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Partir, revenir, pourquoi ? (25) Partir ou non à Rome : Le Canard à l’Orange VADMC

Partir, revenir, pourquoi ? (25) Partir ou non à Rome : Le Canard à l’Orange

Ou comment parvenir à séparer sa femme de son amant pour partir avec elle à Rome plutôt que de la laisser s’y rendre avec lui. Il s’agit du Canard à l’orange, vaudeville français adapté par Marc-Gilbert Sauvajon de la pièce The Secretary Bird de William Douglas-Home (1967). Hugh Preston (Michel Roux), présentateur humoristique à la BBC, est marié à Liz (Nadine Alari), femme au foyer tombée dans les rets de l’agent de change John Brownlow (Alain Lionel).

La mise en scène de Pierre Mondy et d’Alain Lionel, filmée en 1995 pour la télévision, joue notamment sur le contraste physique entre les quatre personnages principaux : Michel Roux, de taille moyenne et au physique enrobé, s’oppose ainsi à Alain Lionel, grand et mince. Côté femmes, Nadine Alari, brune, est de la même taille et de la même génération que Michel Roux, tandis que Rachel Genevin, qui incarne la secrétaire d’Hugh Preston, Patricia Forsythe, dite « Paty Pat », est elle aussi de taille moyenne, mais blonde et mince. Le dialogue entre Hugh et Liz indique que John a « onze ans de moins [que Hugh] » et « trois mois [de moins que Liz] ».

Ces quatre personnages, auxquels s’ajoute Madame Grey (Arlette Gilbert), la gouvernante des Preston, passent un week-end dans la maison familiale à déterminer qui sera avec qui le lundi matin, et vers quelle destination. Liz veut partir avec Brownlow en Italie. Rome apparaît comme la promesse d’une nouvelle vie, après ses voyages de la campagne vers Londres, sous couvert de rendez-vous de beauté, où elle retrouvait en fait John. Hugh veut garder sa femme chez eux à la campagne, sans passer par la case divorce, puis partir à Rome avec elle, avec les billets volés dans la poche de Brownlow. Patricia a son billet pour Florence, car, selon Hugh, elle est « mordue de la Renaissance italienne (…) elle compte pousser jusqu’à Rome » et elle a décidé d’y passer ses vacances. Nous retrouvons ici deux clichés viatiques : le voyage vers l’Italie comme terre des amoureux (John/Liz/Hugh). Ainsi que l’Italie comme terre de culture, avec le choix de Florence, qui incarne la ville du XIVe au XVIe siècle, figée dans son passé historique et artistique (Laurent le Magnifique, l’Arno, les Offices, le baptistère), et Rome, terre antique et terre baroque. Pour autant, Patricia est la seule à envisager le voyage pour lui-même, alors que Hugh, Liz et Brownlow font de l’Italie le décor d’un nouveau départ sentimental.

Autre ailleurs, mais qui ne sera jamais réalisé, à savoir le Kent, où John a une propriété de campagne. Hugh s’y invite pour après le mariage de Liz et de John : « Je vous aiderai à rentrer les foins. » L’imaginaire campagnard traditionnel surgit sous la pique humoristique de Hugh. Étant bien entendu que, au vu de leur statut social, ni John, ni Liz, ni Hugh ne vont avoir à effectuer ce genre de tâches. Le Kent rêvé par Hugh Preston appartient au même imaginaire que les campagnes chantées par les artistes urbains : un espace de simplicité retrouvée, débarrassé du travail réel de la terre. En promettant d’aider John à rentrer les foins, Hugh ne se convertit pas au monde paysan : il parodie une image bourgeoise de la ruralité. À la propriété du Kent s’ajoute celle de Montreux, qui complète le portrait social de John, homme habitué à multiplier les espaces de vie et les possibilités de déplacement.

Par contre, l’ailleurs réel est convoqué par Liz quand elle parle à Hugh de sa première rencontre avec John, à l’ambassade du Chili, à Londres. Le monde extérieur est déjà présent dans la maison avant même que Rome ne surgisse. Dans ce milieu international, Hugh était présent, mais il ne s’en souvient pas, car, selon Liz : « Tu étais tombé dans le whisky avant de passer à table et il n’avait pas eu le temps de sécher. » Les seules remémorations de Hugh concernent : 1) ses voisins de table : un Uruguayen à sa gauche et un Paraguayen à sa droite. Ou le contraire ; 2) sa dispute avec il ne sait plus qui au sujet du nombre de marches de la Tour Eiffel, avec une mauvaise foi partagée par son adversaire. Comment ne pas évoquer ici le Ninotchka (1939) d’Ernst Lubitsch ? L’envoyée soviétique (Greta Garbo) monte à pied au sommet de l’attraction touristique parisienne majeure, au désespoir de son soupirant, le comte Léon d’Agout (Melvyn Douglas). Ninotchka veut vérifier par elle-même le nombre de marches de la Tour.

Les autres voyages réellement effectués sont, tout d’abord, ceux des « voyages de noces » de Liz et Hugh depuis leur mariage, une fois par an, dont un en Norvège et un en Écosse. Leur voyage à Rome avec les billets de John en fera partie. Cette fois, cap au Sud !

Il y a également les trajets gare-voiture-gare-voiture de Patricia au cours du week-end, lors de son arrivée chez les Preston, puis à son départ. À chaque fois, c’est John qui conduit la voiture, celle avec laquelle il est venu de Londres. Rien que de très ordinaire et de tout à fait logique. Il n’empêche que, narrativement et scénographiquement parlant, ces actions rapprochent John de Patricia. Comme le conclut philosophiquement Hugh, lorsqu’il constate à la fin de la pièce, pour rassurer Liz sur l’étendue du chagrin de John, que Patricia et John sont finalement partis ensemble dans la voiture de John : « C’est la lutte éternelle du rail et de la route. »

Rappelons, clin d’œil au public français, la blague ferroviaire de Preston à Brownlow sur l’utilisation indue de sa brosse à dents par un voyageur, lors d’un trajet en train, en pleine nuit, « du côté de Laroche[-Migennes] ». Cette gare icaunaise se trouve, ô stupeur, sur le parcours Paris-Lyon-Marseille, soit celui qui peut se prolonger jusqu’en Italie. Notons pour l’anecdote que cette gare a également fait l’objet d’une chanson satirique, par l’humoriste Jean Raymond, en 1958, « Rien ne vaut novembre à Laroche-Migennes ». L’Italie rêvée par les personnages n’est pas seulement une construction sentimentale : elle s’inscrit aussi dans des circulations européennes réelles. Aujourd’hui, le voyage ferroviaire vers Rome rappelle que les portes françaises de l’Italie se situent davantage du côté méditerranéen que dans l’imaginaire parisien ou londonien.

Dernier déplacement, celui que nous nommerons « le coup du rossignol ». Hugh emmène sa secrétaire, Paty Pat/Patricia, dans le jardin, au motif de lui faire « écouter le rossignol », tout en citant quelques vers de Tennyson. Non seulement John n’a pas la référence culturelle, mais il ne rit pas quand Liz lui explique que le fameux rossignol est un enregistrement. Et que Hugh a, une fois, remplacé le rossignol enregistré par le cri d’un lion. Au-delà de l’effet comique d’illusion sonore, il peut introduire une forme de rivalité masculine, de parade. Comme le « canard à l’orange » du titre français, c’est un animal invisible. Ledit oiseau aquatique, offert en plat sophistiqué par Liz et Hugh à John et Patricia leurs invité·es, permet, par la lenteur de sa cuisson, des échanges supplémentaires entre les personnages. Le « canard à l’orange » est encore plus discret que son cousin français Pouic-Pouic (film de Jean Girault, 1963, d’après sa pièce Sans cérémonie, co-écrite avec Jacques Vilfrid, 1952).

Outre le rossignol, le lion et le canard, il y a l’agneau. Madame Grey compare Liz à cet animal considéré comme touchant et sans défense, dans un contexte français, au moins depuis la fable de La Fontaine « Le loup et l’agneau » (1668). Il faut toute la persuasion de Liz pour que Madame Grey passe d’un extrême à un autre. Elle arrête de considérer Liz comme une faible femme sans défense, victime d’un méchant homme trompant son épouse sous le toit conjugal, pour s’écrier, enthousiaste : « Mais c’est un saint, cet homme-là ! » Ce à quoi Liz répond, caustique : « Mademoiselle Forsythe a passé la nuit avec un saint. »

Liz tempère l’adhésion de Madame Grey au double standard dont Hugh bénéficie depuis longtemps : alors que ses propres écarts ont été absorbés par la vie conjugale, ceux de son épouse deviennent soudain une faute majeure. Et nécessitent l’écriture d’un scénario destiné à garder son épouse auprès de lui. Cette intrigue remet la norme patriarcale en place. Le faux constat d’adultère sous le toit conjugal imaginé par Hugh, avec l’adhésion de sa secrétaire, récompensée par une promotion, lui offre néanmoins la possibilité de rejouer une situation d’infidélité masculine socialement tolérée. À savoir, passer, consommée ou non, une nuit avec une jolie jeune femme.

Ce n’est pas un hasard si la pièce s’ouvre sur une partie d’échecs vespérale entre Hugh et Liz. Liz perd, face à son mari, « imbattable aux échecs ». Hugh est le maître du jeu conjugal, jusque dans sa succession d’infidélités. Hugh est un personnage de vaudeville, il manipule les situations pour éviter de perdre son épouse, tout en ayant lui-même longtemps profité d’une liberté n’envisageait pas pour son épouse.

À ce sujet, Patricia rappelle à John que Hugh est un vrai mari, car il trompe sa femme en pensant à elle, alors que John épouse ses maîtresses, en pensant à lui. Patricia, pourtant présentée comme la jeune femme susceptible de remplacer Liz, refuse finalement cette logique de substitution. Elle reconnaît à Hugh une forme d’attachement conjugal paradoxal, tout en percevant l’égoïsme de John, qui transforme ses relations en étapes de sa propre trajectoire. À la fin de la pièce, elle félicite même Liz, devant John, de ne pas partir avec lui : loin d’être la gagnante d’une compétition amoureuse, Patricia refuse d’en être le prix. Rappelons que Patricia déclare à John avoir des amants, en toute liberté, sans que le mariage constitue la récompense sociale attendue d’une relation amoureuse.

Si son voyage italien va véritablement passer par Rome et non plus uniquement par Florence, Patricia ne sera plus seulement une touriste amoureuse des siècles passés (ce qui n’a rien à voir avec sa différence d’âge importante avec John). Elle n’est pas non plus l’arriviste type : elle profite d’une occasion qui lui permet de vivre un voyage plus agréable qu’elle ne l’avait imaginé, avec un homme qui a environ vingt ans de plus qu’elle, et qui est célibataire. Dans cette nouvelle configuration, Patricia n’est pas une briseuse de ménage : elle ne s’insère pas dans un couple constitué, mais rencontre un homme dont la relation précédente est déjà remise en question. Le contraste entre Patricia et John n’est pas uniquement une différence de génération ou de physique, c’est une différence de rapport au récit amoureux. John construit un récit chevaleresque en épousant ses trois maîtresses successives, Liz étant la quatrième. Patricia profite de son indépendance financière et de sa liberté amoureuse pour vivre des vacances différentes de celles qu’elle avait prévues. Elle n’est jamais impressionnée par la richesse de John, dont témoigne notamment la boîte de caviar offerte à Liz et Hugh.

Ainsi, un couple désuni qui s’est retrouvé en toute lucidité partira à Rome pour continuer son mariage, tandis que deux autres êtres se réunissent dans un pays qu’ils apprécient.

On part avec eux ?

Image de couverture : Canva.

Pour citer cet article : Tiphaine Martin, « Partir, revenir, pourquoi ? (25) Partir ou non à Rome : Le Canard à l’Orange », Voyages autour de mon cerveau, septembre 2026. URL : https://vadmc.hypotheses.org/31701

España ou Italia ? : le choix viatique de Simone de Beauvoir

Cet article est issu de notre communication au Congreso Internacional Interdisciplinar Historias de viajes II, 4 juin 2012, Université de Cadix, Campus de Jerez, Espagne.

 

Depuis les années trente jusqu’aux années cinquante et soixante, Simone de Beauvoir a voyagé à la fois en Espagne, républicaine puis franquiste, et en Italie, fasciste puis démocratique. Le destin politique inverse de ces deux pays a encadré les périples beauvoiriens, leur donnant aujourd’hui une orientation politique qui n’était pas celle qui était désirée au départ par Beauvoir. Son engagement dans la vie politique de son temps, qui a eu des répercussions importantes sur sa vie privée mais aussi dans sa manière de regarder le monde autour d’elle, a-t-il profondément modifié la façon dont elle se déplace ?

Dans un premier temps, nous nous interrogerons sur l’imaginaire beauvoirien à propos de l’Italie et de l’Espagne, afin de cerner ses attentes par rapport aux deux pays. Dans un deuxième temps, nous étudierons sa manière de narrer, a posteriori, ses pérégrinations en terre espagnole et italienne, afin de discerner si une orientation politique est donnée par l’autrice à ses comptes-rendus viatiques, et si oui, comment. Dans un troisième temps, nous nous interrogerons sur le choix des destinations de Simone de Beauvoir : à quel désir profond correspond-il ? L’Italie a-t-elle vraiment pris la place de l’Espagne dans son cœur ? Ou – même si la guerre civile n’avait pas éclaté en Espagne – la relation de Beauvoir à ces deux pays serait-elle restée profondément tributaire de son imaginaire ?

I. L’imaginaire beauvoirien

Les représentations que Simone de Beauvoir a de chaque pays proviennent de ses lectures enfantines, adolescentes et adultes, puis de ses expériences artistiques d’adulte. L’Espagne est vue à travers les œuvres de Cervantès1, le Cid de Corneille2, les drames romantiques de Victor Hugo, Hernani et Ruy Blas3, puis, plus tard, à travers Le Soulier de satin de Paul Claudel4. Ils représentent l’Espagne du Siècle d’Or, avec ses traditions d’honneur et d’amour fou (mais généralement impossible). Son père lui a peut-être fait lire Le Barbier de Séville et Le Mariage de Figaro, dont l’action se déroule dans une Espagne de convenance5. À l’adolescence, Simone lit en cachette La Femme et le Pantin de Pierre Louÿs6, dont l’intrigue est une réécriture de la Carmen de Prosper Mérimée, et peut-être aussi La Petite Infante de Castille d’Henry de Montherlant7.

Cette image de l’Espagne est encore très codée, elle a ses racines dans les récits des voyageurs romantiques, comme Chateaubriand et Théophile Gautier. Cette évocation est réactivée au début du vingtième siècle par des écrivains voyageurs tels que Maurice Barrès, André Gide, et Valery Larbaud, dans des fictions et des récits de voyage8. Pour Beauvoir, écouter L’Enlèvement au sérail de Mozart9, regarder La Reine Christine de Rouben Mamoulian10, applaudir L’Âge d’or de Luis Buñuel11, participe au dépaysement de l’avant-voyage, au même titre que les lectures. Signalons que la petite Simone a joué le rôle d’une Espagnole dans un spectacle enfantin.

Toutes ces références montrent une vision classique, entre exotisme hispanique et aventures en terres maures, turques et américaines. Nous noterons que les références de Beauvoir sur l’Espagne sont majoritairement françaises. C’est toujours le passé de l’Espagne avec une « reproduction de l’Assomption de Murillo », c’est l’ouverture sur le présent avec la découverte, à Paris, des tableaux du catalan Salvador Dali (qu’elle préfère au milanais Giorgio de Chirico)12, de l’andalou Pablo Picasso, et de ceux de son ami espagnol Fernando Gérassi, compagnon de son amie polonaise Stépha Avdicovitch13. Il est le guide de Beauvoir en Espagne, lorsqu’elle y vient pour la première fois avec Jean-Paul Sartre à l’été 1931.

Dans son approche livresque et artistique de l’Italie, nous trouvons le passé, l’Antiquité, le Moyen Age, la Renaissance, le dix-neuvième siècle, et un peu du vingtième siècle. Petite, elle a lu La Légende dorée de Jacques de Voragine, auteur italien du treizième siècle14. Beauvoir aborde les auteurs latins pendant ses études de lettres et de philosophie : Catulle15, Juvénal16, Lucrèce17, les Stoïciens18. Parallèlement, elle dévore L’Heptaméron de Marguerite de Navarre19, le théâtre d’Alfred de Musset20, dont Les Caprices de Marianne se déroulent à Naples. Et Stendhal, amoureux éperdu de l’Italie. Et le Cosmopolis de Paul Bourget, qui décrit la Rome de la Belle Époque21, et le roman catholique Daniel Cortis, de l’Italien Antonio Fogazzaro22. Au début de son âge adulte, elle est initiée à la peinture de la Renaissance par ses amis : Sainte Anne de Léonard de Vinci23, Anne, Vénus de Milo de Botticelli24, Sibylles de Michel-Ange25, peintures du Greco26. Elle se délecte des récits de voyage, romancés ou non, de Stendhal, mais aussi de Valery Larbaud et d’André Gide. Inspiration païenne et hédoniste d’un côté avec les poètes latins, Marguerite de Navarre, Musset, Stendhal, Gide et Larbaud. Inspiration catholique avec Jacques de Voragine, Antonio Fogazzaro, et les peintres de la Renaissance. Autre aspect non négligeable dans la future attache de Simone de Beauvoir à l’Italie : elle apprend l’italien, mais pas l’espagnol27.

Beauvoir apprend à connaître l’Italie et l’Espagne par les récits que lui en font ses amis. Sa meilleure amie d’adolescence, Élisabeth Lacoin, dite Zaza, voyage en Italie en 192228, ce qui rend Simone un peu jalouse, mais déterminée à suivre les traces de son amie. Au retour, Zaza lui raconte ses voyages :

(…) elle me parla des monuments, des statues, des tableaux qu’elle avait aimés ; j’enviai les joies qu’elle avait goûtées dans un pays légendaire, et je regardai avec respect la tête noire qui enfermait de si belles images29.

Dans La Force de l’âge, Beauvoir reconnaît l’ascendant de Zaza, décédée à l’automne 1929 :

Voyager : ç’avait toujours été un de mes désirs les plus brûlants. Avec quelle nostalgie, jadis, j’avais écouté Zaza quand elle était revenue d’Italie 30 !

Fernand a lui aussi parlé de son pays à Simone, et il l’y invite pour les vacances d’été 1931. Ces pays sont porteurs de désirs avant le départ.

Deux terres du soleil, où il fait bon vivre, où les sentiments sont exacerbés, où le passé artistique est très présent, mais où se dessine légèrement la modernité. Les attentes de Beauvoir se fondent sur le pittoresque, vision superficielle et picturale d’un pays.

II. Les voyages

La première approche de l’Espagne se fait donc par l’invitation de Fernand. Le couple Beauvoir-Sartre est « jeté en plein exotisme » lorsqu’il franchit la frontière et qu’il arrive à Barcelone31. Tout enchante les voyageurs, tout leur plaît. La chaleur du climat et des habitants, les paysages, les musées, les rues, le quartier où se trouvent les maisons closes (le Barrio Chino), tout est plaisant… sauf la nourriture. Dans cette arrivée en Espagne, nous trouvons de nombreuses réécritures : d’Hemingway et de son Soleil se lève aussi au passage de la frontière, de Genet et de son Journal du voleur32, de Louÿs et de Montherlant pour la visite au Barrio Chino33, de Gide et de ses Prétextes pour la nourriture34. Beauvoir se place dans les pas d’auteurs qu’elle a lu avant de partir – sauf Genet, puisque le Journal du voleur date de 1949. Le voyage est avant tout vérification de ce qu’ont dit ses prédécesseurs. Comme écrivaine, elle souligne ce qu’elle doit à ses confrères, en même temps qu’elle fait un clin d’œil à son ami Jean Genet, rapportant être allée là où il a vécu, précisément dans les années trente. Après Barcelone, Beauvoir et Sartre se rendent à Madrid, via Saragosse35, puis à « L’Escurial, Ségovie, Avila, Tolède »36, et à Santillane, Altamira, Burgos, Pampelune, Saint-Sébastien »37. De tous ces lieux, la touriste retient des monuments et des paysages, les corridas, et quelques discussions politiques, dont Fernand a dû leur donner la teneur, puisque ni Beauvoir ni Sartre ne parlent espagnol. Le récit de voyage est construit de tableautins exotiques, saupoudrés d’un peu de politique. En laissant de côté ce qu’on ignore (la politique), et ce qui gâcherait les scènes lisses d’un pays chaleureux et accueillant, le bilan de cette première excursion ne peut être que positif.

Deux étés plus tard, en 1933, le couple se rend à Rome, via Pise et Florence38. L’opinion de Simone est sans ambiguïté, la positivité règne dès le premier abord, c’est un jugement sans appel sur les deux contrées, avec d’un côté un avis mitigé, de l’autre une acceptation totale, mais uniquement d’un point de vue architectural. Ce qui choque profondément Beauvoir, ce n’est pas de se heurter sans cesse aux Fascistes, mais de devoir renoncer à ses longues nuits blanches39, et à visiter les superbes paysages des Lacs du Nord de l’Italie40.

Surprise de l’arrivée dans un pays étranger pour l’Espagne, coup de foudre pour l’Italie, les attentes de Beauvoir sont comblées.

Les autres séjours avant la Seconde Guerre Mondiale conservent ces caractéristiques. Ce sont des voyages agréables, sous un ciel bleu éclatant, partagés entre visites de musées, flâneries dans les rues, et pauses dans les cafés. Dès cette époque, Beauvoir et Sartre se rendent plus en Italie qu’en Espagne. S’ils retournent en Espagne dès l’été 1932, c’est encore une fois sur invitation, cette fois d’amis de Sartre, Guille et Mme Morel41. Après un bref aperçu du Maroc espagnol et des Baléares, Beauvoir et Sartre retrouvent leurs amis à Séville42, et ils partent ensemble à la découverte de l’Andalousie43. Ils n’attendent pas de connaître des Italiens pour se rendre aux Lacs aux vacances de Pâques 193544, après avoir découvert la Toscane, Rome et Venise pendant l’été 193345. Ils se rendent à nouveau en Italie pendant l’été 193646, à Venise, à Rome, à Naples et en Campanie, et en Sicile.

Ce n’est pas un mouvement spontané qui les pousse vers l’Espagne, même s’ils apprécient de se trouver au milieu de l’effervescence de la jeune République. L’Italie, même sous Mussolini, émet une plus forte attractivité que l’Espagne du Frente Popular. Le plaisir de se retrouver sur les Ramblas est réel, comme la tristesse de contempler les tableaux du Prado à Genève en juin 1938. L’inquiétude de Beauvoir par rapport au sort de l’Espagne est forte, non seulement parce que Fernand rejoint les forces républicaines, mais aussi parce qu’elle comprend peu à peu que l’Espagne va, comme l’Allemagne, comme l’Italie, tomber sous la coupe d’un dictateur. Sa conscience politique s’éveille avec le drame espagnol, et elle piétine d’impatience devant l’inertie du gouvernement Blum. Elle a honte quand Fernand, en permission à Paris en 1937, mâchonne « Salauds de Français ». L’Espagne tombe définitivement aux mains des Franquistes le premier avril 193947, puis Hitler envahit la Tchécoslovaquie le quinze mars de la même année, puis la Pologne le premier septembre. Le second conflit mondial commence.

Début 1945, Beauvoir est invitée au Portugal par son beau-frère diplomate afin de faire des conférences sur l’Occupation à l’Alliance française de Lisbonne. Elle s’arrête à Madrid48. La gorge serrée, elle contemple les ruines de la Cité Universitaire. Le lieu de culture et d’échange entre les nationalités est devenu le terrain de jeu des enfants pauvres, tandis que les processions religieuses défilent dans les rues. Elle s’indigne de voir des affiches à la gloire de l’Allemagne nazie, elle écoute le récit des anti-franquistes, mais elle ne peut prendre ouvertement position. Une fois encore, c’est par l’Espagne qu’elle commence sa série de voyages à l’étranger. Mais quelque chose a changé. Elle s’implique directement dans la politique du pays où elle se trouve. De spectatrice, elle devient actrice, elle écrit des articles virulents sur ses « Quatre jours à Madrid »49. Elle agit de même au Portugal, mais sous un pseudonyme, afin de ne pas gêner son beau-frère50. Au printemps puis à l’automne 1946, elle retourne en Italie. Elle est très contente de retrouver de beaux paysages propres à l’exploration et à la randonnée. C’est aussi l’occasion d’entendre les Partisans narrer leurs combats contre le fascisme51. Beauvoir se trouve dans une atmosphère de solidarité et de joie, bien différente de la peur qui rôde en Espagne.

Ses autres séjours en Espagne en juillet 1954 et juillet 1955 avec son nouveau compagnon Claude Lanzmann sont brefs et peu développés52. Ces excursions sont centrées sur la misère, la joie de voir des corridas et de revoir les tableaux du Prado. Elle atterrit à Madrid, en allant à Cuba en février 1960, et à Barcelone au retour, en octobre53. Depuis son premier voyage en Espagne, elle n’a cessé de se documenter sur ce pays et le franquisme, à travers livres et films. Elle lit Le Testament espagnol d’Arthur Kœstler54 dans les années trente, et Tanguy, de Michel del Castillo55, au début des années soixante. Elle va voir les films de Luis Buñuel (Un chien andalou, Viridiana, Tristana)56, et de Fernando Arrabal (Viva la muerte)57. Dans les années 1970, elle s’intéresse au procès de Burgos58.

À partir de 1949, elle va en Italie presque chaque année : deux fois en 1952, trois fois en 1956, une fois en 1953, 1954, 1957, 1958, 1959, 1961, 1963, et tous les ans entre 1963 et 1971. Elle flâne dans les rues, elle mange des glaces, elle s’assied à la terrasse des cafés. Et elle lit énormément de littérature italienne moderne, des romans (Levi, Morante, Moravia, Pavese, Silone, Vittorini)59, des romans policiers (gialli divers), du théâtre (Pirandello)60, des essais (Basaglia, L’Institution en négation, sur les instituts psychiatriques)61. Elle va voir de nombreux films italiens, depuis Quatre pas dans les nuages, d’Alessandro Blasetti, film de 194262, jusqu’au western de 1966 Le Bon, la Brute et le Truand, de Sergio Leone63, en passant par Le Voleur de bicyclette, de Vittorio de Sica64, Les Vitelloni, de Federico Fellini65, et Médée, de Pier Paolo Pasolini66. Et surtout, elle parle, parle, parle, avec ses confrères italiens, de littérature et de politique, il y a un véritable échange entre la France et l’Italie.

III. Le choix beauvoirien, entre culture latine et pittoresque taurique

D’après ce que note la mémorialiste dans ses mémoires, il y a un net décalage qui s’installe entre sa manière d’aborder les cultures italienne et espagnole, et ce, dès son adolescence. Quels enseignements pouvons-nous tirer de ce décalage ? Est-il simplement dû à un effet de mode, à une situation politique ? De quoi dépendent les choix beauvoiriens ?

Si Franco n’avait pas imposé son pouvoir, Beauvoir aurait-elle préféré l’Espagne ? Nous pouvons en douter, car l’éducation classique et l’apprentissage de l’italien67 de l’écrivaine ont sans aucun doute joué un rôle non négligeable dans sa préférence pour l’Italie et la Grèce. Elle a apprécié le latin et la culture antique, avant d’aimer les auteurs italiens de sa génération, plus franchement engagés que les auteurs espagnols, qui étaient sous la coupe du franquisme, et que Beauvoir ne cite pas, à l’exception de Michel del Castillo. Ses premières approches de chaque pays se fondent sur des stéréotypes culturels, qu’elle n’abandonne que peu, finalement.

L’Espagne est presque réduite à ses deux villes principales, Madrid et Barcelone, par les commentaires de Beauvoir qui y sont développés. Ce qui l’attire d’abord chez les Espagnols, c’est qu’ils habitent un pays où il fait beau et chaud, et où elle peut voir et revoir les collections du Prado, unique musée espagnol à avoir le droit d’être cité et cité encore et encore, à l’exception du Musée d’Art catalan à Barcelone68. Les Espagnols de 1930 sont les descendants de Rodrigue, ils ne badinent pas avec l’honneur et Simone doit retirer un de ses foulards, dont les motifs reprennent, vus de loin, les fleurs de lys rouges et jaunes de la royauté espagnole69. Les foules qu’ils côtoient sont celles qui ont été décrites par Louÿs et Montherlant : gesticulantes, parlant haut et fort, désordonnées, exotiques en un mot. Et, surtout, l’Espagne se résume à la corrida, quelles que soient les époques – à l’exception du voyage de 1945, où les blessures de la guerre civile sont encore trop béantes pour que Beauvoir goûte ce plaisir. Ou est-ce que son séjour est trop court pour qu’elle assiste à une corrida ? Dans les autres voyages de l’après-guerre, elle insiste sur sa passion pour ce genre de spectacle, dans la lignée des écrivains voyageurs comme Mérimée, Hugo, Hemingway70, mais aussi d’un peintre espagnol comme Picasso, qui peint et dessine des séries sur la tauromachie.

L’Italie, au contraire, reste vivante. La culture de la latinité est très présente, par les livres lus, par les nombreuses visites aux sites antiques, mais c’est surtout un pays qui est très vite connoté par des aspects modernes. Lorsque Simone lit Daniel Cortis ou Cosmopolis, elle est confrontée aux aspects de la société italienne contemporaine, alors qu’elle a affaire à une série de clichés passéistes en ce qui concerne l’Espagne. Alors qu’elle ne cesse de découvrir des côtés différents de la vie italienne du quotidien, ce qui n’empêche pas des visites assidues aux sites de l’Antiquité et dans les églises baroques, elle semble s’être réfugiée dans quelques points de repère facilement cernables dans ses visites en Espagne.

Conclusion

Simone de Beauvoir profite d’opportunités pour découvrir ces deux pays, les invitations de Fernand puis de Guille et de Mme Morel d’un côté, des Relations Culturelles de l’autre. En ce qui concerne l’Italie, la mémorialiste souligne également le moindre coût de sa première visite à Rome71, ce qui est important, mais rappelons qu’elle met en avant une raison similaire à sa première sortie vers l’Espagne72. De même, pourquoi ces séjours réguliers, après le second conflit mondial, à Rome, Venise, Naples et Capri73 ? Simone apprécie vraiment l’Espagne, puisqu’elle y retourne deux fois en deux ans, en profitant il est vrai des opportunités qui s’offrent à elle. Dans son œuvre autobiographique, elle se montre très préoccupée de la situation politique de l’Espagne, surtout pendant la Guerre d’Espagne, plus que de celle de l’Italie, même après ses séjours en Italie74. Après 1945, elle arrive à avoir du plaisir à retourner en Espagne malgré le franquisme, mais, avec le temps, les voyages sont de nouveau centrés sur le pittoresque et la couleur locale, notamment les corridas.

Pour Beauvoir, l’Espagne est un pays vivant et exotique qui devient silencieux et pauvre, sous le franquisme. Ne reste de joyeux et glorieux que les corridas. Il n’y a pas de tentatives de garder le contact avec des anti-franquistes après 1945. Elle a été vivement touchée par l’horreur de la Guerre d’Espagne, non seulement à un niveau individuel, à cause de son ami Fernand, mais aussi parce qu’elle sent que le sort de l’Espagne, tombée sous la dictature, peut être bientôt le sien.

L’Italie est un pays vivant, malgré le fascisme, et qui fourmille de beautés et de gens sympathiques, avec lesquels on peut parler. C’est une contrée qui a une longue histoire, qui est toujours présente pour le voyageur à travers ses monuments et ses romans. Beauvoir est intéressée par tous les aspects de la vie italienne, alors qu’elle n’en retient que quelques-uns, toujours les mêmes, pour l’Espagne. L’Italie l’emporte de tous temps sur l’Espagne, nonobstant leurs évolutions politiques respectives. Mais que l’Espagne est belle sous le soleil ardent…

 

 

 

Bibliographie

BARRÈS, Maurice, Romans et voyages, Paris, Robert Laffont, 1994.

BEAUVOIR, Simone de, Mémoires d’une jeune fille rangée, Paris, Gallimard, « Folio », 1999.

BEAUVOIR, Simone de, La Force de l’âge, Paris, Gallimard, « Folio », 1999.

BEAUVOIR, Simone de, La Force des choses. I., Paris, Gallimard, « Folio », 1999.

BEAUVOIR, Simone de, La Force des choses. II., Paris, Gallimard, « Folio », 1998.

BEAUVOIR, Simone de, Tout compte fait , Paris, Gallimard, « Folio », 1998.

BEAUVOIR, Simone de, « Quatre jours à Madrid », Combat Magazine du Dimanche, 14-15 avril 1945, p. 1-2.

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1 Simone de Beauvoir, Mémoires d’une jeune fille rangée, Paris, Gallimard, « Folio », 1999, p. 426.

2 Elle ne le cite pas, mais elle a lu Corneille en classe, au Cours Désir : Simone de Beauvoir, Mémoires d’une jeune fille rangéeop. cit., p. 156, 211.

3 Idem., p. 52.

4 Simone de Beauvoir, La Force de l’âge, Paris, Gallimard, « Folio», 1999, p. 57, 448.

5 Simone de Beauvoir, Mémoires d’une jeune fille rangée, op. cit., p. 170.

6 Idem., p. 153. Beauvoir verra sans doute l’adaptation du roman par Joseph Von Sternberg avec Marlène Dietrich, sous le titre The Devil is a woman : Simone de Beauvoir, La Force de l’âgeop. cit., p. 162. Peut-être aussi Cet obscur objet du désir de Luis Buñuel, qui s’en inspire.

7 Simone de Beauvoir, Mémoires d’une jeune fille rangée, op. cit., p. 257.

8 Maurice Barrès, Les Jets alternés d’Espagne ; André Gide, La Porte étroite ; Valery Larbaud, Femina Marquez.

9 Simone de Beauvoir, La Force de l’âgeop. cit., p. 224.

10 Idem., p. 162.

11 Idem., p. 117.

12 Idem., p. 59 ; Idem., p. 216-217. Signalons que Giorgio de Chirico est né en Grèce.

13 Simone de Beauvoir, Mémoires d’une jeune fille rangée, op. cit., p. 398.

14 Idem., p. 75.

15 Idem., p. 242.

16 Idem., p. 238.

17 Idem., p. 237.

18 Idem., p. 426, 449.

19 Idem., p. 238.

20 Idem., p. 152.

21 Roman de 1892. Idem., p. 114.

22 Idem., p. 198-199.

23 Idem., p. 167.

24 Idem., p. 469.

25 Idem., p. 471.

26 Idem., p. 397.

27 Idem., p. 209.

28 Idem., p. 155. Cf. aussi Élisabeth Lacoin, Zaza, 1907-1929 : amie de Simone de Beauvoir, Paris, L’Harmattan, 2004, p. 37-38, 50, 108 (mais la destinataire n’est pas Beauvoir).

29 Idem., p. 155. Cf. aussi Élisabeth Lacoin, Zaza, 1907-1929 : amie de Simone de Beauvoir, op. cit., p. 37, 50, 108 (mais la destinataire n’est pas Beauvoir).

30 Simone de Beauvoir, La Force de l’âgeop. cit., p. 96.

31 Ibid.

32 Ernest Hemingway, Le Soleil se lève aussi, Paris, Le Grand Livre du mois, 1999, p. 109 : «  (…) des carabiniers espagnols avec des chapeaux Bonaparte en cuir verni et de petits fusils sur le dos (…). » ; Jean Genet, Journal du voleur ; Querelle de Brest ; Pompes funèbres , Paris, Gallimard, 1993, p. 18-19.

33 Henry de Montherlant, La Petite Infante de Castille, in Henry de Montherlant, Romans,  Paris, Gallimard, 1982-1989, p. 601-608, 652-667. Cf. aussi Les Bestiaires, du même auteur, sur la corrida.

34 André Gide, Nouveaux prétextes : réflexions sur quelques points de littérature et de morale, Paris, Mercure de France, 1951, p. 199.

35 Simone de Beauvoir, La Force de l’âgeop. cit., p. 100.

36 Idem., p. 102.

37 Idem., p. 104.

38 Idem., p. 178.

39 Idem., p. 179.

40 Idem., p. 180.

41 Idem., p. 132.

42 Ibid.

43 Idem., p. 132-136.

44 Idem., p. 242.

45 Idem., p. 178-180.

46 Idem., p. 305-313.

47 Robert S. Coale, « L’évolution de la situation militaire en Espagne et l’arrivée des réfugiés en France », in ADIAMOS 89, L’Yonne et la Guerre d’Espagne, Auxerre, 2011, p. 128.

48 Simone de Beauvoir, La Force des choses. I., Paris, Gallimard, « Folio », 1999, p39-43.

49 Simone de Beauvoir, « Quatre jours à Madrid », Combat Magazine du Dimanche, 14-15 avril 1945, p. 1-2.

50 Daniel Secretan (Simone de Beauvoir), « Sur sept millions de Portugais, il y en a 70.000 qui mangent », Combat, lundi 23 avril 1945, N°273, p. 1, 2. Daniel Secretan (Simone de Beauvoir), « Les riches Portugais redoutent les Portugais qui ont faim », Combat, mardi 24 avril 1945, N°274, p. 1, 2.

51 Simone de Beauvoir, La Force des choses.I., op. cit., p. 144-145.

52 Simone de Beauvoir, La Force des choses. II., Paris, Gallimard, « Folio», 1998, p. 48-50, 73-78.

53 Simone de Beauvoir, La Force des choses. II.op. cit., p. 281, 394-396.

54 Simone de Beauvoir, La Force de l’âgeop. cit., p. 470 ; Simone de Beauvoir, La Force des choses. I., op. cit., p. 34.

55 Simone de Beauvoir, Tout compte fait, Paris, Gallimard, « Folio», 1999, p. 304.

56 Simone de Beauvoir, La Force de l’âgeop. cit., p. 60 ; Simone de Beauvoir, La Force des choses. II.op. cit., p. 415 ; Simone de Beauvoir, Tout compte faitop. cit., p. 258, 262.

57 Idem., p. 248.

58 Idem., p. 573.

59 Simone de Beauvoir, La Force des choses. I., op. cit., p. 140, 141 ; Simone de Beauvoir, La Force des choses IIop. cit., p. 211 ; Idem.., p. 210 ; Idem., p. 13, 66 ; Simone de Beauvoir, La Force de l’âgeop. cit., p. 158 ; Simone de Beauvoir, La Force des choses. I., op. cit., p. 142-143 ; Idem., p. 137.

60 Simone de Beauvoir, Tout compte faitop. cit., p. 201.

61 Idem., p. 201.

62 Simone de Beauvoir, La Force des choses. I., op. cit., p. 209.

63 Simone de Beauvoir, Tout compte faitop. cit., p. 247.

64 Simone de Beauvoir, La Force des choses. I., op. cit., p. 272.

65 Simone de Beauvoir, La Force des choses. II.op. cit., p. 65, 134.

66 Simone de Beauvoir, Tout compte faitop. cit., p. 248.

67 Cf. par exemple Simone de Beauvoir, Mémoires d’une jeune fille rangée, op. cit., p. 209.

68 Simone de Beauvoir, La Force des choses. II.op. cit., p. 396.

69 Simone de Beauvoir, La Force de l’âgeop. cit., p. 133-134.

70 Élisabeth Hardouin-Fugier, Histoire de la corrida en Europe du XVIIIe au XXIe siècle, Paris, Connaissances et Savoirs, 2005, p. 111, 114, 115, 121, 156.

71 Simone de Beauvoir, La Force de l’âgeop. cit., p. 178.

72 Idem., p. 96.

73 Simone de Beauvoir, La Force des choses. II.op. cit., p. 104.

74 Cf. par exemple Simone de Beauvoir, La Force de l’âgeop. cit., p. 315-319, 320, 321, 322, 325, 336, 368.

Pour citer cet article : Tiphaine Martin, « España ou Italia ? : le choix viatique de Simone de Beauvoir », Voyages autour de mon cerveau, octobre 2023. URL : https://vadmc.hypotheses.org/12933