûte ? – “Les Chariots de feu”, de Vangelis. » Non pas pour m’avoir obligée, comme toute la classe, à chanter seule depuis ma place chaque chanson apprise par cœur en Sixième puis en Cinquième, ni parce que j’ai eu des très bonnes notes en flûte à bec pendant quatre ans, au vu de mes entrainements quotidiens chez mes parents. Mais pour deux choses :

  1. avoir remis à sa place, pédagogiquement, une… hum… une camarade de Troisième, qui voulait qu’on apprenne une chanson des 2B3 (prononcer « tou bi threeeee »), un de ces horribles « boys band » qui ont fleuri (sic) à la fin des années 90, pile pendant mes années collège. Après avoir dû supporter les Pokémon en primaire, je n’étais pas prête pour une autre vague de médiocrité. Or donc, monsieur Martin nous a expliqué que les « boys band » et les « girls band » étaient fabriqués par type physique, afin de plaire à une pléthore de décérébré·es, de fans, pardon. Et que les chansons étaient calibrées pour plaire à la même foultitude. Mine dépitée de la camarade. Joie intense de moi. Qui, mais si mais si, avait fait l’effort d’écouter, sur le walkman d’amies, une chanson de chaque groupe en question. Je précise également que : a) le paysage musical des années 90 était particulièrement horrible, avec toutes ces chanteuses qui criaient au lieu d’articuler, tous ces groupes pré-fabriqués, d’un côté, et de l’autre, des chanteurs marmonnants leur envie de suicide en se regardant le nombril ; b) que lesdits groupes pré-fabriqués ont brisé des amitiés de maternelle, car il n’était pas question, si j’ai bien compris, d’aimer les trois groupes. Comme pendant la Première Guerre mondiale, il fallait être soit du côté de la Triple Entente, soit du côté de la Triple Alliance. La cour de récréation du collège s’est transformée en guerre des tranchées, jusqu’à ce que le mondial de football de 98 mette tout le monde d’accord.
  2. nous avoir appris, à la fin de la Troisième, à regarder une musique de film. Je m’explique : monsieur Martin avait fait un montage, sur une VHS, d’extraits d’Indiana Jones, de Star Wars et de Rambo. Il nous a projeté plusieurs fois ces extraits, sur la télévision roulante du collège, en nous faisant écouter l’arrivée du thème du héros, par exemple, qui précède/accompagne l’action. Ou comment le thème d’amour se mêle et remplace le thème du héros.
  3. oui je sais, ça fait trois choses, et alors ? Dans le picon-citron de Marius, il y a bien quatre tiers. Bon, je reprends : nous avoir/m’avoir fait découvrir, entre autres, le continent irlandais, grâce aux chansons des Cranberries : « Zombie », « Just my imagination », « In the Ghetto » ; et grâce à un des spectacles de River Dance, dont je ne suis toujours pas sortie, plus de trente ans après. Et pour m’avoir fait découvrir que John Lennon était aussi un chanteur tout seul, qui avait composé cet hymne pacifiste qu’est « Imagine ».

Merci, monsieur Martin !

Avant les chansons et les musiques au collège, il y a eu celles en Maternelle (sic et re-sic pour le sexisme de cette appellation) et en Primaire. Dans mes toutes premières années de scolarité, j’ai appris, dont je me souviens : « Hérisson », « Nage, nage », « Bel escalier », « Petit Sapin », « Flocon papillon », d’Anne Sylvestre ; « Par les prés, par les bois », « Toi mon petit âne », de Raymond Fau ; « Petrouchka » et « Une fleur m’a dit », de Mannick ; « Un petit hamster », de Jo Akepsimas. Puis, en Primaire (sic et re-sic pour le côté « primitif » de cette appellation) : en CE1, mon institutrice, Nelly, nous avait fait écouter Piccolo & Saxo. Je m’étais alors drapée dans un sentiment – secret, je l’espère a posteriori -, de supériorité, car je connaissais ce conte musical depuis toute petite, ainsi que deux de ses suites, Passeport pour Piccolo & Saxo (mon favori), Piccolo & Saxo et le cirque Jolibois (bof au niveau de l’histoire, et puis, le cirque qui maltraite les animaux, sans façon !). En CM1, Jean-Paul, décharge de mon instituteur Francis et mari de Nelly, nous avait fait apprendre : « Santiano » et « Le Petit Âne gris » (non, je ne pleure pas), d’Hugues Aufray ; « Fye-Faye » (un crapaud qui « jouait du banjo ») ; « Les filles de Redon ». En CM2, Claudine, décharge de Francis, nous avait fait apprendre « San Francisco », de Maxime Le Forestier. Que de très bons souvenirs.

Ce qui m’amène, naturellement, aux spectacles de l’école. J’ai parlé, dans ma première partie d’article, du spectacle de Moyenne Section, à partir du Magicien des couleurs.

Quand j’étais en primaire, en CP puis au CE2, mon institutrice (la même), Jo, nous avait fait écrire des poèmes en vers libres : 1) rêves d’escaliers et d’échelles ; 2) la violence. Puis, un comédien était venu à l’école pour nous faire travailler ces poèmes et on avait fait un spectacle à la fin de l’année, dans la salle de répétition, en bas de notre école.

En CM1-CM2, Jean-Paul, la décharge de Francis, nous a fait apprendre des poèmes (Prévert et autres) et on a fabriqué un spectacle de poésie, que l’on a fait devant nos parents dans une salle de l’École normale d’Auxerre, non loin de notre école primaire.

En CM2, Francis nous a fait adapter un conte sénégalais, « Bakari » : on a transformé le conte en pièce de théâtre, puis on a peint les décors sur de grands draps blancs, puis nos mères et grands-mères ont cousu nos costumes. Puis, on a répété et on a joué, dans la « salle de théâtre » de l’École normale d’Auxerre. J’incarnais une partie du héros, joué par trois d’entre nous : Justine, une élève de CM1 (classe double), moi, Noëllie, une amie de CM2. Je faisais la partie où Bakari, rejeté par les villageois·es, trop trouillard·es pour combattre le monstre à trois têtes qui terrorisent leur village, part rencontrer trois marabouts, qui vont lui donner un conseil ou une amulette. En échange, Bakari leur donne un lingot d’or. Ces fichus lingots étaient trois ballons de hand-ball, entourés de papier doré, que je portais dans un sac de jute. Certes, j’étais grande et j’avais quelques muscles, mais c’était lourd. Est-ce pour cela que j’ai vibré, très très longtemps après, au Train sifflera trois fois ?

Je tiens d’autant plus à raconter tous ces souvenirs de Primaire que Jo, Nelly et Francis sont aujourd’hui décédés. Ils me manquent.

Les musiques héritées

Passons maintenant à la maison, à la famille. Comme pour la télévision et les films, il y a ma grand-mère maternelle et mes parents. Chez ma grand-mère, il y a une France qui s’étend des années 1930 aux années 1960 :

  • Fernand Raynaud, un 45T et un 33T de sketchs ;
  • Les Compagnons de la chanson, en vinyle ;
  • Jacques Lantier, en vinyle  ;
  • Les Frères Jacques, en vinyle ;
  • la bande originale du Bal, d’Ettore Scola, en vinyle  ;
  • Gilbert Bécaud, en vinyle et en CD, sa Bécaulogie ;
  • La Valse des patineurs, d’Émile Waldteufel, en vinyle tout petit ;
  • Sur un marché persan, de Ketelbey, en vinyle ;
  • le coffret vinyle 33T Pleins feux sur Franck Pourcel.

De ce coffret, je me souviens de : « La chanson de Lara », Sibelius, « Chariot ». J’ai mis des années à trouver son interprète, Petula Clark, mais j’ai réussi, quand j’étais étudiante à Paris, grâce à l’émission de Pierre Lescure et Dominique Besnehard sur les années 60. J’étais très heureuse.

Il y a aussi le duo Stone et Charden, via « Le prix des allumettes », entendu à Fa Si La Chanter. Comme j’avais adoré cette chanson, ma grand-mère, me gâtant comme toujours (oui, et alors ? des jaloux dans la salle ?), m’a offert la K7 audio de tubes de Stone et Charden, que j’ai retrouvé il y a peu en CD, en une bouffé de bonheur. Marcel P., c’est toi là-bas dans le noir ?

Chez mes parents, le paysage change complètement. Il est beaucoup plus marqué par les années 1960-1990 et par une ouverture internationale, en CD et en vinyle :

  • Anne Sylvestre et son répertoire adulte ;
  • Bruce Springsteen, Born in the USA ;
  • Renaud ;
  • Yves Simon ;
  • Maxime Le Forestier ;
  • Françoise Hardy ;
  • Marie Laforêt ;
  • Cat Stevens ;
  • la bande originale du Lauréat, portée par Simon & Garfunkel ;
  • Gene Vincent ;
  • Eddie Cochran ;
  • Jacques Higelin, Tombé du ciel, surtout ;
  • Georges Brassens ;
  • Boby Lapointe ;
  • Vivaldi et son Concerto pour mandoline en ut majeur, RV 425, subi mis à chaque Noël.

Pour ce qui est de Cat Stevens, Gene Vincent et Eddy Cochran, en vinyle, je les ai écoutés et réécoutés à l’adolescence, en faisant des parties de solitaire sur le PC de mon père, ou en faisant du repassage, dans le bureau de mon père donc.

Ma musique à moi-je

Bon, maintenant, ma musique à moi-je, en vinyle, en K7, puis en CD :

  • Anne Sylvestre, côté Fabulettes ;
  • Imbert et Moreau ;
  • Mannick ;
  • Jo Akepsimas ;
  • Pierre Lozère (vu en concert à la bibliothèque musicale d’Auxerre, joie !) ;
  • Henri Dès ;
  • Raymond Fau ;
  • une K7 de La Flûte enchantée (le petit ménestrel) ;
  • un 45T de l’histoire de Peter et Elliot le dragon.
  • un coffret CD de La Flûte enchantée et celui des Nozze di Figaro, pour mes dix ans, en même temps qu’un poste radio-cd-k7, couleur bleu nuit, que j’ai gardé jusqu’en 2007, date de mon départ pour l’université Paris VII en Master 2, puis en thèse, pendant mes trois années à la Cité Internationale Universitaire, à la Maison de la Suède, puis trois mois au Kremlin-Bicêtre, puis six mois d’Erasmus à Bologne, puis retour au Kremlin-Bicêtre ;
  • coffret vinyle illustré de Pierre et le Loup, chez Duculot ;
  • Les Lettres de mon moulin, par Fernandel ;
  • Piccolo & Saxo, comme expliqué plus haut.

Bref, j’ai une enfance terrible (au sens Johnny Hallyday du terme), comme vous pouvez le constater.

Pendant mon adolescence, il y a eu les CD empruntés à la bibliothèque municipale d’Auxerre, la Jacques Lacarrière :

  • Claude François ;
  • Charles Trenet ;
  • Françoise Hardy 89 ;
  • Jane Birkin ;
  • Pierre Dac ;
  • Les Maîtres du mystère ;
  • les livres audio : La Mariée était en noir, La Nuit du renard ;
  • Fellag ;
  • Offenbach.

J’ai découvert Offenbach sur ARTE, par Orphée aux Enfers, version Marc Minkowski. Étudiant le latin depuis la Cinquième et attendant d’être en Troisième pour commencer enfin le grec ancien, j’ai évidemment adoré la parodie du mythe antique d’Offenbach et de ses librettistes. J’ai continué mon exploration du monde d’Offenbach par La Belle Hélène (youpi, l’opéra-bouffe a donné son nom à la glace !) et Les Contes d’Hoffman, puis par un CD regroupant Les Dames de la Halle, Pomme d’Api et Monsieur Choufleuri. Aujourd’hui encore, je continue à découvrir l’œuvre d’Offenbach avec ravissement, après avoir appris deux trois choses sur sa vie son œuvre sur France musique, au début des années 2000, dans l’émission du regretté Benoît Duteurtre, « Étonnez-moi Benoît ».

Il faut que j’ajoute aussi que mes débuts avec Charles Trenet ont été compliqué. En effet, monsieur Martin, mon professeur de musique de collège, quand j’étais en sixième, nous a fait apprendre comme première chanson « Je chante », soit l’histoire d’un suicide. Je m’étais dit, en mon for intérieur, que les cours de musique allaient être bien ennuyeux et bien sombres. Et que je n’allais certes pas écouter autre chose de Trenet. Comme je vous l’ai dit au début de cet article, j’ai adoré mes cours de musique. Quant à mon écoute de Trenet, elle est devenue virale pendant mon année de Cinquième (ou de Quatrième, je ne sais plus). En effet, à Fa Si La chanter, une des chansons à découvrir était « Boum ». Et là, j’ai tout de suite accroché, et je suis allée emprunter un CD de Trenet à la discothèque municipale. C’est là que mon long compagnonnage avec Trenet et ses chansons a commencé. Ceci étant dit, j’ai toujours du mal avec « Je chante ».

Par contre, sa naissance à Narbonne, où je suis allée pendant dix ans et plus avec mes parents en vacances, l’été ou à l’automne, a fortement plaidé en sa faveur. Ainsi, quand j’ai entendu « La Mer » pour la première fois, j’ai tout de suite visualisé ce dont il parlait. Parce que quand on est au-dessus de Narbonne-Plage, sur la colline, et qu’on voit la mer, c’est bien une mer avec « reflets d’argent/le long des golfes clairs », comme dans la chanson de Trenet. Ce n’est pas la mer pailletée d’or comme à Capri, quand j’y suis allée en 2011, quand j’étais en Erasmus à Bologne. Effectivement, tout autour de Narbonne, dans la campagne, il y a aussi ces étangs dont Trenet parle dans « La Mer ». Adolescente, je n’ai pas pris « La Mer » comme une chanson ultra célèbre, de toute façon, je ne le savais pas, mais vraiment comme une chanson locale, régionale, d’un coin aimé.

Sans surprise, Trenet est devenu mon chanteur favori, à partir de ce moment-là. Je n’ai jamais trouvé, dans la musique de mon adolescence, un·e artiste qui me convienne, puisque j’étais, sinon, coincée entre les artistes commerciaux fabriqués à la chaîne (voir plus haut), les chanteuses à la voix en sirène d’alarme et les dépressifs marmonnants, pompeux et nombrilistes adoubés par France Inter, Télérama et Les Inrockuptibles. Le côté fabrication commerciale d’artistes m’a, cependant, permis de ne pas être trop surprise par les émissions de télé-réalité du début des années 2000, puisque c’était une logique similaire.

Ce qui me rappelle une autre forme de souffrance sonore : la « musique » dans les supermarchés. J’ai entendu tous ces tubes en CD quand j’étais étudiante à Paris. Tout cela est dû à mon écoute, en 2008, d’une émission de France Inter sur la musique en Mai 68. Dans cette émission, j’avais retrouvé, heureusement pour moi, la chanson « California Dreamin’ » que j’avais entendue dans Three Times de Hou Hsiao-hsien et que je cherchais depuis. Après avoir écouté cette émission, j’ai emprunté un super coffret de musiques des années 60 à la Médiathèque musicale à Paris. Et je me suis dit que j’allais continuer mon exploration musicale des tubes de la musique populaire dans les années 70, 80, 90, 2000. Ce que j’ai fait. Quand j’en suis arrivée aux années 80, je me suis aperçue à ma grande horreur que je connaissais toutes les paroles de quasiment tous les tubes que j’entendais dans les coffrets que j’avais empruntés. Gloups. Vite, une cure de Maurice Chevalier ! (Autre découverte d’adolescence.)

Par contre, je ne me souviens aucunement des musiques qui passaient dans les boums auxquelles j’ai assisté, soit à la fin des voyages scolaires de primaire et de collège : en CM1 à Saint-Aignan, dans le Morvan ; en CM2 à Six-Fours ; en Sixième à Super-Besse ; en Cinquième à ? (classe de neige), soit chez une amie, M., à la fin de notre année de CM2. Juste le souvenir de mon incapacité à danser. Ceci dit : 1) en CM1, j’ai pris plaisir à observer mes ami·es et camarades danser ; 2) en CM2, à Six-Fours, j’ai finalement dansé, grâce à mes amies, qui se sont relayées pour m’encourager ; 3) en Sixième, je me suis vaguement dandiné cinq minutes ; 4) en Cinquième, j’ai dansé un slow (oui, je suis une dinosaure) avec un ami de maternelle, A. Pour ce qui est de la boum de fin de CM2, chez M., elle a été gâchée par les histoires d’amours contrariées des uns et des autres – sauf moi, au-dessus de la mêlée. Conclusion : ma danse à moi passait ailleurs, par la danse contemporaine.

Quittons le terrain de proximité pour partir, brièvement, à la radio : tant enfant qu’adolescente, je n’écoutais pas beaucoup la radio. Mes petits-déjeuners, en compagnie de mon père, étaient rythmés par les infos et la météo de Jacques Kessler, sur France Inter. C’est à ce moment-là que j’ai appris le décès de Roald Dahl, un de mes écrivains favoris, depuis que j’avais appris à lire avec Le Doigt magique. Mes céréales ont eu un drôle de goût, tout d’un coup. Bien plus amusante était l’écoute, chaque dimanche en fin de matinée, de l’émission humoristique « Rien à cirer ». Je me souviens, je l’écoutais avec mes parents dans le salon : Laurent Gerra, Anne Roumanoff, Virginie Lemoine, Patrick Font, Jean-Jacques Vannier, Jacques Ramade… et Laurent Ruquier en maître d’œuvre… et un des génériques de l’émission était signé…. Charles Trenet ! Autrement, je me suis mise à France Culture à partir du lycée, comme je l’ai raconté ailleurs , mais uniquement le week-end et pendant les vacances scolaires, bien entendu.

Les musiques imagées

Dernier aspect de mon rapport à la musique, l’écran. Soit la musique de film, écoutée pour retrouver un film, et/ou pour elle-même.

Par exemple : une musique ample, lyrique. Et je vois tout de suite une place italienne écrasée de soleil, avec une église au bout. Puis j’entends la voix de Jean Debucourt (de la Comédie française), parlant à son prêtre favori, Don Camillo (Fernandel), de ses démêlés éternels avec le maire communiste du village, Peppone (Gino Cervi). Un sifflement joyeux : des gendarmes du sud de la France. Une chanson joyeuse et énergique : la fille d’un des gendarmes, qui danse avec ses amies et ses amis, dans un bar de Saint-Tropez.

Le Concerto pour mandolines de Vivaldi dont j’ai parlé il y a quelques pages : L’Enfant sauvage, de Truffaut. Le Concerto pour flautino de Vivaldi : le même film, et sa citation, par cette musique classique, dans Le Pornographe, de Bonello. Des bruits de balles de tennis : Les Vacances de M. Hulot, de Tati. Comment ça, je triche ? Même pas vrai. « Le Grand Choral » de Georges Delerue pour La Nuit américaine, de Truffaut : la chair de poule, la gorge serrée par l’émotion. Le flamboyant Concerto flamand de Maurice Jaubert, ré-enregistré pour La Chambre verte, de Truffaut : idem.

Un groupe de voyous, leurs donzelles, un juge et son épouse, égarés là par la jalousie de leur chauffeur : « Comme de bien entendu », morceau d’anthologie dansé et chanté dans Circonstances atténuantes, de Jean Boyer. Autre comédie de Jean Boyer, Nous irons à Paris, avec « À la mi-août », entonnée par Ray Ventura et son orchestre dans une grange languedocienne, en compagnie de… chut, il ne faut pas le dire, nous sommes sur Radio X, radio clandestine.

Une place ensoleillée, dans l’ouest de la France. Où plutôt non, je préfère le début : un pont transbordeur, autre que celui, marseillais, de Pagnol. Sur ce pont glissant, des camions. La musique du début du film continue. Mais elle s’adapte subtilement aux mouvements des camionneurs, qui s’étirent et font sortir les femmes des camions. Puis, tous et toutes s’étirent encore, puis… se mettent à danser. Jacques Demy, Michel Legrand, les troupes nord-américaines de danseurs et danseuses : Les Demoiselles de Rochefort.

Une salle de bal, en France, à différentes époques, avec le glissement temporel grâce au sublime thème de Vladimir Cosma : Le Bal, d’Ettore Scola. Et toutes les autres musiques du film, sauf les allemandes (période de l’Occupation), et sauf « T’es Ok », à la fin, parce que c’est une chanson horriblement bête.

De là, je passe naturellement à « Parlami d’amore Mariù », citée dans Le Bal, qui est une scène forte en douceur de Ces hommes, quels mufles !, de Mario Camerini. Réalisé en 1932, sous le fascisme, ce film n’a rien d’un film de propagande. Il raconte une histoire sentimentale dans l’Italie populaire de son temps (voir notre article ici).

Terminons ce très bref tour d’horizon de mes listes musicales filmiques par quelque chose de plus rythmé, à savoir la reprise, en mode électro, de « A far l’amore comincia tu », de Raffaella Carrà, dans La Grande Bellezza, de Paolo Sorrentino. Pas besoin de dialogues pour faire ressortir le vide de ces gens riches, très riches, à Rome, dans la seconde décennie du vingt-et-unième siècle.

Hum… non, c’est trop triste. Alors, je conclus par un chant solidaire, entonné par des êtres qui ont envie de porter secours à leur prochain, sous l’égide… d’Euripide : je parle, comme de bien entendu, de « SOS Société » (en VF) au début de Bernard et Bianca, des Studios Disney. Les souris déléguées de chaque pays se lèvent et chantent, sous la photo du fondateur de la société en question, la souris Euripide. Je m’interroge encore sur ce beau, mais très étonnant, choix de patronnage – peut-être déjà présent dans le roman de Margery Sharp, The Rescuers (1959).

D’ici la prochaine étape de mon palimpseste personnel, je vous souhaite beaucoup de curiosité, de découvertes, d’enchantements, de réflexion. À vous les studios !

Pour citer cet article : Tiphaine Martin, « Bidulbuk et Cie. Mon palimpseste cinématographique, télévisuel, musical, 1984-2002. Partie II. », Voyages autour de mon cerveau, août 2026. URL : https://vadmc.hypotheses.org/32826

À bord de l’Aire avec Zaza – Jour 16

Ce carnet de voyage suit les progressions des recherches pour mon exposition Élisabeth Lacoin. Les traces vivantes du Chatfoin, ainsi que mon immersion dans les pas de Zaza : des photographies des lieux visités et de certains documents accompagnent les textes du carnet, pour une mise en bouche apéritive de l’exposition.

Janvier 2022, nouvelle année. Je me replonge dans mes souvenirs du printemps 2021 pour clore le récit de voyage de mes premières approches territoriales du continent Zaza-le-Chatfoin. Nous en restions resté·es à ma journée à Lourdes en compagnie de Françoise, ma guide et mon hôtesse pour cette seconde semaine dans le Sud-Ouest. Ce dimanche 9 mai, après une matinée studieuse et un bon déjeuner, nous partons à Arcangues, joli village typique, avec son église à bateau suspendu dans la travée centrale, son autel doré avec de belles statues de saints…

©Tiphaine Martin

… ses maisons blanches peintes en rouge basque…

Mairie Arcangues

©Tiphaine Martin

…. son terrain de pelote basque…

 

©Tiphaine Martin

… son lavoir à eau autrefois thérapeutique, et…

Lavoir Arcangues

©Tiphaine Martin

 

… son cimetière où se trouve la tombe de l’idole des jeunes des années trente, j’ai nommé Luis Mariano.

 

Tombe Luis Mariano

©Tiphaine Martin

 

Quoique absolument pas fanatique de ses braiments[1] roucoulés à « r » appuyés, j’aime suffisamment l’opérette, l’opéra-bouffe et la comédie musicale pour m’intéresser à ce monument basque-franco-espagnol, dont j’avais lu par hasard la biographie par Jacques Rouhaud et Patchi[2]avant mon départ pour les Landes. Mais je préfère quand même Dario Moreno, son entrain et son souffle de grand interprète de « L’Air du Brésilien » de La Vie parisienne d’Offenbach (1866).

Donc, la tombe de Mariano était très fleurie en ce dimanche de mai, ce qui m’a permis de visualiser l’adoration dont il est toujours l’objet.

Et, sans le savoir, je me suis ainsi psychologiquement préparée au visionnage – merci ARTE et sa programmation estivale – de la version filmée par Richard Pottier en 1956 du Chanteur de Mexico avec, tenez-vous bien et n’éteignez pas votre téléviseur ou votre ordinateur, Annie Cordy, Bourvil et donc Luis Mariano en trio amoureux. Sans commentaire. Mais j’ai eu plaisir à retrouver les vues des maisons rouges et blanches et de place de village basques dans la séquence d’ouverture du film.

Retour en mai et à Arcangues, que nous quittons pour nous rendre sur la plage de Bidart, mais d’un autre côté que celui goûté le 2 mai[3]. Ce dimanche, le temps n’est plus aussi ensoleillé qu’il y a une semaine – à cause de mon départ demain ? Cependant, le vent qui souffle fait de belles vagues et de beaux reflets sur l’océan, tout en accompagnant la progression des nuages dans le ciel bleu, limite Nicolas de Staël.

©Tiphaine Martin

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Un peu brumeuse et déjà nostalgique, je me rends avec Françoise chez son amie Cécile, qui nous accueille à nouveau, tout aussi sympathiquement que l’autre jour[4]. Ensuite, je boucle ma valise, nous dînons en devisant, au dodo et…

©Tiphaine Martin

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Départ le lendemain matin. Ma fidèle cavale bleue s’étant reposée une semaine, elle démarre en hennissant, sentant que les huit cents kilomètres qu’elle va avaler la conduisent à son écurie habituelle. Je presse le bouton de mon autoradio et la Providence/Zaza m’envoie tout de suite un signe. La première chanson qui s’en échappe entonne : « Hasta la vista Señora », soit « Ce n’est qu’un au revoir Madame » en traduction libre. Cette chanson de Ricchi e Poveri se trouve sur un cd de tubes[5] de ce groupe italien des années 80 que j’écoute volontiers, histoire d’entretenir mon italien, bien entendu … et surtout pour cette chanson parsemée d’espagnol, et pour le tube des tubes « Sarà perche ti amo », magnifié par Claude Miller et son interprète Charlotte Gainsbourg dans L’Effrontée (1985). Je reviendrai donc dans le Sud-Ouest.

J’arrête ici mon récit, mon voyage s’étant déroulé sans incident.

 

[1] Pardon les ânes et les ânesses.

[2] Jacques Rouhaud et Patchi, Luis Mariano. Une vie, Bordeaux, Éditions Sud Ouest, 2006.

[3] Cf. Tiphaine Martin, « À bord de lAire avec Zaza – Jour 9 », Voyages autour de mon cerveau, mai 2021. URL : https://vadmc.hypotheses.org/?p=1727

[4] Cf. Tiphaine Martin, « À bord de lAire avec Zaza – Jour 11 », Voyages autour de mon cerveau, mai 2021. URL : https://vadmc.hypotheses.org/?p=1763

[5] Ricchi e Poveri, Greatest Hits, ZYX, 2002.

Pour citer cet article : Tiphaine Martin, « À bord de lAire avec Zaza – Jour 16 », Voyages autour de mon cerveau, janvier 2022. URL : https://vadmc.hypotheses.org/2393

Présentation Chanson St-Etienne

« J’ai rêvé… : récits de voyage en chanson »

Cet article est issu de ma communication au colloque international Langues et chansons : recherches interdisciplinaires, Université Jean Monnet, Saint-Etienne, en 2019.

I. Réduction du pittoresque

Le pittoresque est aujourd’hui un terme connoté de manière négative, puisqu’il désigne ce qui est original, bizarre, et non plus ce qui est digne d’être peint. Le pittoresque est la réduction de personnes ou de lieux, de pays, à une suite de clichés, qui empruntent à l’imaginaire collectif. Ce rétrécissement en dit long sur l’antisémitisme, l’homophobie, le racisme, le sexisme et le spécisme imprégnant les sociétés qui impulsent ces stéréotypes. Comme en littérature et comme en peinture, ceux-ci peuvent se croiser : racisme et homophobie, antisémitisme et sexisme, sexisme et racisme, sexisme et homophobie. Ainsi, les rappeurs français Mystik, Jacky, Neg Marrons, Pit Baccardi, Rohff, Ben-J, dans « On fait les choses » sont à la fois spécistes, sexistes, et homophobes, sur fond d’appels au meurtre :

Je l’ouvre parce que la ferme c’est pour les cochons (…)

J’suis pacha et peut-être cheum, mais j’ai léché plus de nichons que toi (…)

Si je dois te lyncher, j’vais t’lyncher, t’auras beau crier à l’aide (…)

Mon style mérite de faire la une du journal télévisé

Mais on m’a dit qu’c’était des “pédés” qu’ils produisaient

Donc en tant qu’anti-pédé, ton colon je viens briser (…)

Car j’viens mettre mon grain d’sel

Par habitude de tout niquer car soldat universel[1].

Le groupe de chanteurs exhale leur haine et leur rejet ultra-violent des valeurs universalistes de tolérance et d’égalité des animaux humains et non-humains. Les clichés volent, sans aucune distance ni humour. Tout est à prendre au premier degré. Nous sommes loin de la chanson « Mon précieux », du rappeur français Soprano, qui fustige l’addiction aux réseaux sociaux : « Je ne regarde plus le ciel depuis que tu m’as pris mes yeux dans tes applis, baby[2]». Le chanteur-narrateur se met à la place d’un homme qui se laisse engloutir par une « vie digitale »,  sans plus d’envie de sortir en-dehors de sa chambre ni de communiquer avec sa famille, elle aussi engloutie par la virtualité. Aucun rêve ni aucun voyage n’est plus à l’ordre du jour.

Le pittoresque touche d’abord ce que nous appellerons « son ailleurs », c’est-à-dire ce qui nous touche de près : les régions françaises vécues comme exotiques par les Parisiens et Paris vu comme centre d’attraction par les provinciaux. Il en est de la chanson comme de la cuisine :

Le XXe siècle marque l’émancipation des cuisines régionales. Le développement du tourisme, grâce à la démocratisation de l’automobile, y est pour beaucoup : il a désenclavé les territoires, engendré l’exaltation cocardière des savoir-faire régionaux et encouragé l’essor des restaurants[3].

déclare François-Régis Gaudry, dans Mémoires du restaurant, parues en 2006. Nous prendrons un exemple pour chaque catégorie : « Les Marchés de Provence » et « On ne voit ça qu’à Paris ». La première chanson, sortie en 1957, est d’autant plus intéressante que le compositeur et interprète Gilbert Bécaud est originaire de Toulon. Bécaud et son parolier Louis Amade jouent sur les clichés associés à la Provence :

Il y a tout au long des marchés de Provence

Qui sentent, le matin, la mer et le Midi

Des parfums de fenouil, melons et céleris (…)

Voici pour cent francs du thym de la garrigue

Un peu de safran et un kilo de figues

Voulez-vous, pas vrai, un beau plateau de pêches

Ou bien d’abricots ? (…)

Voulez-vous, pas vrai, un bouquet de lavande

Ou bien quelques œillets ?

Et par dessus tout ça on vous donne en étrenne

L’accent qui se promène et qui n’en finit pas[4].

Le chanteur magnifie sa région d’origine : soleil, mer, accent du Sud, nourritures et plantes inconnues au public parisien. Le lyrisme de la musique s’accorde avec la joie de vivre dégagée par le texte. Le pittoresque est revendiqué, par fierté régionale. Il fonctionne comme mise à disposition des points à ne pas manquer par les futur-e-s touristes, tel un guide de voyage. C’est également sur le mode dépliant touristique que la chanson de 1934 « On ne voit ça qu’à Paris » se déroule :

Toutes les villes ont leur beauté

Leur histoire et leur mystère

Et l’on a souvent chanté

Leurs particularités

Mais Paris c’est cent villes à la fois

Paris c’est toute la terre (…)

Venant du Nord, du Midi et de tous les pays

Les étrangers ravis disent sans contredit

Qu’aucune ville n’est aussi romantique que Paris (…)

Devant ce luxe inouï on en reste ébloui

Qu’on vienne du Chili ou de Nagasaki

Aucune ville n’est aussi romantique que Paris[5].

Le début de la chanson souligne le processus du pittoresque, par voilement/dévoilement.  Un inconnu est créé pour attirer la clientèle des voyageurs. Les hyperboles qui suivent visent à magnifier la capitale, qui attire les étrangers les plus éloignés. C’est un écho du Brésilien de La Vie parisienne d’Offenbach[6], qui amasse des fortunes uniquement pour venir goûter aux délices du « gai Paris », ainsi que des Scènes de la Vie de bohème de Murger[7], avec ses petites femmes légères, sa population multi-ethnique, ébaubie et éblouie par la magnificence parisienne :

Ses femmes aux yeux hardis où l’amour chante et rit

On ne voit ça qu’à Paris (…)

Un trottin que l’on poursuit vous fait faire un circuit[8].

Paris se pose comme centre de l’univers, écrasant le reste du monde de sa disponibilité érotique – mais seulement au féminin, pour les hommes. La ville est ainsi personnifiée, de manière classique, en courtisane à prendre.

Les chansons qui parlent d’un ailleurs un peu plus lointain que l’espace métropolitain, concernant les colonies ou ex-colonies d’Afrique, d’Indochine et d’Outre-Mer, sont construites de manière similaire. Nous prendrons « Le Fanion de la légion » comme premier exemple, parmi tant d’autres. C’est une chanson d’Édith Piaf, sur des paroles de Marguerite Monnot et de Raymond Asso, qu’elle crée en 1937, année de l’Exposition universelle, à Paris. La France y expose le pittoresque de ses régions et de ses colonies, qui culmine dans le Centre des colonies. Preuve, s’il en est besoin, du racisme des clichés véhiculés sur le hors-Paris. Dans « Le Fanion de la légion», les coloniaux guerroient victorieusement contre les autochtones :

Les “salopards”, vers le fortin

Se sont glissés comme des hyènes

Ils ont lutté jusqu’au matin

Hurlements de rage,

Corps à corps sauvages,

Les chiens ont eu peur des lions.

Ils n’ont pas pris la position[9].

Le spécisme est utilisé pour renforcer le racisme et le machisme. Il augmente également la gloire des légionnaires, appuyée par le ton triomphant de la chanteuse. Sans surprise, la chanteuse se place du point de vue des assiégés dans leur fortin, à l’instar du cinéaste Julien Duvivier, qui, en 1935, filme l’attaque d’un fortin de la Légion par les « salopards », dans La Bandera. Ainsi, les légionnaires deviennent des héros en tuant des gens qui défendent leur pays. Rappelons que, selon la définition du philosophe Michel Onfray dans sa Théorie du voyage :

Enfermer des peuples et des pays dans des traditions elles-mêmes réduites à deux ou trois idées pauvres rassure, car il est toujours plaisant de soumettre la multiplicité insaisissable à l’unité facilement maîtrisable[10].

Les dominant-e-s enserrent les dominé-e-s dans un cadre étroit.

Concernant les anciennes colonies françaises hors Afrique du Nord, citons « J’m’éclate au Sénégal» du groupe Martin Circus (1971), avec ses tam-tams ; « Sur le Yang-Tsé-Kiang » du duo Charles (Trenet) et Jonnhy (Hess) (1933), avec son « minet, minois, Chinois, sournois » et ses vocalises suraiguës, censées reproduire le ton des conversations chinoises ; « Macumba » de Jean-Pierre Mader, avec son héroïne venue d’une île, qui « danse tous les soirs/ Au rythme des salsas, aux accords des guitares », tout en se prostituant. Une Française d’Outre-Mer ne peut qu’être qu’une prostituée, non une étudiante qui doit faire face au racisme et au sexisme de la métropole, par exemple. Toutes ses chansons sont à prendre au premier degré, rien n’indique dans le ton ni dans la musique qu’il s’agisse d’une dénonciation des colonialismes d’hier à aujourd’hui, ainsi que du sexisme et du racisme de base.

Enfin, les autres pays. Nous nous concentrerons sur les États-Unis, qui montent en puissance politiquement et culturellement au cours du XXè siècle, provoquant de l’attirance, mais aussi du rejet. Les reprises et les adaptations de chansons nord-américaines fleurissent notamment dans l’après-Seconde Guerre mondiale, lorsque la suprématie politique des USA s’affirme. Le «Flower Power » des années 60 a ses adeptes en France, tel le groupe Les Hamsters, avec la chanson du même titre, reprise du groupe australien The Seekers :

Les bleus, les jaunes, les vertes et les roses

Le jasmin, le lilas et la rose

Sont notre unique force de frappe

Nous avons des fleurs pour matraque[11].

L’appel à l’amour et à la non-violence généralisés disent la volonté de la jeunesse de s’aligner sur les mouvements pacifistes d’outre-Atlantique, clichés gentillets y compris.

La réduction sympathisante à des images sert également la parodie de 1956 « Rock Hoquet », paroles de Boris Vian, musique de Michel Legrand, interprétation de Henri Salvador :

Je suis suffoqué

Je rock et je roquette, je rock et je roquette… Oh

Baby, baby, baby, faut soigner ton homme

Va me chercher des remèdes avec des boules de gomme

Mais si tu désires tout de suite

Dis à belle-maman de s’amener bien vite :

Rien que de regarder sa sinistre binette

En une demi seconde le pire hoquet s’arrête[12].

La parodie, par le jeu de mots sur l’onomatopée « ok » et le verbe « hoqueter », par interpellation de la petite amie infantilisée et francisation du chewing-gum (arrivé avec les alliés lors du débarquement de Normandie), tourne à la misogynie ordinaire. La culture populaire nord-américaine est réduite à des tics, qui rejoignent un sexisme bien français (la belle-mère horrible).

Côté anglo-saxon, le chanteur de country Brad Paisley exalte la diversité de son pays à coups de syntagmes dans « American Saturday Night[13] », sortie en 2009 : « Brazilian leather boots», «German car », « French kiss », « Italian ice », « Spanish moss », « Canadian bacon ». La rencontre amoureuse entre une jeune fille et son compagnon un samedi soir aux États-Unis devient la vitrine du melting-pot des différentes vagues d’immigration, sans oublier ni le Nord ni le Sud du continent. Les stéréotypes vont vers l’ouverture sur le monde.

Le pittoresque se transforme un peu au cours du XXè siècle, mais il reste présent. Peut-il être remis en question et évoluer ?

II. Critique du pittoresque

Mais jusqu’à quel point les guerres d’indépendance des colonies françaises, la Guerre du Vietnam menée par les USA, la Guerre froide généralisée, Mai 68, les mouvements féministes et l’éclosion du souci de l’environnement pèsent-elles sur la réduction des clichés dans la chanson? Les « protest songs » de Joan Baez, Bob Dylan et autres chanteurs engagés sont adaptées en français, tandis que la vague Yé-Yé est fascinée par le rock et la chanson populaire venus des USA. Puis les chanteurs français font leurs propres chants, sans pour autant être totalement dégagés de l’influence anglo-saxonne, jusqu’à aujourd’hui, ce qui se traduit également par le choix de chanter en anglais ou en français. La critique du pittoresque suit l’évolution socio-politique, mais l’amour pour l’ailleurs reste, comme dans la chanson « Nous nous sommes tant aimés » d’Yves Simon (1975), hymne au cinéma italien, via le film éponyme d’Ettore Scola sorti en 1974. Le chanteur français glorifie la nouvelle vague de cinéastes nord-américains (Martin Scorsese, Roman Polanski), la musique rock britannique (les Rolling Stones) et le roi du Pop Art (Andy Warhol). Les références sont à la fois européennes et extra-européennes, sans que l’une l’emporte sur l’autre.

Plus critiques sont les chansons « Jai rêvé New-York» et « Manhattan », qui figurent l’une à la suite de l’autre dans l’album Respirer, chanter (1974). La « Grosse Pomme » est comparée à la Babylone biblique, symbole de l’orgueil des puissants. Chez Yves Simon comme dans le texte judéo-chrétien, la chute n’est pas loin : « Babylone, tu exploseras sur un graffiti de New York[14] ! » La contre-culture mettra en miettes la grave civilisation WASP : le jazzman Lester Young, l’écrivain beatnik Gregory Corson et le chanteur-compositeur-interprète Jimi Hendrix en sont les prophètes, annonciateurs de la fin des temps anciens, porteurs de malheurs. « Manhattan » rebondit sur la violence nord-américaine :

Les sirènes de la police

Vous rappellent Clyde and Bonnie

Mais c’est pas du cinéma

Quand ils frappent c’est comme ici (…)

Dans la petite Italie

Des femmes causent sur le trottoir

Pendant que leurs maris

Conspirent autour des billards[15].

Les souvenirs de films de gangsters se mélangent aux brutalités policières, bien réelles, des années 60 et 70. La répression de manifestations pacifistes contre la Guerre du Vietnam retentissent jusqu’en France, où les manifestants de Mai 68 ont été gazés par les CRS, les Français écrasés contre les grilles du métro Charonne le 8 février 1962 et les Algériens noyés dans la Seine, le 17 Octobre 1961. Le pittoresque cinématographique cède la place aux matraquages assermentés, sur les deux continents. Le rêve de faire s’envoler New-York en même temps que la violence s’est évanoui.

Si Yves Simon fait référence aux films de mafia italienne, tels Means Streets (Martin Scorsese, 1973), comme symbole de l’exotisme nord-américain, Joan Baez s’engage pour les immigrés, en interprétant les chansons-titres des films Joe Hill (Bo Widerberg, 1970) et Sacco et Vanzetti (Giuliano Montaldo, 1971). Notons que Baez interprète « Joe Hill » au Festival de Woodstock. La violence étatique est présente dans les chansons, la politique envahit le texte, plus rien ne subsiste des stéréotypes cinématographiques, ni de

Tous les sifflets de train

Toutes les sirènes de bateau

M’ont chanté cent fois la chanson de l’Eldorado

comme le proclamait Joe Dassin dans « L’Amérique », en 1970. C’est Babylone qui l’emporte sur le paradis rêvé.

De même, la chanson « Parachutiste » de Maxime Le Forestier (1972) évacue les clichés racistes et sexistes attachés à la chanson coloniale :

Puis on t’a donné des galons

Héros de toutes les défaites

Pour toutes les bonnes actions

Que tu as faites

Tu torturais en spécialiste

Parachutiste[16].

Le héros n’en est pas un, il n’est plus le sauveur de fortin face à des sauvages. Il est un total étranger, qui sème la souffrance et la mort autour de lui, pour un combat perdu, celui du colonialisme. La génération qui n’a pas fait les sales guerres se révolte contre elles et l’idéologie qui y a conduit.

Les mouvements féministes actuels reprennent des images des femmes révolutionnaires du passé pour parler des combats à mener aujourd’hui. Le clip de la chanson « Rebel Girl » (1992) du groupe Bikini Kill, groupe punk américain, considéré comme précurseur des Riott grrrrl, reprend des images de Maoïstes chinoises dansant, peut-être à l’opéra de Pékin. Les paroles personnifient la révolution en marche :

When she talks, I hear the revolution

In her hips, there’s revolution

When she walks, the revolution’s coming

In her kiss, I taste the revolution[17].

Non seulement l’amour homosexuel est clamé haut et fort, mais les chanteuses prennent en main leur destinée, sans attendre qu’un homme vienne les sortir de chez elles. L’action est présente, loin du masochisme des chansons d’amour traditionnelles, lorsque la femme pleure et attend son prince charmant. La virulence du système maoïste est associée au soulèvement de la colère féminine. Des ponts historiques et géographiques sont mis en place, pour un féminisme universaliste, loin du communautarisme.

Ce dernier surgit dans le tube « Darladirladada », écrit et composé par Michel Bernholc pour le film Les Bronzés (Patrice Leconte, 1978). À première vue, la chanson est en accord avec le propos du film, c’est-à-dire caricaturer les touristes du Club Med en Côte d’Ivoire, enfoncés dans des attitudes sexistes et racistes de surconsommation :

Bienvenue à Galaswinda

Darla dirladada

Y a du soleil et des nanas

Darla dirladada

On va s’en fourrer jusque-là

Darla dirladada

Pousse la banane et mouds l’kawa

Darla dirladada[18].

L’écho au sexisme de La Vie parisienne d’Offenbach et à son Suédois qui veut « s’en fourrer jusque-là » avec les « petites femmes de Paris » est prolongé par les clichés racistes du beau temps, du fruit phallique (la banane) et d’un terme soi-disant local (« kawa »). Le séjour en terre africaine est totalement racisé et empreint de sexisme. Les autochtones représentent l’exotisme, ils font tableau, parlant à peine. Ils sont chargés de représenter l’arrière-plan du pittoresque, dont nous retrouvons le sens premier de peinture. Cette chanson intervient dans des moments de fêtes déguisées, ce que nous analyserons avec les termes du journaliste Marin de Viry :

Le tourisme était dans les temps reculés une affaire de fini de sa personnalité, puis d’identité sociale, et c’est enfin devenu une sorte d’industrie de l’irréel chargée d’agréger des atomes rigolards autour d’une proposition festive[19].

Rien ne doit déranger la récréation des Français venus consommer des images dont ils n’ont pas l’habitude. Aucun souci ne doit les importuner dans leurs réjouissances grossières, où ils restent entre eux. La chanson en question chanson provoque le malaise, car le manque de distance entre les paroles, la musique et les propos et attitudes des personnages est patent. L’outrance n’est pas telle qu’on puisse en déduire aisément que sexisme et racisme sont dénoncés. En outre, ce film s’inscrit parfaitement dans le paysage de la comédie à la française des années 70, avec gros effets et personnages masculins au comportement odieux mais vus avec sympathie par le public, car finalement fragiles, ce qui justifie les coups qu’ils assènent aux personnages féminins. Finalement, nous retournons à un pittoresque basique et éternel.

Par contre, une des évolutions que nous pouvons mettre en avant dans le paysage de la chanson française concerne la tradition régionale de la corrida. En 1994, Francis Cabrel sortait « La Corrida » :

Je les entends rire comme je râle

Je les vois danser comme je succombe

Je pensais pas qu’on puisse autant

S’amuser autour d’une tombe

Est-ce que ce monde est sérieux ?

Est-ce que ce monde est sérieux ?

Si, si hombre, hombre[20].

Le vers en espagnol rappelle que la corrida est également une habitude espagnole. Cabrel épouse le point de vue du taureau pour mieux dénoncer la cruauté de la corrida. Le taureau n’a pas beaucoup de temps pour rêver à son Andalousie natale, il lui faut combattre sans en avoir l’envie. Originaire du sud-ouest, Cabrel prend le contre-pied du provençal Bécaud, qui a lui aussi chanté « La Corrida », en 1956. Il y exalte la foule colorée et l’atmosphère festive des arènes, et il monte au pinacle la personne du matador, qui surmonte brillamment la mort. Du taureau, rien n’est dit. La chanson de Cabrel a marqué les esprits, à tel point que le jeune chanteur populaire Julien Doré l’a reprise le 7 juillet 2017, lors d’un concert aux arènes de Nîmes, haut lieu tauromachique.

Ce tour d’horizon de la critique du pittoresque nous amène à une autre interrogation : peut-on encore rêver et s’émerveiller du monde hors de chez soi ?

III. Un contre-pittoresque ?

Depuis la fin du XXè siècle jusqu’à aujourd’hui, il semble quasiment impossible de rêver d’ailleurs, car l’ailleurs est pollué, en guerre, la pauvreté est généralisée, les inégalités femmes-hommes persistent, les animaux non-humains n’ont toujours pas de droits, partout. Le second degré, à première vue, est difficilement tenable.

En 1987, le groupe français Carte de séjour reprend « Douce France » de Charles Trenet[21]. Les chanteurs ont souhaité marquer leur attachement à leur pays, qui est aussi celui qui a accueilli leurs parents immigrés, tout en dénonçant le racisme et la montée de l’extrême-droite, à travers une chanson vue comme réactionnaire. Le pittoresque de la chanson est détourné, au profit d’un engagement politique fort. Pourtant, leur interprétation ne tenait pas compte du contenu potentiellement subversif de ses couplets. Écrite et chantée en 1943, au plus noir de l’Occupation, « Douce France » appartient à la veine nostalgique de Trenet, comme « Maman, ne vends pas la maison », qui date de 1935. Adoubée par la collaboration, elle met en images successives la France des clochers, si lisse et si « sage ». Si ce n’est que Trenet parle au passé d’un temps qui a été détruit par Vichy et les Nazis. Cependant, Trenet ne fait pas de la résistance active : cette chanson est très loin du « Chant des partisans », composé à Londres en 1943 par le Français Maurice Druon et son oncle Joseph Kessel (Juif russe né en Argentine), sur une musique de la Polonaise Anna Marly, créée par la Française Germaine Sablon.

L’hymne de la résistance nous amène naturellement à sa reprise en 1997 par le groupe de rap français Zebda, qui y ajoute une entrée parlée : « Spécialement dédicacé à tous ceux qui sont motivés/ Spécialement dédicacé à tous ceux qui ont résisté, par le passé. », un refrain « motivés, motivés/ il faut rester motivés » et une conclusion également parlée : « On va rester motivés pour la lutte des classes/ On va rester motivés contre les dégueulasses[22] ». La lutte contre l‘oppresseur nazi est devenue globale, mondiale, contre tous les racismes et toutes les inégalités sociales. S’y ajoute le combat contre le capitalisme, comme dans la chanson du même groupe, créée en 1995, suite au discours du futur président de la République Jacques Chirac, lors d’un meeting à Orléans, en 1991 :

Comment voulez-vous que le travailleur français qui travaille avec sa femme et qui, ensemble, gagnent environ 15.000 francs, et qui voit sur le palier à côté de son HLM, entassée, une famille avec un père de famille, trois ou quatre épouses et une vingtaine de gosses et qui gagne 50.000 francs de prestations sociales sans naturellement travailler. Si vous ajoutez à cela le bruit et l’odeur, eh bien le travailleur français sur le palier, il devient fou. Et ce n’est pas être raciste que de dire cela[23].

Les clichés racistes s’entassent en peu de phrases. Le parolier de Zebda, Magyd Cherfi, a rappelé en septembre 2019 :

Ces jeunes sont français, mais pas moins que d’autres. Moi je suis Français, né à Toulouse. On est englobé dans un tout comme s’il existait un bloc musulman[24].

Magiyd Cherfi souligne le racisme qui surgit des politiques communautaristes, qui réduisent les dominés à des cases : femmes hétéro- et homo-sexuelles, hommes homosexuels, Français et Françaises nés de parents et de grands-parents d’Afrique du Nord aujourd’hui – hier c’est les enfants et petits-enfants des Polonais, Italiens, Espagnols et Portugais qui firent les frais de ce type de racisme. Le contrer est possible par des chansons qui démontent les clichés. Le chanteur nord-américain Bruce Springsteen a fait de même en 1984 avec « Born in the USA », qui dénonce la vie quotidienne misérable de la masse des Américain-e-s.

De manière plus légère, le chanteur français Bénabar s’amuse avec les clichés, par exemple dans son dernier disque, Le Début de la suite, paru en 2018 et désormais disque d’or. La chanson « Le Complexe du sédentaire » brocarde les hommes qui se rêvent grands aventuriers, donc grands séducteurs :

Tu rêves d’océans avec toi dessus

Cheveux au vent même si t’en as plus

Ne plus dire “à ce soir, à tout à l’heure” à ta femme

Mais faire de loin “au revoir” à une vahinée en larmes[25].

L’attitude pleine d’élégance – et de colonialisme machiste – de l’homme lambda est tout de suite court-circuitée par la notation physique négative. Le continuateur d’Alain Gerbault et de Pierre Loti n’est qu’un pauvre individu sans volonté. Les stéréotypes se retournent contre lui pour mieux le ridiculiser, ainsi que son quotidien sans surprises.

De son côté, la chanteuse nord-américaine Katy Perry pousse les femmes à prendre leur envol, loin des convenances qui les brisent, dans « Roar » :

I got the eye of the tiger, a fighter

Dancing through the fire

‘Cause I am a champion, and you’re gonna hear me roar

Louder, louder than a lion

‘Cause I am a champion, and you’re gonna hear me roar[26]!

Si le clip utilise des images de type publicitaire (la douche près de la cascade) et des souvenirs cinématographiques (série de films de Tarzan, À la poursuite du diamant vert), il explicite également le machisme mortifère dont souffrent les femmes. La captation par la chanteuse de l’« œil du tigre » (autre souvenir de la culture populaire, le tube « Eye of the Tiger », 1982) et de son cri, permet de trouver sa voix/voie dans l’existence, loin de la soumission au mâle. L’enlèvement initial du compagnon de la chanteuse par un tigre montre que les femmes doivent s’entraider. Seule la disparition des hommes qui écrasent les femmes permet un monde harmonieux. Les clichés font émerger un contre-pittoresque politique, parce que féministe.

Conclusion

Les formes du pittoresque changent et se ressemblent pourtant au fil du temps. Les chansons fourmillent de stéréotypes sexistes, antisémites, homophobes et racistes, exprimant la peur et le rejet de l’autre, qui n’est pas dans la norme dominante et qui désire exister par lui-même, sans faire partie d’une communauté. La mise en cases, en groupes, réduit l’humain à des clichés qui l’étouffent et l’empêchent de vivre, ici comme ailleurs.

L’étranger, le peu connu, font rêver, mais comment ? Par des images provenant des dominantes et dominants, pour les assurer dans leur position de hauteur, face aux autres réduits à une singularité limitée. Le continent africain devient un pays, avec chameau, cocotiers et soleil perpétuel, peuplé d’indigènes ânonnant un drôle de français, qui devient comique. Le rire n’est plus un partage entre peuples, c’est une arme dirigée contre le différent.

Dans le cas des États-Unis, le mirage cinématographique diffusé par le Hollywood des années 20 et 30 a fait long feu, tout comme le jazz et les chansons pacifistes. L’anticommunisme ne réunit plus les tenants du Pacte Atlantique. Les dérives politiques et les guerres lancées au nom de la lutte anti-terroriste ne font plus l’adhésion en Europe ni, particulièrement, en France.

Les temps sont durs, restent, heureusement, la dérision et l’humour… et l’amour, qui sait, tel que celui chanté par Michel Legrand et Nana Mouskouri en 1965 :

On peut se croire à New-York

Cinq heures du soir, five o’clock

Ou dans un square de Bangkok

Quand on s’aime

On peut marcher sur la mer

Danser autour de la Terre

Se balancer dans les airs

On peut tout faire

Quand on s’aime

Quand on s’aime[27].

 

 

Bibliographie

Chansons

Baez Joan, The Best of Joan Baez, Mis, 1997.

Bécaud Gilbert, Bécaulogie 2. Les Marchés de Provence, EMI, 1986.

Bénabar, Le Début de la suite, Sony, 2018.

Cabrel Francis, Un samedi soir sur la Terre, Columbia, 1994.

Collectif, Anthologie du rock fifties en France. 1956-1960, Frémeaux et Associés, 2015.

Collectif, Le Hip-Hop français repose en paix, React, 2002.

Collectif, Les Bronzés et Les Bronzés font du ski, Austerlitz Music, 1998.

Collectif, Les Plus Belles Musiques du Festival de Cannes, Pathé, 1995.

Darrieux Danielle, Intégrale 1931-1951, Frémeaux et Associés, 2002.

Dassin Joe, Le Meilleur de Joe Dassin, Columbia, 1995.

Kill Bikini, Yeah Yeah Yeah Yeah, Bikini Kill Records, 1992.

Le Forestier Maxime, Mon frère, Polydor, 1997.

Les Hamsters, L’Intégrale Sixties, Magic Records, 2016.

Mouskouri Nana, Chanter la vie, Mercury, 1998.

Paisley Brad, American Saturday Night, Sony BMG, 2009.

Perry Katy, Prism, Capitol Records, 2013.

Simon Yves, Respirer, chanter, BMG, 1991.

Soprano, L’Everest, Warner, 2016.

Taha Rachid et Carte de séjour, Carte blanche, Barclay, 1998.

Zebda, Chants de lutte, LCR, 2009.

Ouvrages et articles

Gaudry François-Régis, Mémoires du restaurant, Paris, Aubanel, 2006.

Onfray Michel, Théorie du voyage, Paris, Librairie générale française, 2007.

Viry Marin de, Tous touristes, Paris, Flammarion, 2010.

Colin Béatrice, « Mort de Jacques Chirac :  “Le bruit et l’odeur”, une “tache indélébile” pour Magyd Cherfi de Zebda », 20 minutes, 29/09/2019. URL :https://www.20minutes.fr/societe/2615423-20190929-mort-jacques-chirac-bruit-odeur-tache-indelebile-magyd-cherfi-zebda

 

 

 

 

[1]Album Le Hip-Hop français repose en paix, s.e.,  2002.

[2] Album L’Everest, Warner, 2016.

[3]François-Régis Gaudry, Mémoires du restaurant, Paris, Aubanel, 2006, p. 205.

[4]En vinyle 45T avec « Salut les copains », « Incroyablement » (face A), « Pour qui veille l’étoile » (face B).

[5]Chanson extraite du film La Crise est finie (Robert Siodmak, 1934). Paroles et musique de Jean Lenoir et Franz Waxman.

[6]1866.

[7]1851.

[8]In La Crise est finie .

[9]Paroles de Raymond Asso et musique de Marguerite Monod, 1936, enregistré par Piaf en 1937.

[10]Michel Onfray, Théorie du voyage, Paris, Librairie générale française, 2007, p. 57-58.

[11]45T de 1967.

[12]45T de 1956.

[13]De l’album éponyme, 2009.

[14]« Jai rêvé New-York », album 33T Respirer, chanter, 1974.

[15]Ibid.

[16]Album 33T Mon frère, 1972.

[17] Album Yeah Yeah Yeah Yeah, 1992.

[18]Notes personnelles.

[19]Marin de Viry, Tous touristes, Paris, Flammarion, 2010, p. 103.

[20]Album Un samedi soir sur la Terre, 1994.

[21]45T de 1987.

[22]Album Chants de lutte, 2009.

[23]Cité in Béatrice Colin, « Mort de Jacques Chirac :  “Le bruit et l’odeur”, une “tache indélébile” pour Magyd Cherfi de Zebda », 20 minutes, 29/09/2019. URL :https://www.20minutes.fr/societe/2615423-20190929-mort-jacques-chirac-bruit-odeur-tache-indelebile-magyd-cherfi-zebda

[24] Ibid.

[25]Album Le Début de la suite, Sony, 2018.

[26]Chanson « Roar », album Prism , Capitol Records, 2013.

[27]Chanson « Quand on s’aime », album Chanter la vie, 1998.

 

 

 

Pour citer cet article : Tiphaine Martin, « J’ai rêvé… : récits de voyage en chanson », Voyages autour de mon cerveau, juin 2021. URL : https://vadmc.hypotheses.org/1873