Archives par étiquette : Zaza

40 ans et toujours fraîche : Simone de Beauvoir vivante – version bout à bout

Pour citer cet article : Tiphaine Martin, Christophe Marie, Antoine Sausverd, « 40 ans et toujours fraîche : Simone de Beauvoir vivante – version bout à bout », Voyages autour de mon cerveau, avril 2026. URL : https://vadmc.hypotheses.org/29798

 

 

40 ans et toujours fraîche : Simone de Beauvoir vivante – version compacte

 

Pour citer cet article : Tiphaine Martin, Christophe Marie, Antoine Sausverd, « 40 ans et toujours fraîche : Simone de Beauvoir vivante – version compacte », Voyages autour de mon cerveau, avril 2026. URL : https://vadmc.hypotheses.org/29660

Affiche Simone de Beauvoir-Parcours d’une intellectuelle VADMC

Simone de Beauvoir, parcours d’une intellectuelle – Une adolescence agitée – 1918-1929

La fin de la guerre coïncide avec la fin de l’insouciance. Son père est ruiné par les emprunts russes. Il doit travailler, comme journaliste chargé de la publicité. Simone et Henriette n’ont plus de dot. Le futur qui les attend à cette époque est celle de célibataires besogneuses, selon les pronostics parentaux.

Beauvoir reçoit durement cette prédiction, d’autant qu’elle est très mal à l’aise dans son corps. Sa mère la maintient inconsciemment dans un statut de fillette. Simone est mal habillée dans des vêtements serrés, qui moulent ses formes naissantes. S’y ajoutent une hygiène aléatoire et de l’acné, non soignée.

Beauvoir défie alors l’anti-intellectualisme de ses parents en se plongeant dans les études. Les joies sont rares.

Le bonheur vient d’abord de l’amitié amoureuse qu’elle éprouve pour une camarade d’école de son âge, Élisabeth Lacoin, dite Zaza. Elles échangent sur tout et sur rien, se voient le plus souvent possible en-dehors du Cours Désir, où elles sont éduquées sinon instruites.

Autre personnalité marquante, celle du catholique progressiste Robert Garric, fondateur des Équipes sociales, à Belleville. Beauvoir s’y enrôle en 1926, donnant des cours du soir sur la littérature, à un public populaire trié sur le volet.

Côté cœur, elle volète entre son admiration éperdue pour Garric, figure paternelle non déchue, du moins dans un premier temps, et son cousin  maternel Jacques Champigneulle, qui lui fait découvrir romanciers et peintres de leur époque. Mais Jacques se marie avec une autre, et Beauvoir décide de se consacrer à l’agrégatif qu’elle a rencontré au printemps 1929, le futur écrivain et philosophe Jean-Paul Sartre. Ils entament tous deux un compagnonnage qui durera jusqu’au décès de Sartre en 1980.

Pour citer cet article : Tiphaine Martin, « Simone de Beauvoir, parcours d’une intellectuelle – Une adolescence agitée – 1918-1929 », Voyages autour de mon cerveau, juin 2025. URL : https://vadmc.hypotheses.org/25705

 

Amitié fidèle Helen, Zaza VADMC.001

Amitié fidèle : Helen, Zaza

And the vision that was planted in my brain

Still remains

Within the sound of silence1

Nous reprenons dans cet article un extrait de notre travail de Master 22, que nous complétons.

S’il est complexe et délicat de comparer un personnage et une personne, rappelons que l’écriture autobiographique suppose un point de vue singulier, donc une orientation particulière du récit, comme pour les œuvres de fiction. Tant l’écrivaine anglaise Charlotte Brontë que l’autrice française Simone de Beauvoir mettent en valeur l’amitié féminine, la première dans son roman Jane Eyre (1847), écrit à la première personne et sous-titrée « une autobiographie », la seconde dans le premier volume de ses mémoires, Mémoires d’une jeune fille rangée (1958). Rappelons que Beauvoir a lu et relu le roman de Brontë, comme elle le note dans son Journal de guerre : « (…) je commence Jane Eyre qui est moins ennuyeux que je ne me le rappelais3. » Cette relecture a peut-être influencé l’écriture, des années après, d’une partie de son portrait de son amie Zaza.

L’amitié entre Jane Eyre et Hélène Burns décrite dans le roman de Charlotte Brontë ressemble à celle de Simone de Beauvoir et d’Élisabeth Lacoin, dite Zaza. Ces deux amitiés sont fortes, durables et revivent sous la plume des survivantes. Simone et Zaza se rencontrent à l’école, à l’âge de dix ans4, tout comme Jane et Helen5. École privée catholique parisienne pour les deux premières, pension/orphelinat perdu·e dans la campagne anglaise pour les deux secondes. Tant Zaza qu’Helen deviennent les amies uniques de Simone et de Jane, et leur modèle. Jane et Simone se comparent de manière défavorable à Helen et Zaza, qu’elles jugent meilleures qu’elles et plus douées :

I knew and felt this: and though I am a defective being, with many faults and few redeeming points, yet I never tired of Helen Burns; nor ever ceased to cherish for her a sentiment of attachment, as strong, tender, and respectful as any that ever animated my heart. How couldit be otherwise, when Helen, at all times and under all circumstances, evinced for me a quiet and faithful friendship, which ill-humour never soured, nor irritation never troubled?6

C’est-à-dire (traduction de Raymond Las Vergnas) :

(…) je savais, je sentais tout cela et, bien que je sois une créature imparfaite, avec de nombreux défauts et peu de qualités pour les racheter, je ne me suis jamais lassée d’Helen Burns ; mon cœur ne fut jamais animé d’un sentiment d’affection plus fort, plus tendre et respectueux que celui que j’éprouvais sans cesse pour elle. Comment eût-il pu en être autrement, alors qu’en tout temps, en toutes circonstances, Helen m’avait manifesté une douce et fidèle amitié qui n’avait jamais été gâtée par la mauvaise humeur ni troublée par un accès de colère ?7

Jane exalte la figure d’Helen et porte au pinacle une amitié sans nuages, à rebours du cliché sexiste de l’impossibilité des filles et des femmes à être amies.

Quant à Simone, elle s’humilie devant Zaza et l’éclat de sa personnalité :

Je n’ai pas de personnalité”, me disais-je tristement. (…) Au lieu de demeurer la pure conscience incrustée au centre du Tout, je mincarnai : ce fut une douloureuse déchéance. (…) j’aimais tant Zaza quelle me semblait plus réelle que moi-même : j’étais son négatif” ; au lieu de revendiquer mes propres particularités, je les subis avec dépit. (…) Zaza ne soupçonnait pas combien je la vénérais, ni que je m’étais démise en sa faveur de tout orgueil8.

Comme Jane, Simone s’abîme devant son amie et sa supériorité, façonnant une amie idéale parce qu’idéalisée.

C’est cette dévotion à leur amie qui les pousse plus tard à parler d’elle longuement, une fois Zaza et Helen mortes tragiquement. Zaza meurt d’une encéphalite aiguë (voir notre exposition Zaza. Les traces vivantes du Chatfoin, partie « Élisabeth Lacoin. Les traces vivantes du Chatfoin. Paris. Famille, amitiés, musique, scolarité »), Helen de pneumonie. Problèmes familiaux et fragilité nerveuse d’une part, mauvais traitements d’autre part, les deux camarades de nos héroïnes décèdent brutalement, laissant Jane et Simone inconsolables. Il est gravé sur la tombe d’Hélène « resurgam9 », Zaza vient hanter le sommeil de Simone10 jusqu’à l’écriture de son histoire dans les Mémoires d’une jeune fille rangée (1958).

Afin de ne pas perdre leur amie définitivement, Jane et Simone écrivent longuement sur cette amitié essentielle de leur jeunesse. Helen et Zaza revivent sur le papier mémoriel, leur figure s’imprime durablement dans l’esprit de la lectrice et du lecteur, se haussant à la hauteur de figure sacrificielle, victimes d’une société bourgeoise impitoyable aux faibles. Seules les plus fortes s’en sortent. Et, dans le cas de Jane et de Simone, elles s’en sortent en se révoltant à certains moments de leur existence, et non en acceptant absolument la société patriarcale de leur époque.

Ces deux jeunes filles refusent le déterminisme social de leur temps et de leur trame existentielle. Toutes deux enseignantes, leurs chemins bifurquent ensuite : Beauvoir devient autrice, aux côtés d’un autre écrivain, Jean-Paul Sartre ; Jane Eyre est également autrice, après avoir épousé son ancien employeur, Edward Rochester.

Pour les deux femmes, le voyage est important. Jane Eyre rencontre Rochester à Thornfield Hall, la demeure de Rochester, loin de la pension où Helen est morte et où Jane est devenue enseignante. Beauvoir ne peut se définir sans ses voyages réguliers tout au long de son existence (voir nos travaux). Cependant, les déplacements de Jane sont régulièrement chargés de négatif, contrairement à ceux de Beauvoir.

Ainsi, Jane est heureuse d’aller à Lockwood, quittant enfin sa tante Reed, ses deux cousines et son cousin, tous et toutes violent·es à son égard. Mais les conditions d’existence à la pension/orphelinat sont rudes et le typhus décime la population d’élèves. Son séjour à Thornfield débouche sur une demande en mariage, après plusieurs épisodes dramatiques (départ de feu, tentative de meurtre), mais Rochester est déjà marié, à une folle. S’enfuyant alors de Thornfield, Jane perd le peu d’argent qu’elle a, et manque mourir de faim et de froid dans un fossé. Devenue maîtresse d’école, elle retrouve par un heureux hasard ses deux cousines, Mary et Diana, ainsi que son cousin, Saint-John. Jane hérite également d’un lointain cousin. Mais Saint-John lui enjoint d’apprendre l’hindoustani pour lui plaire, et voudrait la forcer à l’épouser, afin qu’elle lui serve de domestique non salariée dans son futur travail de missionnaire. Et, lorsque Jane repart à Thornfield, après avoir trouvé la force de briser la domination de Saint-John, profondément vexé de sa résistance, c’est pour ne plus bouger du manoir de Ferndean, après s’être mariée avec Rochester, devenu veuf. Pas d’Italie ni de France pour le voyage de noces, pas de France pour devenir religieuse catholique dans un couvent comme sa cousine Eliza Reed. Peut-être l’empreinte d’Helen sur l’existence de Jane est à voir de ce côté paisible, loin de ses révoltes initiales.

Concernant Beauvoir, comme le remarque la chercheuse Elène Cliche :

() c’était grâce à une autre petite fille que Simone de Beauvoir allait aimer follement, Zaza, quelle allait apprendre l’indépendance, la hardiesse et lirrespect (sans quoi je dirais la figure de lexploratrice ne pourrait prendre forme) ()11.

L’apport du caractère de Zaza serait donc essentiel dans la sortie des sentiers battus de Simone et dans son impulsion viatique existentielle. Si nous ne contestons pas cette contribution, beaucoup d’autres facteurs infantiles et adolescents expliquent la pulsion viatique de Beauvoir : lectures, écriture de récits avec voyages, étouffement dans la cellule familiale, voyages réguliers en Limousin dans sa famille paternelle mais très rarement ailleurs, envie d’imiter Zaza en voyageant elle aussi à l’étranger, etc. (voir nos travaux).

Ainsi, tant Helen que Zaza marquent à jamais Jane et Simone, tant dans leurs existences que dans leurs écrits. Beauvoir s’inspire, semble-t-il, de la fiction de Brontë pour construire son personnage de Zaza, inoubliable et qui marque son lectorat, à cause du tragique de son destin. Jane et Simone placent haut l’amitié, amitié féminine, loin des clichés patriarcaux de femmes qui se déchireraient systématiquement entre elles.

Une belle forme d’amitié, oui.

1 C’est-à-dire (traduction personnelle) : « Et la vision implantée dans mon cerveau/reste à jamais/accompagnée du son du silence. » Paul Simon and Art Garfunkel, « The Sound of Silence », 1964.

2 Tiphaine Martin, « Les récits de voyage dans l’œuvre autobiographique de Simone de Beauvoir », Master 2 de Lettres, Langues, Sciences Humaines et Sociales, Université Paris Diderot-Paris 7, 2008, sous la direction de la Professeure Julia Kristeva, p. 110-111.

3 Simone de Beauvoir, Journal de guerre , Paris, Gallimard, 1990, p. 43. Cf. aussi Simone de Beauvoir, Jacques-Laurent Bost, Correspondance croisée, Paris, Gallimard, 2004, p. 266.

4 Simone de Beauvoir, Mémoires d’une jeune fille rangée, Paris, Gallimard, « Folio », 1999, p. 125.

5 Charlotte Brontë, Jane Eyre, London, Bantam Books, 1981, p. 42, 47-48 (anglais) ; Charlotte Brontë, Jane Eyre, Le Livre de Poche, 1992, p. 75, 83 (français).

6 Charlotte Brontë, Jane Eyre, op. cit., p. 70.

7 Charlotte Brontë, Jane Eyre, op. cit., p. 116.

8 Simone de Beauvoir, Mémoires d’une jeune fille rangée, op. cit., p. 157, 158, 165. Cf. aussi Simone de Beauvoir, La Force de l’âge, Paris, Gallimard, « Folio », 1999, p. 385.

9 Charlotte Brontë, Jane Eyre, op. cit., p. 75 ; Charlotte Brontë, Jane Eyre, op. cit., p. 122.

10 Simone de Beauvoir, La Force de l’âge, op. cit., p. 74, 691.

11 Elène Cliche, « La figure de lexploratrice dans le discours de Simone de Beauvoir », Simone de Beauvoir Studies, 1989, Volume 6, p. 57-67, p. 59.

Pour citer cet article : Tiphaine Martin, « Amitié fidèle : Helen, Zaza », Voyages autour de mon cerveau, mai 2025. URL : https://vadmc.hypotheses.org/25250

Beauvoir Séminaire documents VADMC

Quels documents pour un récit de voyage autobiographique ?

 Cet article est issu de notre communication au séminaire des doctorants, 1er février 2012, Université Paris Diderot – Paris 7 (Université Paris Cité). Crédit photographique : ©Gallica ©BnF

L’autobiographie, récit rétrospectif écrit à plus ou moins longue échéagce, fourmille de documents très divers. Le lecteur pourrait imaginer que ces pièces sont uniquement extraites des fonds personnels de l’écrivain qui retrace et se concentre sur sa propre existence, tout en élargissant parfois son propos au portrait de son époque, ce qui est faux. L’écrivain en utilise beaucoup d’autres. Mais tous ces documents utilisés par l’auteur, quels sont-ils ? D’où viennent-ils ? Quels effets la multiplicité des voix narratives produit-elle sur le lecteur ? Nous avons choisi de nous focaliser sur le cas des récits de voyage autobiographiques beauvoiriens, présents dans les Mémoires d’une jeune fille rangée (1958), La Force de l’âge (1960), La Force des choses (1962), Tout compte fait (1972). Ces narrations viatiques ne constituent pas un ensemble qui peut être séparé du reste du texte autobiographique, mais, au contraire, elles constituent la structure même des volumes mémoriels.

Dans un premier temps, nous analyserons la multiplicité des sources utilisées par Simone de Beauvoir dans l’écriture des récits de voyage. Dans un deuxième temps, nous étudierons la manière dont l’ensemble des documents ayant trait au voyage permet la construction de la structure autobiographique. Dans un troisième temps, nous nous interrogerons sur les effets produits sur le lecteur par cette construction particulière.

I. Multiplicité des documents

Parmi les documents présents dans les récits de voyage autobiographiques, nous distinguerons trois catégories : les documents individuels, les documents internes, et les documents externes. Les documents individuels regroupent les dossiers qui appartiennent à Beauvoir : journaux intimes, correspondance, photographies, qu’elle utilise dans son travail préparatoire d’écriture de l’autobiographie1, et qu’elle transcrit ensuite dans ses mémoires. Ainsi, dans La Force de l’âge, le volume qui couvre la période des années 1930 jusqu’à la Libération, elle cite longuement son Journal de Guerre et les déplacements qu’elle a effectués, soit pour aller retrouver Sartre à Brumath à l’automne 19392, soit pendant l’Exode3. Il s’agit non seulement d’une conjoncture historique exceptionnelle, mais également d’une situation personnelle qui entretient un lien étroit avec le voyage.

Dans le même volume, elle cite sporadiquement des bribes de lettres, document type des pérégrinations effectuées. Ainsi, elle fait état d’une lettre de Sartre à une ancienne élève de Beauvoir, alors que Beauvoir et lui-même se trouvent dans le sud italien à l’été 19364. En ce qui concerne les photographies, la toute première que Beauvoir donne à voir dans ses mémoires se trouve décrite à la première page du premier volume mémoriel. Beauvoir ouvre son œuvre autobiographique par une photographie d’elle bébé, dans la propriété limousine de son grand-père paternel, ce qui situe immédiatement sa famille dans une classe sociale aisée5.

La présentation individuelle se fait par le biais d’une image viatique. Notons qu’une partie de sa correspondance, son Journal de Guerre et certaines de ses photographies ont été édités en volumes séparés, de longues années après la publication des différents tomes de mémoires. Ces documents, à l’exception des photographies, sont retravaillés par la mémorialiste, qui y pratique des coupures, et des ajouts. Ce ne sont donc pas des documents bruts qui sont exposés dans le cadre autobiographique, mais des documents retravaillés, notamment dans le dessein de mettre en avant le rapport de Beauvoir au voyage.

Nous pouvons considérer comme documents internes les œuvres autres que strictement autobiographiques, mais qui sont insérées par l’auteure dans ses mémoires sous la forme d’autoréférences. Ainsi, Beauvoir renvoie à son roman Les Mandarins quand elle évoque certains de ses voyages en Amérique dans les années de l’après-Seconde Guerre Mondiale : États-Unis6 mais aussi Mexique et Guatemala7. De même, elle ne parle que très peu dans son autobiographie de son long périple chinois de 1954, se contentant de quelques annotations très générales sur son séjour, et sur son incompréhension de la culture et du peuple chinois8. Ces autoréférences permettent à la mémorialiste d’alléger sa narration en ne répétant pas deux fois un même récit dans deux ouvrages différents – ce qui pourrait également être entendu comme une stratégie de vente. Nous remarquerons que lorsque Beauvoir renvoie son public à des documents extérieurs à ses volumes mémoriels, il s’agit de livres déjà publiés. Elle n’annonce pas une œuvre à venir, elle se tourne vers le passé en assumant un « je » qui était voilé dans les ouvrages précédents, à l’exception de son récit de voyage publié en 1948, L’Amérique au jour le jour, où le « moi » auctorial rejoignait le « moi » narratif.

Les documents externes sont très riches, qu’il s’agisse de documents provenant du cercle d’amis de Simone de Beauvoir, ou de documents qui n’ont aucun lien direct avec elle, sauf le lien qu’elle trace a posteriori dans ses mémoires. Ce que Beauvoir insère dans son autobiographie comme dossiers directs prend la forme de retranscription de conversations autour de voyages. Ainsi, elle évoque ses conversations avec sa meilleure amie Zaza, de retour d’Italie au début des années 19209, celles avec l’écrivain Paul Nizan à propos de ses déplacements en URSS et en Turquie en 193410. Ou encore les échanges qu’elle a avec son ami l’ethnologue Jean Pouillon en 1958, lorsqu’il revient du Tchad où il a passé plusieurs mois auprès du peuple Corbo. Il le lui décrit avec un tel enthousiasme qu’elle « (…) cra[int] qu’il ne fasse naturaliser Corbo.»11. Le périple par procuration peut provoquer le désir de partir. Simone de Beauvoir fixe l’oral, variant de cette manière l’insertion du voyage dans l’autobiographie.

L’autre partie de ce que nous pouvons nommer « l’univers viatique » est composée de livres, de musique, de films, de peintures, de formes artistiques autres (ballets, cirques, spectacles de marionnettes), d’articles de journaux ayant trait au voyage. Beauvoir parle de plusieurs catégories de lectures : atlas, ouvrages de littérature française qui se déroulent hors Paris, ouvrages de littérature étrangère. Toutes ces formes d’écrits ouvrent son espace culturel. Elle parcourre des chroniques viatiques d’auteurs français, elle s’initie à la littérature étrangère contemporaine, et elle se plonge dans les œuvres autobiographiques, historiques et sociologiques d’auteurs étrangers. Elle ne se contente pas d’aborder la connaissance d’un pays par le biais de la fiction, mais elle se renseigne également sur les conditions de vie des habitants, sur son histoire, sur sa politique12 :

Pour m’éclairer sur un pays des lectures et des conversations sont nécessaires mais à elles seules, elles ne sauraient me donner l’équivalent de la présence des choses, en chair et en os.

Toutes ces lectures viatiques provoquent une activité frénétique chez Simone de Beauvoir13 :

(…) tant de choses m’exigeaient ! Il fallait réveiller le passé, éclairer les cinq continents, descendre au centre de la terre et tourner autour de la lune.

Après la lecture, Beauvoir se plonge donc dans l’écriture du voyage, puis elle effectue des déplacements à plus ou moins brève échéance, selon le lieu choisi et l’époque. Du moins est-ce la chronologie qui se dégage au début du premier volume autobiographique, puisque les temps de la lecture, de l’écriture, et du voyage, s’entremêlent ensuite rapidement. La lecture en voyage est également bien présente par le biais de guides et de cartes dont la voyageuse se sert14, ainsi que des journaux étrangers qu’elle lit15. Lire enrichit culturellement la personne Simone de Beauvoir, mais sert également à la mémorialiste de signes au lecteur afin de préparer les comptes-rendus des séjours ultérieurs, où le lecteur retrouvera des éléments de ce dont Beauvoir lui a parlé.

Pour le cinéma, nous remarquerons que la mémorialiste signale, comme en passant, qu’elle a vu un « (…) film de voyage », dans son adolescence16. Puis, elle relate les différentes séances de cinéma auxquelles elle a assisté, en notant ce qu’elle apprécie dans tel ou tel film, français ou étranger, qu’il s’agisse des acteurs ou du thème du film17. Elle complète pour le lecteur le tableau de la civilisation où elle va voyager. En effet, le cinéma est le reflet d’une civilisation, ou du moins de certains de ses fantasmes. En citant les titres des films qu’elle va voir, elle n’indique pas uniquement son appétit de savoir, mais également quelles sont les représentations d’un pays à un moment donné de son histoire. Beauvoir ne néglige pas les arts visuels dans son approche culturelle d’un pays étranger. Elle cite également une visite au musée, occasion de l’exploration visuelle d’une culture dans un temps et un lieu donnés, comme elle le déclare dans son premier volume de souvenirs18:

Tout un après-midi, à travers les galeries du Louvre, je fis un grand voyage d’Assyrie en Égypte, d’Égypte en Grèce ; je me retrouvais dans un soir mouillé de Paris.

Beauvoir est pour un instant hors du temps et de l’espace, le voyage dans Paris hors du domicile familial se double d’une approche d’autres lieux, qu’elle visitera pour la plupart, avant ou après la parution des Mémoires d’une jeune fille rangée. À cette époque, la visiteuse se projette dans des civilisations éloignées qu’elle a pu côtoyer dans ses lectures enfantines et dans son parcours scolaire.

Puis, Beauvoir fréquentera les galeries d’art19, et elle ira voir les expositions temporaires de peintres de son époque ou les rétrospectives qui lui feront découvrir le passé culturel de son pays et d’autres lieux20. Les expositions ont également une fonction de dépaysement, mais elles ravivent aussi les souvenirs des pays visités21. D’autres formes artistiques sont ponctuellement citées par la mémorialiste : ballets, pièces de théâtre, mais aussi cirque22, foire23, spectacle de marionnettes24, ou encore Exposition Coloniale25. Les arts visuels occupent une place importante comme documents viatiques dans les quatre tomes mémoriels. Nous n’oublierons pas de signaler les termes étrangers que Beauvoir inscrit dans ses narrations viatiques, soit en italique, soit par des guillemets26, les nourritures et les boissons que Beauvoir teste avant et pendant ses séjours hors de Paris27. Ce sont des documents volatils, mais ils sont fixés dans l’écriture viatique. La construction des récits de voyage englobe donc un très grand nombre de documents.

II. La construction de la structure autobiographique par le récit de voyage

Nous venons de constater à quel point les documents se rattachant au voyage étaient nombreux, et combien ils appartenaient à des domaines différents. Mais cette diversité suffit-elle à soutenir la structure autobiographique et à l’orienter ? Tout d’abord, nous noterons l’importance des voyages dans la vie et l’œuvre de Beauvoir. Nous rappellerons qu’elle a voyagé dans chaque continent, à l’exception de l’Australie, dans presque tous les pays de chaque continent, et qu’elle est revenue à maintes reprises dans plusieurs lieux. Cette importance se retrouve dans les quatre volumes autobiographiques, où les récits viatiques gagnent progressivement de l’espace narratif.

Nous avons noté la multiplicité des documents et des supports (visuels, sonores, picturaux, gustatifs) qui forment la trame du tissu narratif. Beauvoir met en place un univers viatique qui enserre le lecteur par le biais de références incessantes au voyage. Ainsi, chaque lecture, chaque film signalé par l’auteure peut être rapporté au voyage, que le voyage en soit le sujet principal (par exemple Vasco de Marc Chadourne, Pépé-le-Moko de Julien Duvivier), ou qu’il s’agisse d’une thématique qui apparaît à de nombreuses reprises, et qui motive la narration (par exemple Le Grand Meaulnes d’Alain Fournier, Cinq pièces faciles de Bob Rafelson). Nous pouvons également rattacher au voyage les chansons, les spectacles de cirques etc. … vus et entendus par Beauvoir, en tant que récits d’un ailleurs. Quant à la nourriture et les boissons typiques d’un endroit, dégustés avant le départ ou sur place, ils font entrer le lieu étranger dans le corps de l’autobiographe, et, par procuration, dans celui du lecteur.

La mosaïque autobiographique est couverte de pièces ayant trait au voyage. Ces pièces forment le tout autobiographique, c’est-à-dire que la thématique du voyage fait découvrir au lecteur la personne de Beauvoir. En effet, la multiplicité des documents viatiques rajoute des renseignements supplémentaires sur qui est Simone de Beauvoir, c’est-à-dire, ce que Beauvoir, l’auteure, désire faire savoir d’elle-même, en tant qu’auteure et en tant qu’individu privé, à son public.

Mais pourquoi le voyage ? Beauvoir mémorialiste a fait le choix de structurer son autobiographie en fonction du voyage. Il ne s’agit pas d’un thème parmi d’autres (le rapport à l’amour, à l’amitié, à la vie, à la mort, à l’écriture, à soi, aux autres…), mais il englobe chaque thème, le mettant en valeur et lui donnant une coloration particulière. Ainsi, les récits de voyage effectués avec ses différents compagnons donnent à voir une Beauvoir toujours prête à la découverte de la moindre parcelle de terre inconnue, mais en en partageant les joies avec un proche.

Elle adjoint ainsi à son propre portrait celui d’une autre personne, en même temps qu’elle montre sa « normalité » : Beauvoir n’est pas une intellectuelle au sens péjoratif du terme, c’est-à-dire une femme qui serait uniquement concentrée à la vie de l’esprit, et par conséquent incapable de sentiments amoureux. Rappelons qu’un des buts de son projet autobiographique est de couper court aux malveillances et aux déformations journalistiques auxquelles elle est en butte depuis de longues années28. Ces critiques la visent tout particulièrement depuis qu’elle a « essayé de dire des choses, entre autres, que les femmes ne sont pas des éclopées de naissance. »29, mais aussi au vu du long discrédit porté sur les femmes qui écrivent30.

Par l’envahissement progressif de l’autobiographie par les récits de voyage, Simone de Beauvoir se donne à voir comme liberté, plus que par une narration du quotidien, qui complète le portrait beauvoirien. Ses narrations viatiques nous présentent une femme libre, libérée des carcans de son éducation par le droit au voyage. Sa liberté d’individu et de femme est passée par les voyages, elle revendique Hermès (dieu des voyageurs) contre Hestia (déesse du foyer)31. Choisir d’orienter ses volumes mémoriels en fonction du voyage, c’est faire apparaître la dimension singulière de Beauvoir. Le choix du voyage n’est pas anodin, car les multiples documents ayant trait au voyage donne ainsi du mouvement à son œuvre autobiographique. Le voyage est action, par conséquent augmenter le nombre de documents ayant un lien avec le voyage accroît le rythme de la narration, il le dynamise. Beauvoir peut ainsi resserrer et accélérer la cadence de la narration, éliminant les temps morts.

III. L’effet du voyage sur le lecteur

Mais ce mouvement ne donne-t-il pas lieu à une confusion dans l’esprit du lecteur, qui est accaparé par trop d’informations ? Nous centrerons notre analyse sur les buts que Simone de Beauvoir s’est assignée en écrivant ses mémoires, afin de déterminer si elle a noyé le lecteur dans un flot de documents, ou si elle a placé chaque référence au voyage selon un ordre narratif précis. Tout d’abord, rappelons que, pour Beauvoir, le monde se transcrit en mots32 :

Il y a des jours si beaux qu’on a envie de briller comme le soleil, c’est-à-dire d’éclabousser la terre avec des mots ; il y a des heures si noires qu’il ne reste plus d’autre espoir que ce cri qu’on voudrait pousser. (…) Sans doute les mots, universels, éternels, présence de tout un chacun, sont-ils le seul transcendant que je reconnaisse et qui m’émeuve ; ils vibrent dans ma bouche et par eux je communie avec l’humanité.

Le lien que Beauvoir entretient avec la société est traversé par l’écrit, d’où sa volonté de se raconter pour se faire mieux connaître. Ce récit autobiographique repose sur une narration très précise33 :

(…) La couleur d’un ciel, le goût d’un fruit, je ne les souligne pas par complaisance à moi-même : racontant la vie de quelqu’un d’autre, je noterais avec la même abondance, si je les connaissais, ces détails qu’on dit triviaux. (…) c’est par eux qu’on sent une époque et une personne en chair et en os (…).

Le choix de raconter certains éléments permet ainsi à Beauvoir de se décrire de manière suivie. Elle a trouvé un espace dans l’autobiographie où se déployer et le récit de voyage comme mode d’expression de soi. Tout est lié. Chaque récit de voyage est annoncé par différents éléments : les rencontres, les récits rapportés, les lettres décrivant un voyage, les lectures, l’écoute de musique, le visionnage de films… Beauvoir amène « naturellement » le lecteur dans ses voyages, elle l’entraîne dans ses pérégrinations. Elle offre des paysages, des gens rencontrés, à son public. Ce n’est pas seulement que l’autobiographe reproduit dans ses exposés viatiques ses rapports à l’amitié, à l’amour, aux autres, à la politique, mais c’est aussi que tout est orienté par rapport au voyage.

Le voyage est constitutif de la personnalité beauvoirienne. C’est par lui qu’elle s’affranchit de son destin de « jeune fille rangée », c’est lui qui lui ouvre les portes du monde dans sa diversité, c’est lui qui lui permettra de se confronter, avec plus ou moins de succès, à l’Autre. Le voyage, s’il peut être un espace de loisir pour Beauvoir voyageuse, permet à Beauvoir l’écrivaine d’exemplifier un très grand nombre de ses pratiques biographiques. Écrire le voyage permet également à Beauvoir de faire partager ses expériences de séjours officiels sur lesquels elle a posé sa subjectivité, mais qu’elle ne désire pas dissocier de son entreprise autobiographique. Dans les chroniques viatiques de Beauvoir, le regard est au centre de tout34. Sans écriture du voyage, il manquerait une part importante de la restitution de la biographie de soi.

Soulignons la suppression de la discontinuité entre chroniques viatiques et vie parisienne : le lecteur passe d’un endroit à un autre, sans que la narratrice lui annonce avec fracas qu’elle va lui servir un récit d’excursions en telle ou telle partie du globe. rte fluidité de la narration est donnée par la continuité chronologique de chaque volume autobiographique, et par des rappels intra-diégétiques de ce que Beauvoir a déjà exprimé, soit qu’elle cite des phrases de ses précédents volumes, soit qu’elle utilise des mots-clés, ou qu’elle prépare tel récit de voyage par des notations particulières. Afin d’illustrer nos propos, nous prendrons l’exemple de la politique.

La politique est inscrite dans chaque volume de souvenirs, mais de manière différente. Dans les Mémoires d’une jeune fille rangée, la situation politique est peu présente, ce qui s’explique par la volonté de l’écrivaine de retrouver autant que possible le point de vue de l’enfant, puis de la jeune fille qu’elle était35. Dans les volumes suivants, la politique prend de l’importance, puisque Beauvoir s’y intéresse de plus en plus. L’auteure résume régulièrement la situation politique mondiale, non seulement pour la postérité, mais aussi dans le dessein de poser des jalons dans l’approche du récit de voyage. Dans ce résumé politique, Simone de Beauvoir choisit des informations qu’elle utilisera dans sa description des pays visités. Elle centre ainsi l’intérêt du lecteur tout en le préparant à la narration viatique qui suit.

Elle fait passer le lecteur d’un plan politique général à la visite d’un lieu particulier. Ainsi de ses deux périples à Cuba, en 1960. Dans La Force des choses, la mémorialiste commence par évoquer la guérilla castriste, en doutant qu’elle puisse réussir, au détour d’une analyse des rapports Est-Ouest36. Deux cent dix pages plus loin, elle se félicite du triomphe de Fidel Castro, lorsqu’elle résume l’année 1959 en politique37. Une quarantaine de pages après cet aperçu de la situation politique cubaine, Beauvoir fait part à son lecteur de l’invitation que Jean-Paul Sartre et elle ont reçue de la part du rédacteur en chef de la revue Revolución au début de l’année 1960, afin qu’ils viennent voir de leurs propres yeux la révolution castriste38. L’autobiographe enchaîne avec le récit de ce séjour dans La Havane débarrassée de la pesanteur de la dictature de Batista39. Une fois de retour de Cuba, Simone de Beauvoir évoquera sporadiquement leur séjour dans l’île : mondanités40, politique en Amérique Latine41, similitude entre leur arrivée à La Havane et leur arrivée à Rio42.

Elle trace un sillon entre l’avant, le pendant, et l’après voyage, en attendant un autre périple, qui surgira à la fin de leur long tour du Brésil, au début de l’automne 196043. Beauvoir choisit de faire figurer un souvenir choisi parmi ses périples cubains dans la liste de ses « expériences » qui s’anéantiront avec elle44 :

(…) les aubes de Provence, Tirynthe, Castro parlant à cinq cent mille Cubains, un ciel de soufre au-dessus d’une mer de nuages (…).

Nous pouvons noter que le fil conducteur cubain a été conservé jusqu’à la fin du troisième tome de ses souvenirs. Beauvoir n’abandonne pas ce séjour sans lui donner un point final. Elle met en place une image de Cuba par le biais d’un éclair mémoriel : encore une autre catégorie de documents. Nous constatons également que la représentation de l’ancien chef de la guérilla cubaine haranguant la foule a trouvé place dans les documents viatiques, à côté de paysages naturels et urbains.

Chaque catégorie de documents est utilisée dans un but précis par la mémorialiste, qui conduit ainsi son lecteur soit au récit de voyage, soit à travers une thématique particulière.

Conclusion

Simone de Beauvoir construit ses volumes autobiographiques avec de nombreux documents de provenances très diverses. Ces documents permettent d’inscrire profondément le voyage dans le corps même des mémoires. Ils permettent à Beauvoir de se découvrir au lecteur. Nous avons pu constater que l’auteure conduit le lecteur vers le récit de voyage en plaçant partout des indices de sa préparation au voyage. Elle brosse également le tableau d’une époque qui fourmille de nouveautés de toutes sortes.

Le voyage est le moyen idéal pour donner un fil directeur à l’autobiographie : mouvement donné à la narration, possibilité de traiter chaque thème majeur de l’autobiographie sous la seule thématique du voyage. Chaque thème peut ainsi s’associer aux autres thèmes sans heurts narratifs, tout en gardant sa singularité. L’auteure ne brouille pas les informations qu’elle fournit à son lecteur, mais elle trace des chemins qui peuvent parfois s’entremêler sous l’égide du voyage. Elle entraîne ainsi le lecteur à sa suite, elle le fait entrer dans son existence afin de mieux se faire connaître. La multiplicité des documents permet la variatio stylistique et narrative, et montre des facettes diverses de Beauvoir.

Le voyage n’est pas l’occasion d’un éparpillement, mais d’une concentration sur la personne qu’est Simone de Beauvoir. Si les récits de voyage et les documents multiples ayant un rapport avec le voyage font éclater le cadre strict de la narration en emmenant le lecteur aux quatre coins du monde, la construction mémorielle est stricte, et le lecteur n’est jamais perdu dans l’océan des informations que lui distille Beauvoir. De documents en documents, le lecteur est poussé à partir sur les routes à son tour.

1 Simone de Beauvoir, La Force des choses II, Paris, Gallimard, « Folio», 1998, p. 248.
2 Simone de Beauvoir, La Force de l’âge, Paris, Gallimard, « Folio», 1999, p. 475-481.
3  Ibid., p. 504-508.
4 Ibid., p. 308-310.
5 Simone de Beauvoir, Mémoires d’une jeune fille rangée, Paris, Gallimard, « Folio», 1999, p. 9.
6  Simone de Beauvoir, La Force des choses I, Paris, Gallimard, « Folio », 1999, p. 178, 311.
7  Ibid., p. 219-220.
8  Simone de Beauvoir, La Force des choses II, op. cit., p. 79-80.
9 Simone de Beauvoir, La Force de l’âge, op. cit., p. 96.
10 Ibid., p. 236 (frontières URSS/ Turquie), p. 236-237 (URSS).
11 Simone de Beauvoir, La Force des choses II, p. 249-250 (Tchad).
12 Simone de Beauvoir, Tout compte fait, Paris, Gallimard, « Folio», 1999, p. 290.
13 Simone de Beauvoir, Mémoires d’une jeune fille rangée, op. cit., p. 95.
14 Simone de Beauvoir, La Force de l’âge, op. cit., p. 100, 106, 249, 305, 344, 354 (Guide Bleu).
15 Idem., p. 312 (Domenica del Corriere) ; Simone de Beauvoir, La Force des choses II, op. cit., p. 33 (Affinidades).
16 Simone de Beauvoir, Mémoires d’une jeune fille rangée, op. cit., p. 224.
17 Simone de Beauvoir, La Force de l’âge, op. cit., p. 162 ; Simone de Beauvoir, Tout compte fait, op. cit., p. 242-263.
18 Simone de Beauvoir, Mémoires d’une jeune fille rangée, op. cit., p. 427-428.
19 Ibid., p. 314 ; Simone de Beauvoir, La Force de l’âge, op. cit., p. 216, 242, 283, 370.
20 Simone de Beauvoir, Mémoires d’une jeune fille rangée, op. cit., p. 332, 334, 414 ; Simone de Beauvoir, La Force de l’âge, op. cit., p. 272.
21 Ibid.
22 Simone de Beauvoir, Mémoires d’une jeune fille rangée, op. cit., p. 34, 337, 432 ; Simone de Beauvoir, La Force de l’âge, op. cit., p. 37.
23 Simone de Beauvoir, Mémoires d’une jeune fille rangée, op. cit., p. 468.
24 Simone de Beauvoir, La Force de l’âge, op. cit., p. 50-51, 224, 233.
25 Idem., p. 93 (Paris).
26 Idem., 208, 209 (Allemagne) ; Ibid., p. 97, 98 (Espagne) ; Simone de Beauvoir, Tout compte fait, op. cit., p. 238, 306 (Italie).
27 Simone de Beauvoir, La Force des choses I, op. cit., p. 313-314 (Brésil) ; Simone de Beauvoir, Mémoires d’une jeune fille rangée, op. cit., p. 388 (France) ; Simone de Beauvoir, Tout compte fait, op. cit., p. 329 (France).
28  Simone de Beauvoir, La Force des choses II, op. cit., p. 496.
29 Idem., p. 492.
30 Idem., p. 494-495. Cf. Christine Bard et Michelle Perrot, Un siècle d’antiféminisme, Paris, Fayard, 1999. Cf. aussi Christine Planté, La petite soeur de Balzac: essai sur la femme auteur, Paris, Seuil, 1989.
31 Jean-Pierre Vernant, Entre mythe et politique. 2, La traversée des frontières, Paris, Seuil, 2004.
32 Ibid., p. 498.
33 Simone de Beauvoir, La Force des choses II, op. cit., p. 8-9.
34 Simone de Beauvoir, La Force de l’âge, op. cit., p. 96.
35 Cf. Éliane Lecarme-Tabone, Mémoires d’une jeune fille rangée de Simone de Beauvoir, Paris, Gallimard, « Foliothèque », 2000, p. 159.
36 Simone de Beauvoir, La Force des choses II, op. cit., p. 137-138.
37 Idem., p. 247-248.
38 Idem., p. 281.
39 Idem., p. 281-286.
40  Idem., p. 295.
41 Idem., p. 310.
42 Idem., p. 313.
43 Idem., p. 390-394.
44 Idem., p. 507.
Pour citer cet article : Tiphaine Martin, « Quels documents pour un récit de voyage autobiographique ? », Voyages autour de mon cerveau, octobre 2023. URL : https://vadmc.hypotheses.org/12614