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Vers la sororité “Maryvonne” et “Petit Bonhomme” VADMC.001

Vers la sororité : “Maryvonne” et “Petit Bonhomme”

Malheureusement, « ça » ne va pas de soi. Malheureusement, « ça » se construit. Heureusement, l’autrice-compositrice-interprète Anne Sylvestre est là pour nous aider à être dans la sororité au quotidien, notamment dans le domaine amoureux. Entre deux de ses chansons, « Maryvonne » (Anne Sylvestre chante…, 1961) et « Petit Bonhomme » (Comment je m’appelle, 1977), Sylvestre nous montre comment arriver à la sororité.

Notons d’abord le déplacement de la moquerie, sensible dès les titres des deux chansons. C’est tout d’abord de Maryvonne dont la narratrice se moque, puis de son mari, qu’elle ridiculise dans « Petit Bonhomme». Dans les deux cas, elle est celle qui prend, pas celle qui se retrouve sans homme. Le prénom de Maryvonne réapparaît chez Benoîte Groult dans Les Vaisseaux du cœur (1988). La narratrice et héroïne George se moque de Maryvonne, la fiancée campagnarde de Gauvain le marin, et de sa poitrine « en polochon » Benoîte Groult, Les Vaisseaux du cœur, Paris, Le Livre de Poche, 1990, p. 35). Les situations se ressemblent, puisque la narratrice de « Maryvonne » a pris le mari de cette dernière. De même, George la Parisienne bourgeoise et Gauvain ont succombé aux charmes l’un de l’autre. Cette récurrence du prénom invite à réfléchir aux multiples figures féminines confrontées aux choix amoureux et aux rivalités construites par le regard masculin.

Chez Sylvestre, dans « Maryvonne », la communauté villageoise amplifie la déroute de Maryvonne et applaudit au coup séducteur de la narratrice. L’homme n’a pas son mot à dire : il est « bête autant que beau ». Tranquillement impudente, la narratrice conseille à Maryvonne de prendre l’homme d’une autre. Et voguent les chaises musicales. Personne n’est solidaire de quiconque. Et qui, finalement, est heureuse, heureuse ? Sans doute les villageois·es, ravi·es de ce spectacle. Et, sans aucun doute, les hommes. Ravis de donner la primeur à la brune, à la blonde, à la rousse… Ils sont les coqs de la basse-cour, ce qui leur donne vanité et pouvoir. De même, le « mari de Maryvonne », dans « Petit Bonhomme », passe de sa maîtresse à sa femme, à sa mère, à Sophie, nouvelle élue. Finalement, le patriarcat s’y retrouve. Mais la seconde chanson ouvre une issue joyeuse, solaire et antipatriarcale. À la communauté villageoise de « Maryvonne » répond désormais une communauté féminine soudée.

Anne Sylvestre refuse finalement le vieux scénario de la rivalité féminine. Ce n’est pas l’autre femme qui est l’ennemie ; c’est le mensonge qui oppose artificiellement les femmes entre elles. La sororité devient alors un apprentissage, fragile mais possible.

Pour citer cet article : Tiphaine Martin, « Vers la sororité : “Maryvonne” et “Petit Bonhomme” », Voyages autour de mon cerveau, septembre 2026. URL : https://vadmc.hypotheses.org/32011

« Cerf-volant misogyne : Mary Poppins, version Disney », Voyages autour de mon cerveau

Cerf-volant misogyne : Mary Poppins, version Disney

Oh… le joli cerf-volant, qui flotte gaiement au vent frais du matin ! Et quel joli film des Studios Disney que Mary Poppins (Robert Stevenson, 1964) ! Mignon, familial, agréable. Bref, Disney. Rien à analyser, donc. Et surtout pas le fait que la traîne dudit cerf-volant soit faite avec… l’écharpe de suffragette de la maman de la famille Banks.

Nous avons donc, en apparence, un beau doublet sexiste : le cerf-volant réparé par George Banks (David Tomlinson) est finalement confié à son fils Michael (Matthew Garber), tandis que son épouse Winifred (Glynis Johns) offre son écharpe « Votes for Women » pour en fabriquer la traîne. Sans tomber dans la psychanalyse de comptoir, la tentation est grande d’y voir l’abandon symbolique du militantisme féminin au profit du bonheur familial retrouvé.

Sauf que… le film est plus retors que cela.

Winifred Banks ne renonce jamais explicitement à son militantisme suffragiste. Bien au contraire. Elle part encore à une réunion alors que Mary Poppins est absente, que la servante refuse de s’occuper des enfants et que la cuisinière est occupée à sa mayonnaise. Elle reprend même son « Votes for Women » au milieu de la joyeuse invasion des ramoneurs. Le film ne raconte donc pas exactement le retour au foyer d’une militante enfin guérie de ses velléités d’émancipation.

Il n’empêche qu’au début du film, le foyer Banks voit défiler les nurses. La dernière en date avant l’arrivée de sainte Mary Poppins (Julie Andrews), Katie Nanna (Elsa Lanchester), est franchement revêche. Et cette cravate… tellement masculine… brr… cette prise de pouvoir des femmes par le vêtement… tout aussi affreuse que la désertion du foyer conjugal par ces mères occupées à lutter pour leurs droits… et celui de leurs filles…

Mary Poppins, elle, a un joli nœud-nœud rouge. Et puis, elle, Mary Poppins… eh bien… elle est financièrement indépendante, prend un travail quand cela lui chante, dicte ses conditions de travail à son patron, George Banks, emmène les enfants où cela lui chante : dans un dessin animé, sur les toits, chez un loufoque qui vit au plafond quand il rit, les fait ranger leur chambre alors qu’elle devrait s’en occuper elle-même, leur donne du sirop qui a un goût différent selon la personne (le sien est alcoolisé, merci gentil-niais Disney d’avoir pensé aux adultes)… et repart une fois la famille Banks ressoudée, père inclus.

Elle fait mieux encore. Lorsque George Banks la convoque pour lui demander des explications sur le désordre qu’elle aurait provoqué, elle lui cloue le bec : elle « n’explique jamais rien ». Petit sourire satisfait en coin.

Et lorsque Bert (Dick Van Dyke) invite Mary à entrer dans le groupe exclusivement masculin des ramoneurs qui dansent sur les toits. Puis elle donne le la : un geste, tous les ramoneurs l’imitent. Ensuite, elle danse avec Bert, puis avec d’autres ramoneurs, et les atomise joyeusement avant d’aller se rassoir, refusant de continuer. Mary Poppins ne se contente pas d’entrer dans un espace masculin : pendant quelques instants, elle en prend la tête.

Le propos du film est donc plus complexe qu’une simple dénonciation du militantisme féministe. Il plaide notamment pour que les pères s’occupent de leurs enfants. Ce qui ne va de soi ni en 1910, date du récit, ni en 1964, date de sortie du film, et d’autant moins dans la bourgeoisie anglaise et occidentale mise en scène.

George Banks commence par se concevoir comme le pater familias : il travaille, pourvoit aux besoins des siens, donne des ordres et explique à tout le monde comment une famille doit fonctionner. Lorsque l’amiral Boom (Reginald Owen) fait trembler quotidiennement le quartier à coups de canon, ce n’est d’ailleurs pas George qui s’affaire à retenir et remettre en place les objets et l’horloge : Winifred et les domestiques – deux femmes -, s’en chargent. L’imaginaire militaire masculin fait trembler la maison. Les femmes s’occupent de l’intendance.

George explique aussi beaucoup. Il coupe la parole à son épouse, qui tente pourtant de lui rappeler que Jane et Michael « ne sont que des enfants ». Il coupe également la parole à Jane (Karen Dotrice). Il décide de conduire les enfants à la banque afin de leur montrer le monde réel, son monde, et d’apprendre à Michael ce qu’il convient de faire de ses deux pence.

Face à lui, Bert incarne une autre masculinité. Artiste des rues, ramoneur, homme sans autorité familiale ni statut bourgeois, il écoute les enfants, les protège, les rassure. Lorsque Jane et Michael se retrouvent perdus dans Londres, il leur promet de s’occuper d’eux comme le ferait leur propre père. Plus tard, c’est lui qui fait comprendre à George que ses enfants vont grandir et que, lorsqu’il s’en apercevra, leur enfance sera passée.

George voulait apprendre à son fils la valeur future de deux pence. Bert lui apprend la valeur présente du temps passé avec ses enfants.

Et Michael finit par donner volontairement à son père ces mêmes deux pence qu’il avait refusé de céder aux banquiers. La banque n’avait pas réussi à les obtenir par l’autorité ; George les reçoit comme un don de son fils. Il les emporte avec lui lorsqu’il répond à sa convocation à la banque.

Là, l’institution qu’il admirait entreprend de le dégrader méthodiquement, parapluie compris. George sort alors les deux pence. Il rit. Il prononce le fameux « Supercalifragilisticexpialidocious » qu’il refusait auparavant d’entendre de la bouche de ses enfants. Il raconte la blague de l’oncle Albert (Ed Wynn). Enfin, il fourre les deux pièces dans la main de Dawes Sr. (Dick van Dycke), le vieux banquier qui avait voulu les prendre à Michael.

Le trajet des deux pence s’est inversé : George voulait faire entrer son fils dans le monde de la banque ; c’est finalement son fils qui contribue à en faire sortir son père.

Mais la banque, elle, n’est pas détruite. Elle est humanisée. Dawes Sr. rit à son tour, au point de s’envoler comme l’oncle Albert ; les banquiers finiront par faire voler des cerfs-volants ; George devient même leur nouvel associé. De même, le pater familias n’est pas aboli : il est humanisé. George revient chez lui en chantant, embrasse Winifred, manifeste son affection à ses domestiques et répare le cerf-volant de ses enfants.

Il n’y a pas destruction de la structure , mais une humanisation de la structure.

Et c’est là que Jane devient particulièrement intéressante.

Dans tout le film, Jane Banks agit et s’exprime. Elle chante l’annonce pour une nounou que son frère et elle ont concoctée. Elle remercie Bert pour l’exploration dans le paysage animé. Elle comprend souvent les situations avant son frère. Elle analyse. Elle rassure Michael lorsqu’il a peur. À la banque, lorsque les vieillards acculent les deux enfants pour obtenir les deux pence, elle intervient. Perdus dans Londres, Michael saura à son tour protéger physiquement sa sœur, allant jusqu’à bourrer Bert de coups de poing avant de le reconnaître.

Jane manifeste aussi régulièrement le désir de l’aventure avant son frère. Elle veut monter dans la cheminée ; Michael aussi. Bert propose une promenade sur les toits : Jane veut ; Michael aussi. Lors de la danse des ramoneurs, Jane bat des mains et accompagne immédiatement le rythme ; Michael ne commence à s’agiter que plus tard, en imitant sa sœur. Lorsque Bert donne son bâton de ramoneur à Michael, Jane prend elle-même un autre bâton et le suit.

Elle n’est donc certainement pas la petite fille passive qui regarderait son frère vivre.

Mais.

Ses paroles sont régulièrement coupées par son père et par Michael. Elle est parfois associée au rose — peignoir, cheval de manège — quoique le codage chromatique ne soit nullement systématique : elle porte notamment du bleu dans la dernière partie du film. Elle range sa chambre et les jouets de son frère — cubes à grosses lettres, soldats de plomb — tandis que Michael n’arrive pas à ranger ses livres et se fait enfermer dans la penderie par un chariot récalcitrant. Chez l’oncle Albert, elle sert le thé, comme Mary Poppins.

Surtout, l’initiation financière se recentre spectaculairement sur Michael. Un banquier parle bien d’ouvrir un compte aux deux enfants. Pourtant, pendant la chanson-leçon de Dawes Sr., Michael est au centre de l’échange avec son père et le vieux banquier. Jane finit même hors cadre. Les deux enfants sont censés ouvrir un compte. Seule l’initiation financière de Michael est véritablement mise en scène. Jane y assiste.

Ce déséquilibre est d’autant plus frappant que Jane apparaît souvent plus mûre que son frère.

Michael est décrit comme très… enfantin… dans la lignée de certains petits garçons des films d’Hitchcock : effet d’une éducation genrée qui exige des filles qu’elles soient matures très tôt ? Nous songeons plus particulièrement à Roger Newton (Charles Bates), le petit frère d’Ann (Edna May Wonacott) et de la jeune Charlie (Teresa Wright), dans L’Ombre d’un doute (Shadow of a Doubt, 1943). Roger est très enfantin, tandis que sa sœur Ann, plus jeune que leur sœur aînée Charlie et un peu plus âgée que Roger, est déjà extrêmement sérieuse : petite lectrice intellectuelle de la famille, avec ses livres, ses réflexions et son aplomb tranquille.

Dans Mary Poppins, le garçon peut chouiner, laisser traîner ses livres et refuser son sirop ; il demeure celui autour duquel se cristallisent l’argent, la banque, le père et, souvent, le courage physique.

La fille peut être intelligente, autonome, aventureuse, courageuse, éloquente et protectrice ; elle reste aussi celle qui range et sert le thé.

Ce serait pourtant encore trop simple.

Michael sait protéger Jane : lorsqu’ils sont perdus dans Londres, il l’entraîne loin des dangers et frappe Bert parce qu’il croit celui-ci en train de s’en prendre à sa sœur. Il résiste surtout admirablement aux banquiers qui veulent lui arracher ses deux pence destinés à nourrir les oiseaux. Jane, de son côté, n’est nullement cantonnée au care. Jane protège tout autant son frère. À la banque, lorsque Dawes Sr. s’empare des deux pence de Michael, elle s’accroche au bras du très vieux banquier pour tenter de les lui faire rendre. Le film montre donc deux enfants qui se protègent mutuellement, mais distribue différemment certaines qualités et, surtout, certains grands enjeux symboliques.

Car voici le cerf-volant.

George vient de le réparer. Jane pose une question à son père. Celui-ci regarde d’abord ses deux enfants, puis recentre son regard et son adresse sur Michael.

Winifred sort alors son écharpe de suffragette « Votes for Women » et l’offre pour compléter la traîne.

Or, contrairement à ce que pouvait laisser croire une première lecture du film, Winifred n’a jamais explicitement renoncé à son militantisme. C’est précisément ce qui rend le geste final plus intéressant. L’emblème politique féminin est littéralement recyclé dans l’objet qui matérialise la réconciliation de la famille autour du père transformé.

Les quatre Banks partent ensemble, se tenant par la main, pour faire voler le cerf-volant. Jane n’est donc pas exclue de la réunion familiale. Et le film montre même Bert, reconverti en vendeur de cerfs-volants, en remettre un à une petite fille vêtue d’une robe orange, semblable à certaines tenues de Jane : le cerf-volant n’est pas présenté en lui-même comme un jouet réservé aux garçons.

Et pourtant.

Une fois le cerf-volant des Banks dans le ciel, c’est Michael, et lui seul, qui le fait voler.

Voilà donc le joli objet final : réparé par le père ; complété grâce à l’écharpe suffragiste de la mère ; partagé symboliquement par toute la famille ; mais tenu, concrètement, par le fils.

Jane agit, choisit, comprend, analyse, rassure et protège Michael ; elle prend elle-même son bâton de ramoneur et participe spontanément au rythme. Michael est émotif, suit souvent sa sœur dans l’aventure, mais sait aussi se montrer courageux et protecteur. Mary entre dans un groupe masculin, en prend momentanément la tête et l’atomise. Winifred continue à militer. Bert propose une masculinité non autoritaire. Une autre petite fille possède un cerf-volant.

Et pourtant : l’écharpe suffragiste finit dans la queue du cerf-volant ; George répare celui-ci ; Jane pose une question ; George recentre son attention sur Michael ; Michael seul le fait voler.

Que retenir de cette exploration volante ?

Mary Poppins est beaucoup plus complexe qu’il n’y paraît, et beaucoup plus complexe que je ne le pensais avant de le revoir attentivement. Il ne condamne pas purement et simplement l’émancipation féminine ; ses personnages féminins sont actifs, indépendants, intelligents, parfois même extraordinairement puissants. Il propose plusieurs modèles de masculinité et remet sérieusement en cause le père autoritaire, absent et obsédé par sa fonction sociale. Il permet même à une femme, Mary Poppins, de dicter ses conditions à son employeur, de mener une troupe d’hommes à la danse, de transformer une famille et de repartir librement quand bon lui semble.

Quand Mary Poppins part, elle est émue, certes, mais sans torrents de larmes. Elle reste maîtresse de ses sentiments comme de ses déplacements. Cette émotion tenue rappelle la fin de Peter et Elliott le dragon (Don Chaffey, 1977) : Peter laisse partir Elliott, qui doit désormais veiller sur une autre enfant, avec une larme pour tout adieu. Mary Poppins, elle aussi, s’émeut à peine avant de reprendre son envol : on ne sait pas où elle va, mais on devine qu’ailleurs, d’autres enfants auront besoin d’elle.

Mais le film ne renverse pas les structures qu’il critique. Il les adoucit.

La banque demeure, mais les banquiers font désormais voler des cerfs-volants. George demeure le pater familias, mais il est devenu tendre, joueur et disponible — et même associé de la banque. Winifred demeure suffragette, mais son écharpe « Votes for Women » est transformée en queue du cerf-volant familial. Jane demeure brillante et active, mais c’est Michael qui tient le fil.

Le patriarcat occidental peut donc encore durer quelques milliers d’années. Mais gentiment, bien sûr.

Sauf si…

Pour citer cet article : Tiphaine Martin, « Cerf-volant misogyne : Mary Poppins, version Disney », Voyages autour de mon cerveau, septembre 2026. URL : https://vadmc.hypotheses.org/33474

Partir, revenir, pourquoi ? (24) Partir en voiture Pouic Pouic » VADMC

Partir, revenir, pourquoi ? (24) Partir en voiture Pouic Pouic

Quand le mariage d’amour est la conséquence d’une voiture et d’un téléphone, et non du poulet domestique qui donne son nom au film de Jean Girault, Pouic-Pouic (1963), nous ne pouvons que rire et nous interroger sur ces curieux cheminements matrimoniaux.

Ces deux objets, vecteurs de la modernité des années 1960, permettent la rencontre entre Patricia Monestier (Mireille Darc), jeune fille de la bourgeoisie parisienne, et Simon Guilbaud (Philippe Nicaud), jeune homme qui, depuis le matin, est employé de garage. Simon entre dans l’univers de Patricia grâce au cadeau d’Antoine Brévin (Guy Tréjean), riche industriel d’âge mûr, amoureux de Patricia. Antoine a successivement offert à Patricia : des fleurs, un collier de perles, un dogue, une voiture. L’animal est compté au rang des objets, dans la société française des années 1960.

Pour ce faire, il utilise son téléphone, ici ancêtre des commandes en ligne. Antoine et Simon ne se sont pas rencontrés, Antoine ayant uniquement échangé avec le patron de Simon. Cet épisode fondateur du trio amoureux montre que la toute-puissance financière d’Antoine se heurte à l’imprévu des sentiments. Patricia et Simon tombent amoureux, même si Patricia s’en défend jusqu’à la fin du film, tout comme Loretta Castorini (Cher), dans Éclair de lune (Norman Jewison, Moonstruck, 1987).

Antoine se refuse à entendre les refus répétés de Patricia face à ses cadeaux, quand il l’assomme de coups de fil pour s’assurer que ses cadeaux lui plaisent et insister pour qu’elle l’épouse. Autant que ses cadeaux, le téléphone est un moyen de pression sur Patricia.

Là où Antoine pose en harceleur type de tous les temps, Patricia représente la jeune fille moderne : elle tire sur des palets ; elle nage ; elle conduit ; elle fume ; elle boit un peu ; elle apparaît en bikini ; elle refuse un mariage arrangé. Tout cela dessine une héroïne moderne, jamais ridicule, toujours intelligente et énergique.

En outre, comme elle le rappelle à Antoine, elle n’a pas besoin d’argent, donc elle n’est pas en son pouvoir de ce côté-ci non plus. Elle lui remémore également que le coup de la crampe dans l’eau lui a « déjà coûté un maillot ». C’est-à-dire qu’Antoine a dévêtu Patricia lors d’une baignade, sous prétexte d’être pris de crampe. Juste retour de son karma de masculinité aquatique, il se retrouve coincé au milieu de la rivière de la propriété des Monestier. Accroché à la rame de la barque qu’il a fait dériver, il appelle au secours. Il est secouru, mais cela n’altère pas sa morgue.

Remarquons que presque tous les types d’homme sont ridiculisés, surtout quand ils sont riches. Antoine apparaît comme archaïque. Paul, le fils Monestier (Roger Dumas) fait ce qu’il peut pour aider son père Léonard (Louis de Funès) à fourguer la soi-disant concession vénézuélienne bourrée de pétrole à Antoine, mais sans succès et en prenant des crises de jalousie intempestives. Léonard est totalement dépassé, quoique en survoltage perpétuel. Simon improvise sans cesse.

Quant à Droopy… pardon, Charles (Christian Marin), le maître d’hôtel, il aide la famille Monestier autant qu’il le peut, mais en se faisant constamment rabrouer. Il s’agit d’ailleurs d’un ressort comique très intéressant, puisque le personnage qui paraît le plus passif est, peut-être, celui qui possède la plus grande maîtrise de la situation. Cela crée un contraste magnifique avec Antoine. Brévin possède tant le pouvoir économique que les moyens matériels et technologiques que la possibilité de commander. Mais il manque de lucidité.

Le personnage de Charles a beaucoup moins de prestige social, mais il a le sens de l’observation, le sang-froid et la capacité de détourner les dispositifs technologiques des autres. Ainsi, son intervention avec Lulu la téléphoniste, « qui n’a rien à [lui] refuser », est particulièrement révélatrice. Antoine pense que le téléphone est un outil à son service, fait pour, dans cette scène, joindre son homme d’affaires en tout lieu à toute heure, afin de vérifier si la concession vénézuélienne est une bonne affaire.

Charles comprend les règles humaines qui se cachent derrière l’appareil. Il sait qu’un réseau de relations vaut parfois plus qu’un portefeuille. En outre, il utilise le poste de radio pour faire croire à Brévin et aux Monestier que la concession : 1) existe vraiment ; 2) qu’elle regorge de pétrole. Seul souci, il ne met dans le coup que Paul, qui omet de prévenir son père. Paul, mal-aimé, espère ainsi avoir enfin l’estime, sinon l’affection, parentale.

Charles/Droopy rejoint d’ailleurs une grande tradition de comédie, du personnage modeste qui voit plus clair que les puissants, tel Sganarelle chez Molière. Ce n’est pas un hasard si Pouic-Pouic vient du boulevard, puisque Jean Girault adapte sa pièce Sans cérémonie (1952), co-écrite avec Jacques Vilfrid, qui est aussi au scénario et aux dialogues de Pouic-Pouic. L’adaptation filmée conserve peu de lieux, une temporalité courte, beaucoup de dialogues, un rythme trépidant, plus adapté, nous semble-t-il, aux années 1960 qu’aux années de la reconstruction (années 1950). Le voyage est alors paradoxal.

L’ailleurs existe énormément… mais presque personne ne part. Léonard et son épouse Cynthia (Jacqueline Maillan) reviennent de Paris dans leur maison de campagne au début du film. Simon arrive du garage en voiture, puis fait un aller-retour au village pour chercher ses affaires et s’installer chez le Monestier en qualité de gendre/de fils/de grand voyageur. Paul, soi-disant parti au Brésil, n’a pas dépassé les cabarets de Pigalle, où il a trouvé Palma Diamantino (Maria-Riosa Rodriguez), entraîneuse, qu’il ramène chez ses parents comme « fille d’un général [brésilien] ». Seul l’escroc Pedro Caselli (Daniel Ceccaldi) a peut-être voyagé au Venezuela, où il aurait acheté la concession. Notons qu’il se signale à l’attention de tous, à la Bourse de Paris, par son large chapeau blanc, tout droit sorti de l’opérette Le Chanteur de Mexico (Francis Lopez, 1951 ; film de Richard Pottier, 1956) ou d’Ignace (Roger Dumas, 1935 ; film de Pierre Colombier, 1937). Autre appel exotique, cette fois vestimentaire…

Dans Pouic-Pouic, le véritable départ est réservé à la toute fin, et c’est précisément ce qui lui confère une valeur symbolique. Au début du film, Antoine croit que tout s’achète. La voiture, offerte à Patricia, constitue un paradoxe : conçue pour la posséder, elle devient le moyen de son émancipation. Elle change plusieurs fois de statut : objet de luxe, signe de richesse, instrument de séduction, moyen de circulation, espace du couple amoureux, véhicule du départ final. Autrement dit, la même automobile passe de la possession à la liberté. Antoine offre un moyen de transport pour enfermer Patricia. La jeune fille l’utilise pour partir avec celui qu’elle a librement choisi. Rappelons que la propre voiture de Brévin lui sert à venir chez les Monestier, puis à en partir, cette fois accompagné de Palma Diamantino, qui a trouvé l’homme rêvé, et… de la concession, qui se révèle finalement vraie. Brévin n’a pas tout perdu, finalement.

Dans Pouic-Pouic, le voyage est souvent raconté plutôt que vécu. Les faux voyages incluent : Paul au Brésil, Simon au Venezuela (encore que…), la soi-disant Brésilienne Palma Diamantino. Tous sont des exotismes de fabrication. L’Amérique du Sud fonctionne comme un immense décor imaginaire. Les clichés accumulés par Simon servent autant à tromper Antoine qu’à faire rire le public. Pigalle, où Palma Diamantino est entraîneuse, produit un Brésil imaginaire, un ailleurs qui n’existe que dans la tête des personnages. Palma, par son accent, par ses robes courtes et très décolletés, par ses gestes exubérants, participe à la construction du personnage fictif, mais son rôle est surtout celui d’accessoire narratif de l’exotisme, contribuant à crédibiliser l’illusion pour les Monestier et le spectateur.

Simon, lui, est un véritable aventurier, contrairement à Antoine, qui consomme le voyage comme un objet. En effet, Antoine offre une voiture et possède un yacht. Il promet une croisière sur son yacht à Patricia, en croyant donc que l’argent peut acheter le dépaysement et les sentiments.

Simon se déplace réellement. Il improvise, s’adapte, invente des histoires. Même lorsqu’il participe à la mystification de Palma Diamantino, en échange que celle-ci fasse acheter le terrain vénézuélien à Antoine, il agit avec intelligence et discernement, et non pour impressionner par sa richesse. Simon incarne la liberté vécue, et c’est naturellement avec lui que Patricia fait son premier départ en voiture du film.

Rappelons que dans Certains l’aiment chaud (Billy Wilder, Some Like It Hot, 1959), le yacht du véritable milliardaire rapproche les amoureux malgré les mensonges. Dans Pouic-Pouic, le yacht est une promesse, un instrument de séduction qui échoue. La richesse ne garantit pas la réussite sentimentale. Au contraire, elle peut devenir l’instrument involontaire de la liberté des héroïnes et héros (la voiture). L’eau est véritablement un élément négatif, au contraire.

Pouic-Pouic s’inscrit ainsi dans une tradition française plus ancienne de l’étranger fabriqué. Depuis le Brésilien de La Vie parisienne (Jacques Offenbach, 1866/1873), l’Amérique du Sud est moins un lieu réel qu’un réservoir de fantasmes mondains. Dans les deux cas, la le Brésilien·ne est une invention destinée à produire un effet sur les autres. Le public rit des personnages qui prennent ces signes extérieurs pour une vérité. Chez Girault comme chez Offenbach, le voyage est d’abord une performance : il s’agit moins de parcourir un territoire que de jouer un rôle social. Palma Diamantino est un costume, un masque, tandis que Simon est le voyageur authentique.

Pouic-Pouic montre que ce qui circule — objets, discours, apparences — n’est pas toujours ce qui produit le véritable voyage. Seule la liberté choisie par Patricia, celle de se marier par amour, ce qui réduit tout de même sa liberté financière, juridique et sociale, concrétise un départ authentique. La voiture et le téléphone, initialement outils de possession et de contrôle, deviennent des instruments de libération et d’action choisie.

Parfois, partir commence simplement par reconnaître ce qui est réel et ce qui n’est qu’un costume social.

Couverture générée par intelligence artificielle.

Pour citer cet article : Tiphaine Martin, « « Partir, revenir, pourquoi ? (24) Partir en voiture Pouic Pouic », Voyages autour de mon cerveau, septembre 2026. URL : https://vadmc.hypotheses.org/32027

Laisser partir l'être aimé Laforêt Sagan VADMC.001

Partir, revenir, pourquoi ? (22) Laisser partir l’être aimé  Marie Laforêt, Françoise Sagan

Qu’il est difficile de voir son aimé partir au loin. Reviendra-t-il ? Et si oui, quand ? Et, surtout, aura-t-il de quoi nous entretenir, ma flemme patriarcale et moi ? Tant dans la chanson « Sébastien » (1968) que dans la pièce de théâtre Un piano dans l’herbe (1970), les bouleversements sociaux, qui tendent à plus d’égalité femme-homme, sont ignorés.

La définition de Julia, l’amie de la narratrice du roman Les Stances à Sophie (Christiane Rochefort, Les Stances à Sophie, in Œuvre romanesque, Paris, Grasset, 2004 [1963], p. 356), peut s’appliquer aux deux personnages féminins des deux œuvres pré-citées :

(…) elle est mariée parce qu’elle ne sait rien foutre et qu’elle a la cosse. Je l’aime bien : elle sait où elle est. J’aime bien les gens qui savent où ils sont, qu’ils soient n’importe où.

En effet, tant la narratrice de « Sébastien » (chanson d’André Popp et d’Eddy Marnay, interprété par Marie Laforêt) que Maud, l’héroïne de la pièce de Françoise Sagan, ne pensent qu’en termes de confort matériel, obtenu par le mariage.

Loin des héroïnes romantiques prêtes à vivre « d’amour et d’eau fraîche », Maud comme la narratrice raisonnent en termes matériels. L’amour ne suffit pas, il doit être garanti par une aisance financière que l’homme est chargé d’aller conquérir au loin : au Brésil (Sagan) ; au Venezuela (Laforêt). Le pragmatisme féminin n’a rien d’émancipateur, il reconduit une répartition traditionnelle des rôles où l’homme produit la richesse tandis que la femme attend son retour.

Par contre, attention : l’homme attendu, espéré, aimé, riche enfin, ne doit pas :

Pourvu bien sûr qu’il n’est ni

Trop grossi ni trop vieilli

Mais faudrait pas

Qu’avec tout son argent

Il soit dev’nu trop intelligent

La narratrice a une grille négative très précise d’attentes, physiques et mentales, de son Sébastien revenu cousu d’or. La narratrice souhaite qu’il revienne enrichi, mais pas changé. Elle désire la prospérité sans remettre en cause l’équilibre du couple. L’argent est bienvenu, l’émancipation intellectuelle beaucoup moins. Cette revendication implicite d’une supériorité intellectuelle sur l’être aimé ne relève pas d’une logique d’émancipation réciproque, mais d’un rapport de domination au sein du couple. L’autonomie féminine demeure subordonnée à la dépendance économique envers un homme pourvoyeur de ressources. Surtout, qu’il n’en vienne pas à ressembler à Jean-Jacques Castella (Jean-Pierre Bacri) chef d’entreprise du Goût des autres (Agnès Jaoui, 2000), qui découvre le monde du théâtre, Ibsen, l’anglais et l’amour. Il en demeure changé à jamais.

Maud et sa petite bande de proches semblent plus ouverts, débattant à l’acte II des possibles réalisations de Jean-Loup, et des traces de ses exploits sur son physique. La déception est au rendez-vous : Jean-Loup, le poète efflanqué aux yeux rêveurs (nous paraphrasons), est devenu un homme d’affaires prospère, légèrement couperosé, bien dans ses chaussures vernies et dans son complet d’un bon faiseur. Il parle en bon bourgeois de ses affaires, a tous les tics langagiers de son époque : « gosses », « bornes », « boulot »… L’horreur. Le mythe s’effondre, laissant place à un homme banal. Cependant, on apprend par la même occasion le mensonge par omission de Maud pendant des années : Jean-Loup ne l’a pas abandonnée, elle l’a poussé à partir, puis s’est rapidement mariée pour avoir de l’argent, sans attendre le retour de Jean-Loup.

Le voyage de Jean-Loup au Brésil, demandé par Maud vingt ans auparavant, est, comme le voyage au Venezuela de Sébastien, un investissement économique. Les deux hommes ne partent pas pour découvrir le monde ni pour se réaliser. Ils partent travailler. Le voyage est un sacrifice destiné à assurer un avenir matériel au couple. On retrouve ici la figure ancienne de l’homme absent parce qu’il est chargé de rapporter la prospérité.

Le Venezuela et le Brésil appartiennent davantage au domaine du fantasme qu’à une géographie réelle : terres lointaines, richesses minières, fortunes rapides, aventure économique. Il serait intéressant de rapprocher cet exotisme des mythes des conquistadors ou des chercheurs d’or, davantage que d’un véritable intérêt pour les sociétés sud-américaines de cette époque. Notons pour l’anecdote cinéphile que ces deux pays ont été associés dans le film Pouic-Pouic (Jean Girault, 1963), signe d’une continuité fluide de l’attrait exotique du continent sud-américain.

Dans « Sébastien », la narratrice attend de retrouver l’homme aimé dans une exaltation presque lyrique, comme si l’attente avait été récompensée. Ce qui n’est pas encore le cas. Ou, si l’on veut être acerbe, ce qui ne sera pas le cas, car Sébastien, comme Jean-Loup, a peut-être choisi de fonder une famille loin de son troupeau… de son village natal. Dans Un piano dans l’herbe, la tentative de suicide de Maud à la fin de la pièce, suite au choc du retour de Jean-Loup, conduit à une révélation sentimentale. Jean-Loup parti rejoindre femme et enfants, Maud, poignets bandés, se sent mieux et découvre que son ami Louis l’aime et qu’elle l’aime. L’amour existait depuis longtemps mais restait invisible. Cependant, ce bonheur final repose sur des années de non-dits et de mensonges. Comme souvent chez Sagan, les personnages compliquent eux-mêmes leur existence, puis découvrent que le bonheur était à portée de main.

Ces deux œuvres montrent combien l’imaginaire patriarcal peut être intériorisé, y compris par des femmes qui disposent pourtant d’une capacité d’action.

Vive l’indépendance financière féminine, vive l’égalité femme-homme !

Pour citer est article : Tiphaine Martin, « Partir, revenir, pourquoi ? (22) Laisser partir l’être aimé : Marie Laforêt, Françoise Sagan », Voyages autour de mon cerveau, août 2026. URL : https://vadmc.hypotheses.org/31638

Brûler le capitalisme : La Fiancée du pirate VADMC

Brûler le capitalisme : La Fiancée du pirate

Tête haute, elle s’en va. Elle a tout fait partir en fumée. Il ne reste rien de sa cahute au fond des bois, et encore moins des possessions qu’elle y a accumulées. Ou si peu, rien que des détritus inintéressants. Elle part sur la grand-route, sans rien, pieds nus. Et retentit alors une musique joyeuse, de type fanfare, très Nino Rota/Federico Fellini. Fin de La Fiancée du pirate, de Nelly Kaplan (1969).

Finie la haine des villageois et des villageoises, fini aussi de se cacher dans les bois, parce que repoussée par la communauté. Finie aussi sa vengeance contre celles et ceux qui l’ont humiliée, opprimée et agressée sexuellement. Sa mère aussi a été victime de la persécution des habitantes et habitants du village, tout comme leur bouc. Tous deux sont morts. Marie (Bernadette Lafont) s’en va. Elle est libre, enfin.

Lasse de subir des violences diverses et variées – les villageois·es n’étant jamais à court d’imagination quand il s’agit de lui faire du mal -, Marie a décidé de reprendre son destin en main. Elle fait payer, littéralement, les villageois, pour qu’ils puissent avoir accès à son corps. Puisqu’ils l’ont déjà violée, elle n’a plus de respect pour elle-même. Elle s’établit comme prostituée, dans sa cahute. En échange de ses services sexuels, les villageois lui offrent soit de l’argent, soit des objets de la surconsommation, bien installée à la fin des années 1960, et déjà contestée.

Grâce à l’argent, à ses biens de consommation et à la location de son corps, elle acquiert du pouvoir sur ses tortionnaires. Quand elle en a assez, elle pose son magnétophone à bande dans l’église, en hauteur. Elle l’enclenche, puis part en bloquant la porte de l’église. Et les « bon·nes catholiques » d’entendre, ou de s’entendre, demander son corps à Marie et lui offrir des cadeaux. Scandale, mais surtout, rage et colère des villageois·es, vindicatifs et vindicatives, aigri·es par leur adhésion totale au patriarcat. Elles et ils s’en vont, fourches, bâtons, fusils et poings en avant, châtier celle qui ose suivre sa destinée comme elle l’entend. Mais Marie est partie. Les  villageois·es s’acharnent alors ce qui reste des biens matériels de Marie.

Marie, elle, est sur la route ensoleillée, pieds nus, parce que les chaussures dorées à talons, ça entrave.

Ce film montre, entre autres, que la seule réponse au capitalisme est de faire partir en fumée ce qu’il produit comme objets inutiles. En outre, même si l’individualisme féminin est prôné, il est montré comme exceptionnel. La solitude, même bénie, est-elle la solution pour construire une société sans violences, donc sans patriarcat et sans capitalisme ?

Pour citer cet article : Tiphaine Martin, « Brûler le capitalisme : La Fiancée du pirate », Voyages autour de mon cerveau, juin 2026. URL : https://vadmc.hypotheses.org/29578