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Amour, amour (4) : Francis Lemarque, “Ça sent la joie” 

Amour, amour (4) : Francis Lemarque, “Ça sent la joie” 

Dix-septième et avant-dernier titre du disque Paris populi de Francis Lemarque (1977), « Ça sent la joie » décrit un bal populaire dans le Paris de la Libération. Situé dans le onzième arrondissement, comme les autres chansons, « Ça sent la joie » n’est pas qu’une chanson politique, sur la fraternité après le coup de feu pour faire partir les Allemand·es de la capitale.

C’est également une jolie chanson amoureuse, sur des paroles de Georges Coulonges, une musique et une interprétation de Francis Lemarque :

Ça sent la poudre et la joie

Le bonheur sous les doigts

Et l’accordéon roi

La valse patrimoine

Au Faubourg Saint-Antoine

(…)

On danse avec le facteur

Le copain du boxeur

Le coquin de sa sœur

Et monsieur le chanoine

(…)

Le petit vin blanc pour rire

Et la chanson pour dire

Le bonheur se contemple

(…)

Les robes sont des drapeaux

(…)

Ça sent la fête d’amour

(…)

Et tout Paris va chanter

Paris va s’embrasser

Paris va s’enivrer

(…)

À Paris liberté !

La gaieté est là, après cinq années de grisaille, et avant que les nouvelles de la réalité des tortures, des blessures, des violences et autres horreurs commises en France et ailleurs par les collaborateurs et les Nazis n’arrivent aux oreilles et au regard des Parisien·nes et des Français·es. Et que ne commence la reconstruction du pays.

Les couples tourbillonnent. On imagine les femmes avec de larges jupes aux couleurs du drapeau français, ou du drapeau rouge communiste, dans ce quartier parisien toujours à la pointe des révolutions, au moins aux dix-huitième et dix-neuvième siècles (Révolution Française, 1830, 1848, 1871…). Les hommes ont sans doute leurs costumes gris ou marron de l’Occupation, faute de tissu nouveau. 

Les danseurs et les danseuses appartiennent à la classe populaire, même la religion catholique y a sa part, dans une réconciliation de l’Église et du peuple/Tiers-État, telle qu’on n’en avait sans doute pas vue depuis… toujours dans l’histoire de France, au vu des positions antirépublicaines et antidémocratiques des religieuses et religieux français·es.

Coulonges et Lemarque font également écho à la chanson, « Ah ! Le petit vin blanc », composée en 1943, au plus fort de l’Occupation. Paroles de Jean Dréjac, musique par Charles Borel-Clerc, elle réunit des éléments traditionnels du bal populaire : accordéon, vin blanc et valse musette. Chez Lemarque, le tout s’accorde pour ressurgir dans la gaieté, après cinq ans d’interdiction de danse. Tout ce bonheur simple et sans chichis inonde Paris, Paris « libéré, par lui-même », selon les paroles du Général de Gaulle, dont les opinions politiques ne rejoignaient en rien celles des faubourien·nes. Mais qu’importe, pour un soir, deux soirs, les Parisien·nes se moquent de toutes ces différences, pour ne penser qu’au plaisir de vivre.

La joie est là, pourquoi s’en priver ?

Alors, on danse !

Pour citer cet article : Tiphaine Martin, « Amour, amour (4) : Francis Lemarque, “Ça sent la joie” », Voyages autour de mon cerveau, mai 2026. URL : https://vadmc.hypotheses.org/28652

« Lâcher son voile et partir en hélicoptère : Les Aventures de Rabbi Jacob » VADMC

Lâcher son voile et partir en hélicoptère : Les Aventures de Rabbi Jacob

C’est, peut-être, le plus beau « non » de l’histoire du cinéma, qu’il soit français, européen, occidental, mondial. En toute objectivité, bien entendu. C’est un non au voile féminin, donc un oui aux cheveux libres , dans Les Aventures de Rabbi Jacob (Gérard Oury, 1973). Et un grand oui au coup de foudre réciproque, à l’amour.

Ce propos arrive à la fin du film, alors que les deux héros, l’industriel français Victor Pivert (Louis de Funès) et le « leader du Tiers-Monde » Mohammed Larbi Slimane (Claude Giraud) ont échappé à mille dangers depuis la veille au soir. En effet, Slimane, originaire d’un payas arabo-musulman non nommé, est recherché par le sinistre colonel Farès (Renzo Montagnani) et ses tueurs (Malek Kateb, Pierre Koulak et Gérard Darmon), qui veulent maintenir l’ordre capitaliste dans leur pays. Slimane, lui, est à la tête de la révolution, mais a dû fuir, pour sa sécurité.

Le contexte implicite de cette partie du film est l’enlèvement, puis le meurtre, du chef de file des mouvements anticapitalistes et anti-dictatoriaux du Tiers-Monde et du continent africain, Medhi Ben Barka. Homme politique marocain, il a été enlevé devant la brasserie Lipp à Paris, dans le sixième arrondissement, en 1965. Soit juste en face du café Les Deux Magots, où le personnage Slimane est enlevé, plus de sept ans après.

Notons au passage notre déception de spécialiste de Simone de Beauvoir : l’écrivaine ne fait pas de figuration dans cette scène, ni à la terrasse ni dans la salle d’un de ses cafés parisiens favoris. Il est vrai que dans les années 1970 la célébrité l’avait contrainte à écrire chez elle, sans oublier que la santé chancelante de son compagnon Jean-Paul Sartre l’accaparait.

En 1973, il n’est pas besoin d’expliciter le contexte de l’enlèvement de Slimane, encore présent à l’esprit des spectateurs et spectatrices françaises, mis à part la phrase d’un des tueurs de Farès (« ça [l’enlèvement d’un dirigeant politique à Paris] a déjà été fait »). Le public de l’époque s’attend donc au décès violent de Slimane, lors de son emprisonnement, en Normandie, dans une usine de chewing-gum, par Farès et ses hommes.

Ce qui n’est pas le cas, car Victor Pivert sauve malgré lui Slimane. Pivert, lui, est un bourgeois français à tendance monarchiste, raciste et antisémite. Sa fille se prénomme Antoinette, comme la dernière reine de France, moins le premier prénom. Il râle contre les touristes allemands, belges et suisses qui visitent la France en voiture, bloquant la route vers Paris : « On n’est plus en France ici ! » Il s’offusque de voir un couple amoureux s’embrasser avec grand plaisir à la sortie d’une église de campagne, parce que « la mariée, elle est noire », tandis que le marié a la peau blanche. Surgit alors la douce ironie des scénaristes (Gérard Oury, Danièle Thompson et Josy Eisenberg), avec un clin d’œil au premier grand rôle de de Funès, dans Le Gendarme de Saint-Tropez (Jean Girault, 1964). Elle et ils chargent un gendarme lambda (Clément Michu) de répondre à la diatribe raciste de Pivert, d’un air ahuri : « Et alors ? » Oui, et alors, où est le souci ? Aucun, sinon pour les gens racistes.

Oh, pardon, il est vrai que Pivert n’est pas raciste du tout, selon ce qu’il réplique à son chauffeur Salomon (Henri Guybet)… Les scénaristes ont pensé à l’habituelle dérobade des gens racistes, qui se cachent derrière leur absence d’arguments, quand ils sont accusés de racisme. Ce qui est le cas de Pivert, qui passe à un autre sujet, le mariage de sa fille. Pivert est ensuite estomaqué d’apprendre que son chauffeur Salomon est de confession juive, ainsi que toute sa famille, dont son oncle Jacob (Marcel Dalio), qui arrive justement de New York. Il en fait aussitôt part à son épouse Germaine (Suzy Delair), qui l’appelle au téléphone fixe de sa voiture. De même que le gendarme, Germaine lui réplique : « Et alors ? » Il n’y a toujours pas de problème à ce que des Français soient différents, soit, ici, de religion autre que catholique. Question post-film : Pivert sait-il qu’il y a des Français·es, en France, en 1970 et années suivantes, qui sont athées ? Les Aventures de Rabbi Jacob prônant l’œcuménisme, cette question restera sans réponse.

Plus tard, Pivert est à la recherche d’une dépanneuse pour sa voiture, tombée dans une mare, suite à une mauvaise manœuvre de Salomon, qu’il licencie. Heureusement, le toit de la voiture est recouvert par le hors-bord de Pivert, qui flotte. L’industriel est d’autant plus pressé de rentrer à Paris que sa fille Antoinette (Miou-Miou ) doit épouser Alexandre (Xavier Gélin) le lendemain, à la cathédrale parisienne Saint-Louis-des-Invalides. Comme dirait l’humoriste Fernand Raynaud, c’est « Un mariage en grandes pompes » (titre d’un des ses sketchs de 1964) qui se prépare. Cette union est dans la logique de deux familles bourgeoises catholiques françaises qui unissent leurs enfants dans les années 1970. En effet, la deuxième vague des féminismes français ne semble pas avoir impacté cette micro-société.

Notons également que Xavier Gélin hérite du rôle peu flatteur d’imbécile. En effet, outre le vif chuintement de son élocution, il incarne ici un jeune bourgeois cramponné à ses parents, un général et son épouse au foyer (Jacques François et Denise Péronne). Chahuté par ses amis venus à la noce, il n’est pas très intelligent ni adroit, et acrimonieux. Nous nous moquons de lui dès sa première réplique, pour ensuite le prendre en grippe. Les scénaristes, heureusement, nous prépare un retournement de situation à la dernière scène… 

En attendant, Slimane emmène Pivert dans sa cavale, comme otage. Le but de Slimane est de retourner dans son pays en avion et de devenir premier ministre. Leurs parcours semé d’embûches les conduit notamment à se travestir en rabbins. Toutes ces épreuves amènent Pivert à détruire et son racisme et son antisémitisme. Il apprend que Slimane est un être humain comme un autre, de même pour les juifs et les juives, et que la religion juive vaut la religion catholique. Il apprend même à respecter son ex-chauffeur, Salomon, qui tire Slimane et Pivert d’un mauvais pas.

Pivert pense même à résoudre le déjà long conflit israélo-palestinien en demandant à Salomon et  Slimane s’ils ne seraient pas « un peu cousins ». Les deux personnages renâclant à cette parenté, la scène se termine par les remerciements de Slimane à Salomon, pour l’aide qu’il leur a apportée. Slimane et Salomon se serrent alors la main. Comme pour tout accord politique, si nous continuons sur la lancée de Pivert, ce serrement de main ô combien symbolique est filmé en gros plan. Mais n’aura aucun impact, hélas, sur la réalité politique et humaine du Moyen-Orient.

Place donc au final, sur l’esplanade de Saint-Louis-des-Invalides, avec, entre autres, Farès, ses tueurs, Slimane, le véritable Rabbi Jacob, Pivert, son épouse Germaine. Sont également là, logiquement, leur fille Antoinette, tout en coiffe serrée masquant ses cheveux, long voile blanc et longue robe blanche, et leur futur gendre Alexandre. Et toute la noce d’A. et A. C’est alors qu’un ministre français (André Falcon) a l’idée d’atterrir sur l’esplanade en hélicoptère, afin d’amener ensuite Slimane dans son pays.

La révolution a triomphé, Slimane a été nommé, non pas premier ministre, mais président de la république. Certes, il n’a pas pu retenir la jolie rousse rencontrée à Orly, et il a été soulagé de ne pas se fiancer avec la jeune juive rousse, mais au physique qui n’a pas attiré son attention, qu’on lui a présentée dans sa cavale. Mais le principal est là : il a réussi ! Enfin, comme le déclare Pivert avec jubilation : « Nous avons réussi ! »

À Saint-Louis-des-Invalides, les pales de l’hélicoptère font alors reculer tout le monde par leur puissance. Et les chapeaux de ces dames s’envolent, et les habits de ces messieurs claquent au vent. Et le bonnet de bain fleuri, pardon, la coiffe de mariée d’Antoinette, ainsi que son voile, sont arrachés. Heureux hasard ou bienheureuse coïncidence, son voile vole jusqu’à Slimane :

Antoinette (levant les yeux vers Slimane) – Mon voile, rendez-moi mon voile.

Slimane (souriant) – Non.

 

Bien sûr que la réponse de Slimane est négativo-charmante, puisque le coup de foudre existe, d’autant plus qu’Antoinette a les cheveux roux. Et la « grande main poilue » (dixit Pivert)  de Slimane s’enlace à la main menue, gantée de blanc, d’Antoinette. Il la conduit à l’hélicoptère, où ils s’embrassent avec fougue, longuement.

Ils s’envolent, sur un air lyrique de Vladimir Cosma. Longue vie à eux !

 

 

Pour citer cet article : Tiphaine Martin, « Lâcher son voile et partir en hélicoptère : Les Aventures de Rabbi Jacob », Voyages autour de mon cerveau, février 2026. URL : https://vadmc.hypotheses.org/28278

Modèles féminins et masculins “On a besoin d’un idéal”, Grease VADMC

Modèles féminins et masculins : “On a besoin d’un idéal”, Grease

Les années 1977 et 1978 sont riches en propositions de modèles d’adultes célèbres à imiter, tant dans la chanson de Louis Amade et Gilbert Bécaud « On a besoin d’un idéal » (L’Indifférence, On a besoin d’un idéal) que dans le film musical Grease (Randal Kleiser). Si la chanson française ne s’adresse, au quatrième couplet, qu’aux « collégiens », avec des modèles uniquement masculins (Jean Moulin, Arthur Rimbaud, saint Vincent), le film états-unien propose aux lycéennes deux modèles féminins (Eleanor Roosevelt, Rosemary Clooney) et aux lycéens trois modèles masculins (Joe DiMaggio, Dwight Eisenhower, Richard Nixon).

Si les sexes restent séparés dans le film, ou ignorés pour moitié dans la chanson, il n’en reste pas moins que l’invitation des adultes à s’inspirer de célébrités ne peut que donner de l’élan aux plus jeunes. En effet, il ne s’agit pas d’artistes à la gloire éphémère, faisant du bruit et attirant l’attention des médias et du public par le clinquant de leur costume ou par des déclarations tapageuses, mais de personnalités, du vingtième siècle et du dix-septième siècle, ayant œuvré pour le bien et le divertissement communs.

En 1958, époque où se déroule l’action de Grease, la proviseure du lycée Rydell High, Madame McGee (Eve Arden), cite dans son discours de fin d’année scolaire un joueur de baseball, Jo DiMaggio, très célèbre, tant dans les années cinquante que dans les années soixante-dix. Hors domaine récréatif, Bécaud mentionne une personnalité religieuse (Vincent de Paul), qui a travaillé à diminuer la pauvreté et l’illettrisme de son temps.

Dans les artistes cité·es, il y a un poète (Rimbaud) et une chanteuse et actrice (Clooney). Rimbaud est connu pour avoir renouvelé la prosodie française, Clooney pour ses talents de chanteuse de jazz et d’interprète, surtout, du film musical Noël blanc (Michael Curtiz, White Christmas, 1954).

Quant aux politicien·nes, elle et ils sont quatre, trois hommes et une femme. Eleanor Roosevelt est une militante féministe et antiraciste, co-créatrice de l’ONU, première dame des États-Unis par son mari Franklin Delano Roosevelt, président démocrate de 1933 à 1945. Autre figure de gauche, le préfet puis résistant français Jean Moulin, créateur du Conseil national de la Résistance, arrêté et torturé par le Français Klaus Barbie, de la Gestapo, puis par la Gestapo allemande. Il est panthéonisé en 1964. Côté droite, Madame McGee cite le président, républicain, Eisenhower et son vice-président, républicain, Nixon, dans son discours, puisqu’ils sont tous deux en fonction en 1958. Il n’est pas impossible d’y voir également une pique ironique des scénaristes, puisqu’il n’y a aucun besoin de citer le vice-président en plus du président. En effet, dans les années soixante-dix, Nixon est surtout connu et profondément détesté, non seulement à cause du scandale du Watergate, mais également par son intensification de la guerre au Vietnam.

L’ensemble, quoique marqué de sexisme dans la distribution ou l’absence de modèles, permet l’acculturation du public, adolescent ou non, de Bécaud et des spectateurs spectatrices de Grease. En outre, il est possible de dépasser ledit sexisme en s’identifiant à des figures célèbres, quel que soit leur sexe. Et leur classe sociale, leur ethnie, etc.

Alors, chantons, regardons et agissons !

Pour citer cet article : Tiphaine Martin, « Modèles féminins et masculins : “On a besoin d’un idéal”, Grease », Voyages autour de mon cerveau, janvier 2026. URL : https://vadmc.hypotheses.org/27922

Florilège Rohmer VADMC

Florilège Rohmer

Parce que les films de Rohmer (Éric le cinéaste français, pas Sax le romancier anglais) sont enchanteurs puisque féministes, parce que merci à lui, à ses acteurs, à ses actrices et à son équipe. Parce qu’un cinéma du langage et de la manipulation. Parce que. D’où un florilège subjectif de citations de ses films, selon leur classement officiel en grappes filmées.

Six Contes moraux

« Tant pis, si vous vous détraquez l’estomac avec vos sales petits sablés. » La Boulangère de Monceau (1962)

« J’ai des drames. » La Carrière de Suzanne (1963)

« L’idée de collection est contre l’idée de pureté… » La Collectionneuse (1967)

« Ce fut ma dernière escapade. » Ma nuit chez Maud (1969)

« – Jérôme ! – Aurora ! » Le Genou de Claire (1970)

« J’ai peur d’avoir fait une bêtise. » L’Amour l’après-midi (1972)

Comédies et proverbes

« On a dû se tromper ! » La Femme de l’aviateur (1981)

« Je ne suis pas du tout collectionneur. » Le Beau Mariage (1982)

« Et à Pauline, il le lui a pas dit brutalement, l’autre charlot ? » Pauline à la plage (1983)

« D’une animalité pathétiquement bestiale. » Les Nuits de la pleine lune (1984)

« Bien sûr que je regarde les mecs. » Le Rayon vert (1986)

« Je sens que je vous complique la vie. » L’Ami de mon amie (1987)

Contes des 4 saisons

« – Je peux m’assoir à côté de vous ? – Oui. – Je peux vous prendre la main ? – Oui. – Je peux vous embrasser ? – Oui. » Conte de printemps (1990)

« Maman ! Je t’amène un cuisinier ! » Conte d’hiver (1992)

« Je suis une fille de corsaire, on m’appelle la flibustière. » Conte d’été (1996)

« C’est du muflier sauvage. » Conte d’automne (1998)

L’Ancien et le Moderne

« Jean-François, écoute-moi bien… » Le Signe du Lion (1959)

« Permettez-moi de vous offrir mon bras… » La Marquise d’O… (1976)

« Je suis Perceval le Gallois. » Perceval le Gallois (1978)

                      Quatre Aventures de Reinette et Mirabelle (1987) :

« Oui mais le silence, ça peut pas exister dans la nature. », sketch « L’Heure bleue »

« C’est moi qui l’ai enlevée, défense d’y toucher. », sketch «  Le Garçon de café »

« Et en aidant une vicieuse, tu t’es viciée toi-même. », sketch « Le Mendiant, la Kleptomane et l’Arnaqueuse »

« La peinture est une chose bien trop sacrée pour qu’on la profane par des paroles. », sketch « La Vente du tableau »

« Oh des salades ! » L’Arbre, le Maire et la Médiathèque (1993)

                       Les Rendez-vous de Paris (1995) :

« C’est ton amoureux ? », sketch « Le Rendez-vous de sept heures »

« Soyons-le jusqu’au bout, allons à l’hôtel. », sketch « Les Bancs de Paris »

« Ah vous êtes peintre… », sketch « Mère et Enfant 1907 »

« Mon Dieu Prince, que vous arrive-t-il ? » L’Anglaise et le Duc (2001)

« La banlieue ? Ou c’est populaire et triste, ou c’est très cher… » Triple Agent (2004)

« C’est bien parlé, mais quant à moi… » Les Amours d’Astrée et de Céladon (2007)

Pour citer cet article : Tiphaine Martin, « Florilège Rohmer », Voyages autour de mon cerveau, novembre 2024. URL : https://vadmc.hypotheses.org/19024

 

 

Bande dessinée en chansons VADMC

Bande dessinée en chansons

D’un art à l’autre, de la page en images à la page en écriture, il y a parfois des porosités. C’est le cas pour la bande dessinée, parfois citée dans les films , parfois adaptée à l’écran. Il existe également des citations en chansons, parmi lesquelles nous avons extrait les chansons françaises suivantes :

– « Mickey, Tintin et Spirou » (Claude Bolling et Frank Gérald, interprétée par Les Parisiennes, 1966) ;

– « Comic Strip » (Serge Gainsbourg, 1967) ;

– « Sensationnel Jeffrey » (Florence Véran et Raymond Bravard, interprétée par Annie Philippe, 1967) ;

– « L’Aventurier » (Nicola Sirkis et Dominique Nicolas, interprétée par le groupe Indochine, 1982) ;

– « Femme libérée » (Joëlle Kopf et Christian Dingler, interprétée par Cookie Dingler, 1984).

Tandis que Serge Gainsbourg se rêve en créateur de bande dessinée, y invitant sa dulcinée, puis en super-héros, Annie Philippe et le groupe Indochine font état de leur admiration pour les héros durs à cuire. Cookie Dingler souligne un trait de société qui a une longue histoire, à savoir l’insertion de la bande dessinée dans les journaux, et Les Parisiennes se moquent des lecteurs de bande dessinée.

Gainsbourg se chante en Pygmalion d’une Galatée infantilisée qu’il attire dans sa création « à l’américaine » : « Viens petite fille dans mon comic strip », avant de se prendre pour un super-héros dirigeant les mouvements de sa compagne : « J’distribue les swings et les uppercuts (…)/Viens avec moi par-dessus les buildings (…). » La violence ultra-virile est présente, sans surprise. La même année sort « Madame Superman », chantée par Elizabeth, dont le texte est bâti sur le même principe. Notons qu’il ya une référée explicite à Superman dans « Sensationnel Jeffrey ».

Annie Philippe et Indochine promeuvent leur héros favori, soit violent et sûr de lui, soit simplement héroïque. Philippe le chante avec un recul humoristique, Indochine au premier degré. La chanson d’Indochine est un éloge du héros seul contre tous :

Il s’en sortira toujours à temps

Tel l’aventurier solitaire

Bob Morane est le roi de la terre

Et soudain surgit face au vent

Le vrai héros de tous les temps

Bob Morane contre tous chacal

L’aventurier contre tout guerrier

Bob Morane est le héros de la bande dessinée éponyme, après les romans populaires, de l’écrivain belge Henri Vernes. Il est l’archétype de l’homme viril, toujours poings en avant, combattant, comme James Bond, les forces du Mal, du moment qu’elles sont extra-européennes. Les clichés racistes et sexistes abondent. Le groupe de musique fait donc l’éloge de ce type d’homme, sans aucun recul par rapport à ses lectures d’adolescence (Source : Europe 1 https://www.europe1.fr/culture/qui-etait-laventurier-du-tube-dindochine-3980158).

Annie Philippe, quant à elle, chante un héros dur à cuire, aussi, mais non violent, car sans armes. Et qui est également confronté à toutes sortes d’aventures, en une compilation comique et farfelue :

Seul tu as capturé et fait prisonnier

Le masque de fer au pied bot

Qui faisait de la fausse monnaie

L’accumulation invraisemblable, soutenue par l’interprétation énergique de la chanteuse, provoque le rire à l’écoute, loin de la pesanteur machiste d’Indochine et de Gainsbourg. Rien n’indique non plus qu’il faille prendre au sérieux le souhait de la narratrice de rencontrer dans la réalité son héros de papier, dont elle lit les aventures chaque jour dans son « journal attitré ».

À une vingtaine d’années de distance, Les Parisiennes et Cookie Dingler se penchent eux aussi sur la publication de bandes dessinées dans les quotidiens et hebdomadaires. Cookie Dingler se moque de son héroïne, la « femme libérée » des années quatre-vingts : « (…) dans Le Nouvel Obs elle ne lit que Bretécher (…). » Surtout pas de lectures qui seraient politiques ! Encore que l’on puisse s’interroger sur la portée politique de l’œuvre de Bretécher, dont ses fameux « Frustrés », publiés de 1973 à 1981 dans le journal cité dans la chanson (Source : Éditions Dargaud https://www.dargaud.com/bd/les-frustres ). Mais, dans les années quatre-vingts, la bande dessinée, quoique sortie de la case jeunesse, semble être encore une lecture de relaxation, produit d’un sous-genre littéraire et artistique. Pour le chanteur, une femme de 1984 ne peut donc qu’être futile.

Les Parisiennes, de leur côté, s’adressent uniquement aux lecteurs de bande dessinée, les « gentils garçons (…) qui connaissent par cœur les blagues de Donald et de l’oncle Picsou », qui les « draguent », et avec lesquels elles sortent éventuellement. Elles moquent leur passion pour les illustrés, qui les coupe de la réalité. Réalité qu’ils rejettent, au nom de l’apolitisme. Ce qui, finalement, « reposent » les chanteuses, au moins pour un temps.

Sans oublier une pique classiste contre ces jeunes hommes qui ne sont pas intéressés par la culture classique, dispensée en classe et dans les bonnes familles bourgeoises et petites-bourgeoises (La Bruyère,  Pascal, Stendhal, Alexandre Dumas fils). Deux ans avant Mai 68, aucune analyse n’est faite sur une éventuelle pesanteur de cette culture classique, pesanteur due au poids social et éducatif plus qu’à l’intérêt réel de ces auteurs et de leurs œuvres.

Ce sont des histoires d’amour qui durent peu, car comment construire un avenir (un mois, deux mois…) avec un garçon qui n’a qu’un sujet de conversation, ses chères bandes dessinées (Mickey, Tintin, Spirou, et Lucky Luke et Astérix, également cités), et qui ne s’intéressent à rien d’autre ? La voix acidulée des chanteuses et leur abattage nous rassurent : leur chagrin est aussi minuscule que celui de leur ex-petit ami.

Serait-il possible d’appliquer les mêmes observations à notre époque de portables absorbants, de séries à suivre des années durant, de jeux vidéos captivants, et autres activités non communicantes et sans contact direct avec la réalité et les autres êtres humains ?

Ce bref tour chanté des bandes dessinées a montré la persistance des clichés classistes et sexistes, avec une belle échappée humoristique, celle chantée par Annie Philippe. À vos claviers, stylos et calames pour changer la donne !

Pour citer cet article : Tiphaine Martin, « Bande dessinée en chansons », Voyages autour de mon cerveau, octobre 2024. URL : https://vadmc.hypotheses.org/18231