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Bagarres en musique Les Enfants du Paradis French Cancan VADMC.001

 Bagarres en musique : Les Enfants du Paradis, French-Cancan 

Peut-on se battre en musique ? Carné et Renoir transforment une scène de violence en véritable chorégraphie, dans la première époque des Enfants du Paradis (Marcel Carné, 1945), donc au début du dix-neuvième siècle, et dans French-Cancan (Jean Renoir, 1955), donc au début du vingtième siècle. La scène est courte chez Carné, très développée chez Renoir, mais l’humour, de geste et de parole, est présent dans les deux films.

Dans les deux films, un homme traverse la bagarre avant d’en ressortir transformé. Baptiste le mime (Jean-Louis Barrault), chez Carné, retrouve aussitôt sa maîtrise de lui-même. Paulo le boulanger (Franco Pastorino), chez Renoir, estentraîné dans une spirale de violence dont il ne sort qu’en étant arrêté par les sergents de ville.

Baptiste l’intermittent du spectacle fait preuve de sang-froid dans toute la scène, contrairement à sa bonne amie Garance (Arletty), qui s’énerve contre Avril (Fabien Loris) le voyou et tente de le séparer de Baptiste. Le mime commence par repousser le malfrat, calmement. Puis, Avril pousse Baptiste à travers les vitres. Baptiste revient par la porte du cabaret, après être passé à travers les vitres, suite aux coups d’Avril. Garance et Baptiste partent, sous le regard admiratif de son nouvel ami Fil-de-Soie (Gaston Modot), le faux aveugle. Remarquons que Gaston Modot a le rôle de l’homme de confiance de Danglard (Jean Gabin), dans French-Cancan.

Chez Renoir, il s’agit d’une mêlée féminine et jalouse, lors de l’inauguration des fondations du Moulin rouge. En effet, le crêpage de chignons, avec vue sur des chevelures dégoulinantes, sur des morceaux de seins, de bras, de jambes, est là pour émoustiller le lecteur ou le spectateur, tout en démontrant l’impossible sororité. Le pugilat est initié par la danseuse Lola (Maria Felix), jalouse de la jeune danseuse Nini (Françoise Arnoul). Nous sommes dans un regard masculin type, dans les deux cas. Quand Paulo arrive sur les lieux, il s’en prend à Danglard et finit par le pousser dans un trou. Il est arrêté.

Entre-temps, Madame Olympe (Valentine Tessier), mère de Nini, est entrée en scène. Elle ordonne d’un geste souverain aux danseuses et amies de Nini : « Allez vous, occupez-vous de lui ! », telle Aglaonice (Juliette Gréco), la cheffe des Ménades ordonnant la mise à mort d’Orphée (Jean Marais), dans l’Orphée de Jean Cocteau (1950), alors que le texte ovidien du mythe grec est plus imprécis1Paulo est assailli par une nuée féminine piaillante, qui le tire, le pousse et le met à terre. Là aussi, le sexisme est présent, dans une représentation de l’hystérie typique, forcément féminine. Et c’est à une femme, Lola, que Paulo doit d’être arrêté par les sergents de ville. Lola le désigne comme responsable de ce qu’il a fait à Danglard. Nini tente de le défendre, en vain. Paulo est arrêté.

Puis, Danglard et Nini, vingt-sept ans de différence d’âge, remis de leurs blessures, visitent les fondations du Moulin rouge, restées en l’état. Nini soutenant Danglard, et au vu de leur différence d’âge, ils sont semblables à Œdipe soutenu par sa fille Antigone sur la route de Colone2. Si ce n’est que l’amour, de Nini pour Danglard, séparé de Lola, va s’en mêler. Rappelons que le duo Gabin-Arnoul se retrouve un an après French-Cancan, en couple adultère dans Des gens sans importance (Henri Verneuil, 1956). Notons également que Jean Renoir, dans ses souvenirs, écrit que la scène de bagarre entre Lola/Félix et Nini/Arnoul est réelle3.

Les deux apaches qui assistent à la bagarre, quant à eux, présentent de fortes ressemblances avec le duo Avril et Lacenaire son chef (Marcel Herrand). Un des apaches (Jean-Marc Tennberg) est soumis à son chef (Jacques Jouanneau), comme Avril est soumis à Lacenaire dans Les Enfants du Paradis. Il porte le même genre de casquette qu’Avril, et une fleur à la boutonnière, comme Avril. Son chef mâchonne régulièrement une fleur, une marguerite, ou la porte à la main, comme Avril porte une rose à l’oreille, à la bouche, à la main, ou, donc, à la boutonnière. Les deux apaches renoiriens sont embarqués par les sergents à la fin de la scène, tout comme Paulo. Rappelons, pour l’anecdote, que Jean-Marc Tennberg et Marcel Herrand jouent ensemble dans Fanfan la tulipe (Christian-Jaque, 1952), le personnage de Tennberg étant soumis à celui d’Herrand.

La musique révèle pourtant une différence essentielle entre les deux cinéastes. Chez Carné, le petit orchestre du cabaret s’interrompt lorsque la bagarre éclate. Le silence isole les coups, avant que la musique ne reprenne lorsque Baptiste a retrouvé son calme et que les danseurs reforment leurs couples. Chez Renoir, au contraire, l’orchestre continue de jouer. Oscar demande même à ses musiciens d’interpréter « Papillons et violettes », morceau léger qui accompagne ironiquement la violence. Là où Carné suspend le spectacle, Renoir l’intègre à la bagarre elle-même.

Cette transformation de la violence en spectacle musical traverse aussi le cinéma américain. Dans Nickelodeon (Peter Bogdanovich, 1976), une bagarre masculine de western est accompagnée par un musicien à l’harmonica : les coups semblent alors suivre un rythme, comme une danse improvisée. La violence n’est plus seulement subie ou donnée à voir ; elle devient une chorégraphie, un numéro parmi les autres, rappelant que le cinéma muet a souvent transformé les gestes les plus brutaux en figures comiques et musicales.

Après la violence, uniquement masculine chez Carné, mixte chez Renoir, l’amour arrive. De manière charnelle pour Danglard et Nini, de manière uniquement sentimentale pour Baptiste et Garance, du moins sur le moment4. Garance se console un temps avec l’acteur Frédérick Lemaître (Pierre Brasseur), mais celui-ci finit par lui souffler qu’elle murmure tout haut le prénom de son aimé, Baptiste, en dormant…

Mais le principal, dans les deux films, est que le spectacle continue : comédie sociale à destination de l’homme riche qui l’entretient pour Garance, mime pour Baptiste, pièce de Shakespeare (Othello), pour Frédérick, numéro de danse russo-orientale pour Lola, French cancan pour Nini, et gestion du tout pour Danglard.

Et spectacle du film pour nous, public, avant que le rideau du théâtre des Funambules ne tombe sur l’écran (Les Enfants du Paradis), et que la caméra ne sorte du Moulin rouge, à la nuit, avant de s’arrêter sur la place devant la salle de spectacle, où un homme titube, avant de s’arrêter face caméra et de nous saluer (French Cancan). Chez Carné comme chez Renoir, la violence n’interrompt jamais le spectacle ; elle en devient un numéro supplémentaire. La musique, le rire et le théâtre ne nient pas les coups : ils les transforment en représentation.

L’illusion, comique ou tragique, plutôt que la violence, oui, bien sûr.

 

1 https://bcs.fltr.ucl.ac.be/METAM/Met11/Met11-001-193.htm

2 Sophocle, Œdipe à Colone, 401 avant Jésus-Christ.

3 Jean Renoir, Ma vie et mes films, Paris, Flammarion, « Champs arts », 2008, p. 251.

4 Cf. notre article Tiphaine Martin, « Regarder l’être aimé : Les Enfants du ParadisPortrait de la jeune fille en feu », Voyages autour de mon cerveau, 23 février 2026. URL : https://vadmc.hypotheses.org/28561

 

Pour citer cet article : Tiphaine Martin, « Bagarres en musique : Les Enfants du ParadisFrench-Cancan », Voyages autour de mon cerveau, juillet 2026. URL  https://vadmc.hypotheses.org/29501

Florilège Rohmer VADMC

Florilège Rohmer

Parce que les films de Rohmer (Éric le cinéaste français, pas Sax le romancier anglais) sont enchanteurs puisque féministes, parce que merci à lui, à ses acteurs, à ses actrices et à son équipe. Parce qu’un cinéma du langage et de la manipulation. Parce que. D’où un florilège subjectif de citations de ses films, selon leur classement officiel en grappes filmées.

Six Contes moraux

« Tant pis, si vous vous détraquez l’estomac avec vos sales petits sablés. » La Boulangère de Monceau (1962)

« J’ai des drames. » La Carrière de Suzanne (1963)

« L’idée de collection est contre l’idée de pureté… » La Collectionneuse (1967)

« Ce fut ma dernière escapade. » Ma nuit chez Maud (1969)

« – Jérôme ! – Aurora ! » Le Genou de Claire (1970)

« J’ai peur d’avoir fait une bêtise. » L’Amour l’après-midi (1972)

Comédies et proverbes

« On a dû se tromper ! » La Femme de l’aviateur (1981)

« Je ne suis pas du tout collectionneur. » Le Beau Mariage (1982)

« Et à Pauline, il le lui a pas dit brutalement, l’autre charlot ? » Pauline à la plage (1983)

« D’une animalité pathétiquement bestiale. » Les Nuits de la pleine lune (1984)

« Bien sûr que je regarde les mecs. » Le Rayon vert (1986)

« Je sens que je vous complique la vie. » L’Ami de mon amie (1987)

Contes des 4 saisons

« – Je peux m’assoir à côté de vous ? – Oui. – Je peux vous prendre la main ? – Oui. – Je peux vous embrasser ? – Oui. » Conte de printemps (1990)

« Maman ! Je t’amène un cuisinier ! » Conte d’hiver (1992)

« Je suis une fille de corsaire, on m’appelle la flibustière. » Conte d’été (1996)

« C’est du muflier sauvage. » Conte d’automne (1998)

L’Ancien et le Moderne

« Jean-François, écoute-moi bien… » Le Signe du Lion (1959)

« Permettez-moi de vous offrir mon bras… » La Marquise d’O… (1976)

« Je suis Perceval le Gallois. » Perceval le Gallois (1978)

                      Quatre Aventures de Reinette et Mirabelle (1987) :

« Oui mais le silence, ça peut pas exister dans la nature. », sketch « L’Heure bleue »

« C’est moi qui l’ai enlevée, défense d’y toucher. », sketch «  Le Garçon de café »

« Et en aidant une vicieuse, tu t’es viciée toi-même. », sketch « Le Mendiant, la Kleptomane et l’Arnaqueuse »

« La peinture est une chose bien trop sacrée pour qu’on la profane par des paroles. », sketch « La Vente du tableau »

« Oh des salades ! » L’Arbre, le Maire et la Médiathèque (1993)

                       Les Rendez-vous de Paris (1995) :

« C’est ton amoureux ? », sketch « Le Rendez-vous de sept heures »

« Soyons-le jusqu’au bout, allons à l’hôtel. », sketch « Les Bancs de Paris »

« Ah vous êtes peintre… », sketch « Mère et Enfant 1907 »

« Mon Dieu Prince, que vous arrive-t-il ? » L’Anglaise et le Duc (2001)

« La banlieue ? Ou c’est populaire et triste, ou c’est très cher… » Triple Agent (2004)

« C’est bien parlé, mais quant à moi… » Les Amours d’Astrée et de Céladon (2007)

Pour citer cet article : Tiphaine Martin, « Florilège Rohmer », Voyages autour de mon cerveau, novembre 2024. URL : https://vadmc.hypotheses.org/19024

 

 

Revanche d'Arnolphe VADMC

La Revanche d’Arnolphe

Dans L’École des femmes (1662), Molière apprend aux jeunes filles et femmes de son époque que le manque d’éducation (écriture, lecture) et la clôture dans la maison sont nocives et criminelles, autant que les mariages arrangés avec des messieurs qui ont l’âge d’être leur père. Les sociétés françaises, anglaises et nord-américaines, ont été lentes à rendre obligatoire l’instruction féminine, le droit de vote et à abolir les lois interdisant le divorce, malgré des combats féministes séculaires.

Les arts et la littérature se sont faits l’écho des luttes des femmes pour leur libération, soit en abondant dans leur sens, soit en blâmant les jeunes filles et femmes qui voudraient être libres hors cadres patriarcaux. Au cinéma, ce que les chercheurs Noël Burch et Geneviève Sellier ont nommé « le père incestueux » dans La Drôle de guerre des sexes au cinéma. 1930-1956 (1996) fleurit tout aussi bien dans la France de l’entre-deux-guerres que dans le Hollywood des années cinquante-soixante, avec des stras masculines vieillissantes. Gary Cooper, Cary Grant, James Stewart, John Wayne, Humphrey Bogart, Clark Gable, Fred Astaire, Gene Kelly, pour ne citer qu’eux, ont, dans la majeure partie des films qu’ils tournent à ces époques, des partenaires féminines bien plus jeunes qu’eux. Voici quelques exemples.

Le cas Bogart peut sembler à part, puisque sa vie privée est similaire aux films qu’il tourne avec son épouse Lauren Bacall, de vingt-cinq ans sa cadette. Rien d’étonnant donc à ce qu’il joue également le prince (un brin coincé et grimaçant) d’Audrey Hepburn/Sabrina dans Sabrina (Billy Wilder, 1954), trente-et-un ans de moins que lui. Il est vrai qu’il joue également avec Katharine Hepburn, huit ans de moins que lui, dans L’Odyssée de l’African Queen (The African Queen, John Huston, 1951). Mais les différences d’âge restent importantes.

John Wayne, quant à lui, est censé se faire pâmer Angie Dickinson/Feathers, une prostituée, dans Rio Bravo (Howard Hawks, 1959), vingt-quatre ans de moins que lui. Sans oublier Capucine/Michelle dans Le Grand Sam (North to Alaska, Henry Hathaway, 1960), vingt-et-un ans de différence. Et tant d’autres.

James Stewart enchaîne les jeunesses dans les westerns qu’il tourne sous la direction d’Anthony Mann : Shelley Winters (douze ans de différence) dans Winchester ’73 (1950), Julie Adam (dix-huit ans de moins) dans Les Affameurs (Bend of the River, 1952), Janet Leigh (dix-neuf ans de moins) dans L’Appât (The Naked Spur, 1953), Corinne Calvet (dix-sept ans de moins) dans Je suis un aventurier (The Far Country, 1954), Cathy O’Donnell (quinze ans de moins) dans L’Homme de la plaine (The Man from Laramie, 1955). Sans oublier Kim Novak (vingt-cinq ans de moins) dans L’Adorable Voisine (Bell, Book and Candle, Richard Quine, 1958) et Grace Kelly (vingt-et-un ans de moins) dans Fenêtre sur cour (Rear Window, Alfred Hitchcock, 1954).

L’élégant Cary Grant tourne autour (et réciproquement) de Jeanne Crain (vingt-et-un ans de moins) dans Toute la ville en parle (People Will Talk, Joseph L. Mankiewicz, 1951), de Grace Kelly (vingt-cinq ans de moins) dans La Main au collet (To Catch A Thief, Alfred Hitchcock, 1955), de Sophia Loren (trente ans de moins) dans La Péniche du. bonheur (Houseboat, Melville Shavelson, 1958), Eva Marie Saint (vingt ans de moins) dans La Mort aux trousses (North by Northwest, Alfred Hitchcock, 1959), Doris Day (quatorze ans de moins) dans Un soupçon de vison (That Touch of Mink, Delbert Mann, 1962), Audrey Hepburn (vingt-cinq ans de moins) dans Charade (Stanley Donen, 1963), Leslie Caron (vingt-sept ans de moins) dans Grand méchant loup appelle (Father Goose, Ralph Nelson, 1964).

Le très viril Gary Cooper serre contre lui Patricia Neal (vingt-deux ans de moins) dans Le Rebelle (The Fountainhead, King Vidor, 1949), Grace Kelly (vingt-huit ans de moins) dans Le Train sifflera trois fois (Hight Noon, Fred Zinnemann, 1952), Susan Hayward (seize ans de moins) dans Le Jardin du Diable (Garden of Evil, Henry Hathaway, 1954), Denise Darcel (vingt-trois ans de moins) puis Sara Montiel (vingt-sept ans de moins) dans Vera Cruz (Robert Aldrich, 1954), Audrey Hepburn (vingt-huit ans de moins) dans Ariane (Love in the Afternoon, Billy Wilder, 1957), Deborah Kerr (vingt ans de moins) dans La Lame nue (The Naked Edge, Michael Anderson, 1961).

Signalons également : Clark Gable, Fred Astaire, Gene Kelly. Entre autres exemples, Gable dans Mogambo (John Huston, 1953) hésite entre Ava Gardner la brune (vingt-et-un ans de moins) et Grace Kelly la blonde (vingt-huit ans de moins), et devient le compagnon de Doris Day (vingt-et-un ans de moins) dans Le Chouchou du professeur (Teacher’s Pet, George Seaton, 1958).

Fred Astaire ne tournant plus avec Ginger Rogers (douze ans de moins) après Entrons dans la danse (The Barkleys of Broadway, Charles Walters, 1949), il devient le partenaire et l’amoureux de Sarah Churchill (quinze ans de moins) dans Mariage royal (Royal Wedding, Stanley Donen, 1951), de Vera-Ellen (vingt-deux ans de moins) dans La Belle de New York (The Belle of New York, Charles Walters, 1952), de Cyd Charisse (vingt-trois ans de moins) dans Tous en scène (The Band Wagon, Vincente Minelli, 1953) et dans La Belle de Moscou (Silk Stockings, Rouben Mamoulian, 1957), Leslie Caron (trente-deux ans de moins) dans Papa longues-jambes (Daddy Long Legs, Jean Negulesco, 1955), Audrey Hepburn (trente ans de moins) dans Drôle de frimousse (Funny Face, Stanley Donen, 1957).

Gene Kelly, quant à lui, fait danser Leslie Caron (dix-neuf ans de moins) dans Un Américain à Paris (An American in Paris, Vincente Minelli, 1951), Debbie Reynolds (vingt ans de moins) dans Chantons sous la pluie (Singin’ in the Rain, Stanley Donen et Gene Kelly, 1952), Cyd Charisse (dix ans de moins) dans Chantons sous la pluie, Brigadoon (Vincente Minelli, 1954) et Beau fixe sur New York (It’s Always Fair Weather, 1955), Mitzi Gaynor (dix-neuf ans de moins), Kay Kendall (quatorze ans de moins), Taina Elg (dix-huit ans de moins) dans Les Girls (The Girls, George Cukor, 1958), Françoise Dorléac (trente ans de moins) dans Les Demoiselles de Rochefort (Jacques Demy, 1967).

Signalons au passage la reprise, en France, du film de Claude Berri de 1977 Un moment d’égarement par Jean-François Richet en 2015 : comme de bien entendu, c’est l’adolescente qui se jette sur l’homme âgé…

Nous sommes loin, très loin, de Tout ce que le Ciel permet (All that Heaven Allows, Douglas Sirk, 1955) et des quelques tentatives, accentuées depuis #MeToo, de mettre en avant des couples hétérosexuels où la femme est plus âgée que le jeune homme (cf. notre article « Quoi mon âge ? » : https://vadmc.hypotheses.org/7904).

Ou comment les hommes (réalisateurs, scénaristes, leurs personnages masculins et les acteurs qui les incarnent) imposent leur vision machiste dans les films, à travers des histoires d’amour où de jeunes filles, souvent perdues et en demande d’aide, masculine bien entendu, courent après des hommes âgés, ravis, au final, d’être leurs initiateurs sexuels et leurs Pygmalions.

Arnolphe, ridiculisé par Molière, a été réhabilité par un grand nombre de réalisateurs, aux époques où il faut ramener les femmes à la maison et persuader les jeunes filles des délices de l’inceste. Il a été largement vengé au cinéma. Qu’il retrouve son statut d’épouvantail et ne soit plus jamais mis en avant.

Pour citer cet article : Tiphaine Martin, « La Revanche d’Arnolphe », Voyages autour de mon cerveau, novembre 2023. URL : https://vadmc.hypotheses.org/13309