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Partir, revenir, pourquoi ? (23) Quitter ses amours H.P. Roché, F. Truffaut » VADMC

Partir, revenir, pourquoi ? (23) Quitter ses amours  H.P. Roché, F. Truffaut 

Être amoureuse et amoureux, soit. Mais quand l’amour voyage de pays en pays, comment conserver sa passion intacte ? Comment aimer sans posséder, lorsqu’une relation refuse les frontières habituelles du couple ? Ces tourments et bonheurs ont été décrits par Henri-Pierre Roché dans ses deux romans, Jules et Jim (1953) et Deux Anglaises et le Continent (1956), que le réalisateur François Truffaut met respectivement en scène en 1962 et 1971.

Le succès du film Jules et Jim a inspiré une chanson populaire en 1987, Premiers frissons d’amour, interprétée par la jeune Christine Roque, sur des paroles et une musique de Corinne Sinclair. Trente-cinq ans après la sortie du film de Truffaut, la chanson reprend ainsi Jules et Jim comme une référence culturelle populaire. Le triangle amoureux n’est plus seulement un sujet de littérature ou de cinéma d’auteur : il devient une image des rêves adolescents d’un amour sans exclusivité :

Ils sont là tous les deux comme toujours
A la sortie du lycée
(…)
Je les aime tous les deux d’un amour de légende
Sans victime
Avant-hier on a vu un Truffaut noir et blanc
C’était Jules et Jim
Ils s’aimaient tous les trois comme eux et moi
Ça paraît difficile de vivre ça
Je voudrais bien pourtant qu’on vive à trois
Tous les trois tous les trois

Les amours adolescentes de la chanteuse-narratrice avec deux camarades sont comparées à celles du trio Kathe, Jules et Jim, tout en soulignant la difficulté à trouver une répartition égalitaire du désir et des choix. Cette réactivation populaire des récits de Roché montre combien l’idéal du trio amoureux continue de fasciner, tout en révélant combien il reste difficile à vivre dans la réalité. « Sans victime » est précisément le souhait qui traverse le roman de Roché, mais cet idéal demeure fragile.

C’est également le cas dans le roman éponyme de Roché, ainsi que dans Deux Anglaises et le Continent. Ces deux fictions, fortement inspirées de l’existence de l’auteur et de ses amours, forment un duo en jeu de miroirs complexe. Dans les deux cas, Roché transforme une expérience biographique en laboratoire littéraire : comment inventer des relations nouvelles sans reproduire les rapports de domination traditionnels ?

L’espace fait le jeu des pouvoirs, donc, ici, des amours. Les déplacements géographiques deviennent des déplacements affectifs : changer de pays, c’est aussi tenter d’échapper aux normes sociales attachées au couple. L’espace franco-allemand de Jules et Jim, franco-anglais dans Deux Anglaises et le Continent, au tout début du vingtième siècle, devient un territoire sentimental où les frontières nationales semblent moins infranchissables que celles imposées par les conventions amoureuses.

Pas de racisme intra-européen, malgré la complexité des triangles passionnés, mais un cosmopolitisme de bon aloi, entre pairs sociaux, aisés et cultivés. Ce cosmopolitisme demeure cependant limité : il s’agit d’une Europe blanche, cultivée et privilégiée socialement. Les différences nationales sont explorées, mais non les rapports coloniaux ou raciaux qui traversent pourtant le début du XXe siècle. Tout cela n’empêche pas les incompréhensions culturelles  (Henri-Pierre Roché, Jules et Jim, Paris, Gallimard, « Folio », 2000, p. 160) :

Ah, pensait Jim, c’est beau de vouloir redécouvrir les lois humaines, mais que cela doit être pratique de se conformer aux règles existantes !

Quand Jules et Kathe se marient, à la veille de la guerre de 14‑18, leur union bat rapidement de l’aile. De son côté, Jim recule autant qu’il le peut devant l’idée d’un mariage avec d’autres femmes que Kathe et reste célibataire, tout comme Claude dans Deux Anglaises et le Continent. François Truffaut choisit un destin plus dramatique pour les deux sœurs que celui imaginé par Henri‑Pierre Roché. Dans son film, Anne, la sculptrice, symbole de la femme libre et détachée des conventions, meurt, tandis que Muriel est envoyée au loin, mariée. À l’inverse, Roché conclut son roman sur une note apaisée : Anne et Muriel se marient, vivent avec leurs époux et leurs enfants au Canada, soit un pays colonial, anglophone et francophone. Le réalisateur semble punir la femme qui a su mener sa vie hors de la respectabilité bourgeoise, tandis que le romancier offre une fin heureuse et conciliée à ses personnages féminins.

Ainsi, partir ou rester, se marier ou ne pas se marier, ces personnages cherchent avant tout à conserver leur liberté affective et à inventer des relations qui échappent aux règles établies, montrant que l’amour peut voyager aussi loin que le permettent les désirs et les choix de chacun.

Pour citer cet article : Tiphaine Martin, « Partir, revenir, pourquoi ? (23) Quitter ses amours : H.P. Roché, F. Truffaut », Voyages autour de mon cerveau, août 2026. URL : https://vadmc.hypotheses.org/31730

Les Vaisseaux du cœur VADMC.001

Les marins sont toujours absents (1) : Les Vaisseaux du cœur

Oui, Bill (Grover Dale) et Étienne (Georges Chakiris) ont bien raison : « Amis, amants ou maris, les marins sont toujours absents. » (Jacques Demy, Les Demoiselles de Rochefort, 1967). Est-ce un bien, est-ce un mal ?

Dans le roman de Benoîte Groult Les Vaisseaux du cœur (1988), George, l’adolescente parisienne venant en Bretagne avec ses parents et sa sœur dans les années 1930, tombe sous le charme rude de Gauvain, adolescent breton, fils de fermiers, qui se destine à la navigation. Elle raconte la concrétisation de leur relation, puis leur histoire au long cours, embrassant la seconde moitié du vingtième siècle et les soubresauts de l’Histoire, entre Bretagne, Paris, États-Unis, Afrique de l’Ouest, Seychelles, Canada, Jamaïque, Bourgogne.

Benoîte Groult analyse ici les mécanismes de classe et de sexe à l’œuvre dans un couple qui n’en est officiellement pas un, un couple hétérosexuel, français, au vingtième siècle. Elle décrit avec précision les mécanismes historico-socio-culturels qui font obstacle à Gauvain-George. Elle analyse également un accord des corps qui n’empêche pas l’impossible quotidien :

Je restais muette car je n’avais à lui offrir en échange que ces choses pas sérieuses sur lesquelles on ne bâtit pas une vie : mon désir insensé pour lui et ma tendresse. (…) Je ne me sentais pas la force d’acclimater Gauvain dans mon milieu, de le mettre à tremper dans mon bouillon de culture. Et je ne voulais pas non plus me transplanter dans le sien sous peine de dépérir. Mais de même qu’il ne percevait pas la cruauté de ma famille et le sort qui eût été le sien si je l’avais épousé, il sous-estimait tout autant la solitude intellectuelle que je ne manquerais pas d’éprouver auprès de lui1.

Les barrières qui séparent les deux amants sont tout autant extérieures (la classe sociale) qu’intérieures (l’éducation à la culture, à l’intellect pour George, son absence pour Gauvain), les deux étant inextricablement liées. L’après-Seconde Guerre mondiale n’est pas tendre pour ce genre d’histoire, les boîtes sociales sont alors fermement verrouillées. Et ce sont toujours les classes possédantes, auxquelles appartient George, qui sont victorieuses et qui ont le pouvoir (social, politique, culturel).

Mais alors, pourquoi tout ce roman basé sur le sexe et, finalement, l’amour ? Et, donc, pourquoi cette attraction au long cours du marin et de l’historienne ? Groult s’interroge sur les mots pour la dire et l’écrire :

Comment émouvoir en disant “coït” ? Co-ire, aller ensemble, certes. Mais que devient le plaisir de deux corps qui vont ensemble précisément2 ?

L’autrice choisit un vocabulaire précis mais pas trop technique, peu aride donc, romanesque mais non dégoulinant, si l’on peut dire, pour décrire le jaillissement sexuel quand George et Gauvain se retrouvent loin de leur quotidien. Groult s’amuse d’ailleurs avec les clichés soi-disant érotiques :

En termes pseudo-poétiques, “tout alimentait notre brasier”, je tendais mes lèvres pulpeuses et il m’étreignait fiévreusement, ainsi qu’écrivent les romanciers qui ont peur de parler de ce qui se passe en dessous de la ceinture, voulant ignorer que le sexe est inextricablement lié au cerveau3 !

L’écrivaine souligne avec humour la gêne de certains de ses confrères à décrire les ébats humains, tout en rappelant que corps et esprit forment un tout, loin de la dichotomie dévalorisante imposée au corps par certain·es religieuses et religieux, au nom d’une béatitude extra-terrestre, et de leur propre gêne et hypocrisie.

L’humour groultien est également présent dans lesdites scènes de sexe, dont celle qui se déroule juste après l’argumentation linguistique pré-citée :

(…) dès qu’on effleure le contact, je m’envole si vite que nous nous accusons mutuellement d’avoir commencé.

Tu faisais semblant de dormir mais tu bandais dernière mon dos, je l’ai très bien senti, dégoûtant personnage !

– Quelle malhonnête ! C’est toi qui t’es mise à onduler des fesses, juste quand j’allais m’endormir4 !”

Au concours de la mauvaise foi, qui l’emportera ? Personne : « Dans ces interminables joutes, pas de gagnant, ni de vaincue5. » Groult décrit une relation qui, au corps à corps, serait égalitaire, loin du pouvoir d’un potentat mâle sur une faible femelle. Il n’y a pas de victime ni de bourreau, loin, très loin de la société patriarcale occidentale, qui reste stable malgré le nouvel essor des mouvements féministes à partir des années 1970.

Au final, que reste-t-il de leurs amours ? D’abord, il y a les lettres quand ils sont loin l’un de l’autre, c’est-à-dire la plupart du temps :

(…) je tiens à cet échange : les prestiges de l’écriture, de toute écriture pourvue que l’on possède un minimum de technique, agissent, même sur quelqu’un qui croyait encore il y a peu qu’écrire voulait dire “donner des nouvelles”. Je le dévergonde doucement, ne le choquant que juste assez pour l’éveiller à ce type de plaisir, puisque les autres nous sont pour l’instant refusés. (…) S’écrire d’amour est en soi une jouissance, un art raffiné. Chaque lettre, chacun de ses rares coups de téléphone, chaque je t’aime, me semblait une victoire sur les forces de vieillesse et de mort6.

Écrire pour ne pas mourir7, écrire pour être en vie, écrire pour aimer et être aimé·e. Et apprendre à celui qui n’a pas l’aisance scripturale qu’il peut franchir cette barrière sociale et devenir un correspondant tout à fait à l’aise avec les mots, et avec le style amoureux. George se fait la Pygmalionne de Gauvain, sans condescendance ni mépris social, au contraire. Pour que cet amour reste vivant avant d’être mis en récit, quoi de mieux, en cette seconde moitié du vingtième siècle, que de correspondre ?

Ensuite, il reste une histoire à raconter, avec des voyages. Ou, plutôt, un récit de voyage au long cours à écrire, d’abord peau à peau, puis dans un roman :

Il était une fois (…) un marin et une historienne que rien ne prédisposait à se retrouver ensemble, l’un et l’autre habités par un désir si physique qu’ils n’osaient le nommer amour ; l’un et l’autre incrédules devant cette attirance et s’attendant chaque matin à retrouver raison (…).

George, tu écriras notre histoire, un jour ?” lui demande Gauvain (…).

(…) – Mais qu’est-ce que tu veux que j’écrive ? Ils se couchent, ils se lèvent, ils se recouchent, il la baise et rebaise, il la comble, elle lui fait des yeux de merlan frit…

– Normal pour un marin ! (…)

Il faut expliquer comment ça peut arriver, une histoire pareille. Toi, tu saurais faire8.

Un conte peut-il être réel ? Visiblement oui. À l’historienne de trouver les mots pour l’écrire, le coucher sur le papier, pour qu’il ne tombe pas dans l’oubli. Notons également la mise en abyme de Groult, du roman écrit par George sur son histoire avec Gauvain, histoire se trouvant dans le roman de Groult.

Etre les différentes formes d’écrit au long cours, le voyage s’inscrit, classiquement, d’abord dans des lieux. Voyages de George avec sa famille, quand elle est adolescente, en Bretagne, territoires pittoresques pour ces Parisien·nes, qui ignorent la dureté de la vie paysanne et maritime. Puis, George et Gauvain se retrouvent à Paris, terra incognita pour le Breton. Elle le restera, puisque George refuse d’épouser Gauvain, donc qu’il s’installe avec elle dans la capitale. Plus tard, quand George fait le troisième pas vers Gauvain, en renouant le fil de leur passion, ils écument quelques ex-colonies anglaises et françaises : Canada, Jamaïque, Sénégal, Seychelles. Ils se rendent également aux États-Unis, en Floride, avec une halte au Disneyland local. Sans oublier la ville icaunaise de Vézelay, célèbre pour sa basilique.

George se gausse du colonialisme socio-économique anglo-saxon autant que de la pudibonderie des voyageur·ses français·es rencontré·es. Groult n’insiste pas sur le colonialisme français, voire le valorise par la bouche de George, lorsqu’elle raconte l’histoire française des Seychelles à Gauvain. George est pourtant historienne, et de l’histoire des femmes, donc plutôt de victimes, n’a aucune pensée ni analyse, même furtive, sur le poids de la présence française, tant passée que présente, puisque l’indépendance d’un pays ne signifie pas la fin du poids socio-économique de l’ancienne puissance coloniale, même ostensiblement remplacée par une autre puissance. Les peuples premiers, tant aux USA qu’au Canada qu’aux Seychelles, sont absents, sauf, très rapidement, par deux fois, aux États-Unis, et, très vaguement, aux Seychelles. Et si George note les ravages du colonialisme, c’est dans une ex-colonie anglaise, qui a été colonie française, à savoir, aux Seychelles, lorsqu’elle déplore la disparition à venir de l’ « authenticité » (nous soulignons) d’une danseuse noire, peut-être remplacée par un orchestre « typique »9. Nous sommes dans l’anti-anglo-saxonisme typiquement franco-français plus que dans la dénonciation des aspects quotidiens du colonialisme, toujours bien implanté.

Le récit de voyage devient trace du vécu, souvenir, à côté des objets-souvenirs de voyage, ceux offerts par Gauvain à George :

Le cadeau du jour s’avère le plus atroce de toute la série, qui en comporte pourtant de repoussants. Elle refrène un cri d’épouvante devant le coucher de soleil en nacres avec palmiers de corail teinté et indigènes en jupe de raphia fluorescent, agrémenté d’une ampoule électrique à l’arrière pour faire rougeoyer l’astreinte du jour. (…) Heureusement, Gauvain ne vient jamais chez elle et ne verra pas son tableau rejoindre le musée des horreurs au fond de sa penderie, où gisent déjà la danseuse sculptée dans une noix de coco, son premier présent, le sac à main en chameau doublé de satin rayonne orange ou le coussin marocain brodé à leurs signes du zodiaque, le Verseau et le Bélier10.

Là aussi, l’éducation sociale joue son rôle de juge, obstruant la portée amoureuse du geste de Gauvain. Outre la méconnaissance des codes du goût de la classe sociale de George, qui refuse l’artisanat industriel et les couleurs violentes, ces cadeaux signent le peu de connaissance qu’a Gauvain des goûts et dégoûts de George. Groult ne veut pas du misérabilisme, très en vogue à notre époque, qui voudrait que tous les goûts se valent, tout en se penchant avec maternalisme ou paternalisme sur les classes populaires et leurs habitus. Sous couvert d’absence de jugement, ledit misérabilisme permet de conserver intact l’étanchéité entre les classes sociales, ce que ne fait pas Groult, par cette folle histoire d’amour et de sexe inter-classe.

Groult refuse également de priver son Gauvain de parole et d’intelligence, par exemple quand il offre à George une « très longue chaîne d’or faite d’anneaux épais et réguliers comme ceux d’une chaîne d’ancre. Je sais déjà qu’elle me plaît11. » Gauvain analyse les réactions de George à ses cadeaux :

(…) comme je n’ai jamais rien compris à tes goûts, j’avais trop peur de me gourer. Et la seule idée de voir la tête que tu fais quand je t’apporte un truc que t’as envie de foutre au panier…

– Ooh ! Ça se voit tant que ça ?

– Tu rigoles ! T’as la bouche qui sourit, si on peut appeler ça sourire, et les yeux méprisants… à vous faire rentrer sous terre. On se sent un moins que rien et le pire c’est qu’on comprend pas pourquoi ! Le sac en cuir, par exemple, la dernière fois, il a pas dû te plaire, je l’ai jamais revu, çui-là12 !”

Hum… nous recommandons la lecture des Vaisseaux du cœur pour voir ce qu’est devenu le fameux sac en cuir…. Groult joue avec les clichés sociaux et historiques à ce sujet, aussi. L’autrice ne veut pas d’un marin sans paroles ni cerveau. Gauvain observe très bien le langage corporel, ici facial, de George, comme marque de sa classe sociale et de son individualité, le tout étant, logiquement, mêlé. Il est conscient du je(u) social que George exprime par son impolitesse voilée, tout en continuant à prendre du plaisir à lui faire des cadeaux. Avec la chaîne marinière, il a touché juste.

Ainsi, il reste le vécu de Gauvain et George au fil des années et des lieux, la construction d’une histoire commune, malgré ou à cause du métier de marin de Gauvain et de celui d’enseignante-chercheuse de George. Et le roman que nous tenons entre nos mains. Le voyage se déroule alors inlassablement, au fil des pages.

Plongeons-nous-y avec amours, délices et grandes orgues, celles de la haute mer existentielle.

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1 Benoîte Groult, Les Vaisseaux du cœur, Paris, Le Livre de Poche, 1990, p. 50-51, 56.

2 Benoîte Groult, Les Vaisseaux du cœur, op. cit., p. 11.

3 Benoîte Groult, Les Vaisseaux du cœur, op. cit., p. 220-221.

4 Benoîte Groult, Les Vaisseaux du cœur, op. cit., p. 222.

5 Benoîte Groult, Les Vaisseaux du cœur, op. cit., p. 222.

6 Benoîte Groult, Les Vaisseaux du cœur, op. cit., p. 121, 212.

7 Chanson d’Anne Sylvestre, 1985.

8 Benoîte Groult, Les Vaisseaux du cœur, op. cit., p. 79, 142-143.

9 Benoîte Groult, Les Vaisseaux du cœur, op. cit., p. 103-104.

10 Benoîte Groult, Les Vaisseaux du cœur, op. cit., p. 132.

11 Benoîte Groult, Les Vaisseaux du cœur, op. cit., p. 219.

12 Benoîte Groult, Les Vaisseaux du cœur, op. cit., p. 219-220.

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Pour citer cet article : Tiphaine Martin, « Les marins sont toujours absents (1) : Les Vaisseaux du cœur », Voyages autour de mon cerveau, mai 2026. URL : https://vadmc.hypotheses.org/30043

 

Brutalités humaines - Interview de Nicolas Quint VADMC

Brutalités humaines – Interview de Nicolas Quint

Nous remercions chaleureusement Nicolas Quint d’avoir répondu à nos questions sur son premier roman, Création destructrice (2025).

Tiphaine Martin – Que signifie le titre de votre roman, Création destructrice ?

Nicolas Quint – C’est un clin d’œil à une théorie économique énoncée en 1942 par Joseph Schumpeter et qui est nommée « destruction créatrice ». Cette théorie stipule que, pour qu’une économie progresse, il fut qu’elle laisse détruire ses anciennes activités pour permettre la création d’unités plus modernes avec plus de valeur ajoutée et donc de richesse à la clef. La France fait souvent l’inverse en subventionnant largement des industries dépassées qui survivent puis finissent par rendre l’âme. Selon la théorie Schumpétérienne, il vaut mieux laisser tout de suite mourir les anciennes industries et subventionner des productions plus avancées technologiquement. On peut citer comme exemple Kodak qui lutte pour sa survie suite à l’arrivée du numérique. A l’inverse, Nokia a toujours su d’adapter en laissant périr ses divisions qui n’étaient plus rentables. Ainsi, la société est passé de la papeterie aux téléphones mobiles et dernièrement aux équipements 5G.

T.M. – Quelle est votre envie en écrivant ce roman ?

N.Q. – J’ai tenu un blog économique pour le site web de Libération il y a quelques années. C’était passionnant mais cela restait dans un cadre formel qui est celui d’un article. Je suis très influencé par les romans contemporains américains (et anglais dans une moindre mesure). Je trouve que les romans français (avec nombre d’exceptions comme M. Houellebecq ou Jean-Paul Dubois) sont trop coupés de la réalité profonde de la société. Les romans américains sont beaucoup plus ancrés dans la sociologie du pays et notamment des suburbs. Cela leur donne à mes yeux une plus grande valeur en mixant, pour le dire avec un peu d’emphase, la fiction et la non-fiction. Mon idée était donc d’écrire un roman qui intègre des éléments sociologiques et économiques, pour faire passer des idées et des constats via le roman.

T.M. – Pourriez-vous résumer votre roman ?

N.Q. – Le roman suit le personnage d’Alexandre. Le parcours de celui-ci, bien que décalé par rapport à la réalité des rapports sociaux, est tout d’abord marqué par le succès professionnel, qui lui permet de gravir les échelons rapidement. Mais, au fur et à mesure, il devient de plus en plus sceptique par rapport à ce qu’il perçoit des entreprises pour lesquels il travaille, notamment les ressources humaines. Il s’aperçoit que dernière la coolitude affichée des startups se cache des méthodes très dures. Il va alors plonger, abattu également par la maladie mentale puisque qu’Alexandre se découvre bipolaire. C’est donc le suivi d’une chute où se mêle le sociologique et le psychiatrique.

T.M. – À quel(s) publics) est destiné votre roman ?

N.Q. – je pense à ceux qui ont connu les années 2000 en tant que jeune adulte, le récit se faisant sur la toile de cette époque. Il faut y inclure ceux qui sont en quête de sens dans leur travail et ne comprenne pas la mainmise de la finance dans l’économie. Enfin, j’ajouterai les personnes étant (ou aidant) un malade mental, notamment bipolaire.

T.M. – Comment est venue votre souhait de devenir écrivain ?

N.Q. – Je ne sais pas si je suis un écrivain ! Je suis juste quelqu’un qui a écrit un livre.  J’ai toujours eu envie d’écrire un livre aussi loin que mes souvenirs me ramènent. Je suis aussi un gros lecteur ce qui m’a également poussé. Le passage par le blog et d’autres écrits (blog perso, piges pour la presse, …) m’ont conforté dans ma capacité à écrire. Evidemment, écrire un roman est un exercice bien différent et il faut de l’huile de coude pour le sortir. Entre le premier jet et la version finale, il y a eu beaucoup de réécriture. Mais j’aime écrire, surtout la nuit quand tout est calme. Je n’ai pas la discipline qu’ont certains d’écrire 2 ou 3 heures par jour, je travaille plus par cycle.

T.M. – Quels sont vos projets d’écriture ?

N.Q. – Pour l’instant, je suis encore en post-partum de mon premier livre. La difficulté va résider dans le fait que ce roman est une autofiction et que le prochain se devra d’être une fiction complète. Ce qui ne veut pas dire que je ne peux pas inclure des choses vécues dans le déroulé du roman. J’ai quelques idées mais elles n’ont pas encore pris suffisamment forme pour que je puisse en parler.

Pour citer cet article : Tiphaine Martin, Nicolas Quint, « Brutalités humaines – Interview de Nicolas Quint », Voyages autour de mon cerveau, décembre 2025. URL : https://vadmc.hypotheses.org/27686

Éditrices d’aujourd’hui - Vanessa Caffin, Jeanne Thiriet, Livres agités VADMC

Éditrices d’aujourd’hui – Vanessa Caffin, Jeanne Thiriet, Livres agités

Nous remercions chaleureusement Vanessa Caffin et Jeanne Thiriet d’avoir répondu à nos questions sur leur métier.

Tiphaine Martin – Qu’est-ce que vous aimez dans l’objet livre ?

Vanessa Caffin – Ce que j’aime dans l’objet livre, c’est sa capacité à créer un espace intime, presque suspendu, entre le monde et moi. J’aime cette rencontre lente, ce geste de tourner une page qui devient une respiration. Le livre garde les traces des lectures précédentes — un coin plié, une page un peu usée — et raconte autant l’histoire qu’il porte que celle de ses lecteurs. C’est un compagnon silencieux qui traverse le temps et qui, même fermé, continue de nous relier au monde.

Jeanne Thiriet – Sa sensualité, le chuchotement de la page tournée, la page cornée, celle annotée et la joie de le prêter, d’en hériter, d’en découvrir dans les boites à livres, les bibliothèques de maison d’hôtes, d’amis, d’amoureux ou de les redécouvrir dans la mienne. Il en dit tant sur nos personnes.

T.M. – Quand et pourquoi avez-vous fondé votre maison d’édition, Livres agités ?

V. C. – Nous avons fondé cette maison d’édition avant tout pour révéler et mettre en lumière de nouvelles voix littéraires féminines. Des voix engagées, qui font réfléchir sur la façon dont nous voulons faire société. Car nous pensons que la littérature est un laboratoire d’idées précieux pour penser le monde de demain. Et que ce monde a besoin que l’on porte sur lui un autre regard, et manque cruellement d’un narratif plus féminin.

J. T. – Nous avons créé Livres Agités, il y a quatre ans. Travaillant dans la presse, j’étais attirée par le temps long du livre : le travail sur le texte, l’objet et la dynamique avec ses réseaux de promotions et de ventes en librairies. Réseaux, comme dans la presse, animés par la même passion du livre et de la littérature. Je constatais alors que les autrices étaient souvent cantonnées à un genre et surtout était moins nombreuses. Pour des primo-romancières, cela devenait un double tour de force. D’où l’idée qui m’est venue de créer une maison d’édition dédiée aux primo-romancières. Convaincue par cette idée, Vanessa Caffin m’a rejointe et c’est le cumul de nos énergies qui nous a permis cette création singulière, engagée et courageuse dans un secteur économique déjà prolifique.

T.M. – Quels ouvrages publiez-vous ?

V. C. – Nous publions des premiers romans écrits par des femmes, profondément humanistes.

J. T. – De la littérature, du roman, de belles histoires de la vie et du monde, traversés par nos fondamentaux, la défense de l’écologie, des combats des femmes et de la justice sociale.

T.M. – Quel est le but de votre ebook, 37 Femmes de l’édition ?

V. C. – Le but de 37 Femmes de l’édition est de transmettre une forme de sororité littéraire, un passage de flambeau entre celles qui écrivent, éditent et façonnent les livres aujourd’hui, et celles qui rêvent de le faire demain. Nous avons réuni 37 voix différentes, 37 parcours, 37 manières d’aborder l’écriture, pour offrir aux jeunes autrices un espace de guidance, d’encouragement et de liberté.

J. T. – L’idée merveilleuse de cet e-book a germé dans la tête des deux femmes merveilleuses qui ont créé Dicès, une agence de communication littéraire. Pour nous, c’était important d’inviter des femmes de l’édition autrices ou éditrices à transmettre un peu de leur expérience à de jeunes autrices en cours d’écriture d’un premier roman. Cet acte de solidarité, de sororité donnait du sens à tout notre engagement. Ensemble, on est mieux que seules.

T.M. – Quels titres déjà publiés recommanderiez-vous pour les fêtes de fin d’année ?

V. C. Biche de Mona Messine, un thriller forestier extrêmement poétique, raconté à hauteur d’animaux et qui nous plonge dans les couleurs de l’automne. C’est de saison !

J. T. – Pour des amoureux de la nature et de la protection des animaux je conseillerai Biche, pour ceux qui aime les îles ; les utopies féministes, les mythologies fratricides et la poésie Matria, de Juliette Garrigue ; pour une balade avec une jeune femme dans le Belleville des années 80 Mon petit, de Nadège Erika ; enfin pour ceux qui aime le polar social Fracture(s), de Lidwine Van Lancker.

Site : https://www.livresagites.fr

Pour citer cet article : Tiphaine Martin, Vanessa Caffin, Jeanne Thiriet, « Éditrices d’aujourd’hui – Vanessa Caffin, Jeanne Thiriet, Livres agités », Voyages autour de mon cerveau, novembre 2025. URL : https://vadmc.hypotheses.org/27499

 

Les mouches du remords Gustave Lerouge, Jean-Paul Sartre VADMC

Les mouches du remords : Gustave Le Rouge, Jean-Paul Sartre

Quand on est criminel ou complice d’un criminel, parfois le remords affleure. Si c’est le cas, ledit remords peut se manifester sous la forme de mouches bourdonnantes. C’est le cas dans le roman Le Mystérieux Docteur Cornélius (Gustave Le Rouge, 1913) et dans la pièce de théâtre Les Mouches (Jean-Paul Sartre, 1943). Nous sommes loin de la belle mouche Jupiter, dans l’opéra-bouffe de Jacques Offenbach, Hector Crémieux et Ludovic Halévy, Orphée aux Enfers (1858).

L’assassin récidiviste Baruch Jordell, enfin capturé à la fin du roman de Le Rouge, se sent gagné par des hallucinations (Gustave Le Rouge, Le Mystérieux Docteur Cornélius, Paris, Bouquins, 1986, p. 749, 750) :

Dans ce silence profond, dans ces épaisses ténèbres, il entendait les battements de son cœur sonner à grands coups sourds dans sa poitrine. Il lui sembla ensuite que des voix chuchotaient à son oreille. En même temps, l’obscurité s’animait de toutes sortes de figures grimaçantes dont l’aspect se modifiait sans cesse et qui voletaient, en tourbillonnant, tout autour de lui.

C’était, à certains instants, comme des milliers de mouches de feu douées d’un rapide mouvement de vibration ; puis ces points lumineux se réunirent pour former d’innombrables mains sanglantes, qui toutes se tendaient vers son visage et le désignaient l’index tendu, comme pour dire : “C’est lui !”

– La Main Rouge ! bégaya-t-il éperdu de terreur.

Il lui semblait que ces mains, de minute en minute plus nombreuses et plus menaçantes, lui sautaient sur les épaules, lui tiraient les cheveux, se suspendaient aux basques de son habit ou se promenaient lentement sur son visage, en lui procurant la même sensation que s’il eût été frôlé par l’aile d’une chauve-souris. (…)

Aux mains sanglantes qui tournoyaient autour de lui comme des oiseaux de mauvais augure, avaient succédé des faces grimaçantes, qui le regardaient avec des hideux sourires, et parmi lesquelles il reconnaissait les physionomies de quelques-unes de ses victimes.

Étonnement, ses divagations prennent surtout la forme de la société secrète dont il fait partie, la Main Rouge. C’est seulement dans un second temps qu’il aperçoit certaines de ses victimes. Baruch l’Amerloque est un dur à cuire, ancêtre des gangsters des romans noirs et des films noirs nord-américains des années trente à cinquante. Par conséquent, Baruch a du mal à éprouver du remords, qui l’envahit progressivement. Ça commence par ses oreilles, avant de gagner ses yeux. Il est ainsi physiquement encerclé, à l’instar de l’homme dessiné par le peintre espagnol Francisco de Goya, dans sa fameuse gravure « Le sommeil de la raison produit des monstres » (« El sueño de la razón produce monstruos », 1797/1799, série Los Caprichos).

Baruch est doublement encerclé, d’abord par les murs de sa geôle, puis par lesdites « figures grimaçantes (…) volet[ant], en tourbillonnant, tout autour de lui. » Il ne peut plus échapper à ses pensées désagréables. Le bruit s’intensifie, l’image se précise. Les mouches deviennent visibles et plus bruyantes, tout comme l’affiliation de Baruch à la Main Rouge a intensifié ses meurtres et l’a fait plonger à jamais dans le Mal. C’est pour cette raison, peut-être, que ces mains bourdonnantes s’agrippent à lui, comme dans un conte fantastique de Guy de Maupassant (songeons à « La Main », 1883, au « Horla », 1887). Symboles sanglants de ses meurtres, elles ne le lâchent pas.

Telles aussi les mouches qui vivent grassement dans la ville d’Argos, en Grèce, depuis quinze ans que le roi Agamemnon a été assassiné à son retour de Troie, par sa femme Clytemnestre et son amant Égisthe. Les mouches ne s’attaquent pas qu’aux meurtriers, elles s’intéressent également à l’ensemble de la population argienne. La cité entière est confite dans la repentance, pour le crime royal et pour ses propres délits individuels. Les mouches sont les servantes zélées de Jupiter, le roi des dieux, qui entend ainsi maintenir son pouvoir sur Argos et les Argien·nes. Plongé·es dans le remords, les habitant·es ne pensent pas à se débarrasser des dieux, dont Jupiter. Vautré·es dans le repentir, elles et ils n’ont pas, non plus, à penser et à vivre par eux-mêmes, ce qui leur offre la sécurité de la médiocrité existentielle.

Rappelons que cette pièce a été créée au plus sombre de l’Occupation, avec un maréchal Pétain (Égisthe) collaborant avec Hitler (Jupiter), fustigeant, entre autres, « l’esprit de jouissance » d’avant-guerre, demandant aux Français·es de courber l’échine devant les Nazis et de ne pas écouter les résistant·es (Oreste) qui les veulent, et se veulent, libres.

Si Oreste libère sa ville natale d’Égisthe et de Clytemnestre, il ne sauve pas sa sœur Électre, qui préfère finalement plonger dans le remords, elle qui en était jusqu’alors exempte (acte III, scène  III) :

(…) mais tu m’as plongée dans le sang, je suis rouge comme un bœuf écorché ; toutes les mouches sont après moi, les voraces, et mon cœur est une ruche horrible ! (…) Tu ne m’offres que le malheur et le dégoût. (…) Au secours ! Jupiter, roi des Dieux et des hommes, mon roi, prends-moi dans tes bras, emporte-moi, protège-moi. Je suivrai ta loi, je serai ton esclave et ta chose (…). Défends-moi contre les mouches, contre mon frère, contre moi-même, ne me laisse pas seule, je consacrerai ma vie entière à l’expiation. Je me repens, Jupiter, je me repens.

Électre se réfugie dans la facilité de l’obéissance, alors qu’elle n’a plus rien à craindre et qu’elle n’a commis aucun meurtre. Est-ce une chute définitive, ou un mauvais moment qui passera ? La pièce ne le dit pas. Sartre fait entrer ses personnages dans un schéma sexiste classique, avec un homme valeureux et une femme faible.

Rappelons cependant que la compagne de Sartre, l’autrice Simone de Beauvoir, analyse ainsi la condition féminine, dans son essai de 1949, Le Deuxième Sexe (édition utilisée : Simone de Beauvoir, Le Deuxième Sexe. Tome I, Paris, Gallimard, 2000, p. 395) :

Ce qui est certain, c’est qu’aujourd’hui il est très difficile aux femmes d’assumer à la fois leur condition d’individu autonome et leur destin féminin ; c’est là la source de ces maladresses, de ces malaises qui les font parfois considérer comme « un sexe perdu ». Et sans doute il est plus confortable de subir un aveugle esclavage que de travailler à s’affranchir : les morts aussi sont mieux adaptés à la terre que les vivants.

Selon l’essayiste, la position des femmes est très inconfortable, elles sont tiraillées entre des aspirations différentes : leur besoin de liberté et l’éducation genrée qu’elles reçoivent, qui les incitent à la passivité. La fin de la citation, tranchante, rappelle que nous sommes très près des horreurs de l’Occupation, notamment celles de la Shoah et des résistant·es fusillé·es. Si nous suivons Beauvoir, le personnage d’Électre ne serait pas tant sexiste que réaliste.

Leur confère Anouilh préfère, quant à lui, un an après Les Mouches, valoriser Antigone, autre héroïne antique, dans sa pièce éponyme (1944). Électre éprouve, comme Baruch Jordell, des sensations physiques précises. Non seulement les mouches sont autour d’Électre, mais encore elles entrent dans son corps, dans son cœur – où elles se transforment en abeilles (voir la fin de la scène VIII de l’acte II et la scène première de l’acte III).

Les mouches, servantes zélées de Jupiter, poussent Électre dans les bras de roi des dieux, c’est-à-dire qu’elle abandonne ses tentatives de résistance pour devenir une bonne collaboratrice (des dieux, de la religion quelle qu’elle soit, de la société la plus passive et la plus morne, des nazis). Alors oui, Goya a bien raison : « Le sommeil de la raison produit des monstres ». Où est-il, le chemin de la raison, donc de la liberté ? Est-ce celui proposé par Oreste dans sa tirade finale, celui qu’il veut faire emprunter aux Argien·nes ? Ou y en a-t-il autant que d’habitant·es ?

Ainsi, criminel et complice de meurtre se rejoignent dans leur aptitude à laisser entrer les mouches en eux, si les motifs qui les poussent au remords diffèrent. Le sens que leurs auteurs donnent au remords est également différent : justice immanente chez Le Rouge, faiblesse de la raison chez Sartre.

Fredonnons plutôt un air d’Offenbach…

Pour citer cet article : Tiphaine Martin, « Les mouches du remords : Gustave Le Rouge, Jean-Paul Sartre », Voyages autour de mon cerveau, octobre 2025. URL : https://vadmc.hypotheses.org/27308